LA BÊTE DE BASIGNY
Vers le milieu du quatorzième siècle, une femme de Basigny, mère de plusieurs enfants et qui n'aimait pas à les entendre pleurer, les menaçait toujours, lorsqu'ils étaient en larmes, de les faire manger par la bêle de Basigny. Or, un soir qu'une de ses petites filles pleurait sans qu'il fût possible de la consoler, elle la prit par la
LA SORCELLERIE
main et lui dit : « Allons, je vais te mener à la bête de Basigny pour qu'elle te mange. » Et au moment même où elle ouvrait la porte, le hasard voulut qu'une chèvre, revenant du pâturage et sans doute attirée par le bruit, entrât dans la maison. La fdlette, l'ayant aperçue, fut tellement effrayée qu'elle mourut subitement.
Depuis cette époque, et même de nos jours, on dit aux enfants méchants ou qu'on ne peut apaiser : << Je vais te faire manger par la bête de Basigny? » Qu'était cette bête? Elle n'a sans doute existé que dans l'imagination des mères qui l'appelaient et qui l'appellent à leur aide comme une espèce de Croquemitaine. Toujours est-il que cette fameuse bête, légendaire dans le pays de Renwez, pouvait, croyait-on, se métamorphoser en chèvre, en bœuf, et même en cheval se laissant atteler et conduire très docilement, mais disparaissant aussitôt que la voiture était arrivée à destination.
Basigny est à un kilomètre sud de Renwez. C'était un hameau peu important qui fut entièrement brûlé en 1653 avec les villages voisins. Ce hameau ressortissait au marquisat de Wartigny, dans la mouvance de celui de Montcornet. Aujourd'hui, son . territoire a été réuni à celui de Renwez, et Basigny n'existe plus qu'à l'état de lieu dit.
Quant à la bête de Basigny, voici la légende. D'après la tradition, il aurait existé dans la contrée un animal sauvage qui avait le don de se métamorphoser à volonté pour épouvanter les voyageurs ; on en fait remonter l'origine au quatorzième siècle. Son dernier exploit date du siècle dernier, et les victimes en seraient deux pauvres bouchers de Bourg-Fidèle qui se rendaient au marché de Charleville.
Cette béte se métamorphosait tantôt en mouton, tantôt en veau et aussi en cheval.