S II. LES LOUPS-CAROUS ET LES HOMMES
TRANSFORMÉS EN BÉTES (l)
mm«l y a des hommes qui ont le pouvoir de se Sit& transformer en bèies. Ils se frottent pour KKO cela avec une pommade que le diable leur a donnée ; mais ils sont coQiraints d'eirer pendant un temps déterminé. Leur métamorphose ne cesse que quand leur sang a coulé. (E., M., P.) On les nomme garim, hups-garous OU guirous ; « dernier mot est aussi uiité en Basse-Normandie.
(Cf. Amilic Eojqiiel, p. iji.)
Les gareux étaient des espèces de diables ou de sorciers qui se mettaient en coûtes sortes de Wtes, surtout en vaches et en loups, (P.)
fnnfiiKi RoUimiI, Lu Mm Autkc BoEqucI, la NonnaïuU Le Lyailbropif.
« Les loups-garous sont des hommes convertis en loups pour avoir été plus de dix ans sans approcher du tribunal de pénitence. »
(Hâbasqne, t. I, p. 18$, note.)
Je n'ai pas retrouvé personnellement cette croyance en Haute-Bretagne ; mais elle est rapportée par Dufilhol dams Guianwufbf p. 17: «Si tu restes sept ans sans mettre le doigt dans le bénitier, tu seras loup-garou. »
Ceux qui ont le pouvoir de se transformer en bètes le font au moyen d'une boutdlle; mais parfois ils oublient où ils l'ont mise ou bien la perdent, et alors ils restent sous la forme d'animaux.
Cf. cur les loupt-garooc de Batie-Bntâgne (ttng. den Wn^ phir. iud vieil) Le Men, p. 420.
Il y avait à Saint-Cast, vers 1830, un ancien chouan qui n'avait point bonne réputation dans le pays ; il passait pour se mettre en toutes sortes de bètes, afin de pouvoir faire la nuit ce qu'il voulait. Les uns prétendaient qu'il allait voler, d'autres qu'il était fraudeur ou qu'il servait aux communications que les royalistes avaient avec Jersey.
Un marin qui allait un soir à Saint-Malo avec lui, tout d'un coup ne l'aperçut plus ; mais il vit
un gros cochon qui cheminait auprès de li Pendant le trajet, il se changea encore en de autres sortes de b£tes. Il se changeait, disait -o malgré lui. Il Itit en prison cinq ou six fois, ci en sortit sous des formes de bétes diiférenies.
(CoBté fw ËikuK PiroD, ie Sûat-Cut, iBSo.)
Pour délivrer les loups-garous, il faut 1 bUsser i sang.
Le Bouchier du Pri s'était frotté avec u pommade et était devenu loup-garou ; il dit ^ l de ses voisins de le frapper avec une hache bien aiguisée. La premiÈre fois, il n'osa ; la seconde, le fit, et depuis ce temps le Bouchier ne courui phis. (M.)
Cr. nir 11 iMLiTnDU du ginui Rotbnil, i. I, p. i;6 (\<oiminUe), IS7 C^imoBiin}, ijS (VehUc cl BigiiRc){ . B«qncl, p. 1); (Onu).
A Toumebride en Hénon, deux hoQuiies entrèrent à l'auberge trÈs-lard pour b<»rc imi: moque de ûdre. Ils sortirent, et l'aubergisie, qui les avait suivis en cachette, les vit vomir des pattes de chien. C'étaient deux compères qui s'étaient déguisés en loups et qui avaient mangé
Le hup-garou
Il y avait une fois un garçon de ferme qui découdiait toutes les nuits» et on ne savah œ qu'il devenait ; mais son mattre ne pouvait rien dire, car le garçon était loué pour le jour et pas pour la nuit.
Un jour le fermier voulut voir où il allait ; il se cacha dans un chêne d'émonde sur la route par laquelle le .domestique devait passer. Il vit bientôt arriver son serviteur, qui se passa autour du cou un trépied ; mais à partir de ce moment il ne le vit plus.
Tout le long des nuits quelqu'un venait agacer le chien, qui aboyait ; le fermier se dit :
— Je parie que c'est le loup-garou.
Il prit un morceau de bois au bout duquel il mit une lame pointue, et quand il entendit le chien aboyer, il fit passer son bâton par It chatière et le poussa comme pour frapper. Il sentit que sa pointe rencontrait quelque chose, et, au même moment, il entendit une voix qui disait :
— Vous m'avez rendu un grand service : j'en avais encore pour trois ans ; me voilà maintenant quitte.
Le lendemain, le fermier vit au cou de wo, domestique la marque d'une blessure, et depuis
ce temps il remarqua qu'il ne sortait plus la
(Ccolt en i(WO pu- Fnii(DiK Dnmcinl, il'Brct.) Cf. A. s. Marin (Baoce), p- »■ ; CtyU, J> Di,l,l,, p isj : iMbnl it W SiUc, I. t, p. ■«>.
11 y 3 bien quarante ans, plusieurs femmes, ilans les communes de Plurien, Pléhérel et Pkveiioo, citrent leurs bergeries dévastées par -un animât iticonmi qui y pénétrait la niùt et suçait le s^tig des moutons. C'était une bête fort petite, puisqu'elle passait par un trou très-élroit.
On disait que les auteurs de ces ravages i^taieni deux tailleurs de Rui:a qui avaient deux boutL^illes, l'une pour %' anmorpboser , l'autre pour se dimorpboser.
(Court pir Scoluiique Durand, de FltnnBn, iSSd ) On emploie f ourammcnl wtmarp/riHir, ottaniorpIlOKr, àémot- /hetrr, hin crwr U mèumorpholc, qui en «ppeU (S-C. M.)
A la ferme de Glanda, prés du Guildii, une truie noire venait tous les soirs i dix heure; : c\: s'asseyait sur une pierre bleue qui était d.ms i. coin de l'aire, et même elle se montrait i l.i porte de la maison. On fit pendant loute h fournée du feu sur la pieire bleue, qui était brôlante quand, i la nuit, la truie noire vint s'asseoir dessus. Elle jeta un cri et s'ëchopp^.
Elle retourna dans le champ de la Commandière, où elle resta plus de dix ans ; mais un jour elle fut blessée au genou par un laboureur, et au Heu d'une truie, ils virent une jeune fille qui avîdt été emmorphosée par les sorciers et devait rester en truie jusqu'à ce qu'elle eût été blessée à sang.
(G>ntè par Jacquemine Nicolas, de Saint-Gut.)
On racontait autrefois, dans le pays des îSs, qu'avant la Révolution, quand un garçon avait fait une faute grave, son confesseur lui imposait pour sa pénitence d'aller se poser devant une croix, une fourche à la main, et d'y attendre le Guerrou ; il fallait alors qu'il courût à lui pour lui frapper le front d'un coup de fourche.
(Conté en 1880 par Joseph Legendre, qui tient cela d'une femme, mone très-lgèe en 1840.)
Cf. dans Rolland, p. 1$, une ancienne croyance ▼endéemie analogue, et une normande ; cf. aussi la Blte exeommumie, Restif de la Bretonne, p. 81.
D'après le conte qui suit, ceux qui courent le guèrou y étaient forcés par un diable qui les accompagnait partout, mais dont ils pouvaient se débarrasser en le donnant à autrui.
11 était une fois un homme qui se promenait seul dans son jardin. Tout à coup il entendit un cri, et il dit tout haut :
— Tu ferais bien mieux de te taire.
Aiusitât un homme qui portait sur le dos upe petite bite noire accourut tout essoufflé et lui dit :
— Qji'est-ce que tu me veux, toi?
— Rien, répondit l'homme tout effrayé.
— Hé bien 1 dit le coureur de guérou, puisque
II lui jeta sur le dos sa petite bête noire, et il di^nit.
. La béte se colla sur le dos de l'homme d fort^ ment qu'il ne pouvait s'en débarrasser, et il était obligé de courir !e guérou.
Un jour il rencontra un prËtre qui lui dit :
— Savez- vous comment foire pour vous débarrasser du diable que vous portez sur votre dos?
— Non, je ne le sais pas, répondit le coureur, et j'en suis bien marri ; mais est-ce vraiment le «tiable qui est sur mon dos î
— Oui, c'est lui, dit le prêtre. J'ai sur moi un peu d'eau bénite; je vais la lui jeter, et vous allez voir comme il va crier.
Dés que la bête sentit l'eau bénite, elle qui ne disait jamais rien se mil i jeter des cris épouvantables.
— Sujvei-moi, dit le prêtre.
L'homme marcha derrière lui, et ils entrèrent 1 l'église. Le prêtre passa son étole au cou de la
bète, et il tirait de toutes ses forces pour la dé> coller; quand il y fut parvenu, il la jeta dans le bénitier, et elle souf&ait comme si elle avait été plongée dans de l'eau bouillante. Elle finit par sauter à terre, et elle s'enfuit comme le vent. Depuis, l'homme ne fut plus forcé de courir le guérou.
(Conté en 188 1 par François Marquer, de Saint-Cast.)
U y avait autrefois un homme qui « menait les loups » dans la forêt de Rennes, et qui, grâce à un pacte qu'il avait fait, pouvait, à sa volonté, se transformer en loup. Un jour on tira sur lui, et, dès qu'il fut blessé et que son sang coula, il redevint homme.
(G>nt6 en 1878 par Aimé Pierre, de UÊrè.)
Sur les meneurs de loups, de rats, de taupes et de ponx, consulter ces articles & la seconde partie.
La croyance aux metieux de loups existe aussi en Beny (cf. G. Sand, Lég.rustiqueSy^. 95 etsuiv., qui cite plusieurs légendes. et le chapitre de Laisnel de la Salie sur la sorcellerie), en Ukatmandie (cf. A. Bosquet, p. 304).
Un jour, en abattant du bois dans la forêt de Haute-Sève, un hoisier trouva deux bouteilles. Il mit un peu de la liqueur que l'une contenait dans le creux de sa main ; à mesure que la liqueur
s'éiendait, sa main devenait comme la pane d'un loup. M^is il se frotta avec la liqueur de l'autre bouteille, et aussiidi sa main redevint à son état uturel.
(CoDit en lUi par ADgilc Qutrigaa, d'AndouiUt.)
s m. — LES ANIMAUX SORCIERS
lUTRB les sorciers proprement dits, il y a des animaux qui passent pour avoir k même pouvoir qa'eux; on les appelle des animaux sorciers, II est malaisé de savoir si les paysans croient que ce sont des bêtes, ou Ineo des personnes emmorphosies (métamorphosées).
Parmi les animaux sorciers, ce sont les chats qui jouent le rôle le plus important. Ils passent pour aller tenir au clair de la lune des assemblées nocturnes. Pour les empêcher de s'y rendre, on leur coupe le premier nœud du bout de la queue. (E., S.-C, M., P.)
En Mornuuidie (cf. A. Bosquet, p. 218), on coupe aussi le bout de U queue des duts pour les empêcher d'aller au sabbat.
De même que les sorciers ordinaires, les chats sorciers s'assemblent en général autour des croix plantées au milieu d'un carrefour, ou dans un champ à trois cornières, c'est-i-dire à trois angles.
Au chapitre consacré aux MaromitËres domestiques, 2= partie de cet ouvrage, on trouver» ce que j'ai pu recueillir sur
ciers.