CHAPITRE XXVI
heureusement qu'il est hors d'affaire ; je suis très-calme et assez fort pour supporter toutes les vicissitudes des temps et du hasard. Cependant j'ai frémi successÎTement de terreur et de joie. Je t'ai bien plaint ; ton pauvre cœur avait trop d'agitations à la fois, mais tout est heureusement fini ; puisque ton enfant a pu soutenir une crise aussi forte, il sera bientôt rétabli. . .
c Je suis en marche depuis plusieurs jours et bien occupé ; le temps est froid, je soutiens très-bien ce rude climat, et l'activité me préserve.
a Ma mère m'a écrit ; elle te plaignait sincèrement et t'aime de même
« Je me suis très-bien rappelé l'anniversaire de notre mariage; ces souvenirs sont déjà vieux, ils sont attristés par le présent : c'est un mauvais lot qu'un mari militaire
« Je suis tout dans l'avenir; lui seul m'inquiète, encore ce n'est pas pour moi, et mes affections sont plutôt les tiennes que les miennes.
c Parle-moi souvent de toi, de ton fils; jevous porte dans mon coeur, et votre bonheur peut seul caresser ma misère. »
II y a dans l'affection que porte aux siens rhomme qui chaque jour expose sa vie, dans la tendresse qu'il leur exprime, quelque chose de celle du mourant qui presse plus étroitement sur son cœur les êtres chéris qu'il va quitter ; et cependant ici, malgré ce vague sentiment de tristesse, non-seulement l'âme conserve sa fermeté, mais l'esprit sa gaieté, son entrain^ cette verve militaire qui au milieu des souffrances sait réveiller les courages.
A côté des expressions d'une tendresse charmante, le sentiment qui respire dans ces lettres, qui domine tout, s'impose à tout, est celui du dévouement au devoir simplement accompli. Enfin, à la manière dont Auguste Golbert parle de gloire, on sent que, si elle passe pour lui avant l'ambition, il est une chose qu'il préfère à tout : l'honneur.
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