‹ Traditions et souvenirsChapitre 35 sur 160 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

toutefois, il en est un que je ne puis omettre, c'est celui de Cassin, secrétaire intime du maréchal, homme d'esprit et de cœur, et dont les conseils furent souvent utiles. L'esprit qui animait le sixième corps fournit au général Fezensac, dans ses Souvenirs militaires, de judicieuses et curieuses réflexions que je m'empresse de rapporterici : « Après avoir vécu, dit-il, longtempsensemble dans les baraques de Montreuil, nous venions de faire la campagne la plus brillante ; nonsen avions partagé la gloire, les fatigues, les dangers ; nous nous étions mutuellement appréciéssurlechampdebataille. Il faut dire que cette appréciation n'avait pas été également favorable à tous nos chefs; nous comptions d'excellents colonels, entre autres Maucune, du 6' léger; Lamartinière, du 5o' ; Dalton, du 69' ; mais il y avait des généraux bien faibles. Ils n'en étaient ni moins aimés ni moins estimés , et, par une espèce de convention tacite, les colonels dirigeaient la brigade, et le général lui-même suivait cette direction sans s'en rendre compte. » Puis il termine par cette réflexion : « Je regarde cette confiance mutuelle, cette union entre les

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régiments , entre les officiers de tous grades , comme une des grandes causes de nos succès *. »

Mon père, comme je l'ai dit précédemment, avait été passer quelques jours à Paris. Le i*' octobre, il rejoignit le corps d'armée à Anspach.

Pendant quinze jours, après une longue année d'attente, il avait en6n pu jouir de ces joies de la famille que son cœur était si bien fait pour goûter ; puis il avait fallu partir. Telle est l'existence de l'homme de guerre; s'il vit et s'élève par le sentiment du devoir, s'il s'enivre de la gloire, d'un autre côté il est condamné à toutes les abnégations ; ce n'est pas seulement son sang qu'il verse, sa vie qu'il sacrifie à chaque instant, il faut qu'il renonce aux émotions les plus douces qu'il ait été donné à l'homme de sentir. C'est une jeune femme qu'il faut abandonner aux hasards de la vie ; c'est un fils qu'il faut quitter, alors qu'à peine il a reçu les premiers embrassements de son père.

Dès que le général Gilbert fut de retour , le maréchal forma un corps d'avant-garde dont il lui donna le commandement. Il était composé

* .Soutfmlrt mililaires du duc de Fezen&BC, p»ge io3, édit. in.ia.

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