CHAPITRE XXin. *i
battant l'un en face de l'autre, se prenant d'une estime mutuelle et se liant d'une étroite amitié, a quelque chose de chevaleresque qui m'a paru ne pas devoir être laissé dans l'oubli.
Si Murât était devenu grand-duc de Bei^, prince souverain, Bertfaier était aussi devenu souverain, prince de Neufchâtel et Valengin. On ne devenait pas alors seulement général , maréchal ; on passait prince, on passait roi.
Berthier était un excellent homme, je l'ai déjà dit et prends plaisir à lui rendre hommage; mon père le connaissait d'Italie, d'Egypte, et l'Egypte avait créé un lien entre tous ceux qui avaient fait cette campagne. Il lui écrivit donc pour le féliciter, et voici la réponse qu'il reçut; elle est curieuse et peut servir à faire connaître l'homme et l'époque ;
«c Mon cher Colbert, je reçois avec plaisir vos félicitations, parce que ce sont celles de l'amitié. L' em pereur m'a fait servird'exeraple pour prouver à l'armée que tel zèle que l'on puisse porter à le servir, il sait encore mieux récompenser.
c Vous avez apprécié mes sentiments : la grandeur ni les dignités ne sont rien pour moi,
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mais je suis sensible à l'intérêt que me porte un ami, à celui de l'homme de bien, à l'idée de savoir que l'empereur est satisfait de mes services.
c Conservez-moi l'amitié que vous devez à celle que je vous porte : c'est là le véritable bonheur de la condition humaine ; le reste est chimère.
, « Croyez, mon cher Colbert, à mon attachement.
« Le maréchal prince Alexandre.
a 1 8 avril 1 8o6. »
Cependant l'année s'avançait, on touchait à l'automne; c'était en vain que la France avait élevé des arcs de triomphe; l'armée ne devait pas encore revenir.
Dans la lutte engagée contre l'Europe, aux flots qui venaient d'être repoussés en succédaient d'autres. Enfin, le i5 septembre, huit mois après la bataille d'Austerlitz, un an après le départ de Boulogne, mon père ayant obtenu un congé, partît pour Paris, où, pour la première fois, il allait embrasser ce fils qui préoccupait si vivement sa tendresse.
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