II. — LES LOUPS-GAROUS ET LES HOMMES TRANSFORMÉS EN BÊTES
CID des hommes qui ont le pouvoir de se EC transformer en bêtes. Ils se frottent pour ] cela avec une pommade que le diable leur a donnée; mais ils sont contraints d’errer pendant un temps déterminé. Leur métamorphose ne cesse que quand leur sang a coulé. (E., M., P.)
On les nomme garèus, loups-garous où guérous ; ce dernier mot estaussi usité en Basse-Normandie.
(CF. Amélie Bosquet, p. 235.)
Les gareux étaient des espèces de diables ou de sorciers qui se mettaient en toutes sortes de bêtes, surtout en vaches et en loups. (P.)
(x) Sur les loups-garous en général, on peut consulter Tylor, Civilisation primitive, t. 1, p. 353 et suiv., de la traduction française; Rolland, Les Mammifères sauvages, p. 155 et suiv.; Amélie Bosquet, La Normandie merveilleuse, ch. x11; Bourquelot, La Lycanthropie.
L'abbé Bordelon a fait aussi, au XVIIe siècle, une sorte de roman intitulé Histoire de M. Oufle, où se trouvent de curieuses notes sur la Iycantrhopie (voir l'édition de Paris, 1793, in-8).
« Les loups-garous sont des hommes convertis en loups pour avoir été plus de dix ans sans approcher du tribunal de pénitence. »
(Habasque, t. I, p. 285, note.)
Je n’ai pas retrouvé personnellement cette croyance en Haute-Bretagne ; mais elle est rapportée par Dufilhol dans Guionvac’h, p. 17: «Si tu restes sept ans sans mettre le doigt dans le bénitier, tu seras loup-garou. »
Ceux qui ont le pouvoir de se transformer en bêtes le font au moyen d’une bouteille; mais parfois ils oublient où ils l’ont mise ou bien la perdent, et alors ils restent sous la forme d’animaux.
Cf. sur les loups-garous de Basse-Bretagne (sing. den vleix, plur. tud vleix) Le Men, p. 420.
Il y avait à Saint-Cast, vers 1830, un ancien chouan qui n’avait point bonne réputation dans le pays; il passait pour se mettre en toutes sortes de bêtes, afin de pouvoir faire la nuit ce qu’il voulait. Les uns prétendaient qu'il allait voler, d’autres qu’il était fraudeur ou qu'il servait aux communications que les royalistes avaient avec Jersey.
Un marin qui allait un soir à Saint-Malo avec lui, tout d’un coup ne l’aperçut plus; mais il vit
un gros cochon qui cheminait auprès de lui.
Pendant le trajet, il se changea encore en deux autres sortes de bêtes. Il se changeait, disait-on, malgré lui. Il fut en prison cinq ou six fois, et il en sortit sous des formes de bêtes différentes.
(Conté par Étienne Piron, de Saint-Cast, 1880.)
Pour délivrer les loups-garous, il faut les blesser à sang.
Le Bouchier du Prâ s'était frotté avec une pommade et était devenu loup-garou; il dit à un de ses voisins de le frapper avec une hache bien aiguisée. La première fois, il n’osa ; la seconde, il le fit, et depuis ce temps le Bouchier ne courut plus. (M.)
Cf. sur la délivrance des garous Rolland, t. I, p. 156 (Normandie), 157 (Limousin), 1$8 (Vendée et Bigorre); Amélie Bosquet, p. 233 (Orne).
A Tournebride en Hénon, deux hommes entrèrent à l’auberge très-tard pour boire une moque de cidre. Ils sortirent, et l’aubergiste, qui les avait suivis en cachette, les vit vomir des pattes de chien. C'étaient deux compères qui s'étaient déguisés en loups et qui avaient mangé des chiens. ;
(Recueilli par M. Bourie.)
Le loup-garou
Il y avait une fois un garçon de ferme qui découchait toutes les nuits, et on ne savait ce
qu’il devenait ; mais son maître ne pouvait rien
dire, car le garçon était loué pour le jour et pas pour la nuit.
Un jour le fermier voulut voir où il allait, il se cacha dans un chêne d’émonde sur la route par laquelle le domestique devait passer. Il vit bientôt arriver son serviteur, qui se passa autour du cou un trépied; mais à partir de ce moment il ne le vit plus.
Tout le long des nuits quelqu'un venait agacer le chien, qui aboyaît ; le fermier se dit :
— Je parie que c’est le loup-garou.
Il prit un morceau de bois au bout duquel il mit une lame pointue, et quand il entendit le chien aboyer, il fit passer son bâton par la chatière et le poussa comme pour frapper. IL sentit que sa pointe rencontrait quelque chose, et, au même moment, il entendit une voix qui disait :
— Vous m'avez rendu un grand service : j’en avais encore-pour trois ans ; me voilà maintenant quitte.
Le lendemain, le fermier vit au cou de son domestique la marque d’une blessure, et depuis
ce temps il remarqua qu'il ne sortait plus la nuit.
(Conté en 1880 par Françoise Dumont, d’Ercé.)
Cf. A. S. Morin (Beauce), p. 201; Cayla, Le Diable, p. 253; Laïsnel de la Salle, t. I, p. 18r.
Il ya bien quarante ans, plusieurs femmes, dans les communes de Plurien, Pléhérel et Plévenon, eurent leurs bergeries dévastées par un animal inconnu qui y pénétrait la nuit et suçait le sang des moutons. C'était une bête fort petite, puisqu’elle passait par un trou très-étroit.
On disait que les auteurs de ces ravages étaient deux tailleurs de Ruca qui avaient deux bouteilles, l’une pour s’emmorphoser, l’autre pour se démorbhoser.
(Conté par Scolastique Durand, de Plévenon, 1880.)
On emploie couramment emmorphoser, métamorphoser, démorphoser, faire cesser la métamorphose, qui est appelée morphose.
À la ferme de Glanda, près du Guildo, une truie noire venait tous les soirs à dix heures; elle s’asseyait sur une pierre bleue qui était dans un coin de l'aire, et même elle se montrait à la porte de la maison. On fit pendant toute la journée du feu sur la pierre bleue, qui était brûlante quand, à la nuit, la truie noire vint s’asseoir dessus. Elle jeta un cri et s’échappa.
Elle retourna dans le champ de la Commandière, où elle resta plus de dix ans; mais un jour elle fut blessée au genou par un laboureur, et au lieu d’une truie, ils virent une jeune fille qui avait été emmorphosée par les sorciers et devait rester en truie jusqu’à ce qu’elle eût été blessée à sang.
(Conté par Jacquemine Nicolas, de Saint-Cast.)
On racontait autrefois, dans le pays des Iffs, qu'avant la Révolution, quand un garçon avait fait une faute grave, son confesseur lui imposait pour sa pénitence d’aller se poser devant une croix, une fourche à la main, et d’y attendre le Guerrou ; il fallait alors qu’il courût à lui pour lui frapper le front d’un coup de fourche.
(Conté en 1880 par Joseph Legendre, qui tient cela d’une femme, morte très-âgée en 1840.)
Cf. dans Rolland, p. 15, une ancienne croyance vendéenne analogue, et une normande; cf. aussi la Bête excommuniée, Restif de la Bretonne, p. 8r.
D’après le conte qui suit, ceux qui courent le guérou y étaient forcés par un diable qui les accompagnait partout, mais dont ils pouvaient se débarrasser en le donnant à autrui.
Il était une fois un homme qui se promenait seul dans son jardin. Tout à coup il entendit un, cri, et il dit tout haut :
— Tu ferais bien mieux de te taire.
Aussitôt un homme qui portait sur le dos une petite bête noire accourut tout essouffé et Jui dit :
— Qu'est-ce que tu me veux, toi?
— Rien, répondit l’homme tout effrayé.
— fé bien! dit le coureur de guérou, puisque tu ne me veux rien, cours le guérou à ma place.
Il lui jeta sur le dos sa petite bête noire, et il disparut.
La bête se colla sur le dde de l’homme si fortement qu’il ne pouvait s’en débarrasser, et il était obligé de courir le guérou.
Un jour il rencontra un prêtre qui lui dit :
— Savez-vous comment faire pour vous débarrasser du diable que vous portez sur votre dos ?
— Non, je ne le sais pas, répondit le coureur, et j'en suis bien marri; mais est-ce vraiment le diable qui est sur mon dos ?
— Oui, c’est lui, dit le prêtre. J'ai sur moi un peu d’eau bénite; je vais la lui jeter, et vous allez voir comme il va crier.
Dès que la bête sentit l’eau bénite, elle qui ne disait jamais rien se mit à jeter des cris épouvantables.
— Suivez-moi, dit le prêtre.
L'homme marcha derrière lui, et ils entrèrent à l’église. Le prêtre passa son étole au cou de la
bête, et il tirait de toutes ses forces pour la décoller; quand il y fut parvenu, il la jeta dans le bénitier, et elle souffrait comme si elle avait été plongée dans de l’eau bouillante. Elle finit par sauter à terre, et elle s'enfuit comme le vent. Depuis, l’homme ne fut plus forcé de courir le guérou.
(Conté en 1881 par François Marquer, de Saint-Cast.)
Il y avait autrefois un homme qui « menait les loups » dans la forêt de Rennes, et qui, grâce à un pacte qu’il avait fait, pouvait, à sa volonté, se transformer en loup. Un jour on tira sur lui, et, dès qu’il fut blessé et que son sang coula, il redevint homme.
(Conté en 1878 par Aimé Pierre, de Liffré.)
Sur les meneurs de loups, de rats, de taupes et de poux, consulter ces articles à la seconde partie.
La croyance aux meneux de loups existe aussi en Berry (cf. G. Sand, Leg. rustiques, p. 9$ etsuiv., qui cite plusieurs légendes. et le chapitre de Laisnel de la Salle sur la sorcellerie), en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 304).
Un jour, en abattant du bois dans la forêt de Haute-Sève, un boisier trouva deux bouteilles. Il mit un peu de la liqueur que l’une contenait dans le creux de sa main; à mesure que la liqueur
s’étendait, sa main devenait comme la patte d’un loup. Mais il se frotta avec la liqueur de l’autre bouteille, et aussitôt sa main redevint à son état. naturel. dr
(Conté en 1887 paï An; nat, d’Andouillé.) Le
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