MURAT
MURAT A L'EKPBRBUR.
Varto?ie, 90 novembre 1806.
Sire,
La première division du corps du maréchal Davout a &it son entrée aijg'ourd'hui dans la ville ; les habitants ont montré le même enthousiasme. Sire, cet enthousiasme est
universel, c'est une espèce de délire. Toutes les belles Polonaises ont encore la tèle plus montée que celles des Polonais. On attend Votre Majesté comme le Messie; le palais est déjà préparé, et une députation vient d'être nommée pour aller au-devant de vous. C'est après-demain Fanniversaire du couronnement de Votre Majesté, c*est celui de la bataille d'Austerlilz. Quelques centaines de coups de canon porteront aux Russes sur la rive opposée le souvenir d'une journée qui leur fut si iatale et qui couvrit
soo NOTES
votre année de gloire. Le soir, la ville sera Ulaminée, et le directeur du théâtre français m'a donandé la permission de donner ce Jour-là un spectacle gratis, n y aura aussi vraisemblablement un bal.
Un événement assez extraordinaire fait dans ce moment le sujet de toutes les conversations dans les sociétés de la ville. Un globe de feu argenté, venant de rouest^ est tombé, dit-on, ce soir dans le jardin du palais de Saxe^ y a éclaté, en répandant une grande quantité d^étoiles, e( laissant après lui une longue traînée de lèu. Tous les Polonais en conçoivent les plus grandes espérances, et en augurent que le sort de la Pologne est fixé.
MulUT.
NbY a BBRTHIBa.
Gnesen, le l*' déoembro 1S06*
J'ai riionneur d'adresser à Votre Allesse Sérénissime le nouvel ordre de marche que j'ai arrêté ce soir pour le 6e corps, et de lui Mre part de remplacement que chaque division a ordre d^occup^ sur la rive gauche de la Yistule.
La brigade de cavalerie légère, commandée par le général Colbert, s'établira depuis Fordon jusqu'à Schwitz. Ce général fera faire exactement un service de patrouille sur la rive gauche de la Yistule pour observer les mouvements de Tennemi sur la rive exposée ; il prendra tous les renseignements possibles sur sa force dans les places de Thom, Graudenz, Dantzig et Eœnigsberg, ainsi que sur le lieu où le roi de Prusse s'est retiré.
La division Marchand cantonnera le long de la ^'istule depuis Nuchawaz, Plonsk, Slutschaw, Tibow, Podgarza, jusqu'à Schulilz inclusivement.
J'ai fait mettre à la disposition du général Marchand
-^t hpmipes cavalerie légère : ce détachement coifi-
mimiquera par des patrouilles avec la gaache du maréchal Augereau à Kowal.
J*ai donné ordre aux généianx Gdbert» Marchand et Marcognet de ftdre réunir à Pordon et à Plcmsk tons les
bateaux qu'ils pourront trouver sur la Vistule.
Un ofiicier du génie a ordre d'aller reconnaître le lieu le plus propre à jeter un pont sur ce fleuve; jusqu'à présent les renseignements qne Je me suis procurés à cet égard m*oiit indiqué le point an-dessus du confluent de la Drewenz comme le meilleur, une téte de pont pouvant s^y construire aisément, et cette position me donnant la facilité de tourner Thorn sans rien risquer. • J'ai fait diriger l'équipage de pont sur Brombcrg, afin d'ôter à l'ennemi les moyens de connaître le point que j'a?ai8 fixé pour mon passage.
Je suis assuré que Thorn n^est pas fort et que la garnison ne passe pas quatre cents hommes. Si je suis le maître de faire ce que les circonstances m'offriront de favorable, je tâcherai de faire enlever cette ville d'un coup de main«
Oraudenz est considéré dans le pays comme une bonne place de gueirc ; elle ranlbrme une garnison de deux à trois mille hommes. En général les forces de Tennemi depuis ' cette ville jusqu'à Thorn sont évaluées à cinq mille
hommes.
Une canonnade qui a été entendue hier et ce matin du côté de Graudenz m'a fait changer mes dispositions d'hier, et m*a fient prendre celles dont j'ai l'honneur de &ire part à Votre Altesse. J'ai pensé que Tennemi a^t pu tenter de se faire un passage sur la Vistule.
Nbt.
m NOTES
Datoitt ▲ Bbkthibe*
Ttftofvto, i*^ déoMBke 1806.
Les levées d'hommes se font très facilement, mais il manque des personnes qui puissent diriger leur organisation, leur équipement et leur mâtrucliou; il manque aussi des fusils.
L*e«prit est exo^nt à YarsoTie, mais les gmnds se servent de leor influenoe pour calmer Taideur qui est
générale dans les classes moyennes. L'incertitude de Tavenir les eflVaye, et ils laissent assez entendre qu'ils ne se déclareront ouvertement que lorsqu'on déclarant leur indépendance^ on auia contracté l'engagement tacite de la gamiiir.
Davout,
Bromberg, le 4 décembre 1800.
Je suis arrivé hier au soir avec la brigade de cavalerie du général Golbert et une compagnie d'artillerie légère; cette troupe se dirige aujourd'hui sur Fordon ; elle portera sa droite à la rive gauche de la Braha et étendra sa gauche jusqu^an-dessous de Schwets. Un service de reconnaissance sera organisé pour savoir ce qui se passe jusqu'au-dessous de Dantzig.
Je suis maître de l'île de Thom, et j'espère bien l'être également de la yille même sous quelques jours.
Nby.
Rapport sur la p;ri8B db possession db Tb(»n.
Thorn, le 7 décembre 1806.
Dès le 3 courant, jour de mon arrivée à Bromberg, le géoéiBi de brigade Durosnel me domia les renseignemento Béœssaires sur Femplacemeat des troupes sous ses ordres elsur )a fi>ffoe de F^ineiai.
Le 4, j^llais reeonnattre le développement de la Vistule depuis le confluent de la BraLa jusqu'au-dessous du Sompolno par Fordon. La bric^ade de cavalerie légère du général Golbert, une compagnie d'artillerie légère et le 27« de ligne venaient d'arriver sur ee front et 8*é(ei>daient jusqu'à SchweU pour observer tout ee que Pennemi pourrait jeter sur la rive gauche de la Vistule par Graudenz.
Le lieutenant général Lestocq, au service de la Prusse, écrivit de Tbom le l^''' décembre; il demandait plusieurs passeports pour des administrateurs qui désiraient passer sur la rive gauche de la Vistule et repr^ddre leurs fonctions, où ils étaient précédemment employés. Cette lettre lut remise le 4 à Fordon, et je chargeai le général GolberL d'y répondre que les passeports étaient prêts et qu'on attendait les employés qu'ils concernaient. Gependsmt la Vistule charriait beaucoup deglagons^ et le passage devenait dangmux : les personnes ne se jurésenlèveiit point.
L*ofiScier prussien qui avait apporté cette lettre apprit par un jeune officier trop causeur que le corps d'armée sous mes ordres venait d'arriver de Magdebourg à Bromberg. Cette nouvelle lui ût hâter son retour à Thorn. Le 4 au soir^ un espion m'apprit que Tennemi fidsait des dispositions pour renforcer sa ligne de défense sur la Vistule.
Le 5, j'invitai le général Durosnel à fidre quelques tentatives vers Thorn, pour connsdtre la force de Tennemi et la résistance qu'il pourrait faire. Le colonel Savary, corn-
804 NOTES
mandant le 4« de ligne qui gardait ce poste, était prévenu de racrivée du général Marchand : . on s'empara sans aucune perte de Tiie yis-à-vis de Thom.
Le soir, des rapports m^annoncèrenl qoe Temieaii songeait à se retirer, et effectivement il conunença à se replia pendant la nuit sur Graudenz et sur Kœnlgsberg.
Le 6, la tête de mes troupes arriva à Podgorze, vis-à-vis de Thom. Le colonel Savary, à Taide de quelques bateliers polonais, ayait déjà pris sur la riye droite au-dessus . de Thom quelques bateaux dont Tennemi, plusieurs jours ayante s*était mnpar6» en profitant de la fiîblease du seul détachement de chasseurs du dO* qui était alois à Podgorze.
L'ennemi n'ayant laissé sur toute la rive droite que des postes d'observation, le colonel Savary, avec quatre cents horomes de son régiment et les voltigeurs et grenadiers du 69* et du 6* léger, passa sur la riye droitedela Yistule. L*ennemi fit une forte résistance, et on ne serait peutrétre pas parvenu à débarquer sans le secours des bateliers polonais qui, malgré les coups de fusil, sont venus audevant de nos troupes pour les dégager des glaçons; quelques bateliers prussiens, avant voulu s'y opposer, ont été jetés dans la Yistule par les Polonais. Û j a eu dans cette aflUre une yingtaine de Prussiens tués ou hlessés et autant de pris; de notre c6té nous ayons eu cinq blessés.
L'ennemi a fait sa retraite ainsi qu'il suit : la principale colonne qu'on évalue à quatre mille hommes, aux ordres du général Lestocq, se dirige sur Kœnigsbeig; l'autre sur Giaudenz; la garnison de cette dernière place est de quatre bataillons forts enyiron de trois mille hommes. Tous les rapports confirment que Tennemi ne yeut point tenir la campagne et qu'il se borne, en attendant l'arrivée des Russes, à défendre les places de Golberg, de Graudenz, de Dantzig et de Kœnigsberg. On ne sait rien de certain sur ces derniers... Le roi de Prusse s'est retiré à Koonig»berg.
LBUàMÈOBàL Nbt.
MoRAT k l'Empbbbub.
Vanovie, le 5 décombre, àniiiiiU.
Ce que Votre Majesté me dit des Polonais est très vrai ; mais, Sire, ce que je vous ai annonce sur leur coraple ne Test pas moins : il n'existe malheureusement ici que trop d'égoïstes. Je m^estime bien heureux d'avoir prévenu vos intentions, et de leur avoir parlé dans le sens que Votre Majesté vient de me prescrire. On m*assure que, sMl est vrai que l'Empereur de Russie se soit déclaré roi de Poiocrne, il en résultera nécessairement une errande convulsion et qu'on verra deux partis en Poloirne s'entre-détruire, parce que, quoique la France ait naturellement plus de partisans que la Russie, il est incontestable que cette dernière en imposerait davantage par sa proximité, et que la France en perdra beaucoup par Pidée que Ton a généralement qu'il va s'établir un intervalle immense depuis le Rhin jusqu'à la Warla, tandis que la Russie reste toujours en point de contact. Cette nouvelle vraie ou fausse fait déjà sentir quelque refroidissement que la présence de Votre Majesté fera bientôt disparaître. J^ai trouvé aujourd'hui le prince Poniatowski beaucoup plus décidé.
MUBAT.
MUKAT A l'EmPBRUUR.
* Varsovie, le 6 décembre 1806, à minuit.
Le général Dombrow ski est arrivé ce soir; Ja garde nationale va être organisée. Le prince Joseph Poniatovrskif qui a pris son parti de très bonne foi, me présentera dans le plus court délai un projet d*organisation des troupes réglées qui pourront être levées dans le déparlement de
NOTES
Varbovie; il en a accepté le commandement, ei se charge de les organiser; et, en se décidant, il m^a ajouté devant les principaux magnats de Pologne : « Prince, vous devei
plus compter sur ceux (lui coiiunc uous se décident après avoir mûrement rédéchi, que sur quclqut^s eiUliousiastes qui n'ont rien à perdre, et que la moindre apiiarence de danger ferait cacher ou fuir. Nous comptons sur la magnanimité de l'Empereur; il est impossible qu^il veuille nous pousser ainsi en avant, s*il n^avait pas le projet de ne pas nous abandonner. Dans tous les cas. nous sommes déjà ses sujets, et la France deviendra nuire pairie. » Sire, la délermination de ce prince et celle des autres magnats produira un grand effet; car, je ne dois pas le dissimuler à Votre Majesté, presque tous les grands avaient les yeux fixés sur lui, et attendaient le parti qu'il prendrait pour se décider eux-mêmes.
Nos troupes observent la plus sévère discipline et vivent dans la meilleure intelligence avec les Polonais. Sire, j'ai été obligé de prendre une mesure un peu sévère, mais que les circonstances rendent nécessaire : il a été ordonné qu*il ne serait plus distribué à Tayenir que le nombre de rations accordées par la loi.
Sire, les généraux sont très mal, les vivres sont fort cUers, et la plupart des bôtes refusent de fournir leur.s tables. Je n'ai pas cru qu'il fut convenable d'ordonner aux magistrats de la leur £Bure fournir, quoique quelques généraux m'en eussent prié. Tout le monde est extrêmement gêné, et cependant personne ne se plaint, tant on nous aime.