IIT. — LE DIABLE ET LES DANSEURS
&L y a nombre de légendes où le diable > vient se mêler aux danseurs. Cela s’explique par l’acharnement avec lequel le clergé a, depuis le commencement du siècle, combattu les danses dans le pays gallot, où il est parvenu, en beaucoup d’endroits, à les faire disparaître.
Dans une danse de paysans (il était près de minuit), on vit entrer dans l’appartement des danseurs un beau monsieur aux pieds fourchus, qui demanda à la compagnie de faire partie de la danse. La femme allaitait son enfant qui était nouveau-né, et chaque fois que l’étranger passait auprès en dansant, celui-ci jetait les hauts cris la mère, après plusieurs tours de danse, en fit la remarque et avertit un domestique, qui alla chercher un prêtre; pendant ce temps la danse continuait malgré les danseurs, qui étaient entratnés par une puissance invisible. Le joueur de vielle, effrayé d’ailleurs comme tous les autres,
avait posé son instrument sur une #aie (huche) et dansait, lui aussi, au son de la vielle, qui n'avait pas cessé de jouer. Toujours dansant, ils en avaient les membres rompus. Enfin un prêtre de Ruca vint et vit bientôt quel individu était ce féroce danseur aux pieds fourchus. Il essaya de tous les moyens pour faire arrêter la danse, mais son pouvoir, paraît-il, ne s’étendait pas si loin. On fut obligé de venir à Matignon chercher le curé, qui passait pour un homme d’une grande sainteté et d’un grand pouvoir. Lorsque celui-ci arriva sur le théâtre de la danse, le démon — car c’était bien lui — trembla et vit tout de suite qu’il avait affaire à plus fort que lui; il dit: — Oh! Naye (c'était le nom du curé), quandtues sorti du sein de ta mère, tu m'as fait trembler jusqu’au fond de l'enfer. — Sors d'ici! lui cria le curé, qui s’était revêtu de ses habits sacerdotaux. Aussitôt les danseurs restèrent debout, effrayés, en regardant le diable, qui demanda au curé s’il fallait s’en aller en fumée, en pluie ou en vent. — Sors de la manière que tu voudras, mais sors promptement, répondit M. Naye.
Le diable s’en alla en vent et fit un trou près du foyer, qui, dit-on, n’a jamais pu être bouché, et qui se voit encore au pignon de la maison.
D’autres prétendent que, pendant qu’on était à
chercher le prêtre, le diable saisit le maître de la
maison et voulut l'emporter dans les enfers; il l'avait même hissé jusqu’au milieu de la cheminée quand le prêtre arriva. Il était temps, car il aurait fini par l'emporter. Toutefois, le prêtre ne put que l'arrêter, et cela donna le temps à un autre homme d'arriver en compagnie du curé de Matignon, homme d’une grande réputation de sainteté.
Lorsqu'il s’approcha de la cheminée, le diable laissa retomber l’homme en disant au prêtre :
— O Naye, tu m'as fait trembler, moi et mon enfer.
(Conté en 1862 par Émile Frostin, de Matignon.)
Ce nom de Naye est celui d’un ancien recteur de Matignon, mort en odeur de sainteté dans les premières années de ce siècle, et qui avait la réputation d’un puissant exorciste. Un prêtre de Morlaix passait pour jouir du même pouvoir (cf. Luzel, Léo. chret., t, II, Ze Saint vicaire et le diable).
Un jour on dansait chez un aubergiste de Saint-Pôtan; le diable était parmi les danseurs, et chaque fois qu’en tournant en rond il passait devant la bru, qui tenait un enfant sur les bras dans le foyer, l’enfant criait comme si on l'avait tué. On envoya chercher le recteur de Matignon, qui ne voulut pas venir tout seul et pria un de ses confrères de l’accompagner. Ils chassèrent le diable, et depuis il n’y a jamais eu de son chez
l’aubergiste. Le violon, qui avait été posé sur une huche, jouaittout seul.
(Conté par Rose Renaud, de Saint-Cast, 1879.)
Une légende assez semblable aux précédentes a cours à Saint- Donan (Côtes-du-Nord). Cf. Jollivet, t. I, p. 60.
Le coup de vent de 1877 commença à une danse : c'était le diable qui y était venu. Les prêtres l’avaient chassé et lui avaient ordonné de s’en aller en petit vent, en lui défendant de passer sur la paroisse d’Ercé. (E.)
Plusieurs jeunes gens s’étaient réunis pour danser. Fout à coup un grand cheval noir apparaît au milieu d’eux et les glace d’épouvante. Un prêtre se trouve à passer par là et chasse cette bête, qui était évidemment le diable. (M.)
Le lieu où le récit place cette scène était précisément situé dans une commune des environs de Saint-Brieuc, où les prêtres avaient fait beaucoup d’efforts pour empêcher les danses, mais sans y réussir complètement.
À un bal de la Fontaine-des-Eaux, à Dinan, sous la Restauration, un monsieur vêtu de noir et qui, au premier abord, semblait fait comme tout le monde, vint, dit la légende, se mêler aux danses. Bientôt on s’aperçut qu'il avait un pied
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fourchu, M. Bertier, alors supérieur du petit Séminaire, exorcisa le danseur, qui se dissipa en fumée, non sans laisser après lui, comme tous les démons qui se respectent, une forte odeur de soufre.
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