CHAPITRE XXI m
qu'il fallait faire des marches et contre-marches incessantes, et le plus souyent sans avoir mangé, car les ressources du pays avaient été bientôt épuisées par une immense armée qui n'avait ni magasins, ni convois de
vivres.
L'empereur donna Tordre d^attaquer, le 14 octobre, au matin. La pluie avait enfin cessé. Placé sur un endroit élevé, à Adelhausen, d où il pouvait voir Uliii et le cours du Danube, Napoléon, entouré de son étatmajor; doiiuaiL ses derniers ordres. Ncy devait forcer le passage du Danube et empoi terleshauteursd'Ëlchingen, G*étût la part du lion. Piqué des reproches quMl avait reçus de l'empereur, encore tout irrité d'un propos tenu par Murât lors de leurs récents démêlés: c< Venez, prince, dit-il en le prenant par le bras, et faisant allusion à leur querelle, venez faire vos plans sur le terrain » ( 1 ). Puis il partit au galop pour se mettre à la tète de ses troupes. Revêtu de sou grand uni forme, il semblait vouloir attirer sur lui les regards et les coups de Tcn* nemi, et jeter à tous un défi de bravoure.
Lorsqu'il arriva, il était huit heures; ses troupes, venant de Leiben,de Steinheim,d'Ober^Falheim, étaient déjà massées aux abords du ûeuve , en face de la position qu'elles devaient attaquer. Là le Danube, dont le cours est sinueux et forme plusieurs lies, coule au milieu des bois. Entre deux de ces îles, dans un espace découvert, était le pont d*Ober-Ëlchingen, que nous avous vu tour à tour occupé par les Français et par les
(1) Murât avAit dit : « Pour moi, je ne fais mes plaus que sur le terrain. »
33â TRADITIONS £T SOUV£NiaS
Autrichiens. Le Danube, en temps ordinaire, peut avoir ea cet endroit cent mètres de large ; eu ce moment il était débordé. Le tablier du pont avait été retiré, el une partie des poutrelles brûlées ou arrachées . En face, sur la rive gauche, s'étendait une prairie de huit cents mètres environ, puis s'élevait en amphithéâtre le village d'£lchingen, entouré de jardins clos de murs et couronné à son sommet par un couvent bâti sur le plateau. L'infanterie autrichienne, embusquée dans des maisons, gardait 1^ abords du pont, que battaient plusieurs pièces d'artillerie.
La position était formidable et défendue par quinze mille hommes. Il fiiUait toute Taudace de Ney et Tii^ trépidité de ses troupes pour T aborder. Le maréchal fit placer deux pièces de 8 et un obusier pour contre-battre Fartillerie ennemie. Puis, précédé par des grenadiers et quelques sapeurs, suivi du 6^ léger et du 39° de ligne, de la brigade Yillatte, le maréchal s*avança tout près du pont, et, descendant jusque dans le fleuve qui baignait les pieds de son cheval, il ordonna au capitaine Cloisel, aide de camp du général Loison, de prendre une planche et de la placer sur les poutrelles ; Cloisel la place, aidé par un sapeur, qui tombe la jambe brisée par la mitraille. Au même instant, les grenadiers arrivaient, apportant des planches qu*on avait fait venir de Lieben ou qu'on avait trouvées arrêtées au pilotis du pont. Mais une compagnie de carabiniers et les voltigeurs du 6* léger, entraînés par une ardeur que doublait la présence du maréchal, s*élancent sur les poutrelles à travers la mitraille, traversent le pont, tombent }ur les eanonniers autrichiens qulls tuent ou mett«at