‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 77 sur 139 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Einbnrras do In Prussr». — Hnugwitz, cession du Hanovre a la Prusse.

— Les Pi()url)ons de Naples ont cessé de régner. — Conséquences du traité de Presbourg. — L'électeur de Wurtemberg, l'électeur de Bavière deviennent rois. — Retour de Napoléon à Paris. — Crise finsnetère. — Morl de Pitt. — Rapprochement dd Fox el de Napoléon. Mort de Fox, niplare des négociations. — > Le grand empire. — Confédération du Rhin. — Etat des esprits en Allemagne. — Politique de Napoléon. Opinion do rhistorieiT Alison. — L'armée française cantonnée en Allemagne. ^ Cnractèie du soldat français. — Lettre d*Augu8te Colbert.

— liesoin de se d^' germaniser. — Le colonel Walmoden.

— Lettre du prince de NeufchàteL — Auguste Colbert revient à Paris.

La paix conclue le 26 décembre à Presbourg allait

sans doute doiiuer quelque repos à larmée, mais elle ne devait pas la ramener dans la patrie.

A chaque pas de Napoléon dans sa prodigieuse carrière, le champ s'élargit autour de lui : les événera^qls grandissent» se compliquent et semblenl le oon4uiré fatalement, soit par la force des choses même, soit qu'il subisse renlrainemcut de son ambition et de son génie guerrier, à marcher toujours en avant ei à vaincre, jus* qua ce ([u'euHa il succombe sous la grandeur uième de "es entreprises.

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Mais n*aiiUcipoiis pas sur les temps. Il est d'ailleurs

cuiieux de s'arrêter au bpeclaclc que préseiilail TEulope au commencemeiii de Taimée 1806.

Cette coalition, sur laquelle Pitt avait fondé tant d espérances, qui lui semblait être la plus forie barrière qui eût Jamais été opposée à Tambition de la France, était brisée, vaincue. L'iVutriche accablée subissait la loi que lui dictait le vainqueur. L'empereur Alexandre, ayant derrière lui les profondeurs de son empire^ s'était soustrait par une retraite rapide aux conséquences d'Austerlita. Le projet datiaquer la

France au nord par des troupes russes, aii^daises et suédoises placées sous le commandement du roi de «Suède, Gustave IV, avait complètem^t échoué.

Au milieu de ce désarroi général de la coalition, la Prusse se trouvait placée par ces incessantes tergiversations dans une situation non seulement fausse, mais menaçante et pleine de périls. Elle avait d'abord voulu .rester neutre et refusé de se Joindre au mouvement

. contre Napoléon; puis elle s'était montrée profondément blessée de la violaUon de -son territoire à Anspach par Parmée française. Profitant de rirritation qu'éprouvait le roi de Prusse, l'empereur Alexandre était ac-

' couru, et le 3 novembre 1805, après un échange de protestations d'amitié et des sermeuls prononcés sur la « tombe du g^d Frédéric, ime convention avait été con* « cKie à Potsdam, |Htr laquelle Frédéric-Guillaume s'engageait à faire cause commune avec la coalition. Touteibis il voulut d'abord se poser en médiateur et faire à l'empereur Napoléon des propositions relatives à une paix générale» propositions qui, si elles étaient reje->

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tées, devaient se changer en une dédaraiion de guerre. Tout d'abord, et comme première mesure, il mettait ses troupes sur pied. Ce fut le comte de Haugwits, homme d'un esprit modéré et partisan de la France, qui fut chaîné de cette mission. Il arriva à Vienne le 18 novembre, et n'eut que le 28 une audience de Napoléon, dans laquelle on ne traita que de questions secondaires.

Les événements marcbèrent rapidement; Auslerlitz avait changé toutes les situations, et lorsque, le 7 décembre, Haugwitz fut reçu par Tempereur Napoléon, le temps d'imposer des conditions était passé, il fallait en subir. La Prusse se trouvait désormais seule en face du vain(|ueur qui venait de la surprendre en ilagranl délit d'agression. ËUe avait tiré Tépée du fourreau; si elle ne s'en était pas servie, c'est que les événements avaiëht été trop rapides. Napoléon pouvait, avec loO,ÛÛÛ soldats enivrés de leurs triomphes, tomber sur la Prusse isolée, envahir la Silésie dégarnie de troupes, soulever la Pologne prussienne toujours fisémissante ce fut la menace qu'il fit entendre dans un véhément langage ; mais il voulait une vengeance plus calculée 'et qui répondit mieux à ses fins : c'était d'asservir la Prusse à son alliance en la brouillanl avec l'Angleterre et la Russie, ce qu'il lit en lui imposant un traité lequel il lui cédait le Hanovre. En échange du Hanovre, le roi de Prusse devait abandonner quelques lambeaux du territoire d'Ânspach^ la principauté de Neuchâtd et le duché de Clèves.

Le dilemme était posé : Uaugwits avait à choisir im« médiatement entre une guerre qui pouvait entraîner la

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ruine de son pays et une eonvmUon qui donnait à la

Prusse un terri tuire toujours convoité, un notable accroissement de force, une ligne de défense qui lui inanquait et lui assurait le cours de l'Elbe et le commerce du nord de TAllemagne. Haugwitz signa la convention le 15 décembre : c'était le jour même où, d*après la convention de Potsdam, la Prusse devait commencer les hostilités.

n 7 eut bien à Beiiin quelques scrupules : on avait

des engagements avec l'Angleterre relativement au Hanovre; mais enfin, après une assez longue hésitation, Tintérèt ou plutôt la nécessité l'emporta et le traité fut ratiHé, saui quelques modifications pour lesquelles Haugwitz fut envoyé à Paris et dont nous reparlerons plus lard.

Tandis que Napoléon grandissait ainsi la Prusse pour la séparer de la coalition et la mieux dominer, sa main s'appesantissait sur les BourLons de Naples. De par la toute-puissance de l'épée d'Austerlitz, il déclarait que la d^'nastie de Naples avait cessé de régner : « Son existence, disait-il, est incompatible avec le repos de FEu* rc^ et rhonneur de ma couronne. » En même temps, une armée française, commandée par Gouvion Saint- Gyr, s'avançait à marches forcées pour exécuter cet arrêt. L'expiation qu'il imposait était singulièrement sévère ; mais, il iaut le dire, la mauvaise foi avait été insigne. Au commencement de la guerre, Napoléon avait reconnu la neutralité de Naples; le roi s'était en- * gagé à repousser par la force toute atteinte portée à cette neutralité; mais bientôt, à la vue de la coalition puissante qui se formait contre la France, les tèles s e-

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garèrent, la reine, i'ardenle Marie-Garolinei crut que la dernière heure de la puissance de Napoléon avait

souué : les traités étaient-ils sacrés à l'égard d'un tel homme? Bientôt l'expédition anglo-russe fut accueillie à Naples. Mais revenons aux conditions essentielles de la paix de Presbourg.

Par ce traité» Tempereur Napoléon enlevait à TAutriche : Venise et ses États de terre ferme, l'Istrie et la Dalmatie qui lui avaient été concédées à Campo-Formio, et les joignait au royaume dltalie. A la Bavière il donnait le T^rol, le Vorarlberg, les comtés de Treute et de Brixen, le territoire de Lindau» la principauté d*£ichstœdt et une partie de révèché de Passau.

Au Wurtemberg : les cinq vlUes dites du Danube, les deux comtés de Hohenberg, le landgraviat de Nellen* bourg et les portions du Brisgau enclavées dans ses possessions.

Au grand-duc de Bade : le reste du Brisgau, TOrte-

nau et la ville de Constance.

Ces abandons étaient faits par le chef de la maison d'Autriche, qui, comme empereur d'AUemague, en approuvait encore d'autres. C'est ainsi que la Bavière réunissait & ses possessions la ville d*Augsbourg et son territoire.

Une déclaration importante accompagnait ces concessions : il y était dit que l'électeur de Bavière, l'électeur de Wurtemberg et Téiecteur de Bade jouiraient sur les territoires à eux cédés, comme aussi sur leurs anciens États, de la plénitude de la souveraineté et de tous les droits qui en dérivent» de la même manière qu'en jouissaient FAutriche et la Prusse sur leurs Étals allemands.

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C'était la deslruclion de rancieiiue constituliou germanique; les liens qui jusqu^alors laliachaient les divers États au chef de Tempire étaient brisés.

Enfin, pour consacrer la plénitude de la souveraineté dont ils étaient désonnais investis, les électeurs de Bavière et de Wurtemberg prenaieut le titre de roi, qui devenait le signe matériel de leur nouvelle puissance. Par le traité de Presbourg, rAulriche perdait 2 millions 700,000 habitants et 13 à 14 millions de ilorins de revenu.

Ces abaudons de territoire changeaient eu outre complètement ses frontières : elle ne touchait plus à Tltalie, 86 trouvait éloignée du Rhin, de la Souabe et de la Suisse; Napoléou, en concédaut à ses alliés allemands les pays qu*il venait d'arracher à TAutriche, renforçait la ceinture d'Étals qu'il interposait entre elle et sou propre empire. C'était, au reste, la politique que l'ancienne France avait toujours pourmivie.

Les princes allemands, les électeui's de Wurtemberg, de Bavière et de Bade, entraînés par Tambition, le désir d'indépendance, par leur vieille jalousie contre le chef de Tempire germanique, étaient entrés av ec ardeur dans la voie ouverte par Napoléon.

Mais alors, il faut le dire, le sentiment d'une patrie commune existait à peine en Allemagne ou était oblitéré par d'autres intérêts. Les princes ne pensaient qu'à celui de leur puissance; pour les peuples, et particulièrement ceux de la rive gauche du Rhin, qui étaient réunis à la France, voici ce qu'en dit un historien allemand, Piisier :

« Si les Allemands de la rive gauche sentaient moins tt ' ' ift

la honte d'uae domination étrangère, c'est qu'ils ve*

naient de se soustraire à la dépendance dans laquelle la cour de Rome tenait les États ecclésiastiques jadis situés sur cette rive, et que les petits États des princes et des comtes du Rhin avaient toujours été despotiquem^t gouvernés» (1).

Enfin, par un de ces contrastes aveugles qu'on rencontre si fréquemment dans les choses humaines, tandis que chacun à l'envi travaillait à détruire le vieil empire, qui en définitive était une forme incomplète, si Ton veut, mais enfin une forme de l'unité allemande, ^ dans le pays de Bade, en Wurtemberg, en Bavière, les souverains s'emparaient des biens de la noblesse immédiate, de ceux de l'ordre équestre teutonique enclavés dans leurs États, préparant ainsi à leur insu pour l'avenir de plus grandes spoliations et une nouvelle et plus complète unité»

Napoléon, avant de retourner en France, voulut cimenter son alliance avec les souverains allemands; il fit épouser la fille du roi de Bavière à Eugène, son fils adoptif, qui fut créé vice-roi d'Italie, et peu après il maria au grand-duc de Bade Stéphanie de Beauhamais, qu*il avait aussi adoptée.

Le 30 décembre, Napoléon arriva à Munich. Le lendemain, une proclamation annonçait aux Bavarois que leur électeur était désormais roi. On vit alors au milieu de fêtes brillantes Napoléon, sur un trône, recevoir les hommages des souverains dont il venait d'agrandir la

(1) Histoire d'AlimajftUfi^r J.-C. PUster, traduite par M. Faquis, il, p. L

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puissance. A ses côtés était rimpérairice Joséphine; il

l'associait à l'éclat de sa gloire, et le cœur de la mère se remplissait d'orgueil et de joie en voyant son ûls Eugène receyoir la mmn de la princesse de Bavière et la couronne dUtalie, dont Napoléon, à défaut d'héritiers directs et légitimes, lui assurait la possession pleine et entière pour lui et ses descendants.

Stuttgard eut aussi ses fôtes, et tandis que Napoléon parcourait rAllemagne en souverain, recevant les hommages des rois qu'il avait laits, les prescriptions du tmté de Presbouj^ s'accomplissaient : Venise rentrait avec joie dans le sein de la patrie italienne, et le Tyrol se voyait avec peine arraché à ses anciens maîtres pour passer sous la domination de la Bavière.

Sur un point éloigné seulement, aux bouches du Gattaro, se rencontrait un obstacle, une résistance im- • prévue : soit faiblesse, soit connivence de la part du gouverneur autrichien, une Hotte russe avait pénétré dans le port et s^était emparée de Gattaro. L'armée fran« çaise venait de quitter Vienne et se retirait des Étals héréditaires. Lorsque Napoléon reçut cette nouvelle, de suite il arrêta la reddition de Braunau et somma TAutriche de mettre la France en possession de Gattaro.

Par suite de ces drc^mstances, et s'appuyant sur des motifs fort plausibles, l'empereur des Français maiutmt ses troupes sur les deux rives du Danui)e, position d'où il pouvait surveiller TAutriche et assurer l'exécution du traité de Presbourg eu Allemague. Ou verra d'ailleurs plus tard quel parti il en tira contre la Prusse.

Laissant alors le commandement de rarniée à lierthier, il se mit en route pour la France. Jamais retour

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plus triomphal n'avait eu lieu ; jamais peut-être lliistoire u^avait moutré laut de victoires, tant de grands évéoements accomplis en si peu de tmps : moins de quatre mois avaient suffi. Ce n'était pas seulement l'Autrichô envahie, réduite aux abois, la Kussie vaincue : c'était la face de rAllemagne changée, le gothique édiûce de Tempire germanique écroulé, c'était TEurope, enfin, confondue de tant de génie et de tant de forlune.

Napoléon rentra en France par le pont de Kehl et Strasbourg. Une immense population couvrait les deux rives du Rhin, qui semblait désormais ne plus séparer rAllemagne de la France. Paris, enfin, Tattendait : sa population ini^)ressiounable , ardente, toujours avide d'émotion et amoureuse de gloire, avait appris avec un sentiment d*orgueil la nouvelle de nos triomphes; mais, lorsqu'on vit les trophées dont s'était fait précéder le vainqueur, ces amas de drapeaux conquis à Ulm, à Austerlilz, encore tout couvei ls de la poussière et du sang des batailles, lenthousiasme fut au comble. Le peuple, le sénat s'apprêtaient à recevoir l'empereur au milieu d'arcs de triomphe, mais il se déroba à ces ovations et rentra inopinément aux Tuileries dans la soirée du 2o. Le lendemain, après une nuit tout entière passée au travail, le jour naissant Ty retrouvait encore.

En arrivant, par le fait le plus imprévu, il avait trouvé le Trésor public pour ainsi dire vide et la banqueroute presque menaçante. Le ministre, Barbé-Marbois, avait eu l'idée de faire valoir les fonds du Trésor en plaçant 140 millions en obligations espagnoles sur la Vera-Gruz; elles n'avaient pu être réalisées, la Banque

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