LE$ MONUMENTS PRÉHISTORIQ.UES
A partie de la Bretagne où la langue française est seule aujourd'hui en usage a un grand nombre de monuments préhistoriques. Il n*est guère de canton, je pourrais dire de commune, qui n'en possède plusieurs, et en quelques endroits se voient des groupes importants, souvent peu connus, comme les alignements de Pleslin, canton de Ploubalay, qui ne comptent pas moins de soixante-cinq pierres.
Dans le seul arrondissement de Dinan, qui n'est pas exceptionnellement riche, YInventaire des mégalithes des Côtes-du-Nord relève vingt tumuli, neuf menhirs, sept dolmens, un cromlech, cinq pierres à bassins, et j'y ai constaté quelques omissions.
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Mon but n^est point de dresser id k catalogue des monuments préhistoriques^ ni de faire leur description ; je me suis borné à donner simplement les noms singuliers que portent certains d'entre eux, et à recueillir les souvenirs qu'ils éveillent dans l'esprit des paysans. Dans le chapitre suivant, je m'occuperai spécialement du culte superstitieux dont ils sont l'objet.
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§ I. — NOMS aUE PORTENT LES MÉGALITHES
kN assez grand nombre de mégalithes n'ont pas de noms propres : on les désigne d'après le nom du village voisin ou du champ dans lequel ils sont situés ; mais il en est d'autres qui portent des appellations particulières, dont certaines font allusion aux croyances que les gens du pays y ont attachées ou y attachent encore. J'ai pensé qu'il était intéressant de les noter, et je ?ai fait du mieux que j'ai pu, d'après les documents les plus dignes de foi et les plus récents.
En général les dolmens sont appelés grottes aux fées ou roches aux fées; c'est en quelque sorte une désignation générique. A Pordic, un dolmen se nomme Table-Margot, appellation qui rentre dans le même ordre d'idées, Margot la fée, ou simplement Margot, étant en plusieurs pays synonyme de fée.
Voici d'autres noms :
La Maison des Follets, à Cancoët en Saint- Gravé (Morbihan) ; le ClxUeau des Poulpiquets, en Questembert (Morbihan).
Cf. en pays bretonnant Ty er Corygannetf la maison des Corrigans en LangoeUn (Morbihan, Guyot-Jomari) \ Ti C'horriqutiy la maison des nains, entre Pont-l'Abbé et Penmarc*h (Finistère, FréminvilU) ; la Maison des Poulpiquets^ Ile d'Ans (Morbihan, Fottquei^t etc.
La Chaise du Diable^ Pierrelé près Louvigiié-du- Désert (Ille-et-Vilaine, Joanne) (i); les Pierres du Diable, à la Ville-Tanet^près le Hinglé (Côtes-du- Nord, Ernoul de la Cfjeneîière) ; la Pierre du Trésor, en Landéan, dans la forêt de Fougères (lUe-et- Vilaine, Danjou de la Garenne'), font allusion à d'autres croyances.
Cf. Daleau, Forge du Diable (Corse, Dordogne) ; Chaise du Diable, Jublain (Mayenne), etc.
Les menhirs se nomment fréquemment roches piquées, pierres levées, pierres longues.
Voici quelques autres noms :
La Pierre qui chôme (la pierre qui se tient debout ; de chômer, se tenir debout), à Laillé (lUeet- Vilaine, Guillotin de Corson).
Le Fuseau de Margot, à Plédran (Côtes-du- Nord, Ernoul de la Chenelière) ; le Sabot de Margot, à Ploufragan (Côtes-du-Nord).
La Pierre de Saint-Jouan, à Cuguen (Ille-et- Vilaine, Rohidou); le Grés Saint-Méen, sur la lisière de la forêt de Coulon (Ille-et- Vilaine, Joanne),
(i) Les noms en italiques placés entre parenthèses sont ceux des auteurs d'oCi le renseignement est tiré.
Les Pets du DiaMe, à Vieuxviel (lUe-et-Vilaine) ; la Pierre du Diable, près Tinténiac (Ille-et-Vilaine, <:ommuniqué par M. Bézier).
La Dent de Gargantuay à Saint-Suliac (lUe-et- Vilaine, de Cerny) ; le Bdton de Gargantua, à Plévenon (Côtes-du-Nord) ; la Pierre à aiguiser de <jargantua, à Saint-Mirel en Plenée-Jugon, et au Pontgamp, près Plouguenast (Côtes-du-Nord).
On appelle les tumuli huttes ou mottes ; le seul qui, à ma connaissance, ait un nom significatif en pays gallot est celui de Tréhorenteuc (Morbihan, Guyot-Jomard)y qui se nomme Butte des Tombes.
Les pierres à écuelles ou à bassins sont appelées vers Fougères chaises du diable (cf. Danjou <le la Garenne).
On peut rattacher aux mégalithes d'autres -groupes de roches posées sur le sol ou qui en émergent naturellement ; Tune' d'elles se nomme Roche Saint-Guillaume.
Cf. en pays bretonnant la Pierre Saint-Yves^ près Penvenan (Côtes-du-Kord, Ernoul de la Chenelièrè) ; le Lit de Saint- Yves, près Laouennec (ibid.') ; le Lit de Saint-Idunet^ en Pluzunet (ibid.')f etc.
D*autres blocs sont appelés Rochers de Margot la Fée; c'est ainsi qu'on nomme un bloc en granit placé sur une hauteur et surmonté d'un autre bloc de moindre dimension (Ernoul de la Chenelièrè, p. 57). Un autre groupe de rochers
naturels dans le petit bois du Limbé^ en la commune du Gouray, et qui a une cavité en forme de grotte allongée, est appelé par les anciens VHôté (la maison) des Margot la Fie.
Ces noms font allusion à des fées, à Gargantua, aux lutins, parfois aux saints ou au diable. Comme on le verra dans les dépositions qui suivent, c'est à ces mêmes personnages que les paysans attribuent l'érection des mégalithes. Quant aux tumuli, ils les regardent presque toujours comme des buttes funéraires, idée conforme à l'opinion aujourd'hui généralement admise.
(Cf. Bertrand, de MortUlet, Cartaîlhac, etc.)