‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 2)Chapitre 5 sur 54 · L-HOMHE, LES ï&FÏJTi ET lEt b · texte numérisé non relu

L-HOMHE, LES ï&FÏJTi ET lEt b

s I. — NOMS QjUE PORTENT LES MÉGALITHES

tN assez grand nombre de mégalithes n'ont pas de noms propres : on les désigne d*après le nom du village voisin ou du champ dans lequel ils sont situés ; mais 'û en est d'autres qui portent des appellations particulières^ dont certaines font allusion aux croyances que les gens du pays y ont attachées ou y attachent encore. J'ai pensé qu'il était intéressant de les noter, et je Pai fait du mieux que j'ai pu, d'après les documents les plus dignes de foi et les plus récents.

En général les dolmens sont appelés grottes aux fées ou roches auxfé^s; c'est en quelque sorte une désignation générique, â Pordic, un doLnen se nomme Table-Margot, appellation qui rentre dans le même ordre d'idées, Margot la fée, ou simplement Margot, étant en plusieurs pays synonyme de fée.

Voici d'autres noms :

La Maison des Follets, à Cancoêt en Saint- Gravé (Morbihan) ; le OxUeau des Poulfiquets, en Q.uestembert (Morbihan).

4 TRADITIONS HT SUFEKSTITIOMS

Mon but n'est point de drester id le catalogue des monuments préhistoriques, ni de faire leur description; je me suis borné i donner simplement les noms singuliers que portent certains d'entre eux, et à recueillir les souvenirs qu'ils éveillent dans l'esprit des paysans. Dans le chapitre suivant, je m'occuperai spécialement du culte superstitieuK dont Ils sont l'objet.

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§ I. — NOMS OPE PORTENT LES MÉGAUTIiES

IN assez grand nombre de mégalithes n'ont pas de noms propres : on les déâgne d'après le nom du village voisin ou du champ dans lequel ils sont situés ; mais il en est d'autres qui portent des appellations particulières, dont certaines font allusion aux croyances que les gens du pays y ont attachées ou y attachent encore. J'ai pensé qu'il était intéressant de les noter, et je l'ai fait du mieux que j'ai pu, d'après les documents les plus dignes de foi et les plus récents.

En général les dolmens sont appelés grottes aux fées ou roches aux fées ; c'est en quelque sorte ^

une désignation générique. A Pordic, un dolmen |

se nomme Table-Margot^ appellation qui rentre dans le même ordre d'idées, Margot la fée, ou simplement Margot, étant en plusieurs pays synonyme de fée.

Voici d'autres noms :

La Maison des Follets ^ à Cancoêt en Saint- Gravé (Morbihan) ; le Cljdieau des Poulpiquets, en Q.uestembert (Morbihan).

TRABITIONS ET SUPERSTITIONS

Cf. a pijfi bRUnnut Tj ir Ctr^funiM, la maliin ét% Corrjgiuu«iIjagocIan(Horbihiid, Ûirjot-Jomvi)-, Ti C'torri^iui. la nuiion ia nmini, entre Pom-l'AbW a Pmnurt'h (Finijids, FHmi-vilU) ; la Mil'*» iB PoMlfii-uu, Ih d'An (liiarbihaii,

hi. Choisi du Dûiife, PierreléprèsLouvigaé-du- Désert (lUe-et-Vilaiae, Joanm) (i); les Pierres du DiabU, i la ViUc-Tanei près le Hitiglé (Côtes-du- Nord, Emoul dt ta Cbeiuliire) ; la Pierre du Trésor, ea Landéan, dans la forêt de Fougères (Ille-et- Vilaine, Datijou de la Garennt), font alludon à d'autres croyances.

Cf. Dileau, Farit ia DiabU (CorH, Dardagae} ; Ckaiit Jii DiaiU, Jublain (Miynae), eu.

Les menhirs se nomment fréquemment radies piquits, pUrrts leuUs, pierres longues.

Voici quelques autres noms ;

La Pierre qui chôme (k pierre qui se tient debout : de chômer, se lenit debout), 1 Laillé (Uleet-Vilaine, GuilIolin.de Corson).

Le Fuseau dt Margot, à Flédran (Câtes-du- Nord, Eraoidde la Cheneliire); \eSabol de Margot, à Ploufragan (Côies-du-Nord).

La Pierre de Saint-Jouan, à Cuguen (lUe-ei- VUaine, Robidim); le Gris Saint-Mien, sur la lisière de la forêt de Coulon (Ille-et- Vilaine, Joannè).

Les Pets du DiabUy à Vieuxvid (Ille-et-Vilaine) ; la Pierre du Diable^ près Tinténiac (Ille^t-Vilaine, communiqué par M. Bézier).

La Dent de Gargantua^ à Saiût-Suliac (Ille-et- Vilaine, de Cemy) ; le Bdtan de Gargantua, à Plévenon (Côtes-du-Nord) ; la PUrre à aiguiser de Gargantua, à Saiot-Mirel en Plenée-Jugon, et au Pontgamp, près Plouguenast (Côtes-du-Nord).

On appelle les tumuli buttes ou mottes \ le seul qui, à ma connaissance, ait un nom significatif en pays gallot est celui de Tréhorenteuc (Morbihan, Guyot'Jomari), qui se nomme Butte des Tombes.

Les pierres à écuelles ou à bassins sont appelées vers Fougères chaises du diable (cf. Danjou de la Garenne).

On peut rattacher aux mégalithes d*autres groupes de roches posées sur le sol ou qui .en émergent naturellement ; l'une d'elles se nomme Roche Saint-Guillaume.

Cf. en ptys bretoniunt U Piem Saint- Yves, près Penvema (Cdtes-da-Nord, Emoul d* la Cbttuliér») ; le Lit it Saint- Yves, près Laouennec (ihid.); le Ut d* Saint-Uumt, en Pliuunet (ihii.^ etc.

D'autres blocs sont appelés Rochers de Margot la Fie; c'est ainsi qu'on nomme un bloc en granit placé sur une hauteur et surmonté d'un autre bloc de moindre dimension (Emoul de la Gienelière, p. 57). Un autre groupe de rochers

natuids dans le petit bois du Umbé, eo la coinmuoe du Gouray, et qui a une c&vité en forme de gratte allongée, est appelé par ks ""j-Vt" VHM Ça noÙOTi) ia MargU la Fit.

Ces noms font alluûon à des ffes, 1 Gaigantua, aux luôns, pariins aux ssànxs ou au diaUe. Comme od le voia dans les déposidons qui aàvent, c'est 1 ces mtaies personnages que les paysans attribuent l'érection des mégalithes. QjianT aux tumuli, ils les regardent presque toujoais conune des buttes funéraires, idée conforme à l'opinioD aujourd'hui généralement adnùse.

(Cf. BeitRnd, de Uonilki, OruillMc, ttc.)

Les Ptts du Diable^ à Vieuxviel (Ille-et-Vâaioe) ; la Pierre du Diable^ près Tinténiac (Ille^t-Vllaine, communiqué par M. Bézier).

La Dent de Gargantua^ à Saint-Suliac (Ule^et- Vilaine, de Cemy) ; le BâUm de Gargantua, à Plévenon (Côtes-du-Nord) ; la Pierre à aiguiser de Gargantua^ à Saiot-Mirel en Plenée-Jugon, et au Pontgamp, près Plouguenast (Côtes-du-Nord).

On appelle les tumuli huttes ou mottes \ le seul qui, à ma connaissance, ait un nom significatif en pays gallot est celui de Tréhorenteuc (Morbihan, Guyot~Jomard)f qui se nomme Butte des Tombes,

Les pierres à écuelles ou à bassins sont appelées vers Fougères chaises du diable (cf. Danjou de la Garenne).

On peut rauacher aux mégalithes d*autres groupes de roches posées sur le sol ou qui .en émergent namrellement ; Tune d'elles se nomme Roche Saint-Guillaume.

Cf. en p^ bretoniunt U Pitm Saint-Yves^ près Penvema (Cdtes-da-Nord, Emoul d* la Cbttuliér») ; le Ut it Saint- Yva, près Laouennee (ihid,)\ le Ut de Saint-Uuwtt^ en Plusunet (ihii.^ etc.

D'autres blocs sont appelés Rochers de Margot la Fie; c'est ainsi qu'on nomme un bloc en granit placé sur une hauteur et surmonté d'un autre bloc de moindre dimension (Emoul de la Gienelière, p. 57). Un autre groupe de rochers

TRADITIOMS ET SUPERSTITIONS

ments que d'autres avant mt la tradition populaire ; les vi

Les Rochers de la Brousse ont été construits par les fées ; elles attelaient leurs boeufs aux grosses pierres qui se trouvaieai dans la vallée, et c'est ainsi qu'elles les ont hissées sur la colline o£i «lies ont bâd l'Hâté (la maison) des fées, le ber (berceau) de leurs enfants, leur puits, etc.

(Coati en iSSo pir Fru^ois Mjillci, du Gonny, UbourEur, Igt lie taiunte im, nt lu village de li Brovue, qui anii entendu dire celt 1 < lei inciciiB, ■ Le dalmea de La Bnniue a ly mtmt sot i*^ Bo de largeur i Q Dunei L'eil ei e» bîencoo'

Les Roches aux Fées qui sont vers Saint-Didier et Marpiré (J Ile-et-Vilaine) ont été élevées par les fées; elles prenaient les plus grosses pierres du pays et les apportaient dans leurs tabliers ; ensuite elles les entassaient les unes sur les autres pour

(CoDIi en ]8âi ptr Jwepli Legcndte, jardimer, qui l'a cnteadu dire 1 pluaîeura pertouoea, entre autjta i une femme très- Jgte de SiInt-Aubin-du-Cormier.)

H Près du bois du Rocher en Pleudihen, sur ta route de Dinan â Dol, est un dolmen que les

DE LA RAUTE-ftRETAGNR tt

fées, disent les gens dn ^ssy^^ ont apporté d'Ax\*t leurs devantitres (ubiiers) (i). »

(Noce de M. de Garsby (^i^ PleudUuta) Jwis Jr»lUv>et( t. Il . p. 67.)

« A Basse- GooLixne (Lûîre^Infencûre) «« trouve un peulvaa appelé Ea ^i^r^ FrUU ; aupf>> on voit d'autres pîerr» plus petires qui, ««ion Va tradition du pa3,'S, otit été apportées là dan»; le tablier d*uoe vieille fee qui venait fJer «ui quenouille an pied du peul^an. )»

(Ogtc, Boardle iifiooa, «âcltt ieis»'Ooaiiii*if.)

« Voîd ce que m'a. ra<:onré m\ rleiiîard i

cheveux blancs et à la céte vénérable, le kx\\\\t*\' du Rouvray, Cette dironiqne esc de fradiri«*n dans la ferme de temps immémonaf :■

« Les fes, au temp^ où elles vivaient, )^c^x\r^ raient après leur mort ceu"x qui a-^aienr ^it qvieique bien pendant leur vie, et ûàtissâier^t des ^"/»'tes indescractibles pour mettre leur; <:endr'« a Tabrî de la mal-reilunce et de la desrnicrion **\\ temps, et dana les^pefle» elles venaient la fii.iï causer avec les morts,

« Et VcxL dit que leaar îniîuence hieî^i;^irrif^ rcpandaît dans la lootrée ua iharme ihdei^^^i-'Wd»'

(i) Les tfarrwmnn» ipiisé» itau l<» Uv!«» tonr ^tm ^lUte^ xiscs ; mu la juxns «wc inédSts «c tne -nia ifu»MsllUit ^ nm CCI par mas gnrr— ymaton c of .

i ET SUPERSTITIONS

menis que d'autres avant n la tradition populaire ; les

Les Rochers de la Brousse ont été c par les fées ; elles attelaient leurs bceufe aux grosses pierres qui se trouvaient dans la vallée, et c'est ainsi qu'slles les ont hissées sur la colline où . «lies ont bâti l'Hôté (la maison) des fées, le ber (berceau) de leurs enfants, leur puits, eK.

Agé de ïDiiADtc ini, ai tu vilUge d ' ~

letiBnii

Les Roches aux Fées qui sont vers Saint-Didier et Marpiré (llle-ei-VilMne) ont été élevées par les fées ; elles prenaient les plus grosses pierres du pays et les apportaient dans leurs tabliers ; ensuite elles les entassaient les unes sur les autres pour

(CoDt^ ta iSSt pu Joseph Legeùiie, itrdinjcr, qai Vi ca- Icadu dire i plusieurs penonnu, enlre dutra i une fenme txH- Jg*e de Saint-AubiBHlu-Cotmiet.)

« Prés du bois du Rocher en Pleudihen, sur la route de Dinan â Dol, est un dolmen que les

fées, disent les gens du pays, ODt apporté dans leurs âaxmtUres (tabliers) (i). b

t Pitudaïai) duu joUivEt, [. Il,

s A Basse-Goulùne (Loire-Inférieure) se trouve un peulvan appelé la Piem Fritte ; auprès on vdt d'autres pierres plus petites qui, selon la tradition du pays, ont été apportées là dans le tablier d'une vieille fée qui venait filer sa quenouille au pied du peulvan. s

(Ogit, houtcUe Uilion, uticlc Baat-Gtiliiiwl.}

a Voici ce que m'a raconté un vieillard à

cheveux blancs et  la télé vénérable, le fermier du Rouvray. Cette chronique est de tradition dans la ferme de temps immémorial :

o Les fées, au temps où elles vivaient, honoraient après leur mort ceux qui avaient fait quelque bien pendant leur vie, et biti&sûeQt des grottes indestructibles pour mettre leurs cendres à l'abri de la malveillance et de la destruction du temps, et dans lesquellet elles venaient la nuit

a Et l'on dit que leur influence bienfaitrice répandait dans la contrée un charme indéfînissa-

ble, en même temps que l'abondance et la prospérité.

« C'est dans ce but et dans ces féeriques iatentions qu'elles bâtirent la Roche aux Fées (txHc d'Essé) que nous avons dans un de nos champs.

u Ces fées, dii-on, se partagèrent le travail ; quelques-unes d'entre elles restèrent au lieu où devait s'élever le monument, en préparaient les plans et l'édifiaient ; les autres, ea mûme temps, tout en se livrant à des travaux d'aiguille, allaient â Saiat-Berthevia, en passant par les confias de la forêt du Theil, chargeaient leurs tabliers de pierres ei les apportaient à leurs compagnes ouvrières, qui les mettaient en oeuvre. Mais elles ne comptèrent pas i l'avance ce qu'il leur en fallait. Or, il advint que le monument était terminé et que les fées pourvoyeuses étaient en route, apportant de nouveaux matériaux ; mais averties que leurs matériaux étaient inutiles, elles dénouèrent leurs tabliers, les déposèrent là où elles étaient quand l'avertissement leur parvint. Or, il y en avait dans la lande de Sainte-Marie ; il y en avait près de Rhétiers ; il y en avait à lUchebourg et dans la forêt du Theil. De là vient qu'on trouve dans tous ces endroits des pierres de même nature et provenant du même lieu que celles qui forment notre Boche aux Fées, a

(L: ColislUmn». hnlim. t. 111, p. IJ.)

« La Roche aux Fées, canton de Rhetîers, forêt du Theii, près la métairie du Rouvray. Deux pierres importantes n'existent plus ; mais la tradition a conservé leur nom : Tune était le Poêlon, l'autre le Berceau des fées. Sdon la tradition, les fées prenant les pierres de ce dolmen dans la lande Marie (à deux lieues de là, sur la route du Teil à Fougerai) en portaient deux à la fois, Tune sur leur tète, et l'autre dans leur devantière. Leurs mains étant libres, elles en profitaient pour filer leur quenouillle, en transportant leur fardeau jusqu'au champ du dolmen, lequel s'appelle simplement Champ-de-la- Roche. Lorsque l'une des fées qui construisaient cet édifice le vit achevé, elle s'écria qu'il ne fallait plus de matériaux, et pour lors les autres fées qui se trouvaient en roule l'entendant, baissèrent la tète, et la pierre qu'elles portaient se planu en terre en tombant. Quand ces fées ne filaient pas, elles soutenaient quatre pierres à la fois ; mais malgré la grande distance qui existe entre le Champ -dela-Roche et la lande Marie, les fées encore occupées dans cette lande entendirent la voix de celle qui les prévenait que le monument était terminé. »

(Société des Antiquaires de France^ année 1836, p. 95 et suiv.)

Cette roche (d'Essé) a été construite par les

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