LES APPARITIONS NOCTURNE
■ftjWAMS les pays du Nord, les nuits d'hiver IBfiT ont une tristesse qui saisit ceux même *^8i qui ne croient pas que les démons, les utins et les fantômes puissent se promener sur erre entre la nuit close et le chant du coq ; l'esprit Kipulaire, enclin au surnaturel, a rempli les télèbres de choses lugubres et lerriliantes.
De mfme que ceux de presque toutes les autres :nnlrÉes, les paysans gallots, qui le jour sont eti [énéral assez braves, ne sortent pas volontiers de iiez eux vers l'heure de niînu'î. Dans leur mfancc, les mères leur ont dit et répété, quand Js ne voulaient pas se coucher de bonne heure :
a La Nuit va t'emporter, » ou : « Le bonhomme la Nuit va venir te quérir » ; plus tard, ils ont entendu à la veillée raconter des légendes nocturnes dont le récit faisait frissonner tout l'auditoire. Leur éducation et les croyances de leur entourage les disposent à peupler les ténèbres d'apparitions et fantômes horribles à regarder.
Il semble d'ailleurs que les esprits de la nuit n'aiment pas à voir les hommes voyager ou travailler aux heures qu'ils se sont réservées, et parfois ils se chargent d'avertir les imprudents. On en jugera par le récit suivant, qui est bien vrai, disait ma conteuse.
Une nuit, mon grand-père était à scier du blé noir dans un champ où il y avait quelques poi riers.
Il entendit une voix qui lui disait : ^
— Faut laisser la nuit à qui elle appartient. Cela ne le fit pas s'arrêter; il pensa que les
oreilles lui avaient tinté, ou que c'était quelque camarade qui voulait lui faire une plaisanterie. Mais bientôt il entendit pour la seconde fois la voix :
— Faut laisser la nuit à qui elle appartient.
Il comprit l'avertissement et partit à s'en aller.
(Conté en 1880 par Françoise Dumont, d'Ercè.)
Voici d'autres récits où il est parlé d'apparitions nocturnes.
Un homme passait souvent par un chemin où il y avait à terre une grosse souche. Une nuit il dit tout haut :
— Il y a longtemps que tu es là, la souche ; moi je t'emporterai.
Il se baissa pour la charger ; mais quand il l'eut sur l'épaule, il ne put se lever ni la laisser retomber, et il resta ainsi jusqu'au lendemain matin.
(Conté en 1880 par Françoise Dumont.)
En passant près d'un ruisseau, un fermier entendit par deux fois une voix qui disait :
— Où est-il, l'homme dont l'heure arrive ?
Cela, lui fit peur, car il ne voyait personne.
Comme il regardait, il aperçut un homme qui accourait, et qui passa devant lui sans rien lui dire ; en traversant le ruisseau, il tomba dans l'eau, et le IFermier vit l'eau qui bouillait à l'endroit où l'homme était tombé.
Jugez s'il fut saisi de l'aventure I
(Conté par Françoise Dumont. Son père tient cette histoire de celui à qui la chose est arrivée.)
Les paysans, très-portés à redouter les choses de la nuit, prêtent volontiers une origine surna-
turelle à tous ]es objets, à tous les bruits dont ils n'osent ou ne peuvent se rendre compte.
Il est d'usage à la campagne, dans beaucoup de pays, que, lorsqu'on va chercher le médedo ou la sage-femme pour un accouchement, deux personnes fassent le voyage ensemble : celui qui irait seul serait exposé à des apparitions.
Un habitant de Saint-Briac, dont la femme venait d'être prise des douleurs de l'enfantement au milieu de la nuit, partit pour Ploubalay, oà demeurait le médecin, sans s'être précaationoé d'un compagnon de route. Il ne vit d'abord rien d'extraordinaire ; mai^ quand il arriva au-dessous de la chapelle de l'Épine, à l'endroit où la route longe la Prée-des-Cocus, lieu marécageux et qui passe pour hanté, parce qu'on y voit des feux follets, ses oreilles furent frappées d'un bruissement étrange qui ressemblait à une sorte de musique.
Il se rappela que, dans sa situation, une apparition était chose fort ordinaire, et la peur lui fit quitter le milieu de la route pour se réfugier sur le bord, près de la banquette, où le bruit redoubla d'intensité. Il rencontra un poteau télégraphique, récemment planté là, l'embrassa de ses deux!
mains, et il resta dans cette position, tremblant' de frayeur, jusqu'au jour, et sans se rendre
compte de ce que la cause unique du bruissement était la vibtatioa des fils agités par le veai.
(Rendlli 1 FloutiiU; ven iSËo.)