‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 2)Chapitre 40 sur 54 · ÎS5I«3^^SS*^^SS^^SS · texte numérisé non relu

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S IL — LES MORTS aUI SE VENGENT

[A croyance qu'on doit respecter les morts est générale dans toute la Bretagne, et il n'en est point qui soit plus vivace. A ce sentiment se mêle une certaine crainte, et beaucoup sont persuadés que les défunts conservent dans la tombe toutes le passions qu'ils ont eues pendant leur vie, qu'ils sont sensibles aux injures qu'on leur fait et qu'ils peuvent parfois venir se venger. On croit même que, s'ils sont mécontents de leurs enfants, ils viennent la nuit « leur tirer les pieds ». J'ai plusieurs fois entendu faire cette menace par des pères à leurs enfants, qui ne semblaient pas trop en douter.

Dans Guionvai^h, p. 19$, on trouve, sous le titre de La Mariée de Camoatj on corieux récit où un père mort se venge <le sa fille qni Ini avmit désobéi.

Ce respect des morts est entretenu par des Ugendes lugubres. On en a déjà lu une au commencement de ce chapitre ; en voici quelques autres, où les morts outragés punissent leurs insulteurs.

La pénitence interrompue

Il y avait une fois deux garçons qui allaient voir les filles ; au pied d'une croix ils virent un homme à genoux.

— Qiie fais-tu là ? dit un des galants. Viens te divertir avec nous.

L'homme ne bougea ni ne parla ; le garçon lui donna sur la tête un coup de bâton en disant :

— Voilà pour te faire parler.

— Ah 1 malheureux ! s'écria l'homme agenouillé, voilà près de deux cents ans que je viens ici faire pénitence ; personne ne m'avait jamais rien dit, et j^ n'avais plus que huit jours à passer pour avoir fini; maintenant, par ta faute, il faut que je recommence.

Il se leva et se mit à les suivre ; le garçon qui avait frappé eut peur, et il dit à son camarade :

— Je vais aller coucher avec toi.

QjLiand il fut dans la maison de son ami, ils barrèrent la porte, et il se coucha du côté de la muraille. Mais, à minuit, la porte s'ouvrit et quatre cierges vinrent se poser sur la table. Le garçon qui avait frappé le pénitent fut tiré du lit par des mains invisibles et placé sur la table.

Quand, au matin, son ami alla pour le voir, à sa place il ne trouva que de la cendre.

(Conté en 1881 par J. M. Conuralt, du Gouray.)

Cf. une légende qui o£fre quelque ressemblance avec celle-ci» p. 22$ du présent volume.

La coiffe enlevée

Il y avait une fois un garçon qui allait voir une jeune fille ; ses parents avaient beau le prier de ne pas retourner chez elle, il leur répondait :

— Mêlez-vous de vos affaires, et laissez-moi aux miennes.

Un soir il invita deux ou trois de ses camarades â l'accompagner, et comme ils passaient un échalier, ils virent une femme tout en blanc debout auprès.

— Je vais la décoiffer, dit le garçon.

— Non, répondaient les autres; laissez-la tranquille.

Mais lui, il alla droit à elle et lui enleva sa coiffe. Il ne lui restait plus que son serre-tête (bonnet de dessous); mais il ne vit point sa figure. Il entra avec les autres chez sa bonne amie et lui montra la coiffe :

— Ah ! dit-il, en venant ici, j'ai rencontré une femme tout en blanc, et je lui ai enlevé sa coiffe.

— Donne-moi la coifTe, répondit sa bonnj ^mie ; je la ramasserai dans mon armoire.

Le lendemain soir, il partit encore de chez lui pour aller voir les filles, et en arrivant à l'écha^ lier, il vit une femme en blanc, pareille à célk de la veille ; mais elle n'avait point de tête.

— Tiens, se dit-il, c'est la même que ceJl^ ^d'hier ; je ne croyais pourtant pas lui avoir arraché la tête.

Quand il entra chez sa bonne amie, elle lui dit:

— J'ai mis aujourd'hui la coiffe que tu m'avais donnée; si tu savais comme elle me va bien 1

— Rends-la-moi, je t'en prie, dit le garçon.

Elle la lui donna, et en rentrant il racoota

tout à sa mère.

— Ah 1 mon pauvre gars, lui dit-elle, tu as!

suivi une mauvaise compagnie; je t'avais bien prévenu qu'il t'arriverait malheur.

Il alla se coucher ; mais dans la nuit sa mère entendit des soupirs qui partaient du lit de son fils. Elle réveilla son bonhomme et lui dit :

— Écoute I on dirait que quelqu'un se plaint. Elle alla au lit de son fils et le trouva baigné

de sueur.

— Q.u'est-ce que tu as ? lui demanda-t-elle. j

— Ah ! ma mère, j'avais sur le corps un poids <jui pesait plus de trois cents livres et qui | m'étouffait ; je n'en pouvais plus.

Le iendenjain, le garçon alla il confesse, ef il raconta tout au recteur.

— Mon garçon, lui dit-il, la personne que vous avez vue était une femme qui revenait pour faire pénitence; c'est votre sceur qui est morte.

— Comment faire? dit le garçon.

— Il faut aller lui reporter sa coiffe et la lui poser sur le cou du cAié où il penche.

— Ah ! monsieur le recteur, jamais je n'oserai; je mourrais de peur 1

Il alla pourtant le soir à l'échalier, où il vit la femme qui était eu blanc et n'avait point de tète; il posa, la coiffe juste du côté où le cou penchait. Aussitôt une tête se montra dessous, ei une voix lui dit :

— Ah ! mon frère, tu m'as empêché de faire pénitence; deniaiu lu viendras m'aider â la finir.

Le garçon revint se coucher à la maison ; mais le lendemain, il ne 5« leva pas avec les autres, et quand on alla i son lit, il était mort.

(Conlt en iSEo pir Joseph Kici, dt Siini-Ciii, moassc, igt

Va ulcE mouuc de Siiat.CoIt, ncmuiiÉ Frin;oU Marquer, in'i conté le mtmi soir une * bialoire ■ Aiudogu« ; la Yoici ;

Un garçon qui allait voir les filles vit un soir une femme qui tournait autour de lui ; elle avait une belle ctliâe.

— Je vais la décoiflfer, dit-il.

n lui enleva sa coiffe, et quand il revint à la maison, il dit à sa mère :

— Ah 1 maman, c*est moi qui ai une belle coiffe 1 Ouvrez votre armoire, que je la ramasse.

Qpand la coiffe fut dans Tarmoire, il y avait dedans une tête de mort. Il alla à confesse, et le recteur lui conseilla de retourner au même endroit et de reporter la coiffe ; mais il n'osa, et la nuit il entendait une voix lui dire :

Rends-moi ma tète et ma coiffe !

Rends-moi ma tète et ma coiffe I

Le lendemain, il finit par y aller, et il vit une femme sans tête. U lui posa la coiffe sur le cou ; alors la tête se remit, et il n*eut aucun mal.

M™« de Ceray (Saini-Suliac et us iraditùms) raconte deux histoires de coiffes enlevées. Dans l'une d'elles, intitulée Les trois MorteSy un jeune garçon voyant des jeunes filles agenouillées dans le cimetière, va enlever la coiffe de l'une d'elles en disant qu'il ne la lui rendra que si elle vient l'embrasser. Le lendemain, à la place de la coiffe, il trouve une tète de mort. A minuit, il la reporte, tenant entre ses bras un enfant nouveau-né. La tête de mort redevient coiffe, les femmes disparaissent, et le garçon, grâce à l'enfant, n'éprouve aucun mal (l'enfant qui préserve s son similaire dans le conte de Luzel, L'ombre du pendu, cité plus haut).

La deuxième légende est intitulée : La jeune fille du cimeticrt. Des femmes qui revenaient du veillois voient une jeune fille agenouillée sur une tombe; l'une d'elles va la décoifier et met

la coi£fe dans son armoire. Le lendemain, à minuit, elle entend sortir de son armoire une voix qui lui crie : « Rends-moi ma coiffe ! » Il en est de même les jours suivants. Le recteur lui ordonne de reporter la coiffe ; elle y va, mais elle meurt de peur.

Vos

Il y avait une fois une petite fille qui passait par le cimetière ; elle trouva un petit os dans le sentier et remporta pour s'amuser.

Le soir, quand elle fut rentrée chez elle, elle entendit une voix qui disait :

Rends-moi mon os 1 Rends-moi mon os !

— Qu'est-ce que cela ? lui dit sa mère.

— Je ne sais pas.

La voix continuait à crier :

Rends-moi mon os !

Rends-moi mon os I

— Qu'est-ce donc ? dit la mère.

— C'est peut-être à cause d'un os que j'ai ramassé dans le cimetière.

— Hé bien ! il faut le rendre.

La petite fille ouvrit la porte et jeta l'os dans la cour; mais la voix continuait de dire :

Rends-moi mon os I Rends-moi mon os !

26o TRADITIONS ET SUPERSTITIONS

— C'est peut-être Tes d'un mort. Prends la chandelle ; va dans la cour et rends-le-lui.

(Conté en 1880 par Fnnçoit Marquer, de Saint-Caat, moasse, Agé de treixe ans.)

Ceux qui dérobent quelque chose aux morts sont punis parfois d'une manière terrible. J*ai raconté ailleurs (Cont. pop., I'* série, n« xux, Le drap mortuaire ^ Le linceul promis ^ Lia. oraUf p. 19s» ^ ^ suite sont cités plusieurs similaires) deux légendes très-populaires en Haute-Bretagne, et où il arxiTc des apparitions terribles & des personnes qui ont ramassé des draps mortuaires dans le cimetière. Dans les Lègetides chriiientus de Luzel se trouve, sous le titre de Linceul des MortSy une légende bien plus sombre et bien plus horrible de détails. Dans la première édition des Derniers Bretons de Souvestre figurait uoe légende similaire, t. I, p. 73, sous le titre du Drap mortuaire (cf. aussi Fouquet, Alice de Quinipily (suaire dérobé), et Biadé, La jambe d'ot (jambe volée) et La Goulue (jambe que la goulue dévore), contes suivis du commentaire de R. Kœlher).

Le beau squelette

Il y avait une fois un jeune homme qui était sur le point de se marier ; il alla inviter ses parent:; et ses amis à ses noces, et comme partout où il entrait on lui of&ait à boire, il était enchaudànfifi (ivre) quand vint le soir.

Pour arriver plus vite chez lui, il passa par le cimetière, et au milieu du sentier il trouva une tète do mort. Il lui donna un coup de pied et lui dit :

— Tm aussi, je t'invite i venir à mon repas de

La tête ne répondit rien. Qjiaad arriva le jour des noces, un squelette entra dans la maison où avait lieu le repm, et prit place i table à câté du marié. Voili tout le monde surpris et effayé. Le marié lui dit :

— Hé bien, beau squelette, fais comme nous:

bois et Qiange.

Le squelette lui répondit :

— On ne boit ni ne mange dans l'autre monde; mais je t'invite à te rendre demain soir 1 l'endroit où tu m'as trouvé.

Il s'en alla, et le marié, qui avait peur, raconta an reeteur ce qui s'était passé, et le pria de l'accompagner au rendez-vous.

— Je ne suis pas invité, moi, répondit le prêtre; c'est à vous de faire le voyage tout seul.

A l'heure dite, le marié se rendit au cimetière, où il vit dans le sentier une petite table ronde autour de laquelle se trouvaient trois chaises-, l'une était vide, et sur les deux autres étaient aisis deux squelettes.

Celui qui était venu au repas de noces l'iavila i s'asseoir sur la chaise vide, et lui dit en montrant la table sur laquelle il n'y avait rien:

— Voilà comment sont les dîners dans l'autre monde ; maintenant, lève-toi et marche avec moi.

Le marié avait une grande frayeur en suivant le squelette dont les os se choquaient à chaque pas et faisaient cric-crac.

— Beau squelette, lui dit-il après avoir cheminé pendant quelque temps, sommes-nous bientôt rendus ?

— Marche, répondit le mort d'une voix creuse. Ils arrivèrent à une montagne, et quand ils

furent sur le haut, il vit une immense plaine où brillaient une multitude de flambeaux.

— Que signifient ces flambeaux, beau squelette ? dit le marié d'une voix étranglée.

— Ce sont ceux des vivants; chacun a le sien qui brûle. Marche toujours.

Ils descendirent la montagne, et quand ils furent dans la plaine, ils voyaient des flambeaux de toutes tailles, les uns encore longs, d'autres à moitié consumés, d'autres sur le point de s'éteindre.

— Où est le mien, beau squelette? demanda le marié.

— Je vais te le faire voir.

Et il le mena devant une lumière qui était presque entièrement brûlée.

— Voilà le tien, dit le squelette.

Deux jours après, le marié alla rendre ses comptes à Dieu.

DE L4 HAUTE-BRETAGNE 26j

VoiJà ce qui doii apprendre à chacun à respeacr les os des morts.

(Coalt en iSBa par Hiii« Ducinil, de Siini-Cut, Igie de

Il y avait une fois des jeunes gens qui voulaient se d^uiser. L'un d'eux alla prendre une tête de mon dans le reliquaire du ûmeiièrc; il mit dedans une chandelle allumée, et la plaçant sur sou chapeau, il se promena la nuii. Qjjand il passait à la porte des maisons, les gens étaient

si épouvantés à la vue de ce fantôme, qu'ils s'évanouissaient de peur.

Quand il fut lassé de courir et de faire cette lugubre farce, il retourna au cimetière et )eta la tète de mort sur le tas d'ossements en lui disant :

— Pour ta peine, je t'invite à venir souper avec moi demain soir.

Le jour d'après, au moment où il allait se mettre à table pour souper, il entendit frapper à la porte. La servante alla ouvrir; mais, voyant devant elle un squelette, elle s'évanouit. Sa mère, voyant que la servante ne venait point» sortit à son tour et tomba aussi en pâmoison à la vue du fantôme.

Le jeune homme se leva et lui ouvrit la porte. Le squelette le suivit, et tous deux se mirent à table l'un en face de l'autre, sans se rien dire.

Les deux femmes, revenues à elles, s'agenouillèrent pour dire leurs prières, puis allèrent se mettre au lit. Le jeune homme y alla à son tour; mais le squelette le suivit et vint se coucher à côté de lui. Le garçon eut si peur que la fièvre le prit, et il mourut au point du jour.

(G>iité en 1880 par François Plaet, de Saint-Gut, moosM.)

Cf. (Uns le Barfai-Brei^ la pièce intltalée Le Carnaval de Rpsporden^ et un gwerz intitulé La tête de mort, pabliè par Sou- ▼estre dans les Derniers Bretons, i'« éd. t. II, p. ij, et qui ae figure pas dans les suivantes.

La Ule it vtss ciangét m lêli de mort

Il y avait une fois deux amis qui se querellÈr«it ; ils se battirent, et l'un d'eux tua l'autre. Il fit une fosse profonde dans un endroit écarté, et il enterra le cadavre, pensant que jamais âme qui vive ne saurait ce qui s'était passé.

Mais depuis ce temps, l'homme qu'il avait tué puûssait souvent devant lui, et il lui disait :

— Donne-moi ma revanche ! Donne-moi ma revanche I

Un jour, impatienté, le meurtrier s'écria :

— Où la veux-tu ta revanche?

— A ûjrlay, répondit le défunt.

L'homme eut peur, et comme les prêtres ne doivent point révéler ce qui leur a été dit en confession, il alla trouver son recteur auquel il avoua tout, et il lui demanda comment faire. Le prêtre lui conseilla de ne jamais mettre les pieds i Corlay.

Le mort cessa de le poursuivre, et il y avait bien des années que tout cela s'était passé, si bien que l'homme ne se souvenait plus de rien. Comme les bœufs étaient plus chers à Corlay qu'ailleurs, il y conduisit les siens; il était accompagné de son fils, et quand ils eurent vendu leurs bœufs avantageusement, le père

acheta une tête de veau pour se régaler, et il la mit dans un torchon qu'il déposa sur un meuble dans l'auberge où il était descendu.

Mais le sang coulait, coulait à travers le torchon, si abondamment que tout le monde en était surpris. L'aubergiste dit à l'homme :

— Qu'avez-vous donc dans votre torchon pour que le sang coule ainsi ?

— Une tête de veau, répondit-il.

— C'est singulier, dit l'aubergiste, comme cette tête a du sang.

— Ouvrez le torchon, et vous verrez.

L'aubergiste défit le paquet; mais au lieu d'y

trouver une tête de veau, il y vit une tête d'homme qui paraissait fraîchement coupée :

c'était justement celle de l'homme tué bien des années auparavant, et qui était venue à Corlay exprès pour demander vengeance.

(Conté en 1881 par M. Emile Hamonic, de Moncontour.) Dans les Légendes chrétienna de Luzel : Le pain changé en tête de mort, un laboureur tue son ami ; aussitôt une grosse mouche vient bourdonner autour de lui ; à un moment elle lui parle pour <lemander sa revanche, et lui prédit que le premier morceau de pain qu'il mangera & la Roche-Derrîen, sera cause de sa mort. Il se promet bien de ne pas mettre les pieds i la Roche, mais il y va pour recueillir un héritage ; il se h&te d'en sortir, et achète un pain qui, aussitôt mis dans son bissac, commence & dégoutter du sang. On ouvre le bissac; la tète du laboureur assassiné s'y trouve, et le criminel est puni.

5 III. — LES AVÈNEMENTS ET LES AVISIONS (l)

kNE des croyances les plus répandues est celle des signes avant-coureurs de la mort. Ce signe s'appelle un avènement ou une avision. J'ai souvent entendu dire à des femmes de la campagne : « Je savais bien que mon parent mourrait; j'avais ouï son avènement, »

Ce sont surtout les femmes, plus nerveuses, et par conséquent plus disposées à la crédulité que les hommes, qui ont connaissance de ces signes fatidiques.

Souvent l'avènement est annoncé par le bruit d'un paquet qui tombe sans cause appréciable, par des soupirs poussés par une bouche invisible dans une pièce où l'on est seul, ou par l'apparition, pendant le sommeil, de la personne qui doit mourir. Une femme m'a assuré qu'un jour â la messe une goutte de sang était tombée sur son paroissien; peu après elle apprit la mort d'un de ses parents (S.-C).

(i) Cf. dansTylor, 1. 1, p. 520 et tuivantes, de curieaz exemple» d'aviûoiu emprantés ides payi très- variés.

A Dinan, on prétend que les sonnettes tintent toutes seules pour annoncer le décès d'un parent mort au loin.

Parfois Tavision est un avertissement donné aux parents d'un fait qui se passe à distance. Cest ce qu'en pays breton on appelle un intersigne. Si quelqu'un meurt loin des siens, ses parents entendent des coups frappés, le bruit de gens qui se promènent dans les greniers; des mains les étreignent ou tirent leurs couvertures ; des chandelles se promènent dans les cours; on voit des mains qui n'ont point de corps ou des gouttes de sang qui coulent gîou à glou des greniers.

Voici quelques formes d'avènement.

Une femme de Dinan, dont le fils était marin, était, une nuit, bien éveillée, à ce qu'il lui semblait ; elle vit au pied de son lit son fils blessé et baigné dans son sang. Elle apprit en- ' suite que son enfant avait été assassiné la nuit même où son image lui était apparue.

Une autre vit son frère qui se débattait dans les flots. Elle sut, plus tard, qu'il avait été jeté à la mer.

Avant la mort de la femme P. D..., d'Ercé,oh vit pendant plusieurs nuits une chandelle qui se promenait sur la route.

Une femme vît un soir dans son aire un cierge <)ui s'alluma et s'éteignit par trois fois. Le lendemain, en soignant sa vache, elle entendit pleurer. Quelques jours après, elle apprit que sa marraine était morte. (P.)

« Un jour des enfants qui se promenaient virent un homme étendu qui semblait mort, et dont les yeux ouverts paraissaient regarder un enfant. Celui-ci dit : « C'est mon père, » et il s'évanouit. Quand les autres regardèrent le buisson, tout avait disparu. On eut peu après la nou'.elle de la mort d'un marin — le père de r enfant — qui s'était noyé en tombant ce jour-là môme du haut d'un mât. »

A Un soir, un homme voit un ancien vicaire de sa paroisse qui se promenait en lisant attentivement son bréviaire. Il va au presbytère et annonce la visite prochaine du prêtre. On l'attendit en vain; mais quelque temps après, on apprit que ce jour-là il était mort. »

(M««de Cemy (abrégé), Sainl-Suliac, p. 36-37.)

« Il arriva une chose extraordinaire, il y a trois semaines, un pen avant qae M. le prince partit pour Fontainebleau (où il moarnt). Un gentilhomme à lui, nommé Vemillon, revenant à trois heures de la chasse, approchant du château, vit à une fenêtre aux cabinet des armes un £intôme, c'est-à-dire un homme CBseveU. Il descendit de son cheval et s'approcha ; il le vit toajoars.

Son valet, qui estoit avec lui, lui dit : « Monsieur, je vois ce qae vous voyez. » Vemillon ne voulant pas lui dire pour le laisser parler naturellement, ils entrèrent dans le château et prièrent le concierge de donner la clef du cabinet des armes ; il y va et trouva toutes les fenêtres fermées, et un silence qui n'avoit pas été troublé il y avoit plus de six mois. On conta cela k M. le prince ; il en fut un peu frappé, puis s'en moqua. Tout le monde sut cette histoire et trembloit pour M. le prince, et voili ce qui est arrivé. On dit que ce Vemillon est un homme d'esprit et aussi peu capable de vision que le pourroit être notre ami Corbinelli, outre que ce valet eut la même apparition. Comme ce conte est vrai, je vous le mande afin que vous y ûtssiez vos réflexions comme nous, b (Lettre de M"* de Sévigné au président de Moulceau, 13 décembre x686.) Le prince de Condé mourut à Fontainebleau.

Il y a des choses dans ce monde plus étonnantes qu'on ne croit.

Un jour un homme de la Ruée était à dire ses prières. Il vit un enterrement qui passait i quelque distance de lui ; un homme portait la croix, puis venaient la châsse, les prêtres, et àcs hommes et des femmes, et il y avait même parmi eux des gendarmes.

Huit jours après, un homme qui était né â la Ruée mourut, et son enterrement eut lieu comme celui que Thomme avait vu ; les gendarmes s'y trouvaient. C'étaient deux soldats de la brigade de CoUinée.

Un matin, de bonne heure, un fermier qui tirait

de l'eau à son puits vit arriver dans l'aire un ixaitoU (charrette attelée) qui ne faisait poînl de bruit, puis quatre hommes sortirent de la maison dont pourtant îl avait fermé \i porte, portant une chisse qu'ils chargèrent sur la voiture, !1 fil part de ce qu'il avait -vu i ses voisins, qui lui dirent que c'était l'avéoement d'un homme qui était né dans sa maison et qui mourait au loin.

(Cocli ce iSSd pir François Mallel, du Gauny.)

nciUi pu Stevdrt i

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