IV. — LES GUERRES AVEC L'ÉTRANGER
sx OICI quelques récits où il est question de batailles de l’ancien temps. Ils sont bien confus, et je ne sais à quel fait historique les rattacher; je les donne, au surplus, tels que je les ai recueillis.
Près Moronval, en Saint-Aubin-du-Cormier, les Bretons attendirent les Normands, qui furent d’abord vainqueurs et massacrèrent l’armée bretonne ; mais plus tard celle-ci se renforça et livra bataille aux Normands, qui furent battus. Il y eut tant de carnage que l'étang de la Rousselière était tout rouge du sang qui y coula. C’est de là que lui vient son nom. Les Normands furent refoulés par les Bretons jusqu’auprès de Vandel.
(Conté en 1880 par Joseph Legendre, jardinier à Saint-Aubindu-Cormier.)
Sur la lande de Houée est une butte nommée le fossé d’Oster. On dit que c’est là que la guerre a commencé et qu’elle finira.
Sur la lande de Baugé est un autre fossé d’Oster, où a eu lieu la guerre après celle de Saint-Aubin. Auprès est une cave où on a trouvé toutes sortes de choses.
(Conté en 1880 par Françoise Dumont et Zoé Ledy, d’Ercé.)}
La lande de Houée n’est pas loin du lieu où se livra la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier. Sur celle de Baugé eut lieu une rencontre entre les chouans et les bleus, à l’époque de la Révolution.
En Berry existe aussi un fossé dit du Géant, que les paysans entourent d’un respect superstitieux (L. Martinet, Revue d'anthrop., 1880, p. 478).
Des guerres avec l’ Angleterre on ne se rappelle guère que la descente de 1758, que termina la défaite des envahisseurs à Saint-Cast. J’ai entendu raconter à ma grand'mère, née peu d’années après l'invasion, qu’à Matignon les Anglais étaient si pillards, qu'après s’être enivrés ils défonçaient les tonneaux et mettaient le cidre à courir dans les rues. Les personnes âgées rapportaient aussi, avec une indignation fort légitime, que les soldats anglais s’amusaient à éventrer les couettes avec leur sabre pour en faire voler la plume. J'ai aussi entendu dire qu'ils chauffaient les pieds des paysans pour les forcer à leur révéler l'endroit où était caché leur argent.
D’après Rioust des Villaudren, qui fut témoin oculaire et joua
dans cette circonstance un rôle héroïque, « les ennemis avaient emporté tout le linge... défoncé les coëttes pour avoir le coutil ». (Annuaire dinannaïs, 1838, p. 214, note.)
Il semblerait qu’il y ait eu des représailles: après la défaite des Anglais, une bonne femme dont ils avaient tué le mari assomma, dit-on, un blessé qui était chez elle en le frappant à coups de trous de choux. (S.-C.)
D’après une légende encore populaire dans le canton, la marche de l’armée ennemie sur Lamballe fut arrêtée à la chapelle du Temple-en-Piéboulle par la Vierge, qui fit déborder le minuscule ruisseau qui passe à cet endroit. C’est vers le village de Montbran que les avant-gardes anglaises eurent connaissance des dragons de Marbœuf, qui précédaient le gros de l’armée française.
Cette tradition est rapportée par Habasque, t. I, p. 102, d’une manière un peu différente. « Les cultivateurs prétendent que la statue (la Vierge du ‘Femple) suait tellement en 1758, lors de l’invasion anglaise, que deux hommes étaient constamment occupés à l’essuyer. On dut à son intercession de voir les Anglais rétrograder. Jamais, en effet, ils ne purent, disent-ils, dépasser le Temple, bien qu’on ne leur opposât pas de troupes. » Je n'ai pas retrouvé trace de cette autre version,
bien que j'aie interrogé à ce sujet plusieurs habitants de Pléboulle.
Dans l’antiquité, les statues protectrices des cités suaient pour annoncer des malheurs, et M. L. Duval, Esquisses marchoïses, p. 46, parle d’une statue de la Vierge qui, en 1664, suait continuellement.
Les Prussiens qui occupèrent la Bretagne en 1815 y ont laissé le souvenir de gens trèsgourmands: plusieurs moururent d’indigestion pour avoir mangé du lard avec excès.
Les alliés n’étaient pas, semble-t-il, en bons rapports avec la population. À Jugon, on en tua plusieurs, et c’est, je crois, dans ce pays qu’il y a un puits qui pendant longtemps se nomma le puits des Prussiens.
A Ercé, on leur mettait du chenevis dans leur cidre, pour les enivrer.
J'ai recueilli fort peu de chose sur les corsaires. On parle encore toutefois, sur la côte de Saint- Cast, des exploits du Périllon, que commandait un capitaine nommé Besnard.
Le souvenir des corsair:s est cependant resté vivace, au moins dans les chants des marins,
témoin cette chanson que j'ai entendue un peu partout sur tout le littoral breton, et qui semble dater de la fin du siècle dernier :