I. — LE CHAR DE LA MORT
UAND on entend la Charrette Moulinoire couiner (crier en grinçant), on dit :
— Voilà la charrette qui passe pour chercher les morts.
C’est un chariot qui n’est traîné par personne. Un jour, près du moulin d'Anne, une femme de Saint-Cast l’a rencontré; elle l’entendait de loin qui couinait à chaque tour de roue, et elle pensa que la charrette allait à la porte de ceux qui sont pour mourir.
La charrette marchait comme le vent, et la femme, pour l’éviter, se jeta dans une broussée d’ajoncs, d’où elle la vit. Elle dit qu’elle n'avait point vu de chevaux; mais la charrette était remplie de musiciens et de gens qui jetaient le feu par lenez.
(Conté par Rose Renaud, de Saint-Cast, 1879.)
D’autres prétendent qu’elle est attelée de chevaux, et que celui qui la conduit crie sur sa Toute :
— Gare la vd (la voie, le passage) du limonier!
On dit encore qu'elle passe par les chemins creux et à travers les champs, marchant comme le vent, sous la conduite du diable, et tuant tous ceux qui ne se sont pas rangés à temps sur sa route. Vers Plévenon, elle ne peut, assure-ton, passer par les champs, parce qu’ils ont été bénits.
Elle fait le même bruit qu’une charretté:
2 ETS ÉQUES graissée; c’est probablement le cri d’un pètit
crapaud très-commun en Haute-Bretagne, qui fait croire à cette charrette invisible, auquel son cri ressemble en effet beaucoup.
D’après un récit intitulé : La Charrette Moulinoire, 2e série, n° LI, que j'ai recueilli à Plévenon, elle était attelée de douze cochons, et quand elle venait à la porte d’une maison, on pouvait être certain que dans la quinzaine mourrait un de ceux qui l’habitaient (cf. ce conte pour les détails). Cette charrette est aussi appelée la Brouelte de la Mort (cf. Carriguel an Ankou, dont le terme francais est le similaire exact.
On la nomme aussi la Grand'Cherrée, la grande charretée. C’est elle qui transporte les morts. La mère de ma bonne Vincente, qui était de Saint-Pôtan, avait vu passer près de chez elle, à la nuit close, la Grand’Cherrée.
En Basse-Bretagne existe la croyance au Kar an Ankou, qui répond exactement à la Grand’Cherrée et à la Charrette Moulinoire,
« Au moment où Willherm sifflait le quatrième vers de la chanson de Marionnik, il entendit le bruit d’une charrette non ferrée, et il l’aperçut qui venait vers lui couverte d’un drap mortuaire.
« Wilherm reconnut la charrette de la mort. Elle était traînée par six chevaux noirs et conduite par l’Ankou, qui tenait un fouet de fer et répétait sans cesse :
« — Détourne, ou je te retourne. »
(Souvestre, Foyer breton, t. I, p. 150, éd. Lévy.) Cf. aussi Guyonvac’h, p. 185, la Brouette de la Mort; Luzel, Léo. chrét., t. T, la Mort en voyage, et t. II, p. 335.
En Normandie, la charrette de la mort, traînée par des chevaux blancs, se montre aussi, mais seulement le soir des Morts, et l’on distingue la voix de ceux qui sont morts dans l’année. (Amélie Bosquet, p. 276.)