‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 77 sur 85 · TRADITIONS ET SUPERSTITIONS 3SI · texte numérisé non relu

TRADITIONS ET SUPERSTITIONS 3SI

sont toutes les richesses et toutes les armes du baron. On assure aussi qu’un jour qu’il charroyait de l'argent, le cheval qui était attelé à la charrette recula dans l'étang et disparut : c’est depuis ce temps qu’on dit que’ dans cet étang il y a une charretée d’argent.

Un jour que des gens étaient à guéretter sur un petit monticule qui est peu éloigné du château, la terre s’enfonça sous eux, et ils tombèrent dans le souterrain où ils trouvèrent un chandelier de cuivre et un pot rempli de sous marqués de six liards.

(Conté en 1881 par J. M. Comault, du Gouray.)

Ce château de la Motte du Parc, maintenant simple ferme de la commune du Gouray, était une place assez forte, ainsi qu’on peut en juger par les tours et les courtines qui subsistent encore, et qui semblent dater de la fin du XVe siècle. Dans le pays, on dit que des seigneurs très-méchants y ont habité jadis.

« Les douves de l’ancien château du Rufflayen Saint-Donan cachent un frésor ; il en est de même de celui de la Villeneuve, dont le souterrain s’étend jusqu’à la fontaine de la Maroche. D’après la légende, ce souterrain se compose d’appartements remplis d’or. Un habitant de la Villeneuve, conduit par un étranger, a pris quelques poignées de cet or, comptant bien y revenir;

mais depuis, il n’a jamais pu retrouver l'entrée du souterrain. »

(Jollivet, p. 60-67, art. Saënt-Donan.)

« La tradition rapporte qu’en démolissant le château (de la Ville-Avran, non loin de Louvigné), on trouva une poule en or avec ses douze poulets qui fut portée et fut vendue à Rennes; elle passe pour avoir fait la fortune de celui qui l’a découverte. »

(De la Pilaye, Mémoires de la Société des Ant., 2° série, IN,

En Berry (cf. Martinet, p. 8-9), dans l'Orne (cf. Mel., col. 96), en Normandie (cf. À. Bosquet, p. 154-155), les anciens châteaux passent aussi pour avoir des « caches » où sont des trésors.

Dans ses Zégendes du Morbihan, le docteur Fouquet raconte que le château de Kerbihan avait un trésor. Un jour un homme rencontra une pauvre femme et lui proposa de faire sa fortune, si elle voulait lui obéir, Il l’emmena dans une grande cave, sous les ruines, et lui montra des tonnes pleines d’or, en lui disant que si elle pouvait prendre une seule pièce de chacune de ces tonnes, elles se trouveraient transportées chez elle. Mais elle vit des monstres et des vipères ; alors elle s'enfuit, et l’inconnu lui reprocha de ne pas l'avoir délivré de la garde de ce trésor. (P. 22-23.)

Cf. dans Amélie Bosquet, p. 154, 156, 159, des légendes normandes où il est parlé des trésors des anciens châteaux.

La plupart des anciens châteaux passent pour avoir eu des souterrains qui conduisaient au loin, et parfois étaient d’une longueur invraisemblable.

Le château de Léhon était relié, dit-on, au corps de place de la ville de Dinan par un passage long d’un peu plus d’un kilomètre.

Le Bordage avait, assurent les habitants âgés d'Ercé, un souterrain qui allait jusqu’au chàteau de Saint-Aubin-du-Cormier, situé à dix kilomètres.

À Plélan, au village du Gué, on montre l’emplacement du palais du roi Salomon. C’est une butte à peu près ronde qui n’est pas fort étendue.

On prétend que d’une ancienne gentilhommière, située à quelque distance, il y avait un souterrain qui y conduisait.

En Normandie, on croit aussi aux énormes souterrains (cf. A. Bosquet, p. 125).

Plusieurs renferment des chambres où il revient (cf. Fouquet, p. 124-126, Le Revenant du Chdtelier), et aux alentours se promènent de nuit des dames blanches. D’après M. Habasque, t. I, p. 422, qui a peut-être un peu renchéri sur ce qui lui avait été raconté, « on entend des cris plaintifs, des bruits de chaînes (à la Roche-Suhard). Quelquefois aussi, vers l’heure solennelle de minuit, les fées y dansent joyeusement au clair de la lune, paraissant et disparaissant, et tournant autour des ruines. »

Je n’ai point recueilli de légende aussi poétique; à Ercé toutefois, on assure qu’au lieu dit la Lande de la justice, où étaient autrefois les fourches patibulaires du Bordage, il ne pousse pas de grain : la nuit on y entend parfois des plaintes.

À Tremblay, il y a un vieux château qui n’est pas en ruines, mais que personne ne peut habiter à cause des bruits qu’on y entend la nuit. On dit qu’il est plein de diables et de revenants, et que ces derniers sont des personnes tuées par les anciens seigneurs, qui ont laissé la réputation de gens cruels.

(Conté par J. Legendre, de Saint-Brieuc-des-Iffs, 1880.)

Une croyance analogue existe en Normandie au sujet de plusieurs châteaux (cf. A. Bosquet, p. 262).

« Si l’on en croit les habitants de Baulon (Ille-et-Vilaine), le château de la Motte-Bruslon, dont on voit les débris près du bourg, fut maudit et détruit parce que ses possesseurs maltraitaient les pauvres du pays. »

(Guillotin de Corson, p. 92.)

Au temps où il y avait encore des seigneurs (il y a de cela cent vingt ou cent trente ans), il y avait à l’Angevinais en Calorguen un mauvais

seigneur qui tous les soirs montait à cheval et se faisait suivre d’un paysan aussi à cheval, pour se rendre au Tarais, où il allait faire des choses éhontées qu’on n’ose seulement pas dire. Un soir, comme il était à peu près à mi-chemin, il aperçut devant lui sept grands lévriers blancs, dont le plus grand seul avait une tache noïre au collier ; les sept levriers se jetèrent sur lui, comme s'ils avaient voulu le dévorer, et il ne pouvait poursuivre sa route. Il appela le paysan qui le suivait, et lui dit d'essayer de passer. Les lévriers ne lui dirent rien, et il passa. Le seigneur alors voulut absolument passer. Il y réussit; mais les lévriers se jetaient sur lui et sautaient presque par dessus son cheval. Il arriva au Tarais, où il fut pris de mal-à-saint (de peur), et il mourut au bout de trois jours sans avoir pu retrouver la parole. Depuis ce temps, les sept lévriers blancs, qui étaient des réprouvés, revenaient tous les soirs au château de l’Angevinais, où ils arrivaient avec un grand bruit de chaînes par la porte de la cave manger de la soupe ou du lait qu’on leur laissait dans sept écuelles sur la table, et si on venait à les oublier, ils faisaient un tel tapage qu’il n’y avait pas moyen de dormir. Ils sont revenus jusqu’à ce qu’on ait démoli le château.

Lorsqu'on démolit l’Angevinais, il n’y a pas

bien des années, on trouva dans les fossés beaucoup de têtes de morts. Les paysans pensèrent aussitôt que ctaient celles de gens que les anciens seigneurs y avaient fait jeter.

(Recueilli en 1881 par Miie Élodie Bernard.)

Au château de la Hunaudaye, on montrait encore, naguère, des sculptures grossièrement exécutées sur les parois d’une tour; on disait que c'était l’œuvre d’un moine de Saint-Aubin qui y avait été enfermé. C’est sans doute à ce moine que fait allusion le récit qui suit :

Une dame de Tournemine, à qui était le chàteau de la Hunaudaye, menait une vie débauchée. Un moine de Saint-Aubin vint lui faire des remontrances ; mais elle le fit saisir et enfermer dans une tour: c’est celle où l’on voit encore sculptés grossièrement dans la pierre les instruments de la passion. |

Il y resta dix ans. Mme de Tournemine était joueuse, et elle attirait à son château les seigneurs. Un jour elle en avait ruiné un, et elle voulait encore le forcer à jouer.

— Je n'ai plus rien, dit-il.

— Jouons tout de même.

— Alors je joue la liberté du moine.

Il gagna, et on mit le moine à s’en aller tout

seul; mais il était devenu presque aveugle, et il mourut sur la lande, avant d’avoir pu arriver à Saint-Aubin.

(Conté par M. Méheust, maire de la Poterie.)

« Non loin du bourg de Goven (Ille-et-Vilaine) est une motte circulaire qui porte aujourd’hui le nom de Butte de Gourmalon; mais on la trouve, paraît-il, appelée dans de vieux titres Butte ou Tombeau de Gurmailhon..….. Gurmailhon fut d’abord comte de Cornouailles, puis chefde toute la Bretagne, unie au commencement du Xe siècle pour repousser l'invasion normande. Quoi qu’il en soit, voici une légende que m’a racontée sur les lieux une vieille femme que je questionnais sur le Gourmalon :

« Il y a bien longtemps, bien longtemps, me dit-elle, un grand et beau château s'élevait en cet endroit, alors fertile et peuplé, mais devenu aride et désert depuis que Dieu l’a maudit. Le maître de cette demeure était un seigneur riche et puissant; malheureusement, il usait mal de ses richesses et de sa puissance, et le bon Dieu n’était point honoré par lui. Parmi les nombreux domestiques qui le servaient était une jeune fille vivant bien ignorée, mais aussi bien purement. Lorsqu’elle voyait son maître offenser le bon Dieu,

elle se mettait à genoux et implorait avec larmes la miséricorde divine. Longtemps elle arrêta par ses prières le bras de la justice céleste... Un jour qu’elle était à l’église de Goven, entendant la sainte messe, elle vit entrer son maître comme un furieux et menacer le prêtre célébrant à l'autel. Épouvantée, la jeune servante, qui avait reçu ce jour-là la sainte communion, sortit de

l'église en pleurant à chaudes larmes.

« Lorsqu’elle fut proche du château que venait aussi de regagner son coupable maître, l’enfant aperçut près d’elle un oiseau qui chantait merveilleusement. Elle prit plaisir à l’écouter..… Quand elle fut arrivée à la porte du manoir, elle vit l'oiseau voltiger devant elle, cherchant en quelque sorte à l’empêcher d’entrer. En vain voulut-elle le chasser; le petit oiseau se percha sur la porte entr'ouverte et continua sa mélodieuse chanson. Alors il sembla à la jeune fille que c'était là un avertissement du ciel, car l’oiseau paraissait lui dire en son charmant langage:

« Enfant, n’entre pas dans cette maison maudite | » Elle s’éloigna donc du château, et aussitôt l’oiseau la suivit en chantant. A peine fut-elle à quelque distance des cours du manoir, qu'un grand bruit se fit entendre derrière elle. Elle se retourna

vivement et aperçut le château qui s’écroulait..….

ensevelissant sous ses décombres le maître impie qui l’habitait.….

« Voilà plus de cinquante ans, ajoutait ma vieille conteuse, mon père, entendant dire que de grands trésors étaient enfouis au Gourmalon, y alla fouiller une nuit; mais quel ne fut pas son étonnement de voir apparaître au premier coup de pioche un vilain bouc armé de grandes cornes! C'était l’image du maître du lieu; mon père épouvanté prit aussitôt la fuite. »

(Guillotin de Corson, p. 99-ror.)

Amélie Bosquet, p. 463, 476, 480, raconte aussi des légendes où des seigneurs méchants sont fort maltraités.

Bien que le souvenir des droits féodaux soit resté assez vivace dans presque toute la Bretagne, les paysans n’y font pas volontiers allusion. J'ai entendu parler une ou deux fois à Ercé du droit de quintaine. D’après ce qui m’a été raconté, on causait encore aux Iffs, il y a une trentaine d'années, du droit de jambage ; maïs on accusait plutôt les huguenots que les anciens seigneurs de l’avoir pratiqué.

Voici un autre souvenir de ces temps anciens :

Avant la Révolution, le seigneur de Mont- Muran ne voulait pas que ses paysans fussent

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