GARGANTUA
Dans une citation précédente, empruntée à M. Guillotin de Corson, on a vu que les pierres de Saint-Just avaient été apportées par les fées ou par Gargantua. Il y a en effet en Haute-Bretagne toute une série de mégalithes auxquels est attaché le nom du géant que Rabelais a rendu immortel, et que peut-être il avait trouvé dans la tradition
16 FRADITIONSMETISUPERSTITIONS
populaire. Jen cite seulement quelques-uns; leur liste plus complète figurera dans mon livre intitulé : Gargantua dans les traditions populaires.
Près du Fort-la-Latte en Plévenon, est un menhir haut de 3 mètres environ. C’est le Bdton de Gargantua. Dans une légende encore inédite que j'ai recueillie à Saint-Cast, le géant, au retour de ses voyages, piqua sa canne auprès du château en disant : « Tant que le monde sera monde, elle y restera. » À Saint-Suliac un menhir qui n’a guère qu’un mètre de haut est une dent que Gargantua se brisa en avalant trop précipitamment une pierre emmaillottée qu’il croyait être un de ses enfants.
(Cf. le conte de Mme de Cerny intitulé: La Dent de Gargantua.)
D’après deux contes gargantuesques que j’ai en portefeuille, la pierre du Pontgamp et celle de Saint-Mirel ont été laissées là par Gargantua. Un jour qu’il était à faucher, il laissa tomber dans la prairie sa pierre à aiguiser que l’on y voit encore et qui, disait mon narrateur, est grosse et haute comme un fût de six barriques.
Une légende analogue est rapportée par M. Louis Duval, au sujet d’une pierre à affiler de Gargantua qui se trouve à Cramesnil en Normandie (p. ro et suiv.). D’autres pierres à affler de Gargantua se voient à Néaufle — cf: sur Gargantua constructeur de menhirs, A. Bosquet, p. 177 — et près d’Auray, dans la prairie du Champ-des-Martyrs, à ce qu’on m’a dit. On
ma conté que le géant, « étant un jour en colère, jeta en l’air la pierre qui lui servait à aiguiser sa faux. Elle se piqua dans le milieu de la prairie où elle est encore. »
La Quenouille de lu femme de Gargantua se voit à côté de Josselin ; c’est un menbhir de 6 mètres de hauteur; son Fuseau, autre menhir de sm 30 de haut, est à Locqueltas.
D’autres menhirs portent le nom de quenouilles. Cf. Quenouilles de la Fau, Monnier, p. 424; Quenouilles des fées, A. Bosquet, p. 177.
Le menhir de la Tiemblaye en Saint-Samson se nommait autrefois Pierre de Gargantua; mais c’est, m’a-t-on assuré, une appellation qui n’est plus guère usitée.
« Sur le bord de la route de Vannes, à quelques mètres de l’extrémité de la rue Lorois, à la Gacilly, se trouve la Roche-Piquée. On regarde dans le pays ce menhir comme un grain de sable sorti des souliers de Gargantua. »
(Ducrest de Villeneuve, Ze Chéteau, stat., p. 48.)