POSTHUME
A Saint-Méloir, près de Plélan-le-Petit, se trouvent des carrières abandonnées. Quand on passe par là après la nuit close, on voit un prêtre qui tient sa tête entre ses mains et demande la chanté aux passants. C'est pour payer une messe dont il a reçu le prix et qu'il n'a pas dite, et il est condamné à revenir jusqu'à ce que les passants lui aient donné le prix de la messe.
En Normandie existe la même croyance (cf. Amélie Bosquet, p. 267).
« A Erquy, un vieux prêtre, qui vivait il y a plusieurs siècles, sort la nuit régulièrement de son tombeau et vient dire son bréviaire dans l'allée des Chenotiaux, où il erre toute la nuit .
Il n'a fait de mal à personne, et pourtant on l'évite avec le plus grand soin. »
(JoUivet, p. 314.)
D'autres prêtres sont condamnés à revenir la nuit jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un vivant pour répondre leur messe.
(Cf. Cont. pop. y i**" série, La Messe du fantôme^ tfi xuii, et LiU. oraUy p. 192.)
Les histoires de prêtres revenants sont communes en beaucoup de pays, en Basse-Bretagne (cf. Luzel, Veillées bretonnes^ p. 4 ; Le Men, p. 426 ; Fonquet, la Messe du fantôme) ; en Normandie (cf. Amélie Bosquet, p. 267-274, qui raconte plusieurs légendes très-intéressantes qui avaient cours de son temps, et qu'on retrouverait sans doute aujourd'hui) ; en Gascogne (cf. Bladé, Trois contes : le Bdlard)^ etc.
Il y avait une fois à la Bérouessinaie, en Ercé, un homme qui, pour agrandir son champ, avait déplacé une borne. Après sa mort, il fut obligé de la rapporter à l'endroit où il l'avait prise. (E.)
Cette légende est altérée. Ordinairement^ celui qui a déplacé une borne est obligé de venir toutes les nuits la porter, en répétant : « Où la mettraije ? » jusqu'à ce qu'un chrétien lui ait -répondu : « Mets-la où tu Tas prise. »
(Cf. Fouquet, La Borne; Dulanrens de la Barre, VHomme embornéy etc.)
La même légende se raconte en Normandie (cf. Amélie Bosquet, p. 263-264); en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, 119).
La pénitente
Au temps jadis, il y avait, au Plessis-Broualeu «n Saint-Pôtan, un gros caillou bleu qui était près d'une fontaine, et tous les soirs une bonne femme morte depuis bien des années venait à dix heures s'agenouiller sur cette pierre pour faire pénitence.
Un jour, deux jeunes gens s'amusèrent à faire toute la journée du feu sur le caillou, et un peu avant la venue de la bonne femme, ils balayèrent les cendres, puis ils se cachèrent dans un coin du jardin pour voir ce qui allait se passer.
Quand la revenante arriva, elle voulut s'agenouiller comme d'habitude ; mais elle se brûla et jeta un cri à faire trembler, en disant :
— Ah I malheureux ! il y a deux cents ans que je venais ici accomplir ma pénitence; demain mon temps finissait, et voilà que par votre faute il faut que je recommence.
En entendant ces mots, l'un des garçons mourut, et quelques jours après l'autre devint fou.
(Conté en 1881 par Isidore Pookin» de Pluduno.)
L'épisode du caillou chaafié est fréquent (cf. p. 176 du présent volume).
A Rillé» près Fougères, on voit à certaines
époques de Tannée une lumière qui semble se promener dans un verger. Les gens du pays prétendent que ce feu follet est Tâme d'une femme enceinte qui se tua en tombant d'un cerisier de ce verger, et dont l'enfant mourut sans baptême.
En Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 16$) revienirent aussi ceux qui ont péri de mort violente).
La croyance aux pénitences posthumes est très-répandue en Basse- Bretagne (cf. Le Men, p. 421 et suiv.; Guiottvac'hj p. 119 et 187).
On trouvera ci-après, pages 254 et 2$$, d'autres exemples de morts qui reviennent &ire pénitence.
F. — LES LAVANDIÈRES DE NUrr
Certains doués sont affectionnés par les lavandières de nuit. Parfois elles restent des années sans qu'on entende parler de leur battoir, puis tout d'un coup elles reparaissent. En lUe-et- Vilaine, on prétend que les lavandières de nuit sont des mères qui ont tué leurs enfants, ou bien des femmes qui ont lavé le dimanche.
Les personnes qui ont lavé le dimanche reviennent en jour — mais la plupart du temps invisibles — au doué où elles lavent à l'heure où elles ont violé pendant leur vie le repos dominical. (E.)
Les lavandières de nuit sont communes en Basse-Bretagae
(cf. Le Men, p. 421, lavandières qui ont trop économisé le savon ; Souvestre, Les lavandières de nuit ; Dulaurens de la Barre, Les Mines de Huelgoat, etc.).
Les lavandières de nuit sont aussi connues en Berry. Ce sont « les âmes des mères infanticides ». Elles battent et tordent incessamment quelque objet qui ressemble & du linge mouillé^ mais qui, vu de près, n'est qu'un cadavre d'enfant . (G. Sand, Légendes rustiques^ p. 30; cf. aussi Laisnel de la Salle, t. I, p. 123-124.) D'après G. Sand, c'est une sorte de grenouille qui produit le bruit du battoir.
Aux Guerches, près Matignon, il y avait des lavandières qui faisaient tordre le linge; il y avait aussi une dame blanche.
Il faut bien se garder d'accepter de tordre le linge, car si on se trompait en le tordant, on mourrait.
Une lavandière de Dinan, morte aujourd'hui, et connue dans la ville sous le sobriquet de la mère Paillasse, était allée un soir voir une femme en couches qui demeurait dans une ferme, à quelque distance de la ville. Vers une heure du matin, elle quitta la malade et se mit en route pour s'en retourner chez elle. Pour s'abréger,, elle passa par la prairie des Noes-Gourdais, où il y a un doué. Auprès elle aperçut une femme qui étendait du linge, et il y en avait un paquet considérable. Elle s'arrêta auprès de la lavandière et lui dit :
— Vêtes ben tard ané (aujourd'hui.) L'autre ne lui répondit rien, et elle nç voyait pas sa figure, à cause de la lune qui était derrière sa tête. Elle lui aida à ramasser le linge, et quand il fut mis en paquet, elle lui aida à le soulever sur son dos. La lavandière se tourna alors, et la mère Paillasse s'aperçut qu'elle avait une tête de mort. Elle s'en alla au plus vite, et toutes les fois qu'elle racontait cette aventure, elle était si émue que la sueur lui perlait sur le front.
(Conté par M. Léonce Petit, qui, étant enfant, a entendu la lavandière elle-même la raconter.)
Un homme qui passait une nuit près des Noes- Gourdais vit une personne occupée à ramasser du linge, qui le pria de lui aider à le tordre. L'homme s'approcha et prit les draps par un bout; mais la femme lui frappa un coup sur la figure avec l'autre bout du drap, et l'homme s'aperçut qu'il avait devant lui un fantôme. (D.)
« Au-dessous de l'Angevînais, il y a un endroit du canal qui s'appelle Ponha. Une nuit, une femme de Conaquen, croyant être au matin, •descendit à la rivière pour laver. Elle cria à son mari : « Thomas, passe-moi des draps, » et au même moment elle tomba dans la rivière, où elle se noya. Depuis ce temps, elle revient vers
la Toussaint, entre dix et onze heures du soir. On Tentend frapper trois coups de battoir, puis on n'entend plus rien. Plusieurs personnes encore vivantes l'ont entendue, et lorsque les femmes se lèvent avant le jour pour aller laver ou restent trop tard le soir, on leur dit : a Vous allez faire comme h. lavandière de Ponha. »
(Recueilli par M"* Élodie Bernard.)
En Berry (cf. G. Sand, Ug. rust.^ p. 62), les âmes des suicidés reviennent).
Après dix heures du soir, sous les anciens ponts des environs de Bécherel et de Tinténiac, principalement à Piedlouais, près des IfFs, il y a des femmes qui lavent. Si on s'approche d'elles, on voit comme une lueur, et elles disent :
— Suivez votre route ; je fais ce qui m'est ordonné.
Dans le pays, on prétend que c'est surtout une femme catholique, tuée jadis par les huguenots, qui revient ainsi la nuit.
(Conté par J. Legendre, de Saint-Brieuc-des-IfFs, 1880.)
En Normandie, prés du Pont-Angot, une dame blanche
vient laver son linge à la lueur des étoiles (cf. A. Bosquet,
On dit aussi que les enfants qui ont frappé leur mère étant petits ne peuvent avoir de repos que lorsque leur mère est venue les frapper;
jusque-là, le bras coupable sort de la tombe. (S.-C, E.)
Cette croyance est connue en Anjou et en Normandie (cf. A, Bosquet, p. 283).