FUME
La messe demandée
Voici une histoire que j’ai entendu raconter ; elle fit du bruit dans le pays, où les uns la traitaient de fable, tandis que les autres y croyaient fermement.
Une jeune fille, nommée Julienne Houée, mourut à Saint-Aubin. Elle avait eu beaucoup de bons amis qui lui faisaient la cour pour l’épouser. Quelque temps après sa mort, l’un d’eux, qui travaillait au four à chaux de Quenon, entendait souvent, lorsqu'il était seul, des bruits dont il ne pouvait se rendre compte. Il lui semblait qu’on marchait près de lui; mais il ne voyait personne.
Un jour pourtant, il vit son ancienne bonne amie qui était habillée « moitié en dimanche ». Il comprit qu’elle venait pour lui demander quelque chose.
— Que veux-tu ? lui dit-il.
— Fais-moi dire une messe pour expier le temps que nous avons passé ensemble à deviser pendant les offices, quand j'étais de garde à la maison et que tu venais me faire la cour. Je désire en outre que tu te maries avec ma sœur.
Le jeune homme fit dire la messe, et il n’eut plus d’apparition.
(Conté par Angèle Quérinan, d’Andouillé, 1878.)
Les revenante qui viennent demander des messes sont aussi connus en Bretagne bretonnante. (Cf. dans Luzel, Vezllées bretonnes, p. 193 et suivantes, plusieurs histoires dont la plus caractéristique est celle d’une tante qui apparaît à sa nièce après lavoir plusieurs fois inquiétée sans se montrer ; cf. aussi Souvestre, Foyer breton, t. II, l’Auberce blanche.)
B. — REVENANTS QUI VIENNENT DEMANDER QU'ON PAIE UNE DETTE CONTRACTÉE PAR EUX
Un homme, mort depuis peu, apparut à une fille de Saint-Sulpice-la-Forêt et lui dit:
— Je dois quinze sous à un tel : paie-les pour moi. R — Volontiers, répondit la fille. Comment vous trouvez-vous là-bas ?
— Pas trop bien; je me chauffe trop dur.
Il posa la main sur la manche de la jeune fille,
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qui était toute roussie à l'endroit où les doigts avaient touché.
(Conté par Aimé Pierre, de Liffré, 1878.)
Cf. dans Dom Calmet, p. r15, l’histoire d’un seigneur qui vient recommander de restituer un bœuf qu’il avait pris. Voyez aussi, p- 124, le récit d’un mouchoir brûlé par un revenant. Le même D. Calmet, p. 122, raconte, d’après Mélanchton, l’aventure d’une femme dont la main est brûlée par le contact de celle de son défunt mari. Amélie Bosquet, p. 79, rapporte, d’après Orderic Vital, une légende similaire.
Le revenant à la messe -
Il y avait une fois une servante qui était fille de bras (chargée des gros ouvrages) dans une riche maison.
. Le dimanche, ses maîtres allaient se promener, et parfois aussi les autres domestiques, de sorte qu’elle restait souvent seule à la maison.
Un jour qu’elle était de garde, elle se mit à lire l’Imitation de Jésus-Christ. Quand elle leva les yeux de dessus son livre, elle vit tout à coup auprès d’elle un gros homme à la figure blême, tout habillé de brun, qui la regardait; mais elle n’osa lui parler, et il partit.
Le lendemain, comme elle traversait la cour pour aller tirer les vaches, elle le vit encore qui semblait l’attendre. Elle courut bien vite à l’étable