LES MOINES DE BOSQUEN
Les moines de Bosquen avaient tous les privilèges et passaient pour être sorciers. Une nuit ils se demandaient entre eux : « Qu'allons-nous faire aujourd'hui ? — Il faut, dit l'un des moines, faire mourir toutes les avoines. — Oui, répondirent les autres, tu as raison. » Ils avaient des bouteiîîées exprès. Ib envoyèrent un jeune garçon qui était leur domestique jeter la bouteille par la fenêtre. Cette bouteille avait la venu de faire mourir tout- le monde, les animaux, les gens et les plantes, quand on disait : « Berluke». L'enfant alla à la fenêtre et dit : « Berluke I que les avoines meurent cette nuit ; » mais il ne jeta pas toute la bouteillée. L'un des moines lui dit : « Pourquoi ne l'as-tu pas toute jetée ? — Ah ! répondit-il, si elles ne meurent pas toutes^ on pourra recommencer. — C'est vrai, dit le moine ; » mais le jeune garçon pensait autrement. La nuit, quand tout fut à repos, il se leva et
prit le reste de la bouteillée, puis il dit : « Berluke 1 que tous les moines meurent 1 » Aussitôt tous les moines moururent, et depuis ils n'ont jamais existé.
Il y avait à Bosquen un prieur qui était tout sorcier : il prédisait Tavenir, et il montait bien sur la tour de l'église sans échelle. Un jour qu'il y était encore grimpé, il se mit à songer et à penser, puis il dit : « Dans quelque temps, nous serons persécutés, et la forme du gouvernement changera. » L'un des moines l'ayant entendu, lui demanda : « Ce temps durera-t-il longtemps ? — De dix à douze ans, » reprit-il.
Un jour ce même prieur était à se promener dans le jardin. L'un des moines dit à un de ses camarades : « Tu vois bien le gros prieur qui se promène? Je parie que dans huit jours il sera mort. » Cela arriva en effet, ainsi qu'il Pavait prédit.
(Conté en x88i par J. M. Comaalt, du Gouxay.)
En d'autres pays (cf. Morin, Le Prêtre et h Sorcier')^ les prêtres passent pour sorciers. Je l'ai rarement entendu dire de ceux de la Haute-Bretagne ; mais on a pu voir au chapitre du diable que souvent ils interviennent comme exorcistes.
Les moines de Bosquen avaient aussi la réputation d'être impies.
Un jour qu'ils étaient à danser, il passa un prêtre qui portait le saint^sacrement. Au lieu de s'agenouiller, comme tout le monde, les moines continuèrent leur danse ; mais la terre s'entr* ouvrit et les engloutit. (P.)
Voici encore ce qui m'a été conté à leur sujet :
Autrefois chaque moine de Bosquen avait pour pénitence d'embrasser tous les jeudis le dessous des pieds de six enfants. Et pour que les enfants fussent disposés à venir ce jour-là, ils leur donnaient à chacun une livre de pain.
Depuis que les moines ne sont plus à Bosquen, les fermiers qui leur ont succédé n'ont jamais fait de bonnes affaires : il arrive toujours des accidents à leurs chevaux, car les écuries ont été maudites par les moines. (P.)
A Plévenon, des moines de mauvaise vie erraient, dit-on, après leur mort, près du tumulus de Château-Serin, en « expiation des péchés commis pendant leur vie ».
Quelquefois même on les a accusés de crimes.
Il y avait une fois un homme âgé qui gardait les oies auprès d'un couvent de moines. Un jour qu'il s'ét^t mis à l'abri dans le creux d'un fossé, il entendit des lamentations, et ayant regardé, il
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vît un moine qui tenait une fille, et celle-ci criait :
— Ah I je vous en prie, ne m'enterrez pas toute vivante !
Le bonhomme alla bien vite chercher la justice, qui arriva au couvent et demanda aux moines ce qu'ils avaient caché dans un champ :
— Un cochon, messieurs, qui était crevé.
— Il criait bien haut, ce cochon-là, dit le juge ; venez nous le montrer.
Les moines ne voulaient point aller ; mais les gens de justice les forcèrent à les accompagner dans un champ où il y avait de la terre fraîchement remuée. Ils creusaient, mais peu profondément, et les moines disaient :
— Vous voyez bien, messieurs, qu'il n'y a rien.
Un des gendarmes prit la bêche et eut bientôt trouvé la fille ; mais elle était morte. Un médecin la visita ; elle était enceinte de six mois.
On se rappela que sept jeunes filles du pays avaient disparu sans qu'on sût ce qu'elles étaient devenues. On fit une perquisition au couvent, et on y trouva trois jeunes filles encore vivantes ; les autres étaient mortes; leurs cadavres furent découverts, et les moines furent chassés du pays.
(Conté en 1879 par Rose Renaud, de Saint-Cast.)
La tradition rapporte qn'i Saint-Gtst il y eut un couvent de . moines. Un chant populaire de Luzel, t. I, Les deux moines et ia jeune fille, p. 273, est fondé sur une histoire similaire. On la retrouve aussi dans la Loire-Infèrieure.
« La vieille fermière de Béré raconte qu'au temps où les moines habitaient le couvent de Satm-Sauveur, une jeune fille entra chez eux et ne reparut plus. Le bruit courut que pendant la nuit elle avait été enterrée sous le clocher de Téglise. Les ennemis des moines firent circuler dans tout le pays cette histoire.... Les pères l'apprirent à leurs enfants, et de génération en génération elle est arrivée jusqu'à nous. »
(Goudé, Châteauhriant, p. 35.)
D'après une légende encore populaire aux environs de Dinan, les moines de Léhon menaient joyeuse vie, mais n'étaient point cruels comme ceux de Saint-Cast; les aventures qu'on leur attribue sont grasses, mais non tragiques.
Voici le résumé d'un conte recueilli à Saint- Suliac par M^e de Cerny, et où il est parlé de la punition d'un moine gourmand.
i< Un moine de la suite de saint Samson, qui venait visiter saint Suliac, fut surpris de la pauvreté des mets des cénobites, et il trouva le pain si mauvais qu'il le cacha dans sa robe pour ne pas le manger; mais bientôt il fut pris de
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convulsions, et saint Suliac, qui lui donna ses soins, découvrit un serpent qui déchirait la poitrine du moine. Il Texorcisa et ordonna au moine d'aller le précipiter dans la mer. »
Les moines, surtout ceux de certaines abbayes, passaient pour très-riches; on répète maintenant encore ce dicton :
De tout côté qne vent ventait, Bosquen rentait.
La légende qui suit parle d'un puits où des moines auraient enfoui un trésor. Au chapitre des Souvenirs historiques, on trouvera plusieurs récits sur les trésors supposés des anciens châteaux.
Dans le bois de la Mare en la Poterie, il y a une butte à peu près ronde, entourée d'un fossé qui souvent est à sQCy mais où l'on voit encore les traces d'un puits. Il s'appelle le Puits des MoineSy et la motte (probablement féodale) se nomme dans le pays le Château des Moines.
D'autres buttes non loin de l'ancienne abbaye de Saint-Aubin-des-Bois s'appellent aussi les Châteaux.
Plusieurs personnes ont essayé de trouver le trésor qui est enfoui dans le Puits des Moines ;
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mais elles œ pouvaient creuser assez prc^ondément pour l'atteindre: à chaque tentative» il survenait de la pluie et de Torage qui inta:«» rompaient les travaux.
(G>ntè par M. Mèheust, maire de la Rtterie.)