‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 2)Chapitre 14 sur 54 · LES FÉES · texte numérisé non relu

LES FÉES

a - at n Haute-Bretagne, on parle très-souvent ■ BK des fées. Outre les légendes nombreuses mBh u'oii raconte â leur sujet, plusieurs proverbes où elles figurent sont restés dans la conversation courante ; on dit : ■ Blanc comme le linge des fées, » pour désigner du linge d'une blancheur éclatante; <■ Belle comme une fée, » pour exprimer une beauté surhumaine.

Elles se nomment généralement Fées, parfois Files, nom plus voisin que fée du latin fala; ou dit une FUeetMa FiU{i);it Fête dérive vraisemblablement Faito ou Fcùtauâ, qui est le nom que portent les pères, les maris ou les enfants

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des fées (Saint-Cast). Vers Sainl-Briac (Ule-el- Vikine), on les appelle parfois des Fimis; ce lerme, qui s'applique aus deux sexes, semble aussi désigner les lutins espiègles.

Vers le Mené, dans les cantons de Collinée et de Moncontour, on les appelle des Margot la Fie, ou ma commère Margot, ou bien la bonne ferumt Margot.

Sur les côtes, on les désigne asseï souvent sous le nom de bonnes damss ou de nos bonnes mires les fées ; en général on parle d'elles avec

Les fées étaient de belles personnes. II y en avait toutefois des vidlles qui paraissaient avdr plusieurs centaines d'années ; quelques-unes avaient les dents longues comme la main, ou leur dos était couvert de piaules marines, de moules ou de vignots ; c'est une maniire de déàgner leur ancienneté.

A Saint-Casi on dit qu'elles étaient habillées de toile, sans que j'aie pu obtenir des détails plus précis; dans l'intérieur on est plus afSnnatif, et voici la déposition textuelle qui m'a été faite, en

Elles étaient faites comme des créatures humaines; leurs habits n'avaient point de coutures, et on ne savait lesquels étaient des hommes, lesquelles étaient des femmes. Qjiand on les apercevait de loin, elles paraissaient vêtues des habits les plus beaux et les plus brillants. Quand on s'approchait, ces belles couleurs disparaissaient ; mais il leur restait sur la tète une espèce de bonnet en forme de couronne, qui paraissait faire partie de leur personne.

(Conl* ptr Fnnçoi! Millet du Coura)-, Uiboureui.)

Sur la côte, on prétend que les fées appartenaient i une race maudite, et qu'elles avaient été condamnées à rester sur la terre pendant un certain temps.

Vers le Mené, canton de Collinée, les anciens disaient que lors de la révolte des anges, ceux qui étaient restés dansle paradis se divisèrent en deux; les uns prirent parti pour le bon Dieu ; les autres restèrent neutres. Ces derniers furent envoyés sut la terre pour un temps, et ce sont ces anges à moitié déchus qui étaient les fées.

(Coni* ta iSSi pa. J.-M, Conuuli, du Gouriy.) Dans la Fée de Crlhta, no xxi, 2» série des ConU! populaires de la Haute-Bretagne, le prêtre, après avoir baptisé la fée et ses parents, maudit leur grotte. Un conte recuàlli à Saint-Suliac pai

.RSTITIONS

M<M de Cemy raconte aus^i que la fée du Bcct

du-Fuy fut exorcisée par le curé de Saint-Suliad 1

On ne vit rien; mais on entendit un cri de don* |

leur. ,

En général on croit que les fées ont existé, i mais qu'elles ont disparu ù des époques qui valieDt suivant les pays. Dans l'ititécieur, vers le Mené, d'après ce que j'ai entendu personnellement, depuis plus d'un siècle il n'en existerait plus. Il en est de m£me aux environs d'Ercé (Ule-et-Vilaine). Sur la côte, où l'on croit fermement que les fées ont habité les boules ou grottes des falaises, l'opinion générale est qu'elles ont disparu au commencement du siècle. Nombre de persomies, âgées aujourd'hui d'une soixantaine d'années, ont entendu raconter à leurs pères ou i leurs grauds-pèrei qu'ils avaient vu les fées. Jusqu'à présent, j'ai rencontré une seule personne qui croyait à leur existence contemporaine ; c'était tine ancienne couturière de Saint- Cast ; eîle en avait si peur que, lorsqu'elle allait coudre dans les fermes, elle faisait un grand détour pour éviter de passer â la nuit close auprès d'un champ qu'on nomme dans le pays le Couvent dn Fées.

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àm ftes; c'est là que |adis elles venaient danser. A Warioy* Bâillon (Somme) est un Champ des fies où elles tenaient jadis lev sabbat. (Œ Mil, col. 71.)

Une autre femme de Saint»Cast les avait vues une seule fois. Void comment j'ai eu connaissance de ce fait, assurément curieux :

Rose Renaud, ma conteuse habituelle, ne se souvenait plus que vaguement d'une légende de Houle qu'elle avait entendue dans sa jeunesse* Elle se dit : «Il Êiutque j'aille voir la bonne femme Chéhu; si elle est dans un de ses bons jours, elle me racontera ce qu'elle sait. »

Elle alla chez la bonne femme Chéhu, âgée de quatre-vingt-huit ans, et aveugle depuis plus de vingt ans, mais qui certains jours a une grande lucidité et se rappelle trèsrexactement œ qu'elle a vu ou entendu dans sa jeunesse.

Elle lui dit :

— Marie Chéhu, savez-vous encore des contes sur les fées des Houles ? Je voudrais bien savoir celui du Pertus d'Enfer ?

— Non, ma Rosette, je ne sais plus de contes: fe te les sd tous racontés; mais j'ai vu les fées.

— Vous avez vu les fées? s'écria Rose Renaud.

— Oui, je les ai vues, aussi vrai que je vous parle.' J'avais à peu près huit ans, lorsqu'un jour j'étais à garder mes moutons auprès de la Mare, m, à côté de moi il y avait des pâtoures de mon

âge. Tout d'un coup Tune d'elles s'écria : « Voici les fées I » Je regardai, et je vis deux femmes et un homme habillés tout en toile, qui marchaient sur les rochers comme sur un beau sentier. Nous allâmes pour les voir de plus près^ au fil de l'eau, car nous pensions qu'elles devaient passer par là. Qjiiand les fées et le faitaud furent arrivés auprès de nous, il leur tomba sur la tête des binettes (sorte de corbeilles en paille) qui leur cachaient la figure. Nous voulûmes les regarder par dessous ; mais elles soufflaient sur nous, et nous étions prêtes â tomber. Des femmes qui lavaient au doué de la Mare les avaient aperçues aussi, et elles étaient accourues sur la dune pour les regarder. Nous qui pensions que les fées allaient â la Houle de la Corbière, nous prîmes un sentier qui menait auprès de la redoute sous laquelle se trouve l'entrée de la Houle, et comme nous y arrivions, nous vîmes le faitaud et les deux fées qui y entraient.

— C'est bien vrai? demanda Rose Renaud.

— Oui, s'écria la bonne femme, je te jure que c'est vrai. Mais je ne les ai vues que cette fois-là. Elles n'ont pas reparu depuis que le siècle est conmiencé.

(Conté par Rose Renaud, de Saint-Cast, le soir même.)

Naguère encore, une femme de Plévenon racontait que soa> ▼ent sa mère allait leur causer ; mais depuis elles ont dispam.

Les fées ont disparu depuis que l'on sonne VAngdus et qu'on chante le Credo ; mais par la suite des temps la religion s'éteindra, on ne chantera plus le Credo, on ne sonnera plus V Angélus, et les fées reviendront. (P.)

Les anciens disaient avoir entendu dire à leurs anciens à eux qu'il y en avait eu jusqu'à une certaine époque. Alors elles avaient disparu ; mais au bout d'un certain temps elles devaient revenir. (P.)

EUes sont toutes parties la môme nuit ; elles reviendront aussi la même nuit. (S.-C.)

J*ai retrouvé la même croyance, avec plus de précision, vers Ercé-près-Lif&é (Ille-et-Vilaine).

Les fées reviendront le siècle prochain, parce que le chiffre du prochain siècle est un chiffre impair. Le siècle aaud est le siècle invisible, c'està-dire celui où on ne voit pas les esprits : on les reverra dans le prochain.

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