IV. — LES DESCENTES AUX ENFERS
ANS plusieurs des contes que j'ai recueillis, les héros descendent aux enfers; ils vont y chercher le contrat par lequel ils ont été vendus (cf. V Enfant vendu au diable, Cont. pop., ire série, no xxix; Petite baguette, 2^ série, no xxvi).
Cet épisode est assez fréquent (A. Bosquet, p. 297 : un ménétrier va en enfer; cf. aussi la Ballade de Jeanne le Guem^ Luzel, Gweriiou, p. 33, La Villemarqué, 5ar^a^ 5r«:(, i$o; Celui qui alla voir sa maîtresse en enfer, p. 45, et la Fiancée de Satan.')
Un garçon avait fait jurer à sa sœur de ne point se marier, et il lui avait fait écrire sa promesse en marge de TÉvangile.
Elle se maria pourtant, et quand elle fut sortie de l'église, il vint une sorte de coup de vent qui l'enleva. Le marié était bien affligé, et il vit un monsieur bien habillé qui lui dit :
— Si tu veux voir ton épousée, mets ton pied sur le mien ; où je te prends, je te rapporte.
Le mari y consentit, et le monsieur le mena
dans l'enfer ; et comme Tépousée ne lui disait rien, il se mit à lui ôter ses bagues.
— Ah 1 malheureuse, s'écria-t-eHe alors. Je n'en avais que pour un temps ; maintenant )*en ai pour toute Téteinité.
(Conté en 1879 par Françoise Dnmond, d*Ercé.)
Dans un autre récit que j'ai recueilli à Matignon, une jeune fille promet à son fiancé de n'épouser que lui. Il meurt, et quelques mois après, oubliant sa promesse, elle se marie. Le soir de la noce, un peu avant minuit, le diable l'enlève, et à travers les airs l'emporte aux enfers, où il la jette ; mais elle ne peut y pénétrer, car elle a sa bague. Il la lui arrache et veut la rejeter ; elle surnage encore. Il la déshabille et la précipite de nouveau, sans pouvoir réussir. U finit par apercevoir dans ses cheveux un fîl dç soie bénît, et quand il le lui a arraché, elle tombe au plus profond des enfers.
Le bisaïeul de Chonne était fermier. Une année, il paya son terme, et son maître mourut sans lui avoir donné de quittance. Ses héritiers réclamèrent le paiement du fermage, et comme le métayer n'était guère riche, il était bien triste.
Un JQur il prit deux poulets et se mit en route pour Dinan, pensant les vendre, et avec l'argent
qu'il en retirerait aller consulter un avocat. Arrivé au Chéne-Ferron, il rencontra un monsieur qui lui demanda ce qui le rendait si affligé. Lorsqu'il le sut, il dit :
— Si vous voulez me donner ce que votre femme porte, je vous mènerai à votre maître qui vous donnera quittance.
— Nenni, dit Thomme, qui se rappela que sa femme était enceinte, je ne vous donnerai point ce que ma femme porte ; mais si vous voulez mes deoK poulets, les voilà.
Le monsieur insista beaucoup, mais enfin se décida à accepter les deux poulets.
— Mais, lui dit Tbomme, vous me prenez ici ; m'y ramènerez- vous ?
— Oui, dit le monsieur.^ Mais lorsque votre maître vous donnera une quittance, vous lui direz : Elle ne vaut rien. Jetez-la. Il vous en donnera une seconde ; vous direz encore la même chose. Alors il vous en donner^, une troisième, et celle-là sera bonne. Mettez votre pied sur le mien, et vous allez voir votre maître.
L'homme mit son pied sur celui du monsieur et se trouva transporté auprès de son ancien maître qui était assis dans un fauteuil. Il lui raconta son affaire, et son maître lui donna une (piittance.
— £lle ne vaut riet^ di)^U; j6^-M.
Son mattre lui en donna une seconde ; il fit la même chose. Enfin il prit la troisième, qui était la bonne, puis il dit :
— Oh I mon maître, vous êtes bien heureux ici, dans un bon fauteuil, quand je suis si malheureux sur la terre.
— Tiens, lui dit son maître, pose ton bâton sur mon pied.
Le fermier obéit, et il posa son bâton, qui fiit brûlé, et la poignée lui resta seule dans la main. Alors le monsieur qui l'avait amené lui dit:
— Remets ton pied sur le mien.
Le fermier obéit, et il se retrouva au Chêne- Ferron avec la quittance dans sa poche.
(Recueilli par M"* Élodie Bernard : ' Chonne (Françoise), domestique de son pire, croit que c'est arrivé. Cf. Bénédicité, Cont.poPf 2« série, n» $7, et le Reçu, n» 57 bis.
Une légende analogue est racontée dans le roman de W. Scott Rtdgauntlet.
Des récits où les héros descendent aux enfers sont populaires, ailleurs, en Gascogne (cf.< Bladé : Sei^e sup.. Le Contrai perdu, p. 19); dans les Pyrénées (cf. Cordier, Le Diable chei Us paysans, p. 47); en Basse- Bretagne (cf. Luzel, 2« rapport, Celui qui racheta son père et sa mère de l'enfer; 5» rapport. Le père qui vendit son fils au diable.
C'était jadis Tusage que les jeunes filles, i Tépoque de Noél, allaient chanter des cantiques et des pastorales de village en village.
Qjiatre jeunes filles de Livré étaient parties nsemble la nuit; à quelque distance du bourg •lies s'étaient divisées en deux bandes qui chanaient chacune de son côté, et comme elles l'étaient pas fort éloignées, elles s'entendaient nutuellement.
Tout à coup, deux jeunes filles qui étaient însemble cessèrent brusquement de chanter.
Leurs compagnes eurent beau les appeler, elles ne répondirent point ; alors elles se sentirent prises de peur, si bien que leurs chants se terminèrent là, st qu'elles rentrèrent chez elles.
Le lendemain, elles allèrent avec d'autres personnes à l'endroit où elles présumaient que leurs compagnes avaient cessé de chanter, et elles virent dans le haut d'un chêne une devantière (tablier) et un mouchoir de cou.
(Conté par Jean Bonchery, de Dourdain, 1879.)
M. Goudé raconte aussi deux légendes de jeunes filles emportées par le diable (cf. Chdieaubriant, p. 9 et 47).
Un M. de F.... qui habitait la grande rue de Dinan mourut quelques années avant la Révolution. Il refusa de recevoir les prêtres, qui déclarèrent qu'ils ne l'enterreraient pas à l'église. Bien qu'il fût gardé par plusieurs personnes, son corps disparut de son lit, sans qu'elles eussent rien vu ; et le lendemain on fut obligé de mettre une
bûche dans son cercueil. Les prêtres prétendirent que le diable l'avait enlevé. (D.)
Cf. aussi dans les Cwer^iou de Lozel, p. X17, le gwen intituli la petite servatOe. Celle-ci ayant nié un dép6t et invoqaé le diable, est emportée par lui en enftr.
Les Légendes chrétiennes du même auteur contiennent un rédr assez similaire, p. X47, t. II, Emporté par U diable (cf. aussi leMlàant avocat emporté par le diakte, t. n,p. I40>.