‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 4)Chapitre 20 sur 42 · LES APPARITIONS NOCTURNE · texte numérisé non relu

LES APPARITIONS NOCTURNE

jBKfflANS les pays du Nord, les nuits d'hiver SQSJI oit u"s tristetsc qui saisit ceux même Krw& qui ne croient pas que les démons, les lutins et les fantômes puissent se promener sur terre entre la nuit close et le chant du coq : l'esprit populaire, enclin au surnaturel, a rempli les ténèbres de choses lugubres et terrifiantes.

De même que ceux de presque toutes les autres contrées, les paysans gallots, qui le jour sont en général assez braves, ne sortent pas volontiers de chez eux vers l'heure de minuit. Dans leur enfance, les mères leur ont dit et répété, quand ils ne voulaient pas se coucher de bonne heure ;

fc La Nuit va t'emportera » où : « Le bonhomme la Nuit va venir* te quérir » ; plus tard, ils ont entendu à la veillée raconter des légendes nocturnes dont le récit faisait frissonner tout Fauditoire. Leur éducation et les croyances de leur entourage les disposent à peupler les ténèbres d'apparitions et fantômes horribles à regarder.

Il semble d'ailleurs que les esprits de la nmt n'aiment pas à voir les hommes voyager ou travailler aux heures qu'ils se sont réservées, et parfois ils se chargent d'avertir les imprudents. On en jugera par le récit suivant, qui est bien vrai, disait ma conteuse.

Une nuit, mon grand-père était à scier du blé noir dans un champ où il y avait quelques pdi tiers.

Il entendit une voix qui lui disait :

— Faut laisser la nuit à qui elle appartient. Cela ne le fit pas s'arrêter; il pensa que les

oreilles lui avaient tinté, ou que c'était quelque camarade qui voulait lui faire une plaisanterie. Mais bientôt il entendit pour la seconde fois là voix :

— Faut laisser la nuit à qui elle appartient.

Il comprit l'avertissement et partît à s'en aller.

(Conté ta 1880 par Françoise Dnmont, d'Ercé.)

Voici d'autres récits où il est parlé d'apparitions nocturnes.

Un homme passait souvent par un chemin où îl y avait à terre une grosse souche. Une nuit il dit tout haut :

— Il y a longtemps que tu es li, la souche ; moi je t'emporterai.

Il se baissa pour la charger ; mais quand il A'eut sur l'épaule, il ne put se lever ni la laisser retomber, et il resta ainsi jusqu'au lendemain matin.

(Conté en 1880 par Françoise Damont.)

En passant près d'un ruisseau, un fermier entendit par deux fois une voix qui disait :

— Où est-il, l'homme dont l'heure arrive ?

Cela lui fit peur, car il ne voyait personne.

Comme il regardait, il aperçut un homme qui accourait, et qui passa devant lui sans rien lui dire ; en traversant le ruisseau, il tomba dans l'eau, et le fermier vit l'eau qui bouillait à l'endroit où l'homme était tombé.

Jugez s'il fut saisi de l'aventure 1

(Conté par Françoise Dumont. Son père tient cette histoire de celui k qui la chose est arrivée.)

Les paysans, très-portés à redouter les choses de la nuit, prêtent volontiers une origine surna-

2o6 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS

turelle à tous les objets, à tous les bruits dont ils n'osent ou ne peuvent se rendre compte.

Il est d'usage à la campagne, dans beaucoup de pays, que, lorsqu'on va chercher le médecin ou la sage-femme pour un accouchement, deux personnes fassent le voyage ensemble : celui qui irait seul serait exposé à des apparitions.

Un habitant de Saint-Briac, dont la femme venait d'être prise des douleurs de l'enfantement au milieu de la nuit, partit pour Pioubalay, où demeurait le médecin, sans s'être précautionné d'un compagnon de route. Il ne vit d'abord rien d'extraordinaire ; mais quand il arriva au-dessous de la chapelle de l'Épine, à l'endroit où la route longe la Prée-des-Cocus, lieu marécageux et qui passe pour hanté, parce qu'on y voit des feux follets, ses oreilles furent frappées d'un bruissement étrange qui ressemblait à une sorte de musique.

Il se rappela que, dans sa situation, une apparition était chose fort ordinaire, et la peur lui fit quitter le milieu de la route pour se réfugier sur le bord, près de la banquette, où le bruit redoubla d'intensité. Il rencontra un poteau télégraphique récemment planté là, l'embrassa de ses deux mains, et il resta dans cette position, tremblant de frayeur, jusqu'au jour, et sans se rendre

compte de ce que la cause unique du bruissement était la vibration des fils agités par le vent.

(Recueilli à Ploiibalay vers z86o.)

En Basse- Bretagne, les superstitions de la nuit sont plus nombreuses qu'en pays gallot ; on pourra retrouver celles dont je n'ai pas les similaires dans Le Men, p. 420 et suiv. ; Luzel, Voyage d Ouessant, p. 776 (^Danseurs di nuit et lannig an aod); Lég. àtrit.f t. Il, p. ^^S (Voix qu'on entend sans voir de corps) ^

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