LES SAINTS
« Sur la lande de Guerchmen {gwer(fh men, roche à la Vierge ?), près Bains, est un menhir appelé par les paysans la Roche aboyante, et qui, selon la tradition, n'est autre chose qu'un chien
l8 TRADITIOÏîS ET SUPERSTITIONS
pétrifié par saint Convoyon, qu'il poursuivait un jour que le saint traversait la lande. »
(Guillotin de Corson, Stat. dé Redon, p. 2.)
(c Partout OÙ se trouvent ces grandes pierres, la tradition populaire s'est ingéniée à les désigner à sa manière. A Plessé (Loire-Inférieure), les menhirs sont des chasseurs avec leur meute de chiens transformés en pierres pour n'avoir pas su sancti-^ fier le dimanche. »
(Guillotin de Corsoa, p. 24, Trad. et lég.)
On peut rapprocher ces deux légendes de celle de Gurnac: un jour que des soldats poursuivaient saint Comély, ils furent transformés en pierres, et ce sont eux que l'on voit encore alignés.
« A Cheix (Loire-Inférieure) est une sorte de dolmen qui, d'après le dire des habitants, aurait été placé là par saint Martin, qui est le patron de la paroisse. »
(Ogée, art. Cheix.}
Dans la Haute-Vienne (cf. Laisnel de la Salle, t. I, 113)» rérection d*un dolmen est attribuée à sainte Marie-Madeleine.
D'après Souvestre, les pierres de Lanvaux auraient été apportées par la Vierge dans son tablier. (^Derniers Bretons, t. I, p. 1 19.^
Prés de Poitiers, il y a la Pierre-Levéey soutenue par cinq pi.iers. Sainte Radegonde aurait apporté sur sa tète cette pierre en ce lieu, et les piliers dans son tablier. La sainte a3'ant laissé tomber le sixième pilier, le diable le ramassa et l'emporta. (P. Athenas, Lycée armoricain, t. II.)
« Dans la forêt de Talensac, au sud et près de
Montfort-sur-Meu (Ille-et- Vilaine), nous avons remarqué un bloc de grès énorme, sorte de table couchée ou de menhir renversé, connue dans le pays sous le nom de Grès de saint Maen,
« Ce grès est couvert dans tous les sens de fines rayures et percé de nombreux trous du calibre d'un canon de fusil de chasse.
« La légende du pays rapporte que saint Maen, qui était charpentier, aiguisait ses outils sur cette pierre : de là les rayures et les trous encore visibles. Au reste, les bûcherons du voisinage ne se font pas faute, encore aujourd'hui, d'imiter saint Maen. La rouille et les traces de fer sont apparentes, sans avoir rien de commun avec les traces primitives.
« Un jour, toujours selon la légende, saint Maen, après avoir aiguisé sa hache, l'aurait lancée devant lui, et l'outil, tombant à trois kilomètres de là, aurait désigné la place où est maintenant bâti le bourg qui porte son nom.
« Dans l'est de la France, nous avons recueilli des traditions de même nature, relatives à des camps celtiques : à Raon-l'Etape, Bourguignonles-Morey (Haute-Saône). Il y est question de pierres énormes lancées de colline à colline jusqu'à de grandes distances. »
(Theuvenot, Notes sur qiuîquts monuments anciens, p. 7-8.)
« A Mégrit, arrondissement de Dinan, une
pierre posée à la surface du sol porte le nom de Pierre de saint Patrice. Elle est percée dans toute sa longueur. Cest, dit la légende, dans ce trou que saint Patrice s'est caché pendant longtemps. »
(Eraoul de la Chenelière, p. 3.)
Le beau menhir du Champ-Dolent, près Dol, est une pierre tombée du ciel pour séparer deux frères qui se battaient en duel.
D'après une note communiquée par M. Bézier, on raconte aussi que la pierre du Champ-Dolent et celle de la Mairie en Cuguen sont sorties de terre pour mettre fin à une lutte fratricide.