‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 47 sur 85 · IT. — LES CHÂSSES ET LES CIERGES ERRANTS · texte numérisé non relu

IT. — LES CHÂSSES ET LES CIERGES ERRANTS

CN UNE des apparitions les plus communes est celle des chdsses ou bières posées sur des échaliers de pierre, au bord de la route.

L'ombre portée des arbres éclairés par la lune dessine en effet, parfois, sur les pierres plates qui servent de clôtures aux champs, aux endroits où aboutit un sentier, des formes dans lesquelles les esprits prévenus voient des châsses recouvertes d’un drap blanc. (Matignon et beaucoup d’autres pays.)

Les châsses posées sur les échaliers sont un présage de mort pour celui qui les voit. (S.-C.)

Une lavandière prétendait que rien n’était capable de lui faire peur la nuit, et elle disait à qui voulait l’entendre qu’elle irait bien seule partout et à toute heure. |

Un soir, en passant un échalier, elle vit un drap blanc qui semblait recouvrir une châsse ;

elle prit son battoir et se mit à en frapper le mauvais plaisant, qui s’enfuit en criant.

Mais une autre fois, elle vit une véritable châsse avec un drap blanc dessus ; elle eut peur et résolut, cette apparition s'étant présentée dévant elle à diverses reprises, d’aller raconter le fait à son confesseur. Celui-ci lui conseilla d’aller hardiment et de border le linceul sur la châsse. Elle le fit, et l'apparition disparut aussitôt; mais l'émotion qu’elle avait éprouvée la rendit malade, et peu après elle mourut.

(Conté par Jean Bouchery, de Dourdain, 1878.)

Un jour, des gens qui allaient chercher leurs chevaux le soir virent sur leur chemin trois châsses en rang :

— Si je savais, dit l’un d’eux, que c’en serait une, je la prendrais pour me servir ces jours-ci.

Il alla pour en soulever une; maïs il la trouva pesante :

— Ah! s’écria-t-il ; il y a des morts dedans.

Ils voulurent passer par ailleurs; mais les châsses les suivirent. A la fin, elles se plantèrent debout, et les hommes purent passer; mais ils avaient les cheveux dressés sur leur tête.

(Conté en 1880 par Marie Sanson, de Saint-Cast.)

En Basse-Normandie, contrée voisine d’une partie du pays

gallot, on voit fréquemment apparaître des bières, Ce sont de grands cercueils blancs que l’on rencontre la nuit dans les cimetières, au milieu des chemins, ou placés sur les échaliers, et qui barrent la route aux voyageurs. Si un passant est obligé de déranger une bière, il doit s’en approcher avec beaucoup de respect, la relourner bout pour bout, puis la remettre à la même place. C’est ainsi qu’il évite tout danger (Amélie Bosquet, p. 275-276). Les châsses apparaissent aussi en Berry, où elles portent le même nom qu’en Haute-Bretagne (cf. Laisnel de Ia Salle, t. I, 119).

Les cierges qu’on voit errer la nuit, et qui souvent sont portés par des filles en blanc, sont des cierges qui ont été bénits à la Chandeleur, et que les personnes à qui ils appartenaient ont fait servir à des usages profanes ou moqueurs. C’est en expiation de cela qu’elles sont, après leur mort, obligées de les porter à la main.

(Conté par Joseph Legendre, de Saint-Brieuc-des-Iffs, 1880.)

« Un soir des jeunes gens aperçoivent une lumière ; ils s’en approchent et voient un cierge sans chandelier. Ils veulent passer à côté ; mais le cierge se dérange et leur barre le chemin. L’üun d’eux frappe le cierge de son bâton et l’envoie dans un champ voisin, où il s'éteint. En se retournant, il vit une forme blanche couronnée de roses et portant à la main un cierge brisé. On lui dit dans un veillois qu’il lui arriverait malheur, et de

fait il entendait une plainte continue. Il pria un de ses amis de venir le veiller; mais celui-ci s’endormit, et le lendemain il trouva à la porte son camarade mort, et à côté de lui le cierge brisé. »

(Mae de Cerny, p. 31-32.)

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