C. — REVENANTS QUI DEMANDENT LA SÉPULTURE
Des maçons construisaient une minoterie. Ils se fâchèrent avec le petit manœuvre qui leur apportait le mortier, et le frappèrent si dur qu'il
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mourut. Comme il n’y avait alors personne et que le goujat était un petit vagabond, ils résolurent de n’en rien dire et de cacher son cadavre dans les fondements, qui étaient très-profonds.
Le moulin construit entra en pleine activité, si bien qu’au bout de quelque temps l’ouvrage pressait si fort qu’on dut le faire marcher même la nuit; mais quand arrivait minuit, toutes les lumières étaient subitement éteintes par un souffle invisible, et on entendait dans toutes les parties
de la maison un bruit très-fort, d’autant plus étrange qu'on ne voyait personne.
Un des garçons s’offrit à voir ce qui causait ce tapage. À minuit, sa chandelle fut éteinte; il se leva et ne vit personne. Il ralluma sa lumière, qui fut encore éteinte, et en même temps il entendait un bruit aussi fort que si tout le moulin craquait.
Il s’écria alors :
— Si tu es du diable, va-t-en; si tu viens de la part de Dieu, dis ce que tu désires.
— Mon corps, répondit alors une voix, est sous les fondations du moulin, et je désirerais qu’il fût mis en terre sainte.
On obéit à la demande du fantôme, et on n’entendit plus aucun bruit depuis.
(Conté en 1878 par J. Bouchery, de Dourdain.)
Cette croyance, qui a été celle de toute l’antiquité, se retrouve en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 91).
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D. — REvVENANTS QUI VIENNENT ACCOMPLIR UNE PROMESSE
Le souper de la morte
Il était une fois un marin qui faisait la cour à une jeune fille. I] l’aimait bien et voulait l’épouser ; mais ses parents ne se souciaient pas du mariage, parce que la jeune fille était pauvre.
Le marin partit en voyage; pendant qu’il était sur mer, ses parents lui écrivirent que sa bonne amie était morte, et il en eut bien du chagrin. |
Quand, sa navigation terminée, il fut débarqué, il partit pour revenir dans son pays; comme il passait devant la maison: où la jeune fille demeurait toute seule, il y vit de la lumière.
— Ah! se dit-il, mes parents m'ont trompé en m'écrivant que ma bonne amie était morte.
Il entra dans la maison et vit la fille, qui était dans ses habits du dimanche et qui parut contente de le revoir. Elle l’invita à souper avec elle ; mais il lui répondit que ses parents l’attendaient et qu’il voulait les voir ce soir même.
— Alors, dit sa bonne amie, promets-moi de venir demain à pareille heure souper avec moi.
DIPÉRAMEAUTE"BRETAGNE 2AT
— Volontiers, répondit le marin, qui continua sa route et arriva chez ses parents. :
— Vous m'aviez écrit, leur dit-il, que ma bonne amie était morte. Cela n’est pas vrai, car en passant devant chez elle j’ai vu de Ja lumière; je:‘suis- ‘entré, Lie luil ai parlé! ét j'ai même promis d’aller souper demain avec elle.
— Si, lui répondirent ses parents, elle est bien véritablement morte; si tu crois que nous te trompons, va demain trouver le recteur, et il te dira au juste quel jour elle est morte et quel jour elle a été enterrée.
Le lendemain, le marin alla au presbytère, et le prêtre lui affirma qu’elle était décédée quelques mois auparavant, et que c'était lui-même qui lPavait enterrée.
— Mais, ajouta-t-il, puisque vous avez promis d’aller chez elle ce soir, il ne faut pas y manquer. Vous aurez bien soin de ne pas manger avec elle, de ne pas boire, de refuser le café qu’elle vous offrira. Elle laissera tomber une cuiller et vous priera de la ramasser ; maïs vous refuserez de le faire, quoi qu’elle vous dise.
— Ne pourriez-vous venir avec moi? dit le marin.
— Je peux vous accompagner jusqu’au seuil de la porte, répondit le prêtre; mais je n'ai pas permission d’aller plus loin.
Quand arriva le soir, le marin alla à la maison de sa bonne amie et laissa le recteur en dehors. Il entra et trouva la jeune fille habillée comme pour des fiançailles. Elle l’invita à s'asseoir à table auprès d’elle, et lui offrit à manger.
— Merci, dit-il, je n’ai pas faim.
Elle se mit à souper toute seule, et lui présenta un verre dans lequel elle avait versé du cidre.
— Bois, dit-elle.
— Non, je n'ai pas soif.
La fille alla ensuite faire du café, et en présenta une tasse au marin, qui refusa de la prendre. Elle goûta seule au café et laissa tomber à terre la petite cuiller dont elle se servait.
— Ramasse ma cuiller, lui dit-elle, cette fois d’un air dur.
— Non, répondit-il, ramasse-la toi-même.
— C’est bien heureux pour toi que tu n’aies voulu ni boire, ni manger, ni ramasser ma cuiller.
Elle disparut à ces mots, et la terre s’ouvrit sous elle, car elle était damnée, et le recteur ouvrit la porte au matelot, qui s’en alla avec lui sans avoir aucun mal.
(Conté en 1879 par Élisa Durand, de Saint-Cast.)
La promesse
Un garçon et une jeune fille s'étaient promis de s’épouser, morts ou en vie. Le garçon partit
pour l’armée, et la fille se mourut. Quand le soldat revint, on lui dit qu’elle était morte; mais lui alla au logis de la fille et la vit qui était toute habïllée de blanc: Il lui parla; mais elle ne répondait que par oui et par non. Il disait à ses amis qu’il allait se marier avec elle, et que tous les soirs il la voyait; mais ses amis le traïtaient de fou.
Il fixa pourtant le jour de la noce; il mena lPépousée jusqu’à la table de Dieu, et la messe commença. Sitôt qu’elle fut finie, la terre s'entr'ouvrit et engloutit la mariée. (E.)
En Normandie, on connait aussi les revenants qui viennent
demander l’accomplissement d’une promesse (cf. La Fileuse d'Apremont, Amélie Bosquet, p. 263).
Deux jeunes garçons qui étaient en service dans la même férme avaient promis que celui qui se marierait le premier inviterait l’autre à ses noces, mort ou en vie.
Peu après l’un des deux mourut, et l’autre était sur le point de se marier. Il se souvint de la promesse qu’il avait faite à son camarade, et il alla en parler à son confesseur.
— Puisque tu as promis, dit le prêtre, il faut que tu ailles sur la tombe de ton ami, tu l’appelleras trois fois, et à la troisième fois il viendra.
Le jeune homme alla au cimetière, et quand il
eut par trois fois appelé le défunt par son nom, celui-ci se présenta devant lui.
— Que me veux-tu ? demanda-t-il.
— Je suis venu te prier de venir à mes noces.
-— J'irai, répondit le défunt, et il disparut.
Le jour du mariage, le domestique défunt vint à la messe et assista au repas; mais il ne buvait ni ne mangeait, et personne ne le voyait, excepté le marié.
—- À qui parles-tu ? lui disait sa femme.
— À mon ami qui est là.
À la fin du repas, le défunt se leva et dit au marié : k
— Il faut que tu viennes me reconduire.
Le marié quitta la noce et suivit son camarade, tout en devisant avec lui. Comme ils passaient dans un chemin creux, le défunt dit au marié :
— Vois-tu bien ce bouc et cette chèvre qui ne font que se battre ?
— Oui.
— Eh bien ! c’est ton père et ta mère. Ils se sont disputés et battus quand ils étaient de ce monde, et leur mauvais ménage continue dans l’autre. Il faudra être bienveillant et doux pour ta femme : si tu es bon, ta place est réservée à côté de la mienne. Regarde du côté opposé :
que vois-tu ?
Pendant que le marié tournait les yeux dans
D'EVEL AM EAU TEE BREST AGNE 24S
la direction indiquée, le défunt disparut, et il ne le revit plus.
(Conté par Françoise Dumont, d’Ercé, 1879.)
Luzel, Légend. chrét., t. II, raconte, sous le titre de l’Omibre du pendu, une légende dont le début a de l’analogie avec celle-ci.
Cf. aussi dans le même recueil le commencement de la Myche de pain.