LE DIABLE
Dans l'arrondissement de Fougères, certaines pierres à bassins sont appelées par les gens du pays chaises ou chaires du diable. « Ce sont des blocs de rocher qui sont naturels... Un bassin principal, creusé tout au bord de la roche et au milieu de l'une de ses plus grandes faces, en fait un véritable siège avec un dossier. Une échancrure au devant du siége-bassin correspond à une rigole allant jusqu'à terre le long de la roche; puis de chaque côté, juste où se posent naturellement les coudes étant assis, se trouve une petite entaille en forme d'écuelle. Le sommet de la roche
est couvert de semblables petites cavités, s'écoulant chacune par autant de cannelures allant jusqu'à terre le long de la face postérieure. »
(Danjou de la Garenne, p. 33.)
Dans le Jura était jadis une pierre de forme anal(^e qui portait le nom de Selle-à-Dieu. (Cf. Monnier, p. 427.) A Dompierre en Morvan, une pierre A ècuelle énorme s'appelle Fauteuil du diable. (Cf. Matériaux, t. VII, p. 356.)
« Dans la commune de Louvigné-du-Désert existe un siège de pierre connu sous le nom de Chaise-au-Diabîey sur laquelle il vient de temps en temps s'asseoir la nuit, tantôt sous la forme d'un mouton, tantôt d'un bouc ou d'un autre animal. Il change ainsi de forme, afin de n'être pas reconnu. » (Danjou de la Garenne, p. 50.) « Dans la môme commune existent d'autres chaises au diable : près du Rocher de la Fresnaye, sur le rocher de la Gourdelière, dans la châtaigneraie de la Jutlais. Une autre, détruite il y a quelques années, se voyait à la Buhaye. »
(Danjou de la Garenne, p. 51 à $4.) .
« Au bord de la route d'Antrain à Fougères existe en la commune de Noyal-sous-Bazouges le plus beau menhir de l'arrondissement de Fougères. Il est connu sous le nom de la Pierre-Longue, L'une de ses faces paraît usée en différents endroits par le résultat d'un long frottement. Au pied gît
une petite croix de granit... On raconte que le xliable passa par là, portant sous chaque bras une pierre gigantesque. Il en laissa choir une qui s'enfonça par son énorme poids ; c'est celle qu'on y voit aujourd'hui. Quant à l'autre, elle tomba, i une demi-lieue de Dol, dans le Champ-Dolent... D'autres disent qu'il y eut en ce lieu jadis une grande bataille, et que les vainqueurs obligèrent les vaincus à clouer de leurs propres mains ce trophée de leur défaite. »
(Danjou de la Garenne, p. 41-42.)
a Au point culminant du bois des Alleux, en Louvigné-du-Désert, est un énorme bloc de granit de T2 mètres de circonférence, appelé Pierre du Diable. Son sommet, légèrement concave au milieu, incline vers une large entaille munie de chaque côté d'un bord très-saillant et creusée verticalement sur le flanc sud de la pierre. On a profité, pour faire cette rigole, d'une fente naturelle de la roche ; mais ses bords saillants ont certainement été faits de main d'homme. Le nom de ce monument, ainsi que sa désignation singulière, s'explique par la légende. Le diable essaya, dit-on, de l'emporter, lorsque, forcé par l'archange, ils bâtissaient ensemble le Mont-Saint-Michel. Il fit néanmoins de si terribles efforts que son échine maigre et pointue y resta profondément empreinte
telle qu'on en voit aujourd'hui la marque inefFa- «çable. »
(Danjou de la Garenne, p. SS-S^-)
« A Squiffiec existe un menhir qui jadis était accompagné de deux autres. On dit dans le pays que saint Hervé, voulant me- -'Surer ses forces avec le diable, avait lancé ces pierres du haut de Ja montagne de Bré, située en Pédemec. » (Emoul de la Chcueliére, p. 12.) Le Poron-Meyer, roche à bassin de Laroche-en- Breil (Morvan), porte aussi des empreintes qui sont dues au diable, d'après une légende rapportée dans les Matériaux^ t. VH,
On voit près de Cléder (Finistère) une pierre portant sur :une de ses faces des cavités symétriques. Ce sont les mitfques 4es grifiFes du diable qui voulut la lancer contre la belle cathédrale que saint Pol bâtissait alors à Léon. (Fréminville, Antiq. 4n Finist.y p. 64.) En Normandie, un menhir k écuelle porte l'empreinte de la tête et des épaules des géants. (Cf. A. Bosquet, p. 181.)
« Parmi les blocs du Rocher-Aubry, dans Tendroit dit les Gantiers, on voit une pierre •énorme dite le Faix du Diable ; elle a des bassins et entailles d'une façon particulière. Ces entailles singulières sont les marques des os saillants et fléchâmes du diable qui portait cet immense fardeau, lorsque, bâtissant le Mont-Saint-Michel, il ie posa dans cet endroit, n'ayant plus besoin de matériaux. »
(Danjou de la Garenne, p. 56.)
« En Saint-Étienne en Coglès, on voit une pierre levée haute d'environ 2 mètres, et qui
porte vers la moitié de sa hauteur une cavité soigneusement creusée. A Touest et y joignant sont quatre pierres brutes de 0"» 60 de haut, placées de champ et alignées sur deux rangs, de manière à former une petite allée de o^ 60 de haut. Lorsque le diable bâtissait Saint-Michel, dit la tradition du pays, ses aides diaboliques lui apportaient des pierres qu'ils venaient chercher jusqu'ici à cause de leur belle qualité. Quand il leur cria qu'il n'en fallait plus, ils les laissèrent sur place. »
(Danjou, p. 63.)
Les menhirs de Vieuxviel, appelés les Pets du Diable, se sont échappés du sac de pierres que Lucifer portait à travers l'espace, pour construire le Mont-Saint-Michel.
(Note communiquée par M. Bézier.)
« Proche le village de la Haute-Bayette, en la commune de Parigné, dans le champ de la Petite-Pierrey existait une pierre levée en granit, inclinée vers le sud, portant sur le côté opposé diverses entailles. Les gens du pays y voyaient les marques des griffes du diable, qui avait posé là cette pierre lorsqu'il bâtissait le Mont-Saint- Michel. C'est pour cela qu'on la nommait V Épaulée du Diable, »
(Danjou de la Garenne, p. 46.)
Des enuilles analogues attribuées au diable existent en Alsace. (Cf. Mémoires de la Société d'émulation de Monibéliard, 3« série, t. II.)
On dit que les pierres debout de Saint-Mirel ont été chômées (plantées) au moment de la naissance du Messie, de même que beaucoup d'autres dans le monde, comme signe de reconnaissance de sa venue. Les gens ne le savaient pas au juste ; mais l'esprit de Dieu se répand partout, et ils sentaient qu'il allait venir.
(Conté par François Mallet, du Gouray, 1880.)
C'est une opinion que je n'ai entendue que cette fois; je la donne à titre de curiosité.
Vers Dol, les bonnes gens du pays attribuent imperturbablement aux Romains l'érection de la plupart des mégalithes.
(Communiqué par M. B. Robidou.)
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