‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 2)Chapitre 36 sur 54 · PROMESSE · texte numérisé non relu

PROMESSE

1/ souper de la morte

Il était une fois un marin qui fidsait la cour à une jeune fille. H l'aimait bien et voulait l'épouser; mais ses parents ne se souciaient pas du mariage, parce que la jeune fille était pauvre.

Le marin partit en voyage; pendant qu'il était sur mer, ses parents lui écrivirent que sa bonne amie était morte, et il en eut bien du chagrin.

Quand, sa navigation terminée, il fut débarqué, il partit pour revenir dans son pays ; comme il passait devant la maison où la jeune fille demeurait toute seule, il y vit de la lumière.

— Ah 1 se dit-il, mes parents m'ont trompé en m'écrivant que ma bonne amie était morte.

n entra dans la maison et vit la fille, qui était dans ses habits du dimanche et qui parut contente de le revoir. Elle l'invita à souper avec elle ; mais il lui répondit que ses parents l'attendaient et qu'il voulait les voir ce soir même.

— Alors, dit sa bonne amie, promets-moi de venir demain à pareille heure souper avec moi.

— Volontiers, répondit le marin, qui continua sa route et arriva chez ses parents.

— Vous m'aviez écrit, leur dit-il, que ma bonne amie était morte. Cela n'est pas vrai, car en passant devant chez elle j'ai vu de la lumière'; je suis entré, je lui ai parlé, et j'ai même promis d'aller souper demain avec elle.

— Si, lui répondirent ses parents, elle est bien véritablement morte; si tu crois que nous te trompons, va demain trouver le recteur, et il te dira au juste quel jour elle est morte et quel jour elle a été enterrée.

Le lendemain, le marin alla au presbytère, et le prêtre lui af&rma qu'elle était décédée quelques mois auparavant, et que c'était lui-même qui l'avait enterrée.

— Mais, ajouta-t-il, puisque vous avez promis d'aller chez elle ce soir, il ne faut pas y manquer. Vous aurez bien soin de ne pas manger avec elle, de ne pas boire, de refuser le café qu'elle vous ofinra. Elle laissera tomber une cuiller et vous priera de la ramasser ; mais vous refuserez de le faire, quoi qu'elle vous dise.

— Ne pourriez-vous venir avec moi ? dit le marin.

— Je peux vous accompagner jusqu'au seuil de la porte, répondit le prêtre ; mais je n'ai pas permission d'aUer plus loin.

duand arriva le soir, le marin alla à la maison de sa bonne amie et laissa le recteur en dehors. Il entra et trouva la jeune fille habillée comme pour des fiançailles. Elle l'invita à s'asseoir à table auprès d'elle, et lui of&it à manger.

— Merci, dit-il, je n'ai pas faim.

Elle se mit à souper toute seule, et lui présenta un verre dans lequel elle avait versé du cidre.

— Bois, dit-elle.

— Non, je n'ai pas soif.

La fille alla ensuite faire du café, et en présenta une tasse au marin, qui refiisa de la prendre. Elle goûta seule au café et laissa tomber à terre la petite cuiller dont elle se servait.

— Ramasse ma cuiller, lui dit-elle, cette fois d'un air dur.

— Non, répondit-il, ramasse-la toi-même.

— C'est bien heureux pour toi que tu n'aies voulu ni boire, ni manger, ni ramasser ma cuiller.

Elle disparut à ces mots, et la terre s'ouvrit sous elle, car elle était damnée, et le recteur ouvrit la porte au matelot, qui s'en alla avec lui sans avoir aucun mal.

(Conté en 1879 par Élisa Durand, de Saint-Cast.)

La promesse

Un garçon et une jeune fille s'étaient promis de s'épouser, morts ou en vie. Le garçon partit

pour t'armée, et la fille se mourut. Quand le soldat revint, on lui dit qu'elle était mcrte ; mais lui alla au logis de la fille et la vit qui était toute habillée de blanc. Il lui parla; mais elle ne répondait que par oui et par non. Il disait à ses amis qu'il allait se marier avec elle, et que tous les soirs il la voyait; mais ses amis le traitaient

Il fixa pourtant le jour de la noce ; il mena l'épousée jusqu'à la table de Dieu, et la messe commença. Sitdt qu'elle fiii finie, la terre s'entr'ouvrit et engloutit la mariée. (E.)

En KoiminiliE, oa tonnilt luui la reiounlj ^ui vilDDeiit fApraml, Amélie Bcoqu», p. i6g)'

Deux jeunes garçons qui étaient en service dans la même ferme avaient promis que celui qui se marierait le premier inviterait l'autre à ses

Peu après l'un des deux mourut, et l'autre était sur le point de se marier. I! se souvint de la promesse qu'il avait faite à son camarade, et il alla en parier à son confesseur.

— Puisque tu as promis, dit le prêtre, il faut que lu ailles sur la tombe de ton ami; tu l'appelleras iTois fois, et  ta troisième fois il viendra .

Le jeune homme alla au cimetière, et quand il

eut par trois fois appelé le défunt par son nom, celui-ci se présenta devant lui.

— Q^e me veux-tu ? demanda-t-il.

— Je suis venu te prier de venir à mes noces.

— J*irai, répondit le défunt, et il disparut.

Le jour du mariage, le domestique défunt vint à la messe et assista au repas ; mais il ne buvait ni ne mangeait, et personne ne le voyait, excepté le marié.

— A qui parles-tu ? lui disait sa femme.

— A mon ami qui est là.

A la fin du repas, le défunt se leva et dit au marié :

— Il faut que tu viennes me reconduire.

Le marié quitta la noce et suivit son camarade, tout en devisant avec lui. Comme ils passaient dans un chemin creux, le défunt dit au marié :

— Vois-tu bien ce bouc et cette chèvre qui ne font que se battre ?

— Oui.

— Eh bien I c'est ton père et ta mère. Ils se sont disputés et battus quand ils étaient de ce monde, et leur mauvais ménage continue dans Tautre. Il faudra être bienveillant et doux pour ta femme : si tu es bon, ta place est réservée à côté de la mienne. Regarde du côté opposé:

que voîs-tu ?

Pendant que le marié tournait les yeux dans

la direction indiquée, le défunt disparut, et il ne le revit plus.

(Conté par Françoise Dumont, d'Ercé, 1879.)

Lazel, Légend. chrét., t. II, raconte, sous le titre de VOmhre du pendu f une légende dont le début a ce l'analogie avec celle-ci.

Cf. aussi dans le même recueil le commencement de la Miche ie pain.

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