‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 2)Chapitre 15 sur 54 · SI · texte numérisé non relu

SI

LES DEMEURES r

ffiBgttEs fées avaient pour demeures du endrats B^^ qui, par leur aspect singulier, devaiem v^^ frapper l'imagination des paysans oa des marins. Elles habitaient des lieux élevés, dtt tertres naturels ou des lumuli (cf. la Fit dt Ctéhen, i' s., un xxi), des landes couvertes de brouillards, de gros rochers naturels, des roches aux fées ou des dolmens, des groties creusées dans les falaises.

Dans un bois qui m'appartient, et qui est près du village du Limbe, commune du Gouray, il y » de gros rochers; entre deux des plus forts est un espace vide, long de ; à 6 mëires, haut d'environ 1" 50, et qui forme une sorte de maison. On m'i dit que jadis les Margot la fée y demeuraient; même maintenant, on n'y passe pas volontieis le soir, après le soleil caché. On m'y a montré, empreint sur le rocher, le pied des Margot (long de 50 centimètres environ^, les clous de leurs sabots, leur bsF (berceau). Il y a deux endroits où elles faisaient du feu, et près de l'un d'eui de grosses pierres sur lesquelles elles s'asseyaieU

TRADITIONS ET SUPERSTITIONS 8l

pour se chauffer. Un autre rocher est leur lit ; un plus petit leur oreiller. Un peu plus loin, séparé du bois par un ruisseau, est une pierre plate sous laquelle la reine des fées est enterrée. (P).

On assure que les pierres de la Brousse étaient les hôtes (maisons) des Margot la Fée; on y voit encore une pierre taillée comme un berceau :

c'était celui dans lequel elles berçaient leurs en- ^ts. Leur puits est couvert d'une dalle qui sonne le creux quand on frappe dessus ; on dit qu'il y a un trésor dessous.

D y a aussi une pierre qui est faite comme un si^, et l'on dit qu'elles venaient s'y asseoir.

Les anciens prétendaient que les fées avai!:ui été chercher les roches de la Brousse, qui étaient dans les prairies, et que leurs bœufs les avaient montées sur la butte. .

De loin on les voyait manier des pierres énormes, comme celles de Crokélien et de la Brousse, et l'on supposait que ces pierres boudiaîent l'entrée de leurs souterrains ; mais quund on s'approchait, dles semblaient ne pas avoir bougé de place.

A certains momenis, la butte de Crokélien paraissait couverte de beau blé ; mais à mcsurLqu'on en approchair, il disparaissait. Les dalles de la Brousse semblaient aussi porter les plus belles fleurs, des fleurs de jardin, des fleurs de pr;!irie

et des fleurs de pommier ; mais quand on arrivait auprès, on oe les voyait plus. Il en L'tait de même de belles prairies vertes qu'on \oy3it de loin sur la butte : i de cert^as jours, les rochers étincelaient au soleil comme des miroirs.

(CoBIt en iSSo p*c Fraii;i>i> Millet, liu Gouny, n^ cl

Un passage de Noël du Fail.quî éiait conseiller au parlement de Rennes et né aux environs de cette ville, parle en desitrmes sensiblement ana- Ic^es des fées, qui alors {fin du SVI' siècle) se montraient parfois aux paysans.

a Et ainsi occupés i diverses besongnes, le bonbomme Robin (après avoir imposé silence) commenfoit le conte de la Cigogne.... de Melu- Mne.... des fées, et que souventesfois parloit i elles familièrement, mcsme la vespree passant par le chemin creux, et qu'il les voyoit dancer au bransle, près la fontaine du Cormier, au son d'una belle veze couverte de cuir rouge, ce lui estoit advis, car il avoit la vcuë courte.... Disait (en continuant) que en charriant le venoient voir, affermant qu'elles sont bonnes commères, et voluntiers leur eust dit le petit mot de gueule, s'il eust bien osé, ne se defRani point, qu'elles ne lui eussent joué un bon tour. Aussi que un jour les espia, lorsqu'elles se retiroîent en leurs ci

TOCSy et que soudain qu'elles approchoieni d'une petite motte, elles s'esvanouissoient : dont s'en retoumoit, disoit-il, aussi sot comme il estoit venu. Et ce disant, faut penser qu'il ne rioït aucunement, aîns faisoit bonne pipée. »

(PrefBf niliiqvrt tl faeiliatx, 1. I, p. 40 et 4a, éd. Asifui.)

Je n'ai aucune légende sur les fées des eaux douces; pounant on m'a dît qu'autrefois il y en avait â mon étang de Kilhouri (communes de Penguily et du Gouray) ; mais comme on voit sur les bords de grosses roches semblables à celles où les Margot font leur demeure, il est possible que ces fées ne fussent pas, â proprement parler, des fées des eaux. Je n'ai pu, au reste, jusqu'à présent, obtenir de détails précis â leur sujet.

M"« de Cemy parle des fées de la Rance, qui, pendant les orages, vêtues des couleurs-de l'arc-en-ciel, en suivent une plus belle montée sur une barque faite d'un nautile des mers du Sud, traînée par deuit écrevisses (p. 5}-62). Je n'ai point trouvé les similaires de ces jolies fées qui, d'ailleurs, sont plutôt des habitantes de la mer que des rivières, la Rance étant à Saint- Suliac un véritable bras de mer.

Mais le groupe le plus important de demeures de fées que j'aie rencontré est celui des Houlei.

Sur le littoral de la Manche, on appelle Houles

(cf. l'anglais hoU, caverne, grotte) les grottes des lalaises ; ou en trouve i Cancale, presque â la limite de la Narmandle et de la Bretagne ; dans la commune d'Étables, à. quelques kilomètres du pays bretonnant, est la Houle Notre-Dame, plus près encore en Tréveneuc, qui touche Plouha, où commence la langue bretonne. Entre Saint-Marc et le Bec-du-Vir se trouve la Houle du Canon. Le Trou-au-Diable, autre houle de la même commune, va, dil-on, jusque sous la tour de Tréveaeuc (i kilom.) ou sous le chitcau de Pomoiio (800 à 900 m.).

Entre ces deux points extrêmes, les houles sont nonibreuses; j'en connais plus de vingt, et je suis loin de les connaître toutes. J'ai habité Saint- Cast pendant plusieurs étés, croyant qu'il n'y at avait que deux sur les rivages de cette commune : une exploration plus serrée m'a appris qu'il en

De ces grottes, les unes, comme celles de la Glaise de Fréhel en Flévenon,ont des proportions monumentales : leur entrée est parfois une sorte de voûte cintrée élevée de to i 12 mètres; elles se prolongent sous terre si loin, que personne, dit-on, n'est allé jusqu'au fond. D'autres ont une entrée étroite, sorte de longue fente disàmulée entre les rochers, et qui laisse à peine un passage suffisant pour un homme ; si on y pénètre, on

trouve parfois une caverne assez spacieuse et qui s'étend assez loin. D'autres houles sont actuellement à l'état de ruines; la falaise en s'éboulanc les a comblées, et leurs voûtes glissant sur ies parois sont tombées par terre. Presque toutes celles de Saint-Cast sont ainsi ruinées. Souvent l'entrée des houles est au fond d'une tranchée à parois presque droites qui forment une sorte d'avenue. Les gens du pays, surtout ceux qui sont âgés, disent que, depuis le départ des fées, les houles n'étant plus entretenues, sont tombées en ruines. ^utre le nom de houles, qui est le plus généralement employé, ces grottes des falaises partent aussi celui de Pertus es Fées oc de Houle, qui est peut-être une altération de houle; parfois aussi on les appelle les Chambres des fées. 11 y en a où l'on voit, dit-on, les tables de pierre sur lesquelles elles mangeaient, leurs sièges et les berceaux en pierre de leurs enfants.

^sa^;^!ss»s^!^5î^?s^!^

j attribue aux fées pluàeurs travaux remarquables par leur difficulté ou par lenr.

élégance. On a déjà vu, au chapitre dea' s préhistoriques, et dans le préseiu< chapitre, page Si, que la construction de nombre de mégalithes leur est attribuée ; voici qudqus autres travaux qu'elles ont accomplis.

A Ercé, on racontait autrefois que l'étang de Grafard, situé entre cette commune et celle de Gosné, avait été creusé la nuit par des fées qm, ayant désobéi à une fée supérieure, avaieni été condamnées à faire ce travail.

A Saint-Cast, on prétend que ce sont elles qQÏ ont bâti la tour de Cesson. Cette tradition existe aussi vers Jugon, et voici ce qu'on raconte : la fée qui faisait construire la tour aperçut sur sa roule une pie morte. ^ Pourquoi cet oiseau ne bouge-t-il pas ? demanda !a fée. — Ces mort, lui répondit-on. — Ah ! puisqu'o; cessons, dit la fée. Et c'est depuis ce que la tour de Cesson porte ce nom.

(Conié ta iSio par J»mic-Uiri; Chesnû, de Jugon, d

it qui est

TRADITIONS ET SUPERSTITIOl

« La chapelle de Saint-Jacques-le-Majeur en Saint-Alban a un ponail d'une dégante archilec-

tecture Ce sont les fées, dirent à Habasque

(t. m, 170) les femmes du hameau, qui par endianfêment ont élevé ce beau portail ; mus par malheur, comme elles étaient occupées de leur travail, elles aperçurent une pie moite. — On meurt donc dans ce pays-ci ï — Oui, reprit-on. Cette réponse les déconcerta, et elles s'en allèrent sans achever leur travail. »

En Konundie, La ccnutnictiOD d« ceruina édifieci ett miui iKribitfc uu fta (cf. Amilic Boiqnct, p. i<») ; U « al de mtaie dut la Voiga (cF. Jouuk, Voiga-Alticc, p. 9i, 1.1. MS, »t6)-

D les fes (étaient sur terre, elles st 1 fréquemment ti résumiî, ce que j'ai recurillî sur les fées îles Houles, et qui m'a été fourni, soit par quarante contes environ que j'ai recueillb sur les fées du bord de la nier, soit par les personnes qtie j'ai iutL-rrog<îes sur des points spéciaux.

Les fées des Houles vivaient dans leurs grottes, et elles en sortaient plus volontiers la nuit que le jour. Le jour, elles n'étaient vbibles que pour Vfo-i qui avaient eu le tour des yeux frotté avec la pommade qui rend clairvoyant ; mais la nuit tout le monde les voyait.

Cf. VEnjant de ta fée, n° xvii des Cetilei pefu- Uirti, i« série ; la Gouk is Fks, la Houle Cosuu, LUI. orale, p. ig et 24,

A part leur pouvoir surnature! et leur immorlaliié, les fées vivaient comme les hommes et avaient presque les mfmes passions; les hommes ont toujours fait les dieux ù leur image.

Elles étaient comme eux sujettes aux maladies : dans V Enfant de la fée, no xvn dos Qmi, pop. y i» s., un enfant de fées a mal aux yeux; une fée est accouchée par une sage-femme (la Goule es féeSy Litt, or, y p. 24).

Dans ces contes, des femmes se sont frottées «vec une pommade et reconnaissent les ftes sons tous leurs d^uisements ; dans les deux derniers, de même que dans VŒU de cristal, n" iv^ 2* s. , les fies, pour punir les gens de leur indiscrétion, leur arrachent l'œil qui voit. D'après une l^ende rapportée par Le Men, une «a ge^femi ne qui était allée accoucher une Corrigan reçoit Tordre de fiotter l'enfimt avec une pierre ronde ; elle la passe sur son oeil. Mais comme elle a Timprudence, quelque temps après, de dire à une Corrigan qu'elle l'a vue voler à la foire, la G>m'gan lui arrache l'œfl. (P. 331.)

Elles se mariaient soit avec des Faitauds, qui jouent en général un rôle assez effacé (cf. V Homme de meTj où l'homme de mer, à la chevelure de varech et au corps couvert de limon verdâtre, épouse une des fées de Poulifée), soit avec des hommes.

Cf. la Fleur du Rocher, n© vi, 2^ s., qui se marie avec un soldat; la Fée de Crèhen, no xxi> 2e s,j qui épouse M. Villepouri ; la Fille des Fées, qui, amoureuse d'un marin, a un enfant et finit par devenir sa femme, La Fée et le Marin (Contes populaires y n© xxn, i»"e s.).

En Normandie (cf. A. Bosquet, p. 98) existent aussi des l^endes où des fées épousent des hommes.

Mais il semble qu'en s' unissant aux hommes

90 TRADITIONS ET 5UFEKSTIT10

elles cessaient d'être immortelles, sait par suite de leur baptême, comme la fëc de Créhen et ses parents, soit simplement parce qu'elles vivaient parmi les hommes. (Cf. la Fleur du Rocher, qui meurt, ainsi que ses parents.)

Elles avaient des enfanu. (Cf. la Gouhès Fées, l'Enfant ie la fie, U Fie et U Marin, la Fleur du RocÂer, etc.)

Qpelquefois aussi elles pri:naient les enOuits des homnies et mettaient i kur place des petites ' créatures à l'air vieux qui ne grandissaient point,

A Dinard, il y avait naguère une femme si petite, bien qu'elle eût plus de trente ans, qu'elle avait à peine la taille d'un enfant de dix ans. On disût d'elle qu'elle avait éii changée par les fêes.

(CoBIé tu iBSo par U<°> veuvs BLiLiJiti, nki Lecoun, ia

Jadis elles enlevaient les enfants et □ les leurs i la place; ces enfants changés étaient petits, butors, et avaient la mine vieux. Ils œ grandissaient point. Pourtant on dit que les fées étaient de belles personnes.

(Coati jur RoK Rcuuil, de Silnl-Cist.)

J'ai plusieurs contes où il est question d'enfanti volés par les fées.

(Cf. Il Hi«U. J, ChSim, a' it, i" iinc. a l'£n/>u Oan^,

lyWprès Le Men, ces substitutions d*en£uits sont attribuées génèfilcmcnt en Baaae*Bretague aux nains plutôt qu'aux fées ; le procédé à employer pour se faire rendre les enfants volés est le même qu'en Haute-Bretagne : coques d*oeu£i remplies de bouillie 00 d*eau, qui font parler le petit monstre. (Cf. Rgvue celt., p. 330, et 232-233, où sont racontées plusieurs légendes d'enfants duui|;és.)

im* Amélie Bosquet, qui a consacré tout un chapitre aux enlèvements et aux substitutions d'enfants, constate (p. 116, 117 et suiv.} que la même croyance existait en Normandie ; le moyen employé pour obtenir la restitution de l'enfant vériuble est le même à peu près qu'en Bretagne. En Berry (cf. Laisnel de la Salle, I, iiS)> on croyait aussi aux cian^«/t«f^f opérés par les £ades; mais la légende est plus effacée.

D'après un conte que j'ai recueilli à Saint-Cast et qui n*est pas encore publié, elles emmorphosaient (métamorphosaient) les gens en bêtes. (Cf. aussi la Houle de ChéUn, 2^ série, n» vil) Elles-mêmes se montraient sous diverses formes, tantôt laides à faire peur ou vieilles, et le moment d'après belles « comme des bonnes vierges » (cf. la Fleur du Rpcker, etc.) ; elles prenaient aussi la forme d'animaux (cf. le Marsouin, 2^ série, no xvi).

Elles se livraient à des occupations semblables à celles des hommes. On les entendait bercer leurs enfants (cf. la Houle de la Corbière, i^ série» no x) ; boulanger pour mettre du pain au four (cf. 2e série, le Pertus es Fêtes, no ix ; la Houle du Chdtelet, no i; la Houle de Chèlin, no vu).

En Beny, près des cascades du Portefeuille, on voit le cbau-

SUPERSTITIO-

Je poîloa des fées (cf. Uiine]

. S^e, 1. 1, p. loO-

cuire leur* gâlejUN. A Sâsajiuy, près Grenoble, on montre le fijur dtâ fiel, el aa ntoalc la mûme cbose (tf. Moqnler, p. 40)).

Elles lavaient leur lessive et étendaient du liage qui était si blanc, qu'on dit encore, en parlant du beau linge ; c< c'est comme le linge des fées. » (Cf. la Hauh de Longueva], 2= série, QO xvui iUFéede Crihm, a-= XXI.)

Elles all.iient iavcr leur linge à la mare de Gaulehen, qui est dans k lande du Cap, et elles éieadaienl leur linge sur les gazons qui l'eatourent. Leur linge litaic le plus blanc qu'on pût voir, et l'on disait que celui qui aurait pu aller jusque-li sans remuer les paupières des yeux aurait pu prendre le liage, dont les lées lui auraient es ce cas fait présent. Plusieurs essayârenc; mais ils ne pouvaient s'empfcher de battre de la pau|»Ère, et le linge devenait invisible.

(Conti CD 1879 par ScolaEtiqne Donnd.)

En Normlndie lei fie: liviieot anui leur lin^ cl

. {rf. A

Dans les houles elles prenaient leurs repas, oii elles invitaient parfois ceux qui étalent assez ha> dis pour y pénétrer (cf. la HouU de Poiâijk, LilUraliire orak, p. 18). Dans la houle de k Tetgnouse en Plévenon, il y a une pierre taillée en

forme de table. C'est là qu'autrefois les fées mangeaient.

EUes allaient aussi à la pêche. (Cf. la Houle du GroutHy 2« série, no x.)

Les fées de la Petite-Houle allaient aux Bourdineaux manger Yaffare que les pêcheurs jetaient aux poissons ; ils juraient après elles et disaient : « Elles sont pires que les chiens bros (petits diiens de mer). »

La nuit, les Roches étaient couvertes de faitauds à la pêche. On les voyait, car pendant la nuit on voit les fées sans avoir besoin d'avoir été frotté avec leur pommade. (S.-C.)

Parfois elles avaient des animaux domestiques» des vaches qui étaient quelquefois invisibles, excepté pour la pâtoure qui les gardait (cf. la Houle du ChdteUt, no i, des bœufs (cf. la Poule noire, n» vm, et la Houle de Poulifie, Littérature orak, p. 19).

Les fées de Chétin avaient un bœuf qui passa dans l'avoine des fermiers de la Roulette; ils ne furent pas contents et vinrent se plaindre.

-* Ne dites rien, répondirent les fées ; voici un chanteau de pain, et il ne diminuera pas si vous n'en pariez à personne.

Pendant un mois, tous les gens de la métairie coupèrent des morceaux dans le chanteau, et il ne diminuait point et ne durcissait pas non plus.

— Voilà, disaient les gens, uq chanteau qui dure bien longtemps.

Le fermier eut l'imprudence de dire que c'était un don des fées-, aussitôt le cbanteau devint comme un morceau ordinaire, et il ne tarda pas i Être mangé.

(Omlà pir Maris DurjnJ, Je Siint-Coit, igic ic ijium->-ïngiï

u'dk m

Leu n OU on na enl pAturer parmi cesx ] des f ( f le Fies du Guildo, 2= série,

11° xi) qu Iqu {o ils raient noirs et de grande taille (il H I d Beauçais, n" Xiv).

CfU d 1 Houle de Saint-Briac possédaient des chtMux, d juires avaient des oies (cf. les Fées du Cuilio, a" jci)

Un liomme de Samt-Cast, qu'on appelait le père Hensse, vit un ]our auprès de Chélîn un volier d'oies iuperbts II se dit :

— Ce sont des oies sauvages.

— I I - *— ■ - ■ ■ ■ I I M ■ I »■■ I ■ 1^ ■■■ Ml . 1^ l

Et il alla les poursuivre sur les rochers pour tâcher de les attraper; mais elles se réfugièrent datis la houle, et quand il fut à l'entrée, il entendit la voix de plus de dix personnes qui parlaient et s'éclaôaient de rire.

(Conté par Rose Renaud, de Saint-Cast.)

Leurs poules étaient noires et passaient pour avoir, comme les autres poules noires des diables et des sorciers, des vertus surnaturelles. Dans le conte de la Poule noire, celle que les fées avaient donnée au fermier, en dédommagement du dégât fait par leurs bœufs, les enrichit, à la condition qu'on la nourrisse bien et que personne ne la voie.

Voici un petit bout de conte où il est aussi question d'une poule noire qui appartenait aux fées de Chêlin :

Il y avait un douanier qui ne voulait pas croire qu'il y eût des fées à Chêlin.

— Je suis allé bien des fois dans la houle, et je n'y ai jamais rencontré de fées.

— Moi, dit un Câtin, j'ai vu dans la houle une grosse poule noire, grosse comme deux fortes poules, qui appelait ses poulets et disait: Cotcot-cotas I Qpand je m'approchai, elle s'était évanouie.

(Conté par François Marquer, de Saint-Cast.)

Elles avaient aussi des chiens (cf. le Perlus is Fêtes, n" IX), des chats (cf. la Houk dt ChSin, 2' série), qui ^'enaient se chauffer au soleil devant les Houles.

Elles empruntaient les animauK de leurs vobÎBS les hommes (cf. la. Hùale du Grouin, où elles preanent pour aller se promener l'âne d'un fermier) (i), ou bien les leur achetaient (cf.

VHomine de mer, n° xil; on achète un veau pour le mariage d'une fée avec l'homme de mer).

Mais certaines trouvaient plus simple de les prendre (cf. la Houle de CMin, no rv, ire série des Cortiss popjitaires, où le marin trouve à l'entrée de la houle la trace dt; ses vaches dispa-

D'autt^s volaient ce qui était à leur convenaBce, et seules les personnes qui avaient eu le tout <la yeux frotté avec la pommade pouvaient les vent. (Cf. la Hauk Cossea (Goule h fées), LitUr. orali, p. 22 ; i'EnfanI de la fée, a» xvu, Lillir. orat», p. 25; l'Œil de crùlal, noiv, 2= série; la HouUi^ Chilin, n° vu, 2' série.)

Elles disaient aussi la bonne aventure. (Cf. la Houli Cosseu.)

Cependant les fées. — à part des exceptions, et celles-li on les nommait les mauvaises fees.

', p. lOj)-

tandis que les autres s'appelaient les bonnes dames ou les bonnes mères, — rendaient service aux homtiies, et, la plupart du temps, sans demander aucune récompense.

Elles filaient le lin des jeunes filles ou des femmes qui leur apportaient en même temps une beurrée (cf. la Mort des Fées, 2' série, n»XS).

Habasque avait déjà constaté cette croyance.

B En Pléhérel, on volt un monticule, le Tertre de ta fée Morgani. Je parlai de ceite fée à uti paysan que je rencontrai non loin de cet endroit. — Oui, dit-il, monsieur, autrefois il y avait des fées, et on leur portait des beurrées ei du lin dans les lieux qu'elles fréquentaient; on ne voyait ni on Ml! oyait ritn, et pourtant le lendemaia tout était lilé. Aujourd'hui tout cela est oublié; le monde s:

« Alaviile Bemeuf-en-Pléneuf existe une grotte. Les fëes qui l'habitaient étaient fort bienveillantes, et comme elles aimaient beaucoup le pain et le beurre, les fermières leur en portaient le soir. Le pain disparaissait, et le lendemain on trouvait, très-proprement filée, la grande poupée de lin qu'on avait déposée à côté. Malheureusement, depuis la Révolution, ces bonnes dames sont devenues moins friandes de beurrées et trê;paresseuses : ausû n'est-il plus k Berneuf que

quelques douairières qui p[;is5i;nl se vanter d'avoir vu accepter leur oStnniie. u

(H.bsî,«. i. 111, p- 70, S:.)

Elles donnaient aux l'.omracs des remèdes qui les guérissaient (cf. la IL'ukde k Corbière, i^si:rie, n° X, où un enfant f't guéri dû croup, et un homme de la colique J^.' iiiis.-rerc ; la Houle Saint- Michel, n" V, z< série), ou une graisse qui, si l'on en frottait la corde des vaches ou des brebis qui avaient disparu, faisait venir des animaux plus gras et plus beaux (la Houle de h Carbiéri). J'ai entendu aussi dire qu'on venait kor demander des remèdes pour les bestiaux et qu'elles eu donnaient.

Si les hommes qui labouraient dans les champs leur demandiùent patinK'nt de la galette ou du pain, elles leur en doniuieni (cf. h Hoiih du Cbdttlel, le Pertus is Fili-s) ; mais si on leur parlait sans égards, elles metuiom dans les galettes du poil de chat ou du poil de cliicn (cf. la Haiile du ChâUUt, le Pertus es F.'lcs'). Si on parlait mal d'elles, on était puni.

Un jour un homme qui venait de tuer un cochon eut rimprudenoj di; dire ;

— Je voudrais mon cochon dans le ventre des fées.

Le lendemain, son porc, qui tiait pendu dans le cellier, avait disparu, et on pensa que c'étaient les féesqui l'avaient enlevé pour se venger. (S.-C.)

Leur présent le plus fréquent était celui d'un chanteau de pain qui restait toujours frais et ne diminuait pas, si on avait soin de n'en donner à personne (cf. la Hotde de la Corbière, 1^ série, no x; V Enfant de la Fécy no xvn; VŒU de cristal^ 2^ série, no lo; la Houle de Chêîin, no vu; la Houle du Longvaly no xviii; la Houle Saint-Michel, no v). Ce don était fait par pure bienveillance, ou en récompense d'un service rendu, ou pour indemniser les fermiers des dégâts causés par les bestiaux àes bonnes dames.

En Normandie, elles donnaient des gâteaux, mais qui n'avaient point le privilège de ne pas diminuer (Amélie Bosquet, p. X03).

Parmi les autres présents qui se rencontrent dans les légendes des Houles, on peut encore citer l'ajonc qu'on avait beau couper et qui ne diminuait point (cf. le Pertus es Fêtes), la poule noire qui enrichissait ceux qui la possédaient (la Poule noire), les paquets de vêtements (cf. la Houle de Beauçais ; les Fàs du Guildo ; la Houle de Saint-Briac), l'hameçon qui portait chance (cf. YHomme de mer), la bourse inépuisable (cf. la Houle du Chdtdet), le cordon magique (cf.

Contes de Marins, nos i et x).

Souvent les fées demandaient à être marraines des enfants des hommes (cf. la Fie et le Marin ; la Houle de la Teigneuse ; la Mort des Fées ; les Fées du Guildo),

Elles faisaient des présents â leurs lïlleuh; inab si on leur refusait d'être marraines, elles se vengeaient (cf. Lin. orah, p. 17, la Houle de Pou-

lifi,).

Quelquefois, c'iitaient elles qui demandaient ■une jeune fille pour nommer leurs enfants (cf. la Houh du CMuhl. a° 1, 2' série).

Dans les houles se voyait uu monde souterrain où il y avait des champs, des villages, des châteaux, etc. (cf. la FUitr du Rociier, 2' série, no vi ; le Marsouin, a° xvi), et le séjour en était si plaisant que les années y paraissaient des jours (cf. la Houh du Chilelet, u» !, 2' série).

Les fées dansaient des rondes sur la lande de Fréhel, et la défunte Julie Gaudin, qui n'était point menteuse, les avait vues aller en procession.

Il y avait encore d'autres feus A Plévenon qui habitaient une grotte prés du bavrc Saint-Geran, dans la baie de la Fresnaye. Elles faisaient des cérémonies superbes, tiraient la auit des feus d'artifice, allaient se promener en procession et dansaient sur les tertres.

(Conte en 1B7S F" ScoUsiiqueDorinJ, de PlivcnDn.)

Il A Crissoué est un sillon voué depuis des siècles i la stérilité. On l'appelle dans le pays la Pro:nenade des Fées ; le peuple croit que ces dames viennent s'y éliatiie la nuit, et qu'elles

DE LA HAUTE-BRETAGNE lOI

trouveraient fort mauvais qu'on mît en culture un terrain qu'elles affectionnent. »

(Habasque, t. III.)

A Saint-Cast se voit aussi la Passée des Fées ; le blé y est moins haut que partout ailleurs. Elles dansaient au Couvent des Fées et au Clos des Fées, qui est auprès de la Pointe-de-l'Isle, à peu de distance du sémaphore.

Près de la Houle d'Enfer, en Saint-Cast, se trouve un endroit que les anciens nommaient le Bal des fées ; c'est là qu'elles venaient danser, et il n'y poussait pas d'herbe.

Un chemin antique du pays de Caux est appelé Chemin des Fées (cf. A. Bosquet, p. 194).

Les Cercles des fées sont aussi connus en bien des pays, même en dehors de France ; on les retrouve en Normandie (cf. Amélie Bosquet, p. 102), en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 121), en Lorraine, en Franche-Comté (cf. D. Monnier,

D'après plusieurs légendes (cf. la Fée et le Marin^ ire série, no xxii; la Moi't des Fées, 2^ série, no XIX ; la Houle de la Teignouse, no m), elles avaient des vers dans la bouche, parce qu'elles n'avaient point eu sur les lèvres le sel du baptême. Quand elles étaient baptisées, elles perdaient leur immortalité, et on pouvait même les faire mourir tout de suite en leur jetant une

102 TKADITtONS-

poignée de sel dans la bouche (cf. la Mort des Fées, z' série, n° XX).

En d'autres contes, il est aussi parlé de la mort des fées (cf. les Fies du Guildo, a" xi, dont la gratte est emportée parles eaux; la Houle de Beauçais, n" xiv, où l'on raconte qu'elles sont toutes mortes en une nuit).

Je ne connais point, ni en France ni ailleurs (en Europe du moins), de groupe de fées de la mer aussi caraaérisé que celui des Houles, qui forme une sorte de cycle trùs-complet, et où les traditions sont raieus conservées et plus précises que celles relatives aux fées terrestres.

Les fées des houles, qui ont avec les autres des points communs, sont apparentées assez faiblement aux Lamignac basques et aux Meimaids.

Ce sont vraisemblablement les dernières incsTTiations' de divinités de la mer, qui peu à peu out élé réduites à un rôle même plus restreint que celui de divinités inférieures. Quant i leur persistance jusqu'à nos jours, on peut, je crois, en donner une explication fort peu poétique, mais, suivant moi, assez rationnelle.

Les lieux où sont situées les houles sont prédsément des endroits d'un accès assez diffidie, ob l'on pouvait se cacher ou cacher des marchandises. Il est très-possible que les fraudeurs «ent, par des apparitions, entretenu la croyance aux

fées de la mer, pour mettre leur trafic à Tabri des regards indiscrets et empêcher les gens du pays, et par contre-coup les douaniers, de venir visiter leurs dépôts. Toute cette côte a été même, jusqu'à une époque assez récente, exploitée par les fraudeurs, soit pour la contrebande de la poudre, soit pour celle du sel ; or, un des costumes prêtés le plus souvent aux fées et aux faitauds est en toile grise, et il était habituel aux faux sauniers.

Dans plusieurs contes de houles, il est parlé des Fions ; cette race semble composée de fées de petite taille qui occupent vis-à-vis des fées et des faitauds une sorte de position inférieure, (Cf. Litt. orale j la GouU es Fées y p. 19-23, petits fions qui ont des épées grosses comme des épingles.)

On les retrouve à quelque distance de la côte, et voici deux dépositions qui m'ont été communiquées à leur sujet.

Les fions du Pont-aux-Horames-Nées avaient une vaclie noire qu'ils mettaient à pâturer dans un champ voisin de leur cache. Un jour elle mangea le blé noir, et la femme à qui il appartenait alla auprès de la Cache es Fions, et se mit à le leur reprocher. Elle entendit une voix qui disait : « Tais-toi ; ton blé noir te sera payé. »

Les fions lui portèrent du blé noir plein un godet, et lui dirent de faire des galettes, et qu'elle

ei ses gens pourraiem en mmgir tant qn'ib vondr>,™, rai. i h corfinon de n'en donner i p„- ™i»e qu S cm, de la (amilie. Ce.te mnée-li le blé no» M, „„, „ n'en „„„g„i, ,,„ ; ^,^.^, mas 1» ftnme et .es en&no en .v.i™, à volon.i. Un ,o»r un plUo.o.s ,„,„ p„ i. fcme „ dem.nd. a la bon.jeolse un peu de galène.

- Om dont, mon panvre ami, l„i ^prodi,.

eOe ; 1 en mangeons tam, nons. de la f«/., ,„ I en étons tous ragogus (rassasiés).

Mais dès ,ne le pilloton, (ihiîonnier) en mangé de la galène, elle disp.,™, e. le, gens de la feime ne purent plus en avoir.

Au pont es Hommes-Nées (hommes noirs ?) en Pleunuir, il y a une cadre à (ions. Un jour, des fcnniers étaient à charmer pour faire do blé noir dans un champ â céié. Il, entendirent am, pour appeler au four, e, ce n'était pas la première fois qu Js oyaient ce bruit. L'un des laboureurs erra; . Fa.tes-nous un tonneau. ■ E, quand u, furent tendu, an haut du champ, ils y tronvèrem une belle nappe sut Uqoelle il y avait des tonneau, de pain, du beurre et des couteaux. Ils se mirroi à manger, et quand ils furent repus, un des laboureun, qui avait perdu son couteau, voulut en ramaaer un dan. sa poche. AusiitOt la napn.

dispanit avec tout ce qui Oui, deaus.

(Rccuciin pu a. Augutœ Lmioint >

on LA HAUTE-BKETAi

Le D* Pemn (Pmv. êi la Fmncht-Cimlt, p. ;;) rtcoau qu'HP jour un bonlidninjE (juï Ubouraïi Kniil L'odeur de la gt-

Les fées des houles sont les piinoipiles, mais non les seules fées de la mer; elle esc aussi peuplée de fées qui punissent les imprudents lorsqu'ils jettent leur ancre sans les prévenir (cf., dans les Contes de Marins, les FUs de ta mer), ou lorsqu'ils pèchent sur les bancs de sable qu'elles se sont réservés (cf. Conles de Marins, le Pécheur de lançons) .

En plusieurs contes j'ai retrouvé le souvenir des sirènes (cf. la Princesse Dangobert, i« série, n= nxv ; la Houle du Grouin, 2,' série, no x, sirènes qui chantent mélodieusement. La Seraine de la Fresnaye, 2" série, n" n, et la version qoi la suit mettent en scène une fée moitié femme, moitié poisson, qui chante mélodieusement et vient au secours de pauvres gens. Dans la deuxième version, la Seraîne est une princesse qui a subi une métamorphose.

Les Margot la fée, dont il a été brièvement parlé au commencement de ce chapitre, fonneitt tin groupe presque ausiï important que celui des

106 TSADITIOMS ET SUPER:

fêes des boules, avec lesquelles elles ont pliu d'une similitude.

Ce nom de Mirgot la fée est employé dans nombre de pays des Côtes-du-Nord, piicdpalement dans les arrondi ssemenis de Sainî-Brieuc et de Loudil-ac, pour di^signer les fées terrestres qid avaient pour demeure les roches aux Kes, 1« gros blocs, les landes, etc. (cf. les pages 8o et seAvantes du présent volume). Celles du Cas Margot, aux environs de Moncontour, habitaient inËme ntie véritable iioule : c'est une excavation creuste dans le rocher, et qui, assure-t-on, s'étend i plusieurs lieues au loin ; elle est située sur le bord d'une rivière : jamais les chiens n'ont voulu y pénétrer.

On voit une grotte assez semblable non loin de Loudéac,

u Sur le bord du Lié, i trois kilomètres an nord-ouest de Plémet, se trouve un moulin encaissé dans un amas de rochers i légendes. On y remarque une sorte de grotte dans laquelle un homme peut entrer en rampant. Ces rochers sont les demeures de la. fée Margot. L'un d'eui imite la forme d'un fauteuil grossièrement taillé; i droite se remarque une petite cavité. C'est le siège de la fée, et la cavité l'endroit où elle posait son coude, n

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