CHAPITRE XVI
Paix d*Ainiens. — Les armées rentrent en France. — Les ennuis du repos et de la garnison. — Ce que devient nn régiment après la guerre. — Réflexions du colonel Golbert sur ce sujet. — Mémoire adressé au ministre de la Guerre sur des questions d'organisation militaire et de discipline. — Réorganisation du 10® de chasseurs ; fermeté du colonel. — Trente ans après : souvenirs laissés par Auguste Golbert à Fontainebleau. — Les casseurs d'assiettes. — Les nouveaux engagés du 10» de chasseurs. — L homiue du mande. — Retour aux anotomea maniérée. — Le premier conanl et M">* de lionteaeon. — 11"* Bonaparte, M"* Lederc, M*** Murât, Hortense de Beauhamais. — M. de Talleyrand ; son salon. — M. de Nart)onne. — Canoya. — Gérard. Isabey, M"** de Sottxa. — Népomucène Lemerder.
Pendant le cours de Tannée 1801 d'autres traités suivirent le traité de Lunéville et furent successivement signés avec la Russie, TËspagne, la Bavière; enfin, un peu plus tard, le 22 mai 1802, la paix avait été conclue à Amiens avec l'Angleterre; les préliminaires en avaient été posés au mois de septembre précédent.
Je ne dirai pas que l'Europe fût réconciliée avec la France, non: la Révolution avait soulevé de trop graves questions, mis en jeu, froissé trop d*intérèts, surexcité trop de passions pour qu'il en fût ainsi ; mais enfin on . avait la paix pour <|uel({ue temps, c'était moins uf^^ trêve.
G'jlte année 1801 , la première dusiôcle, marque donc la fin des guerres de la Révolution proprement dites et signale le commencement d'un ordre de choses nouveau. Il est à remarquer que la Révolution, commencée dans Tordre civil, pour des questions sociales et dOrganisatiOn intérieure, se termine à sa première période par de grandes conquêtes, par la prédominance de l'élément militaire, et l'homme dont le génie la maîtrise et la règle est celui que la gloire militaire a élevé au-dessus de tous.
Nos armées rentraient à Tintérieur ; tous ces hommes,
que la patrie avait appelés à la défense de son territoire et de son indépendance, lui avaient rendu au bout de dix ans une France non seulement agrandie et plus puissante que jamais, mais élevée par l'éclat de leurs triomphes à \m degré de renom et de gloire que peu de nations ont atteint. Enfin ils allaient mettre Tépée dans le fourreau, se reposer et jouir de leur repos. Bu moins ou pourrait le croire, et cependant il en est rarement ainsi: la paix, le repos, l'homme de guerre parfois les souhaite, les appelle, maie il y a dans la guerre une telle source d'émotions, une vie si pleine, que le repos désiré d'abord n'est bientôt plus pour un grand nombre que de Pennui ; pour quelques-uns e*est la mort, et une mort plus certaine et plus rapide que celle que peuvent amener les fatigues et les périls (1 ).
{i) NapuU'ou (lisait en 181 'i à ses maréchaux : * Vous voulez du repos : uyez-cn donc ! Hélas ! vous ne savez pas combien de eliaj^iins et de dangers vous attendent sur vos lits de duvet ! Quelques années de celle paix que vous allez payer ai cher ea moiaaonneront un plue grand nombre d*entrevou8 que n*auraU fliit ta guerre, la guerre U plua déaeapM. t
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Le passage d'unlongétai de guem à un 6tat de paix est donc toujours pénible et difficile. Les chefs regret-
tenl l'exercice du commandement, les occasions de fortune et de gloire; les soldats regrettent une vie plus
libre, aventureuse, qui offre ralliai t du péril bravé, el double quelquefois par les privations mômes qu'elle impose le prix des jouissances qui s'y rencontrent.
Auguste Colbert fut d'abord tout au bonheui' de revoir sa mère, de retrouver des parents, des amis, enfin d*èlre à Paris ; puis, au bout de quelque temps, la perspective d'une vie monotoue de garnison, d'une longue inaction, lui inspirèrent un tel effroi qu'un instant notre colonel de vingt-trois ans, croyant son avenu il jamais perdu, pensa sérieusement à aller tenter for- Uïne dans Flnde. Qu*on ne se haie pas de le condamner ; je le demande au lecteur : était-il possible quVprès dix années de guerre, après avoir couru en Irlande, en Hollande, vu les triomphes de ritalie, fait cette campagne d'Égypte, si bien nommée le roman de la guerre, pris sa part de gloire à Marengo, combattu à Hohenlinden, pénétré en vainqueur jusiju'aux portes de Vienne, était-il possible, dis-je, qu'Auguste Colbert ne sentit pas son cœur se serrer en se voyant tout à coup con* damné au repos, à l'oubli, à Tobscurité?
Ce moment de mauvaise humeur fort explicable et qui, en définitive, ne venait que d'un excès d'ardeur, ne dura pas longtemps; le bon esprit d^ Auguste Colbert
Que sont devcnu8,eQ moins de sept années,Derthicr, Murat, Ney, Massena, Augercau^ Lefebvre, Brune, Semirier, Kellermann, Pérignon, BeurnoDville, Clarke et tant d'autres? (ManmerU de 484 4, par le baron Fain, p. 396.)
prit le dôs&us eL le ramena à des idées plus calmes et plus sages; il comprit qu'il avait encore à accomplir une tâche honorable, c^éLait d'ailleurs celle que lui imposait sou devoir couime chef de corps. Sans doute une expérience déjà longue de la guerre lui avait beaucoup appris, ainsi qu'au vieux régiment qu'il commandait, mais il savait aussi qu^il y a des choses qui s^acquièrent plus facilement dans les temps de paix et de repos qu^à la guerre : ainsi Tesprit d^ordre, de régularité, de disci- ])line^ la connaissance intime de tous les détails du service, si multiples et si minutieux dans l'arme de la cavalerie surtout.
On lira, je pense, avec intérêt ses réflexions à cet égard ; je les emprunterai à quelques notes et à un mémoire adressé au ministre de la Guerre ; il s'y trouve des faits curieux, des observations sur notre esprit militaire, sur le caractère national, dont la vérité peut se constater encore aujourd'hui; enûn des considérations g^érales sur la discipline fourniront aux militaires matière à réllexiuus sur une des parties les plus élevées et les plus difiiciles de leur métier.
Nos histoires, contemporaines surtout, ne sont rem*plies que de dithyrambes en Tbonneur de Tincomparable valeur des Français: il semble qu'on n^aitqu^à happer le sol pour en faire sortir des milliers de héros tout instruits, tout organisés, et qui n^ont qu^à se montrer pour mettre en fuite toutes les armées du monde. Rien ne me semble plus dangereux que de semblables idées* Pour tirer bon parti de soi, il faut commencer par se hien connaître. On sera donc curieux de voir l'état au vrai, après dix années de campagne, d*un régiment