CHAPITRE XXI m
en fuite* Leurs camaïadea les suivent ; peu à peu leur nombre grossit ; ils attaquent les maisons où s'est embusqué l'ennemi et 1 eu délogent. Bientôt le 6® régiment et un bataillon du 39* eurent passé; ils furent alors adossés à un bois qui se trouvait à la sortie du pont, en attendant que le reste de la division, la brigade du général Roguet, ccnnposée du 69* et du 76% eût franchi le ûeuve.
Cependant quelques troupes ennemies et une pièce
de canon se retirant par la route de Thalfingen, le général Loison envoya sur la gauche des tirailleurs et quatre compagnies pour les surveiller et les empêcher d'inquiéter son mouvement. Le maréchal lui-même, impatient de pousser son attaque, sans attendre que la division fût réunie, ordonna au bataillon du 39'' (qui n'était pas complet, ses grenadiers et une compagnie étant restés en avant du pont), de se former en colonne serrée et de marcher sur la chapelle Saint- Wolfgang, de 6*en emparer, puis de s'établir sur le plateau. Le 6« régiment, également formé en colonnes, reçut l'ordre d enlever le village d'Elchingen et l'abbaye.
Le bataillon du 39^, attaqué par trois bataillons de grenadiers et chargé par la cavalerie, fut obligé, malgré son énergique résistance, de se retirer, et vint reprendre position près du l>ois. L*attaque du 6* régiment réusait : le village d'Ëkhingen fut emporté avec un irrésistible élan ; le couvent, bientôt escaladé, tomba au pouvoir des vainqueurs ([ui tirent huit cents prisonniers.
Pendant ce temps, le pont ayant été rétabli, la cavalerie du colonel Golbert passa, et vint, par les ordres du maréchal, se mettre en bataille dans la prairie c(ui est
en face des hauteurs d'Elchingen. EUe était suivie par
le 2« bataillon du 39®, qui se forma à la gauche de Fauire bataillon du même régiment, lequel avait déjà été engagé. Arrivèrent enfin le 69^' et le 76^, commaudés par le général Koguet, qui reçurent Tordre de se former en colonnes par régiment et de marcber droit au plateau d'Elchingen, que T ennemi occupait eu force. La cavalerie, en obliquant à droite, devait les soutenir.
Le 2° bataillon du 39° et ce qui restait du 1°'\ marchant de front et à gauche de la brigade Koguet, se dirigèrent de nouveau sur la chapelle Saint- Wolfgang. Les colonnes s'avancèrent sous le feu de l'enneuii : on voyait le maréchal partout où le danger paraissait le plus grand ; en arrivant sur le plateau, on trouva Tin-
£suDiterie autrichienne en bataille, formée sur deux lignes, soutenue par de l'artillerie et de la cavalerie.
Ici commence une véritable bataille rangée. Le maréchal Ney a, d'un coup d'œil, jugé son terrain ; il voit que pour n'être pas rejeté sur le Danube, il faut changer de fronton s*étendant par la droite, de manière à gagner la gauche de Tennemi, qu'en même temps il est nécessaire de s'emparer d'un bois placé à notre gauche, point important d'oii rennmi pouvait reprendre Ëlcihingen et occuper la route qui conduit au pont du Danube.
L'infanterie de notre droite atteignait à peine le plateau et n'était pas encore formée, que le maréchal, la voyant menacée par rinfauterie ennemie et par cent cinquante cuirassim environ, ordonne au colond Colbert, qui venait d'arriver avec le 10° de chasseurs et le 3* de hussards (en tout 290 chevaux), de charger. Le 10° de chasseurs tourne à gauche, passe devant notre
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iafanterie, et se lance sur T ennemi, qui se forme en carré ; k â<* de husHirâs suit avee le même élan. Déjà le 10* de chasseurs était à vingt pas des Autrichiens, lorsque le colonel Golberi voit que le de husssards, qui duupgeait à sa droite, déjà pris en flanc par les feux de l'ennemi, est menacé par les cuirassiers. Arrêtant alors le 10* de ehassenrSy il Mi une contorsion à droite et dégage les hussards. Cette charge hardie avait coûté cinquante-cinq hommes tués ou hlesaés au 3^ de hussards ; le chef d'escadron Domont (1 ) , qui la comman» dait, eut sou cheval tué sous lui et fut blessé; le 10*^ de chasseurs eut plus de vingt hommes atteints ; mais cette charge avait ébranlé Tennemi et donné le temps à notre infanterie de se iormer. Les deux régiments, ou plut6t les deux escadrons, s'apprêtaient à charger de nouveau, lorsque deux régiments de dragons, soutenus par le ^Q^', attaquèrent le carré : le 18* de dragons, commandé par le colonel Lefebvre-Desnouetles, y pénétra et fit bon nombre de prisonniers. L'ennemi, vivement pressé par ces attaques, voyant le 69* marcher pour s'emparer du bois sur lequel s'appuyait sa droite, et le 76^ se porter résoltkment en avant sur le centre, tandis que la cavalerie menaçait de tourner sa gauche, se forma en trois grands carrés, chacun de trois à quatre mille hommes, et chercha à gagner la roule d'Ulm à Albeck, appuyé par sa cavalerie et son artillerie. Les Autrichiens, vigoureusement poussés par la brigade Roguet, durent hâter leur mouvement de retraite.
(1) Depuis géséral de division. Il commandait le S* de hussarde en rabsence du colonel Lebrun (fils do rarchiirésorier), tpà fiUsail a|ors son lerrice d'aide de camp aupràe de Tempefeiir,
m TRADITIONS £T SOUVENIRS
Le colonel Golbert, qui avait rallié une partie de son monde, voyaat une grosse colonne qui se retirait sur Unter-Elchingen, eonBerve un peloton pour contenir un escadron de cuirassiers qui menaçait de le prendre en queue^ puis, avec le reste, il charge la colonne d'infanterie ; en peu d'instants, elle est rompue, sabrée, on s'empare de deux drapeaux; seise à dix-lmii eenU hommes mettent bas les armes ; le général Malaefaias d'Hermann et ^us les officiers sont faits prisonniers (1).
Dans cette charge, le colonel Colbert eut son cheval tué sous lui. Bien que la conduite des prisomiim eût fort diminué sa petite troupe, il rallia quelques huasardts et traversa le village d'Unter-Ëlchingen oii il rencontra ime brigade de dragons qui se portait fort à droite; jugeant à la direction des feux que la division était tout à Mt à gauche, il se hÀta d'aller la rejoindre : m verra qu'il était bien inspiré.
Pendant ce temps, l'ennemi avait continué sa retraite, luttant toujours, mais vivmieait poussé. Le général Villatte avait reçu l'ordre d'obliquer fortement à gauche et d'occuper les deux bois qui sont en face de Kesselbrunn, traversés par un chemin qui d'Elchingen rejoint la route d'Albeck à Ulm, d'y prendre position et de jeter les tirailleurs sur sa gauche, afin d'observer les mouve* ments que 1 ennemi aurait pu faire par la route de Thalfingen. Enmtaie temps le général Roguet, avec le 69® régiment et le 2® bataillon du TG"", s'était porté à la hauteur de Kesselbrunn^ occupé par T^uiemi, en lais-
(i) Voir le rapport du colonel Colbert (note F).