‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 4)Chapitre 33 sur 42 · S I. — LES SAINTS · texte numérisé non relu

S I. — LES SAINTS

[A Basse-Bretagne a conservé le souvenir de saints nationaux ; leurs noms se retrouvent dans les dénominations des villages et dts bourgs; en maints endroits on montre leur tonabeau, parfois, mais plus rarement, le lieu de leur naissance. Le soir, à la veillée, on raconte leur légende. Plusieurs ont été recueillies, et sans doute une exploration plus complète montrerait combien est resté vivace le souvenir de ces saints véritablement nationaux (i).

(i) Cf. dans Habasqne, t. III, p. 99, supplément, en note, une Uflte des SAÎsts nés ou morts dans les Câtes-dn-Nord (partie bretonnante).

Si, grâce à sa langue et aussi à sa position géographique, le pays bretonnant a pu garder sans trop de détérioration sa légende dorée particulière, il n'en est pas de même de la Haute - Bretagne. De bonne heure elle a été francisée, et l'œuvre des rois de France a eu pour auxiliaires les archevêques de Tours et les évèques gallots qui, presque partout, ont substitué aux patrons primitifs des paroisses des saints mieux vus en cour de Rome.

Jusqu'à nos jours il a pourtant subsisté cti Haute-Bretagne des traditions relatives à des saints indigènes, ou qui du moins passent pour tels aux yeux des paysans. Dans une exploration limitée à deux ou trois cantons, j'ai pu en recueillir quelques-unes que l'on trouvera ciaprès ; des fouilles plus persévérantes en feraient sans doute découvrir davantage.

Fôuquet, dans ses Légendes du Morbihan y a aussi donné plusieun légendes de saints locaux populaires, soit sur la limite des deux langues, soit en pays bretonnant.

Saint Mauron était pâtour dans une ferme, et il se faisait remarquer par sa piété et son zèle à se rendre aux ofEces.

Un dimanche matin, il désirait assister à la première messe ; mais son maître lui commanda d'aller mener paitre les vaches et les moutons

de la ferme dans une lande qui n'était pas entourée de clôtures.

— J'irai bien tout de même à la messe, pensa «aint Mauron.

Il se rendit au pâturage avec ses bètes, et quand à) y fut arrivé, il demanda à Dieu qu'un talus s'élevât partout où il passerait la bêche qu'il avait apportée, et qu'il se mit à traîner derrière lui en suivant le contour du terrain qui appartenait à son maître. A mesure que son outil touchait la terre, un talus bien fait et bien garni de plantes épineuses s'élevait derrière lui, et en peu xl'instants le champ, qui contenait douze jours de terre, se trouva entouré d'une haie. C'est le lieu 4|u''0n appelle encore aujourd'hui le Bras de saint Mauron, et qui est situé dans la commune de Livré.

Saint Mauron arriva à la messe en même temps que les gens de la ferme, qui furent bien surpris de le voir. Il leur dit que le troupeau était <en sûreté, puisque l'endroit où il paissait était entouré de haies, et après la messe son maître alla par ses yeux s'assurer de la vérité de ce que disait l'enfant.

Cette légende de saint Mauron, que j'ai donnée plus complète, no uv des Contes populaires de la Haute-Bretagne, i^^ série, est ttès-connne dans une partie du canton de Liâré.

On trouve un miracle analogue dans Fouquet, Légendes du. Morbihan, p. 45, où la tradition Tattribue à saint Jugon.

« Sur les landes de Bruc, on trouve un long talus appelé Fossé de saint Aaron. Quel était ce saint dont la légende (populaire dans le pays) raconte les premières années? Petit enfant, ditelle, il faisait paître ses brebis en ce lieu, et c'était pour les protéger contre le loup qu*il avait tracé merveilleusement avec son bâion cette sorte d'enceinte au milieu des bruyères. »

(Guillotin de Corson, Récits hist.y p. 200.)

Dans la forêt de Rennes, il y a une fontaine auprès de laquelle est placée, dans une niche, la statuette d'un saint qu'on appelle saint Roux. Cette statuette, haute de 30 centimètres environ, a un chapeau à trois cornes à la mode du siècle dernier. D'après ce qui m'a été dit, elle est en grès verni.

Souvent les pâtours vont chercher saint Rou& pour s'amuser, et ils oublient parfois de le reporter dans sa niche; ils l'attachent même à des barrières, mais le lendemain on le retrouve â sa place. On avait voulu le porter à Liffré ; mais il se déplaisait dans l'église, et il revint près de sa fontaine.

Il y avait auprès un chêne vénéré. L'homme qui l'abattit a toujours tremblé depuis ; il paraît que « c'était un arbre qu'on ne devait pas abattre ».

On va en pèlerinage à Saint-Roux pour les fièvres,

(Conté par Zoé Ledy, 1880.)

A Saint-Cast, on voit parfois sur la mer une tache blanche qui est la marque d'un courant. Quand elle est bien distincte, c'est signe de beau temps. Les gens du pays disent que sainte Blanche fiit un jour emportée par les Anglais ; mais ils furent obligés de la ramener, et le sillage du bateau qui rapportait la sainte est resté blanc.

Sainte Blanche guérit du mal blanc, c'est-à-dire des pourritures. (S.-C.)

« En Frégéac est la petite chapelle de Saint- Jacques. Quelquefois, lorsque le vent souffle vers l'amont de la rivière de Vilaine, il pousse devant lui un rouleau d'écume que les habitants de ce pays appellent le chemin de saint Jacques. Le saint, disent-ils, remontant la Vilaine en marchant sur les eaux, voulut s'arrêter à Rieux; mais les huguenots le refusèrent : « Ingrate ville, s'écria-til, tu seras détruite. » Et continuant son chemin, il alla fonder la ville de Redon. Ce fut pour apaiser le saint qu'on lui éleva la petite chapelle qui est sous son invocation. »

(Ogée, art. Frégiac.')

duand Saint-Germain cessa d'être paroisse, on voulut apporter à Matignon la statue du saint, et on la chargea sur une charrette ; mais quand on arriva au Pont-au-Prouvoire, le saint s'échappa de la charrette et s'en alla à travers champs jusqu'à sa chapelle. DanTles champs où il a passé, les récoltes sont f^lus belles que dans les autres. (M.)

A la fiouêxière, canton de Liâré, on raconte qu'un laboureur avait pris, pour équilibrer sa charrue, la statue en bois d'un saint nommé saint Père ou saint Pern, t^-vénéré dans le pays.

Comme sa charrue ne marchait pas à son gré, il se mit en colère et brisa la statue. Depuis ce temps, le champ ne produit plus de récolte.

Plusieurs fois on a volé la statue de saint Père qui, comme saint Mirli, saint Mathurin et plusieurs autres, revient de lui-même, dès le lendemain, à son ancienne place. (E.)

On danne le nem de -saku -Miiii à une «utuette qu'on voit sur la route de Matignon k Hënaubihen. La tète, formée d'un autre bloc que le reste du corps, est posée sur un pivot. Si on peut fSftire tourner cette tète en observant certaines pratiques, on le marie dans l'anuée. Saint MMhliKiB de Moncontour, « qui <«ftt été le bon Dieu s'il n'avait craint les embarras de la place », a été plusieurs fois enlevé.

La pkm d'autel de Saint-Suliac passe pour revenir toujours à sa place primitive.

(M"« de Ceray, p. 8.)

Une ancienne tradition rapporte que les Morbihannais tentèrent une fois d'enlever la statue <te saint Julien de Vouvantes; mais ils échouèrent parce^ue, arrivés au bois de la Bâtardière, la statue devint si prodigieusement lourde, qu'il leur fut impossible de la porter plus loin.

(Goudè,. Chdteaubriantf p. 137.)

On a déjà vu, dans une légende précédente, un saint se venger des outrages qui lui ont été faits. Ce fait n'est pas isolé : saint Quay ayant été battu avec des genêts par les habitants de la côte où il débarqua, maudit les genêts, qui depuis ne repoussent plus.

A Matignon on raconte qu'un homme ayant, par plaisanterie, offert à un des petits saints de Plurien une pipe de tabac, fut puni sur le champ, et son bras demeura paralysé.

Ogée, en parlant du calvaire du Saint-Esprit, près Dinan, dit « qu'on rapporte qu'un des hommes qui descendaient les statues Rit tué par l'une d'elles, et que c'est cela qui préserva le calvaire d'une destruction complète. »

Cf. sur une légende analogue en pays bretonnant, Dulaurens

de la Barre, Coat an Roc'h. Les saints bretons sont encore plus portés ji la vengeance que ceux du pays gallot, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant les légendaires.

Les saints, quand ils rencontrent le diable, se font un plaisir de le tromper et y réussissent souvent.

SAIKT MICHEL ET LE DUlBLE

Quoique saint Michel eût, plus qu'aucun des autres anges, contribué à chasser Satan du paradis, les deux adversaires se causaient pourtant volontiers quand ils se rencontraient, et parfois ils faisaient des gageures.

Un jour que tous les deux voyageaient sur terre, ils se trouvèrent ensemble sur les bords du Couesnon, et saint Michel défia le diable de faire un édifice plus beau que celui que lui-même construirait. Le pari fut accepté, et ils s'en allèrent chacun de son côté.

Saint Michel édifia un palais tout en glaces, — on était alors en hiver, — qui était d'une transparence surprenante. Le diable, avec l'aide d'une légion de démons, bâtit sur un rocher, au milieu de la mer, la superbe abbaye qui s'est depuis appelée le Mont, et qui est une des plus belles constructions que l'on puisse voir.

Tout cela fut achevé en peu de temps, et le

lendemain, les deux parieurs ayant terminé leur ouvrage, se rencontrèrent de nouveau.

— Viens, dit saint Michel, visiter mon château de glace.

Le diable y consentit, entra dans Tédifice dont il loua la beauté, la transparence et les proportions, mais déclara que celui qu'il avait bâti était plus grand et plus solide que la fragile et brillante construction qu'un rayon de soleil suffirait pour détruire.

— Au reste, dit-il, tu pourras juger par toimtoe si j'ai raison ; mais auparavant, jure-moi que tu ne feras le signe de la croix ni sur ta personne, ni sur les murs, pour me chasser de ma maison.

Saint Michel le promit, et tous les deux arrivèrent au Mont^ dont le saint admira la grandeur, les belles proportions et l'air de solidité.

— Je conviens, dit-il, que ta construction est superbe, et qu'elle surpasse de beaucoup la mienne ; mais, pour qu'elle soit tout à fait parfaite, il y manque quelques pierres : l'une en haut de cette colonne, l'autre au bas, la troisième à une fenêtre à gauche, et la quatrième à une fenêtre à droite.

En désignant ces quatre pierres, la main du saint avait dessiné dans l'air une croix, et le diable fut obligé d'abandonner la possession de

sa belle maison qui, sous le nom du Mont-Sanut- Michel, devint une puissante abbaye.

Le démon garda rancune i l'ardiange, qui l'avait trompé par ruse, et quelque temps apiis il lui proposa de cultiver un champ de moitié.

On y sema du fromcDt, et quand il fut mai et qu'il s'agit de partager, saint Michel choisit ce qui s'élevait au-dessus de la terre et ramassa uns récolte de bon grain, taitdis que le diable n'eut que des radnes inutiles.

L'année suivante, le champ fut planté de navets, et quand le moment de récolter fut venn, le diable dit :

— C'est i moi de choiàr le premier cette fâa : je prends ce qui est au-dessus de !a terre.

11 n'eut que des feuilles à peine boimes i donner aux vaches, et on se moqua de lui quand il les porta au marché pour les vendre ; le saint, au contraire, eut pour sa part d'excellents navets, bons à faire la soupe, bons à £ure cuire avec Les unards.

Le diable, fiirieux de cette nouvelle dé&ite, le provoqua i un combat ùngulier qui devait aiveit lieu dans un vaste four, afin qu'aucun des adversaires ne pût s'échapper.

11 alla couper un jeune chêne long et flexible, qu'il dépouilla de ses branches, et dont il fit un bâton solide, de la longueur d'ime lance, et.

amâanné, il entra dans le four qui devait servir de champ-clos. Saint Michel n'avait pour toute arme qu'un court bâton d'^épine ; mais il le manœuvrait avec tant de dextérité, que les coups pleuvaient dru comme grôle sur les épaules du diable, qui, embarrassé par la longueur de son arme, ne pouvait se défendre et fut obligé de demander merci.

(Gmté par Jean Bonchery, de Dourdaîn, 1878.)

L'épisode de la récolte £aite de moitié est bien connue et eommone à beaucoup de pays.

En Kormaadie, on raconte cette légende « purement populaire » d'une manière «n peu différente ;

« Alors que la forêt de Scis^ était peuplée d'ascètes, Satan, déguisé en solitaire, s'y rendit pour surprendre leurs ftmes. Mais Tarchange du mont Tombe accourt.... H se trouve face à face avec Satan.... qui convient avec lui que toutes ces ftmes seront i celui qui bâtira le plus bel édifice en l'espace d'une nuit. Satsn élève le monastère que l'on voit aujourd'hui encore, et saint Michel bâtit sur Tombelaine un palais de cristal. Le démon se reconnaît vaincu.... mais l'archange lui propose d'échanger lenn palais. Satan accepte, mais c'est pour assister à l'aflEaissement progressif sons les rayons du soleil, de ce palais de glace. » (Le Héricher, Itinéraire du voyageur dans le MontSaini-Michely p. 4 et s.)

Cette légende est aussi connue en Beny, et elle est rapportée tout an long dans Laisnel de la Salle, t. I, p. 128 et suiv., sous le titre du DiahU meunier. Le diable avait construit un moulin auquel tout le monde allait. Saint Martin, qui passait par 1&, en construisit un tout en glace (on était en hiver), qui fut bientôt plus achalandé que celui du diable; le diable lui proposa l'échange. Saint Martin accepta; mais le moulin fondit dès qu'il

fit du soleil. Alors Georgeon voulut cultiver un champ de moitié avec le saint ; il fut, comme le diable de Papefiguière» qui se retrouve partout, dupé par deux fois, et furieux, il proposa à saint Martin de se battre dans le moulin. Ayant choisi le plus long bâton, il ne pouvait le manoeuvrer, et il fut contraint de demander grâce au saint.

Dans mes Contes populaires de la Haute-Bretagm, v^ série, se trouvent la légende de sairU Mouron, que j'ai ici reproduite en partie, et qui ressemble en plusieurs points aux récits ordinaires des légendaires, et celle de saint Lénard, qui est plus curieuse, parce qu'elle montre le peuple canonisant de sa propre autorité, et malgré l'Église, un saint local. Il est possible qu'après avoir résisté longtemps on finisse par béatifier Lénard. Ce n'est pas en politique seulement que la queue fait parfois marcher la tête.

Un autre exemple de canonisation populaire existe, à ma connaissance, dans l'Ille-et-Vilaine. Dans l'ancien cimetière d'Ercé près Liflfré, qui entourait l'église, est un petit tombeau surmonté d'une statuette en faïence de la Vierge. C'est là que gît la sainte de Chasné, au tombeau de laquelle on fait des neu vaines. Personne ne sait son vrai nom, m'a-t-on dit. On m'a assuré que sa réputation de sainteté venait de ce que, en détruisant le cimetière ancien, on avait trouvé un cadavre entier. On se rappela que là avait été en-

terrée une femme qui avait supporté avec une résignation tout à fait exemplaire les mauvais traitements de son mari, et on conclut que, puisque son corps n'avait pas été soumis à la pourriture, elle était sainte. C'est d'ailleurs une croyance qui n'est pas particulière à la Haute- Bretagne.

(Conté par plusieurs personnes d'Ercè, entre autres par Zoé Ledy, qui a entendu raconter tout cela au père Jean Thé, lequel était fossoyeur lorsque fut retrouvée la sainte de Chasné.)

A Elven, il y avait jadis une sainte qui avait été béatifiée par le peuple dans des circonstances tout i £iit semblables.

« J'avais remarqué dans le reliquaire du bourg d'Elven le cercueil qui contient le squelette de la petite Sainte^ vieille mendiante dont le cadavre fut retrouvé en parfait eut de dessiccation après cinquante ou soixante ans. Le peuple en a fait une bienheureuse, et sa châsse est constamment entourée de gens qui implorent sa médiation, de coiffes et d'offrandes de tout genre, m (Habasque, t. II, p. 295.)

Dans la paroisse de Landéda, on trouva, en creusant une vieille tombe, le corps d'une femme parfaitement séché et momifié. Ce fSut parut miraculeux aux bons paysans ; on mit un tablier à la sainte, et on la plaça debout dans un reb'quaire, où elle est encore aujourd'hui, bien sèche et bien honorée. (fiuionvac% p. 36e.)

Sur la lisière de la Bretagne et de l'Anjou, le peuple a aussi créé, de sa propre autorité, plusieurs bienheureux.

« A Pouancé, il y a un pèlerinage à la Tombe

de Vimigrè. On ne sait quel était ce personnage, qui vécut et mourut là d'une manière »

édifiante que le peuple lui décerna l'auréole de la sainteté. La dévotion populaire en a fait un Heu de pèlerinage que l'autorité ecclésiastique n'a jamais approuvé. Ce tombeau est couvert d'exvoto.,.,

i< Dans la forêt de Teillay est la Tombe à la fille, où certains habitants du quartier vont prier. On raconte que cette fille ayant vu une troupe de royalistes qui se cachaient dans la forêt» alla les dénoncer à la garde nationale de Bain. Les royalistes furent surpris et presque tous tués; mais à leur tour les chouans surprirent la fille, et après l'avoir fusillée l'enterrèrent au lieu où se voit encore sa tombe. Par dérision, les ennemis de la République l'appellent sainte Pauude.... (Pataud est la forme patoise ironique de patriote.)

« Une tête de mort trouvée aux environs de Châteaubriant est devenue un objet de superstition pour les paysans des environs. »

(Goudé, ChdUauhriantf p. 333, 352, 386.)

D'Amezeuil, Légendes hretonnes, p. 8$, raconte que prés de Peaule, on montre k croix de saint Carapibo. Guvpibo était xm recteur de Peaule qui, en 1793, fut tué d'un coup de fusil par les bleus. Le peuple l'a canonisé.

DE LA HAUTE-BRETAGNE $St

En beaucoup de pays de France, des diviuités païennes ont été transformées en saints, et assez souvent le nom lui-même s'est conservé : Minerve est devenue sainte Minerve, vierge et martyre, dans un pays appelé le Minervois (Aude, cf.

Babou, Les païens innocents), M. L. Martinet a retrouvé en Berry une douzaine de saints miraculeux qui ne sont autre chose aue des divinités phalliques christianisées ou des dieux devenus saints.

£n Haute-Bretagne, je ne connais pas d'aussi nombreux exemples de divinités païennes christianisées. Le fait le mieux caractérisé de substitution est rapporté par Tabbé Guillotin de Corson (Mém, 4e la Soc, arch, d'IUe-et-Vilainey t. XII).

« La chapelle dédiée jadis à saint Vénier, miaintenant à sainte Agathe, et située dans le bourg même de Langon, est, de l'aveu de tous les archéologues, un édifice gallo-romain... L'ab- ^diole, profonde de deux mètres, présente sur sa voûte intérieure une très-curieuse fresque figurant Vénus sortant des eaux, accompagnée de l'Amour monté sur un dauphin... Lorsque le christianisme s'établit dans nos pa3's, au Vie siècle, on résolut d'utiliser cet édifice en en faisant une cliapelle.... La voûte reçut une décoration appropriée à la destination nouvelle de l'édifice. Puis, par un

compromis dont on a d'autres exemples, le culte de saint Vénier parut propre à faire oublier Vénus, dont la représentation demeurait dans le souvenir des habitants de Langon; aussi, en 83 8, cette chapelle s'appelait eccîesia sancti Veneris (D. Morice, p. I, 272); au XVIe siècle, die portait encore cette dénomination, et non loin d'elle se trouvait la fontaine de saint Vénier. » (P. 6, 7 et 81.)

J'ai déjà parlé, p. 17 et suivantes du présent volume, âiQS saints que la tradition populaire associe aux monuments préhistoriques. De même que le diable (cf. p. 20 et suivantes), quelques saints ont laissé çà et là, généralement sur àes blocs naturels, des empreintes que Ton montre encore.

Au milieu du sentier qui conduit de la grève à l'Isle-de-Saint-Cast, on voit, creusée assez profondément dans la pierre, l'image d'un grand soulier ; c'est, dit-on, le pied de saint Cast; mais je n'ai pu recueillir aucune légende sur cette trace du saint. Saint Cast est le même que Cado (Catwod), dont la trace se retrouve en plusieurs endroits de la Basse-Bretagne.

Cf. Joanne, p. $38, glissade de Saint-Cado, près de Bdz.

Près de Dinan, on montre l'empreinte que

laissa saint Vallay. Un jour qu'il était poursuivi par des voleurs, il se voyait sur le point d'être atteint, lorsqu'il se recommanda à Dieu et s'élança pour franchir la vallée. Des anges le soutinrent, et il se trouva debout, sans avoir éprouvé aucun mal, à l'endroit où son pied est encore marqué.

(Recueilli par M"* Élodie Bernard.)

Saint Michel et le diable, se disputant l'honneur de nommer le mont devenu célèbre sous le nom de Saint-Michel, convinrent de faire l'essai de leur puissance. Il s'agissait de franchir d'un bond l'espace qui sépare le Mont-Dol du Mont- Saint-Michel. Le diable tomba dans la mer, et l'archange, soutenu par ses ailes, alla se placer sans effort sur le sommet du mont qui, depuis ce moment, lui fut consacré.

On montre, au Mont-Dol, le lieu d'où les deux rivaux s'élancèrent. L'empreinte du pied de l'archange est parfaitement visible sur un bloc de rocher qui surplombe l'abîme. Tout à côté, sous les broussailles, on distingue la marque de la griffe ou plutôt du pied fourchu de Satan.

(Communiqué par M. Lucien Decombe.)

Cf. sur les empreintes de saints, Aymard, Notes sur Us roches d lassins de la Haute-Loirt, dans les Annales de la Société du Puy (1859), 1861, p. 341 et sniv. ; L. Duval, Esquisses marchoius (passim).

A Lancieux, d'après Jollivet, t. II, on appelle berceau de saint Cieux le rocher sur lequel le saint descendit.

Des pèlerinages ont lieu à Saint-Viaud (Loire- Inférieure) à la Pierre-Canon ou qu*a nom, où saint Viaud a laissé l'empreinte de ses pieds, de sa tête et de son bâton.

(Ogëe, art. Saint-Viaud.)

Je parlerai ailleurs, dans deux ouvrages que je prépare sur Lrs coutumes et Us fêtes, et sur La médecine populaire^ du culte que l'on rend aux saints et des guérisons qu'on va leur demander.

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