G. — REVENANTS QUI VIENNENT AVERTIR
M. de la Garaye menait joyeuse vie, chassant même à travers les clos des pauvres gens, buvant sec et faisant ripaille. Son beau-frère, marî de sa sœur, mourut, et quelque temps après son enterrement, où assistèrent plus décent prêtres, il apparut à M. de la Garaye dans son avenue. Il était tout en sueur, et une goutte de sa sueur étant tombée sur la main de M. de la Garaye, elle le brûla comme de l'eau bouillante. C'est à l'endroit où cette apparition lui était venue qu'il fit bâtir la chapelle qui existe encore.
(Conté par M. Léonce Petit, 1880.)
Cette légende est racontée un peu différenunent dans le Guide du casino de Dinard, Rennes, in- 3 2, 1881. J'en ai cité une variante dans ma Litt. orale, p. 200.
Ces apparitions de damnés se retrouvent dans les Légendes chrêtienna de Luzel, t. II, L'Ame damnée i Damné quoique dévot, etc.
Cf. La Marraine damnée de Restif de la Bretonne, qui est un véritable conte populaire recueilli en Bourgogne. {Les contemporaines par gradation^ p. 79, éd. Assézat.)
^iô^si^ss^i^îs^si^ss*esi^
s II. — LES MORTS aUI SE VENGENT
[A croyance qu'on doit respecter les morts est générale dans toute la Bretagne, et il n'en est point qui soit plus vivace. A ce sentiment se mêle une certaine crainte, et beaucoup sont persuadés que les défunts conservent dans la tombe toutes le passions qu'ils ont eues pendant leur vie, qu'ils sont sensibles aux injures qu'on leur fait et qu'ils peuvent parfois venir se venger. On croit même que, s'ils sont mécontents de leurs enfants, ils viennent la nuit « leur tirer les pied^ ». J'ai plusieurs fois entendu faire cette menace par des pères à leurs enfants, qui ne semblaient pas trop en douter.
Dans Guionvac'hf p. 195, on trouve, sons le titre de La Mariée de Camoaty un curieux récit où un père mort se venge de sa fille qui lui avait désobéi.
Ce respect des morts est entretenu par à^ légendes lugubres. On en a déjà lu une au commencement de ce chapitre ; en voici quelques autres, où les morts outragés punissent leurs insu heurs.
La pénitence interrompue
Il y avait une fois deux garçons qui allaient voir les filles ; au pied d'une croix ils virent un homme à genoux.
— Qiie fais-tu là ? dit un des galants. Viens te divertir avec nous.
L'homme ne bougea ni ne parla ; le garçon lui donna sur la tête un coup de bâton en disant :
— Voilà pour te faire parler.
— Ah ! malheureux ! s'écria l'homme agenouillé, voilà près de deux cents ans que je viens ici faire pénitence ; personne ne m'avait jamais rien dit, et je n'avais plus que huit jours à passer pour avoir fini ; maintenant, par ta faute, il faut que je recommence.
Il se leva et se mit à les suivre ; le garçon qui avait frappé eut peur, et il dit à son camarade :
— Je vais aller coucher avec toi.
Qjaand il fut dans la maison de son ami, ils barrèrent la porte, et il se coucha du côté de la muraille. Mais, à minuit, la porte s'ouvrit et quatre cierges vinrent se poser sur la table. Le garçon qui avait frappé le pénitent fut tiré du lit par des mains invisibles et placé sur la table.
Quand, au matin, son ami alla pour le voir, à sa place il ne trouva que de la cendre.
(Conté en 1881 par J. M. Comault, du Gouray.)
Cf. une légende qui o£fre quelque ressemblance avec celle-ci» p. 225 du présent volume.
La coiffe enlevée
Il y avait une fois un garçon qui allait voir une jeune fille ; ses parents avaient beau le prier de ne pas retourner chez elle, il leur répondait :
— Mêlez-vous de vos affaires, et laissez-moi aux miennes.
Un soir il invita deux ou trois de ses camarades à raccompagner, et comme ils passaient un échalier, ils virent une femme tout en blanc debout auprès.
— Je vais la décoiffer, dit le garçon.
— Non, répondaient les autres; laissez-la tranquille.
Mais lui, il alla droit à elle et lui enleva sa coiffe. Il ne lui restait plus que son serre-tête (bonnet de dessous); mais il ne vit point sa figure. Il entra avec les autres chez sa bonne amie et lui montra la coiflfe :
— Ah ! dit-il i en venant ici, j'ai rencontré une femme tout en blanc, et je lui ai enlevé sa coiffe.
— Donne-moi la coiffe, répondit sa bonne amie ; je la ramasserai dans mon armoire.
Le lendemain soir, il partit encore de chez lui pour aller voir les filles, et en arrivant à Téchalier, il vit une femme en blanc, pareille à celle de la veille ; mais elle n'avait point de tête.
— Tiens, se dit-il, c'est la même que celle d'hier ; je ne croyais pourtant pas lui avoir arraché Ja tête.
Quand il entra chez sa bonne amie, elle lui dit :
— J'ai mis aujourd'hui la coiffe que tu m'avais donnée ; si tu savais comme elle me va bien 1
— Rends-la-moi, je t'en prie, dit le garçon.
Elle la lui donna, et en rentrant il raconta
tout à sa mère.
— Ah ! mon pauvre gars, lui dit-elle, tu as suivi une mauvaise compagnie ; je t'avais bien prévenu qu'il t'arriverait malheur.
Il alla se coucher ; mais dans la nuit sa mère •entendit des soupirs qui partaient du lit de son fils. Elle réveilla son bonhomme et lui dit :
— Écoute ! on dirait que quelqu'un se plaint. Elle alla au lit de son fils et le trouva baigné
de sueur.
— Qu'est-ce que tu as ? lui demanda-t-elle.
— Ah I ma mère, j'avais sur le corps un poids •qui pesait plus de trois cents livres et qui m'étouffait ; je n'en pouvais plus.
Le lendemain, le garçon alla à confesse, et il raconta tout au recteur.
— Mon garçon, lui dit- il, la personne que -vous avez vue était une femme qui revenait pour faire pénitence ; c'est votre sœur qui est morte.
— Comment faire ? dit le garçon.
— Il faut aller lui reporter sa coiffe et la lui poser sur le cou du côté où il penche.
— Ah ! monsieur le recteur, jamais je n'oserai ; je mourrais de peur !
Il alla pourtant le soir à Téchalier, où il vit la femme qui était en blanc et n'avait point de tête ; il posa la coiffe juste du côté où le cou penchait. Aussitôt une tête se montra dessous, ei une voix lui dit :
— Ah 1 mon frère, tu m'as empêché de faire pénitence ; demain lu viendras m'aider à la finir.
Le garçon revint se coucher à la maison ; mais le lendemain, il ne se leva pas avec les autres, et quand on alla à son lit, il était mort.
(Conté en 1880 par Joseph Macé, de Saint-Cast, monsse, âgé de quatorze ans.)
Un autre mousse de Saint-Cast, nommé François Marquer, m'a conté le même soir une « histoire » analogue ; la voici :
Un garçon qui allait voir les filles vit un soir une femme qui tournait autour de lui ; elle ayait une belle coiffe.
— Je vais la décoiffer, dit-il.
Il lui enleva sa coiffe, et quand il revint à la maison, il dit à sa mère :
— Ah ! maman, c'est moi qui ai une belle coiffeJ Ouvrez votre armoire, que je la ramasse.
Quand la coiffe fut dans l'armoire, il y avait dedans une tête de mort. Il alla à confesse, et le recteur lui conseilla de retourner au même endroit et de reporter la coiffe ; mais il n'osa, et la nuit il entendait une voix lui dire :
Rends-moi ma tète et ma coiffe !
Rends-moi ma tête et ma coiffe !
Le lendemain, il finit par y aller, et il vit une femme sans tête. Il lui posa la coiffe sur le cou; alors la tête se remit, et il n'eut aucun mal.
M™^ de Cemy (Saint-Suliac et ses traditions) raconte deux histoires de coiffes enlevées. Dans l'une d'elles, intitulée Les trois Mortes^ un jeune garçon voyant des jeunes filles agenouillées dans le cimetière, va enlever la coiffe de l'une d'elles en disant qu'il ne la lui rendra que si elle vient l'embrasser. Le lendemain, à la place de la coiffe, il trouve une tète de mort. A minuit, il la reporte, tenant entre ses bras un enfant nouveau-né. La tète de mort redevient coiffe, les femmes disparaissent, et le garçon, grâce & l'enfant, n'éprouve aucun mai (l'enfiint qui préserve a son similaire dans le conte de Luzel, L'ombre du pendu^ cité plus haut).
La deuxième légende est intitulée : La jeune fille du cimetière. Des 'femmes qui revenaient du veillois voient une jeune filk agenouillée sur une tombe; l'une d'elles va la décoifier et met
la coifife dans son armoire. Le lendemain, à minait, elle entend sortir de son armoire une voix qui lui crie : « Rends-moi ma coiffe ! » Il en est de même les jours suivants. Le recteur lui ordonne de reporter la coiffe ; elle y va, mais elle meurt de peur.
Voi
Il y avait une fois une petite fille qui passait par le cimetière ; elle trouva un petit os dans le sentier et l'emporta pour s*amuser.
Le soir, quand elle fut rentrée chez elle, elle entendit une voix qui disait :
Rends-moi mon os I Rends-moi mon os !
— Qu'est-ce que cela ? lui dit sa mère.
— Je ne sais pas.
La voix continuait à crier :
Rends-moi mon os !
Rends-moi mon os I
— Qu'est-ce donc ? dit la mère.
— C'est peut-être à cause d'un os que j'ai ramassé dans le cimetière.
— Hé bien ! il faut le rendre.
La petite fille ouvrit la porte et jeta l'os dans la cour ; mais la voix continuait de dire :
Rends-moi mon os I Rends-moi mon os I
— C'est peut-être l'os d'un mort. Prends la chandelle ; va dans la cour et rends-le-lui.
(Conté en 1880 par François Marquer, de Saint-Cast, mousse. Âgé de treize ans.)
Ceux qui dérobent quelque chose aux morts sont punis parfois d'une manière terrible. J'ai raconté ailleurs (Cont. pop^^ !'• série, n*» xux, Le drap mortuaire; Le linceul promis y Lit t. orale, p. 195, à la suite sont cités plusieurs similaires) deux légendes trés-popnlaires en Haute- Bretagne, et. où il arrive des apparitions terribles à des personnes qui ont ramassé des draps mortuaires dans le cimetière. Dans les Légendes chrétiennes de Luzel se trouve, sous le titre de Linceul des Morts, une légende bien plus sombre et bien plus horrible de détails. Dans la première édition des Derniers Bretons de Souvestre figurait une légende similaire, t. I, p. 72, sous le titre du Drap mortuaire (ci. aussi Fouquet, Alice de Quinipily (suaire dérobé), et Bladé, La jambe d'or (jambe volée) et La Goulue (jambe que la goulue dévore), contes suivis du commentaire de R. Kcelher).
Le beau squelette
Il y avait une fois un jeune homme qui était sur le point de se marier ; il alla inviter ses parents et ses amis à ses noces, et comme partout où il entrait on lui offrait à boire, il était enchaudeboirl (ivre) quand vint le soir.
Pour arriver plus vite chez lui, il passa par le cimetière, et au milieu du sentier il trouva une tête de mort. Il lui donna un coup de pied et lui dit :
— Toi aussi, je t'invite à venir à mon repas de noœs.
La tête ne répondit rien. Qpand arriva le jour des noces, un squelette entra dans la maison où avait lieu le repas, et prit place à table à côté du marié. Voilà tout le monde surpris et effayé. Le marié lui dit :
— Hé bien, beau squelette, fais comme nous :
bois et mange.
Le squelette lui répondit :
— On ne boit ni ne mange dans l'autre monde ; mais je t'invite à te rendre demain soir à l'endroit où tu m'as trouvé.
Il s'en alla, et le marié, qui avait peur, raconta au recteur ce qui s'était passé, et le pria de l'accompagner au rendez-vous.
— Je ne suis pas invité, moi, répondit le prêtre ; c'est à vous de faire le voyage tout seul.
A l'heure dite, le marié se rendit au cimetière, où il Vit dans le sentier une petite table ronde autour de laquelle se trouvaient trois chaises; Tune était vide, et sur les deux autres étaient assis deux squelettes.
Celui qui était venu au repas de noces l'invita à s'asseoir sur la chaise vide, et lui dit en montrant la table sur laquelle il n'y avait rien : • — Voilà comment sont les dîners dans l'autre monde; maintenant, lève-toi et marche avec moi.
Le marié avait une grande frayeur en suivant le squelette dont les os se choquaient à chaque pas et faisaient cric-crac.
— Beau squelette, lui dit-il après avoir cheminé pendant quelque temps, sommes-nous bientôt rendus ?
— Marche, répondit le mort d'une voix creuse. Ils arrivèrent à une montagne, et quand ils
furent sur le haut, il vit une immense plaine où brillaient une multitude de flambeaux.
— Que signifient cts flambeaux, beau squelette ? dit le marié d*une voix étranglée.
— Ce sont ceux des vivants ; chacun a le sien qui brûle. Marche toujours.
Ils descendirent la montagne, et quand ils furent dans la plaine, ils voyaient des flambeaux de toutes tailles, les uns encore longs, d'autres à moitié consumés, d'autres sur le point de s'éteindre.
— Où est le mien, beau squelette ? demanda le marié.
— Je vais te le faire voir.
Et il le mena devant une lumière qui était presque entièrement brûlée.
— Voilà le tien, dit le squelette.
Deux jours après, le marié alla rendre ses comptes â Dieu.
Voilà ce qui doit apprendre à chacun à respecter les os des morts.
(Conté en 1880 par Marie Durand, de Saint-Cast, âgée de quatre-vingts ans.)
L'invitation à un repas, qui figure au commencement de cette légende et de la suivante, fait penser au dernier acte du Don Juan de Molière. D'après M. Génln, Lexique de la langue de Molière, p. xxi-xxii, les moines attirèrent dans leur église le véritable Don Juan, et il ne reparut jamais. C'est pour expliquer sa disparition qu'ils répandirent la légende que Tirso de Molina et, après lui, Molière ont mise à la scène. Il est probable qu'ils l'empruntèrent à la tradition populaire.
Dans les Légendes bretonnes de d'Amezenil, Jouan le sonneur invite une tète de mort à danser, puis à souper avec lui : le mort se rend à l'invitation et tue l'imprudent.
L'épisode des flambeaux a pour similaire un conte que Deulin avait emprunté à une légende allemande (cf. sur la popularité des contes de Deulin une note de M. Loys Brueyre, Almaitach des iraditjons populaires^ Maisonneuve, 1882, p. 115). Le Jhéros descend sous terre et voit les lampes des hommes dans une caverne ; la mèche plus ou moins consumée indique le temps que chacun a encore à vivre. Cf. aussi VHomme juste^ dans les Lèg. chrit. de Luzel, t. IL
L'invitation imprudente
Il y avait une fois des jeunes gens qui voulaient se déguiser. L'un d'eux alla prendre une tête de mort dans le reliquaire du cimetière; il mit dedans une chandelle allumée, et la plaçant sur son chapeau, il se promena la nuit. Qjjand il passait à la porte des maisons, les gens étaient
si épouvantés à la vue de ce fantôme, qu'ils s'évanouissaient de peur.
Quand il fut lassé de courir et de faire cette lugubre farce, il retourna au cimetière et jeta la tête de mort sur le tas d'ossements en lui disant :
— Pour ta peine, je t'invite à venir souper avec moi demain soir.
Le jour d'après, au moment où il allait se mettre à table pour souper, il entendit frapper à la porte. La servante alla ouvrir; mais, voyant devant elle un squelette, elle s'évanouit. Sa mère, voyant] que la servante ne venait point, sortit à son tour et tomba aussi en pâmoison à la vue du fantôme.
Le jeune homme se leva et lui ouvrit la porte. Le squelette le suivit, et tous deux se mirent à table l'un en face de l'autre, sans se rien dire.
Les deux femmes, revenues à elles, s'agenouillèrent pour dire leurs prières, puis allèrent se mettre au lit. Le jeune homme y alla à son tour; mais le squelette le suivit et vint se coucher à côté de lui. Le garçon eut si peur que la fièvre le prit, et il mourut au point du jour.
(Conté en 1880 par François Plaet, de Saint>Cast, mousse.^
Cf. dans le Barxfli-Brei^ la pièce intitulée Le Carnaval de Raiporderiy et un gwerz intitulé La tête de morty publié par Sou- Vestre dans les Derniers Bretons^ i'* éd. t. II, p. 15, et qui ne figure pas dans les suivantes.
La tête de veau changée en tête de mort
Il y avait une fois deux amis qui se querellèrent ; ils se battirent, et Tun d'eux tua l'autre. Il fit une fosse profonde dans un endroit écarté, et il enterra le cadavre, pensant que jamais âme qui vive ne saurait ce qui s'était passé.
Mais depuis ce temps, l'homme qu'il avait tué paraissait souvent devant lui, et il lui disait :
— Donne-moi ma revanche I Donne-moi ma revanche !
Un jour, impatienté, le meurtrier s'écria :
— Où la veux-tu ta revanche ?
— A Corlay, répondit le défunt.
L'homme eut peur, et comme les prêtres ne doivent point révéler ce qui leur a été dit en confession, il alla trouver son recteur auquel il avoua tout, et il lui demanda comment faire. Le prêtre lui conseilla de ne jamais mettre les pieds à Corlay.
Le mort cessa de le poursuivre, et il y avait bien des années que tout cela s'était passé, si bien que l'homme ne se souvenait plus de rien. Comme les bœufs étaient plus chers à Corlay qu'ailleurs, il y conduisit les siens; il était accompagné de son fils, et quand ils eurent vendu leurs bœufs avantageusement, le père
acheta une tête de veau pour se régaler, et il la mit dans un torchon qu'il déposa sur un meuble dans l'auberge où il était descendu.
Mais le sang coulait, coulait à travers le torchon, si abondamment que tout le monde eti 'était surpris. L'aubergiste dit à l'homme :
— Qu'avez-vous donc dans votre torchon pour que le sang coule ainsi ?
— Une tête de veau, répondit-il.
— C'est singulier, dit l'aubergiste, comme cette tête a du sang.
— Ouvrez le torchon, et vous verrez.
L'aubergiste défit le paquet; mais au lieu d'y
trouver une tête de veau, il y vit une tête d'homme qui paraissait fraîchement coupée :
c'était justement celle de l'homme tué bien des ■années auparavant, et qui était venue à Corlay exprès pour demander vengeance.
(Conté en 1881 par M. Emile Hamonic, de Moncontonr.) Dans les Légendes chrétiennes de Lozei : Izpain changé en tète de mortf un laboureur tue son ami ; aussitôt une grosse mouche vient bourdonner autour de lui ; à un moment elle lui parle pour demander sa revanche, et lui prédit que le premier morceau àt pain qu'il mangera à la Roche-Derrien, sera cause de sa mort. Il se promet bien de ne pas mettre les pieds à la Roche, mais il y va pour recueillir un héritage ; il se hâte d'en sortir, et achète ua pain qui, aussitôt mis dans son bissac, commence À dégoutter du sang. On ouvre le bissac; la tète du laboureur assassiné s'y trouve, et le criminel est puni.
S II J. — LES AVÈNEMENTS ET LES AVISIONS (l)
iNE des croyances les plus répandues est celle des signes avant-coureurs de la mort. Ce signe s'appelle un avènement ou une avision. J'ai souvent entendu dire à àçs femmes de la campagne : « Je savais bien que mon parent mourrait; j'avais ouï son avènement. »
Ce sont surtout les femmes, plus nerveuses, et par conséquent plus disposées à la crédulité que les hommes, qui ont connaissance de ces signes fatidiques.
Souvent l'avènement est annoncé par le bruit d'un paquet qui tombe sans cause appréciable, par des soupirs poussés par une bouche invisible dans une pièce où l'on est seul, ou par l'apparition, pendant le sommeil, de la personne qui doit mourir. Une femme m'a assuré qu'un jour à la messe une goutte de sang était tombée sur son paroissien; peu après elle apprit la mort d'un de ses parents (S.-C).
(i) Cf. dansTylor, 1. 1, p. $20 et suivantes, de curieux exemples (l'avisions empruntés & des pays très- variés.
A Dinan, on prétend que les sonnettes tintent toutes seules pour annoncer le décès d'un parent mort au loin.
Parfois l'avision est un avertissement donné aux parents d'un fait qui se passe à distance. C'est ce qu'en pays breton on appelle un intersigne. Si quelqu'un meurt loin des siens, ses parents entendent des coups frappés, le bruit de gens qui se promènent dans les greniers; des mains les étreignent ou tirent leurs couvertures; des chandelles se promènent dans les cours; on voit des mains qui n'ont point de corps ou des gouttes de sang qui coulent gîou à glou des greniers.
Voici quelques formes d'avènement.
Une femme de Dinan, dont le fils était marin, était, une nuit, bien éveillée, à ce qu'il lui semblait ; elle vit au pied de son lit son fils blessé et baigné dans son sang. Elle apprit en-' suite que son enfant avait été assassiné la nuit même où son image lui était apparue.
Une autre vit son frère qui se débattait dans les flots. Elle sut, plus tard, qu'il avait été jeté à la mer.
Avant la mort de la femme P. D..., d'Ercé, on vit pendant plusieurs nuits une chandelle qui se promenait sur la route.
Une femme vit un soir dans son aire un cierge <jui s'alluma et s'éteignit par trois fois. Le lendemain, en soignant sa vache, elle entendit pleurer. Qiielques jours après, elle apprit que sa marraine était morte. (P.)
« Un jour des enfants qui se promenaient virent un homme étendu qui semblait mort, et dont les yeux ouverts paraissaient regarder un enfant. Celui-ci dit : « C'est mon père, » et il s'évanouit. Quand les autres regardèrent le buisson, tout avait disparu. On eut peu après la nouvelle de la mort d'un marin — le père de l'enfant — qui s'était noyé en tombant ce jour-là même du haut d'un mât. »
a Un soir, un homme vqit un ancien vicaire de sa paroisse qui se promenait en lisant attentivement son bréviaire. Il va au presbytère et annonce la visite prochaine du prêtre. On l'attendit en vain ; mais quelque temps après, on apprit que ce jour-là il était mort. »
(M"*deCemy (abrégé), Saint'Suliac^ 1^. 36-37.)
« I] arriva une chose extraordinaire, il y a trois semaines, ua peu avant que M. le prince partit pour Fontainebleau (où il mourut). Un gentilhomme à lui, nommé Vemillon, revenant & trois heures de la chasse, approchant du château, vît à une fenêtre ■du cabinet des armes un fantôme, c'est-à-dire un homme «nseveli. Il descendit de son cheval et s'approcha ; il le vit toujours.
Son valet, qui estoit avec lui, lui dit : « Monsieur, je vois ce que vous voyez. » Vernillon ne voulant pas lui dire pour le laisser parler naturellement, ils entrèrent dans le. château et prièrent le concierge de donner la clef du cabinet des armes; il y va et trouva toutes les fenêtres fermées, et un silence qui n'avoit pas été troublé il y avoit plus de six mois. On conta cela à M. le prince ; il en fut un peu frappé, puis s'en moqua. Tout le monde sut cette histoire et trembloit pour M. le prince, et voilà ce qui est arrivé. On dit que ce Vernillon est un homme d'esprit et aussi peu capable de vision que le pourroit être notre ami Corbinelli, outre que ce valet eut la même apparition. Comme ce conte est vrai, je vous le mande afin que vous y fassiez vos réflexions comme nous. » (Lettre de M°>« de Sévigné au président de Moulceau, 13 décembre 1686.) Le prince deCondé mourut à Fontainebleau.
, Il y a des choses dans ce monde plus étonnantes qu'on ne croit.
Un jour un homme de la Ruée était à dire ses prières. Il vit un enterrement qui passait à quelque distance de lui ; un homme portait la croix, puis venaient la châsse, les prêtres, et des hommes et des femmes, et il y avait même parmi eux des gendarmes.
Huit jours après, un homme qui était né à la Ruée mourut, et son enterrement eut lieu comme celui que l'homme avait vu ; les gendarmes s'y trouvaient. C'étaient deux soldats de la brigade de Collinée.
Un matin, de bonne heure, un fermier qui tirait
de l'eau à son puits vit arriver dans Taire un Jximois (charrette attelée) qui ne faisait point de bruit, puis quatre hommes sortirent de la maison dont pourtant il avait fermé la porte, portant une châsse qu'ils chargèrent sur la voiture. Il fit part de ce qu'il avait vu à ses voisins, qui lui dirent que c'était l'avènement d'un homme qui était né dans sa maison et qui mourait au loin.
(Conté en 1880 par François Mallet, du Gouray.)
D'après ces deux récits, il semblerait que lorsqu'un homme meurt loin de la maison où il est né, on voit des fantômes qui exécutent la cérémonie de son enterrement. Dans un conte recueilli par Stewart dans les Highlaads, et traduit par Loys Bmeyre sous le titre de Funérailles d'un chef de clan, un forgeron voit la nuit le convoi anticipé de son chef de clan qui venait de mourir.
« Les Arzais... tremblent de rencontrer un anken, croient aux apparitions et ont une foi robuste dans les histoires de revenants. L'aakeu... est un spectre avant-coureur de la mort. Si on le voit entrer dans une maison, quelqu'un doit bientôt y mourir... Les naufrages des marins sont toujours annoncés à leurs femmes par de l'eau qu'elles entendent tomber prés du lit.
« Dans les nuits orageuses, on entend du côté de l'Océan une voix lamentable qui présage les sinistres, et dans ce pftys, où toute la population vit de la mer, cette voix a toujours prophétisé juste. » (Ogée, nouvelle éd., art. Ile d'Jr%.