‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 52 sur 85 · TRADITIONS LE TAISUPERSTTITEONS · texte numérisé non relu

TRADITIONS LE TAISUPERSTTITEONS

peur, surtout lorsqu'il vit venir à lui un des défunts qui lui dit :

— Ne raconte à personne ce que tu as vu, car la mort te prendrait.

Le journalier rentra chez lui très-effrayé, et se garda bien de parler. Mais à auelque temps de là il tomba malade, et, croyant mourir, il raconta tout à sa femme. Il ne mourut pas cependant, et le premier jour où il retourna à ses journées, au lieu de s’en revenir par Boutron, où passe le sentier le plus direct, il prit le chemin des Motays. On l’entendit crier, et même sa femme l’ouit crier de Conaquen, qui est pourtant éloigné; mais personne n’osa bouger. Le lendemain, on alla voir ce qu’il était devenu; mais on ne trouva plus que sa tête. Les morts avaient fait un tel feu, qu'on ne vit plus trace d’un gros tas de fumier qui, la veille, avait été porté dans ce champ, alors en guérets.

(Recueilli par Mile Élodie Bernard.)

Certaines nuits semblent plus particulièrement affectionnées par les revenants. A Saint-Cast, et en plusieurs autres pays, on prétend que le soir de la Toussaint ils sortent à minuit du cimetière et vont se promener sur les routes, où ils frappent les passants attardés, et surtout les ivrognes et Les garçons qui reviennent de voir les filles.

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- On dit aussi que la nuit de la Toussaint les églises sont pleines de morts qui sont sortis de leurs tombes pour venir y prier. (S.-C.)

Dans le pays bretonnant on croit que le jour des Morts les trépassés sortent de leur tombe; on leur dresse une table chargée de mets (cf. Souvestre, Derniers Bretons, t. I, p. 11). À ma <onnaissance du moins, cette coutume du repas préparé pour les morts n’existe pas en Haute-Bretagne. À Dieppe, celui qui, le jour des Morts, monterait un bateau y verrait double et ne pècherait que des ossements (cf. A. Bosquet, p. 276).

Beaucoup de gens redoutent de voyager ces deux jours-là après la nuit close, et j’ai entendu une personne de la campagne, qui n’était point : trop superstitieuse, me dire qu’elle n’osait sortir de chez elle cette nuit-là. D’autres prétendent que pendant toute la semaine des Morts on est exposé aux apparitions. Voici un conte, choisi entre plusieurs, où il est parlé des revenants de la Toussaint.

Il y avait une fois un jeune bambocheur qui voulait aller voir les filles le jour des Morts. Il invita deux de ses camarades à l'accompagner.

— YŸ penses-tu? répondit lun d'eux; est-ce qu’on va voir les filles le jour des Morts ?

— Bah! dit l’autre, n’y fais pas attention; est- <e que tu crois à toutes ces vieilleries ?-

Les voilà partis. À un certain endroit du

chemin, ilst rouvèrent une sorte de châsse qui leur barrait la route. |

— Je ne passerai pas ! dit un des garçons.

— Je vais vous faire faire place, répondit celui qui les conduisait.

Il prit -un morceau de bois, et marchant droit à la châsse, il frappa dessus, et elle se sépara en deux.

— Jean Lemaître, dit une voix, tu te repentiras de ce que tu viens de faire. 3

Les garçons allèrent voir les filles, mais n’osèrent s’en retourner, et on les mit tous les trois à coucher dans le même lit. :

À minuit, on entendit frapper à la porte, et une voix qui criait :

— Jean Lemaître ! Jean Lemaître !

Le bourgeois de la maison dit :

— Levez-vous, Jean; on vous appelle.

— Lève-toi donc, disaient les autres.

Mais Jean avait peur à ses oreilles et ne bougeait point.

La porte s’ouvrit, et le revenant vint droit au lit où les trois garçons étaient couchés,

— Lève-toi de suite, Jean, lui dit-il.

Les autres le poussaient, et ils avaient envie de le voir debout. Il finit par se lever bien tristement, et le revenant lui dit :

— Couche-toi sur la table.

Il le couvrit avec une nappe, alluma trois cierges de chaque côté et s’en alla.

Personne n’osa se lever; mais au matin, le maître de la maison alla voir ce qui était arrivé à Jean, et, ayant soulevé le drap, il vit qu'il était mort.

(Conté en 1880 par Marie Durand, de Saint-Cast, âgée de quatre-vingts ans.)

J'ai une seule fois trouvé une personne: qui m'affirmait avoir vu un revenant; mais j'ai souvent entendu citer un tel et un tel qui s’étaient rencontrés avec des gens de l’autre monde.

Dans le pays bretonnant, il en est autrement : « Chacun a toujours à raconter quelque histoire fantastique ou merveilleuse où il a joué un rôle parfois, à moins qu’il ne la tienne de son père ou de sa grand’mère. »

(Luzel, Veillées bretonnes, p. 41.)

Sur les revenants en général, on peut consulter Tylor, Civilisation primitive, t. I, ch. 1x; D. Calmet, Dissertation sur les apparitions, les revenantis et les vampires.

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