‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 4)Chapitre 8 sur 42 · RATTACHENT · texte numérisé non relu

RATTACHENT

ES monuments des âges préhistoriques jouent, à ma connaissance du moins, un rôle assez restreint dans les récits légendaires des paysans. Dans des pays où abondent les contes de fées et de lutins, les récits diaboliques ou lugubres, j*ai interrogé avec le plus grand soin plus de cent personnes, sans recueillir autre chose que de courts récits, parfois assez vagues. J'ai déjà donné quelques dépositions sur ceux qui passent pour les avoir construits. On trouvera plus loin d'autres fragments qui sont tout ce que j'ai pu trouver, soit en fouillant les livres relatifs au pays gallot, soit en interrogeant les paysans.

Mais auparavant je crois devoir constater que, sur plus de quatre cents contes publiés ou inédits que j'ai recueillis, j'en ai trouvé seulement une dizaine qui se rattachent quelque peu à des monuments préhistoriques.

Dans la CouUuvrey uo xxiv des Contes populaires y ire série, il est parlé incidemment d'une fée qui demeurait dans un des dolmens de la

Brousse, commune du Gouray. D'autres récits, que j'ai recueillis depuis, mettent encore en scène ces mêmes fées de la Brousse, mais d'une manière tout aussi incidente. La Fée de Créhen, no XXI des Contes des paysans et des pêcheurs, semblait avoir sa demeure dans un dolmen ou dans un tumulus des bords de l'Arguenon; mon conteur n'était pas très-précis à cet égard. Dans ce récit, la fée devient chrétienne, et quand le prêtre Ta baptisée, il maudit la grotte, où jamais on n'a habité depuis.

Dans les légendes relatives à Gargantua, les menhirs figurent parfois, mais ne jouent, ainsi qu'on l'a vu, qu'un rôle assez effacé.

Jamais je n'ai entendu parler des druides, pas davantage des bardes : les paysans gallots ne connaissent ni ces noms, ni leurs équivalents.

Les monuments mégalithiques passent, ou plus exactement passaient pour être hantés la nuit, soit par des fées, soit par des lutins, parfois par àts revenants ; mais les terreurs superstitieuses dont ils étaient l'objet ont une tendance à s'effacer.

« A la fontaine Cadio, en Plédran (Côtes-du- Nord), existe une roche aux fées, sur une pièce de terre dite la Roche ; elle est longue de 45 pieds. L'une àos extrémités s'arrondit en cercle fermé, et l'autre extrémité, aussi fermée,

mais par une pierre plate, est entourée de quatre pierres debout, fichées en terre. Au fond de cet arc de cercle, qui se trouve en dehors de la grotte, il y a une pierre d'une énorme épaisseur, placée de manière à former un siège. Des enfants qui nous avaient suivi nous dirent que c'était la chaise de Michel Morin, homme extraordinaire, qui remplissait ce cercle de sa capacité, et qui, lorsqu'il s'asseyait sur cette pierre, avait le dos appuyé à celle qui forme la grotte, bien qu'elle en soit éloignée de 3 ou 4 pieds, et les bras accoudés sur les roches latérales, quoiqu'elles soient à 5 ou 6 pieds Tune de l'autre... »

(Habasque, t. II, 363-364.)

« A i,$oo mètres du bourg de Saint-Jacut du Mené, pierre posée. Le dessus de cette pierre est complètement plat. On y remarque comme l'empreinte d'un pied d'homme. La légende raconte que Gargantua, monté sur cette pierre, fit un effort pour s'élancer sur une autre pierre à trois kilomètres plus loin. Sous cet effort, son pied s'est gravé dans la pierre, ainsi que sur celle sur laquelle il venait de sauter; mais cette dernière jusqu'à présent est restée inconnue. »

(Eraoul de la Chenelière, p. 38.)

« Sur le versant ouest du Tertre-Alix, en Louvigné-du-Désert, est une chaise de pierre : la

nuit les fées viennent, dit-on, s'y asseoir pour filer. Aussi, ajoute la légende, trouve-t-on souvent auprès des mognons de laine. »

(Danjou de la Garenne, p. $4.)

« Des femmes du voisinage de la fontaine Cadio, près de laquelle est un dolmen, nous apprirent que les fées venaient souvent à minuit danser autour du monument. »

(Habasque, t. II, 363-364.)

« Snr la lande du Fao, en Saint-Gelven (Côtes-du-Nord, partie bretonnante), est un dolmen. Les vieux habitants du bourg js'imaginent que sous ce dolmen vit une légion de fées qui, tous les soirs, à minuit, sortent de leur demeure pour venir danser sur cette pierre. » (Ernoul de la Chenelière, p. 39.)

En beaucoup d'autres pays existe la croyance que les fées viennent la nuit autour des roches qui portent leur nom. On la retrouve en Normandie (cf. Amélie Bosquet, p* 96; abbé Cochet ■cit. dans les Matériaux^ t. I, p. 264) ; dans le Valais {Mater., II, a $7) ; dans le pays de Luchon (Bu//, de la Soc. d'Anthr., 3« série, II, p. 167) ; en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. xoo).

Les lutins vont autour àts Roches piquées de la forêt de Haute-Sève ; il faut bien se garder d'en approcher quand ils sont auprès, car il arriverait certainement quelque malheur.

(Conté en 1880 par Françoise Dumont, d'Ercé.^

« A Trébeurden (partie bretonnante des'Côtes-du-Nord), ces monuments, principalement les dolmens, sont hantés par Jes gorriket, que quelques habitants prétendent même avoir vus. . . Ceux qui passent tard auprès de leurs demeures pressent le pas.

de peur de rencontrer une patrouille de ces petits hommes. » (Ernoul de la Chenelière, p. 28.)

« Les demeures des nains sont placées le plus souvent sous les dolmens, que l'on nomme presque partout ty Corriked. D'autres ont leurs habitations sous les menhirs. » (Le Men, p. 227 ; cf> aussi Souvestre, Foyer breton : les Korils de Plaudren.)

Jadis on racontait à Plévcnon que des revenants sortaient la nuit du tumulus de Château- Serin. Comme il y avait eu autrefois dans le voisinage un couvent de moines qui ont laissé mauvaise réputation dans le pays, on supposait que c'étaient les moines qui venaient faire pénitence après leur mort.

(Conté en 1880 par Sçolastique Durand, de Plévenon, âgée de soixante- douze ans.)

Le tumulus de Fontenay-le-Marmîon était hanté par des revenants. (Cf. Amélie Bosquet, p. 192 ; cf. aussi, p. 188, 189, des menhirs et des dolmens hantés.)

« Il sort la nuit du tumulus de Créhen une femme tantôt blanche, tantôt revêtue d'un vêtement de brouillard, qui, des coups répétés de son battoir, fait retentir les rives de TArguenon, où elle va laver son linge. C'est une des croyances du pays, et on la retrouve dans toute la Bretagne. »

(Habasque, t. III, p. 188.)

En Berry, jadis une fée apparaissait au sommet de la motte de la Gueme, commune de Lunery, et les bergers qui en appro* chaient étaient poursuivis par un homme à longue barbe. (Cf. Martinet, p. 9 et i>.) .

DE LA HAUTE-BRETAGNÊ $ï

« Depuis longtemps les fées ont malheureusement disparu ; mais le monument (de la Roche aux Fées d*Essé) est resté. Dans les nuits, quand la bise souffle au dehors, on entend comme des plaintes dans la Roche aux Fées, et Ton dit que ce sont les morts qui reposent là qui appellent les féetf protectrices, et que ces plaintes se renouvelleront jusqu'à ce qu'elles soient revenues. »

{Le Collectionneur breton, t. III, p. 5$.)

Quelques paysans m'ont dit qu'ils croyaient que des marquis étaient enterrés sous ces pierres. (Marquis veut dire personnages ; à Pléneuf, on raconta à Habasque que c'étaient des générais. y Les tumuli, au nombre de cinq, que j'ai découverts à Meillac, Tinténiac et les environs, sont tous pour les paysans des lieux de repos.

(Communiqué par M. Bèzier.)

Il y a à Créhen un tumulus dont la terre passe pour ne point diminuer, bien qu'on en ait pris maintes charretées pour construire les maisons du voisinage. La terre jaune qui le compose sert de mortier pour la maçonnerie.

(Conté en 1880 par Rose Renaud, de Saint-Cast, qui l'avait entendu dire à Créhen.)

On m'a raconté à Ercé que les pierres de Haute-Sève n'avaient pas toujours été aussi grosses que maintenant, et que jusqu'à une certaine

époque leur volume avait augmenté. Je n*ai pu savoir avec précision si mes conteurs voulaient spécialement parler des Roches piquées ou de la chaîne de gros blocs naturels qui traverse la forêt.

La croyance aux pierres qui poussent, mais cette fois s'appli- •quant spécialement aux mégalithes, existe en Berry. (Cf. Laisnel -de la Salle, t. I, 112.)

En beaucoup d'endroits, on pense qu'il est -dangereux de les détruire, parce que les esprits •qui les ont construits ne manqueraient pas de se venger ; mais on n'y croit plus guère maintenant.

« Le tumulus de Château-Serin, en Plévenon, fut longtemps préservé de la destruction, parce -que les fermiers prétendaient que la terre qui le composait eût fait périr leur récolte. Un préjugé semblable a fait conserver le tumulus de Pléneuf, sous lequel les voisins me dirent que des générais étaient enterrés. »

(Habasque, t. III, p. 87.)

« Lorsqu'on enleva un menhir pour le placer sur la tombe de Hyacinthe Langlois, à Rouen, toutes les bonnes femmes assaillirent les ouvriers de prédictions funestes. » (Amélie Bosquet, p. 186.)

Une sorte de crainte superstitieuse, dont je n'ai pu me faire expliquer la cause, fait qu'ils sont respectés par les paysans.

(Communiqué par M. Bézier.)

A Saint-Rémî-du-Plein, dans un champ qui se nomme aujourd'hui le Rocher ou les Rochers, il y avait une roche aux fées soutenue par quatre piliers. Quand on voulait ensemencer on portait le soir des galettes ou du pain, avec un peu de beurre, et le lendemain le champ était ensemencé. Lorsque le propriétaire du champ fit sauter ce rocher, on murmura beaucoup dans le pays.

(Conte par Joseph Legendre, jardinier, de Saint-Aubtn-du- Cormier.)

Q.uand M. du Chatellier voulut, en 1879, explorer le tumulus de Run, près Tréfiagat, les habitants regardèrent ces fouilles d*un mauvais œil.

« Ce n*est pas sans peine que j'ai obtenu l'autorisation de fouiller ce tertre : les habitants du village craignaient les représailles des KorricSf race de nains doués d'un pouvoir surnaturel, et passant dans l'esprit de nos paysans bas-bretons pour être les constructeurs de nos monuments mégalithiques, quelque gigantesques qu'ils soient. Aujourd'hui encore, disent-ils, ils hantent, la nuit, les monuments qu'ils ont construits et savent se venger de ceux qui osent les violer.

« Depuis mon exploration, j'ai reçu les plaintes d'un des habitants du village de Run, qui me dit que, comme il Tavait prévu, ' les chorriquety depuis que j'avais violé leur demeure, s'introduisaient la nuit dans son écurie, et, s'en prenant à ses chevaux, les malmenaient si bien, que le matin il les trouvait couverts de sueur. Depuis quelques jours cependant, ils semblaient leur laisser quelque répit, et cela parce qu'il avait appendu & l'une des poutres de son écurie un chapelet de coques d'oeufs de poules, avec lesquels les chorriquet savent prendre grand plaisir à jouer. Je voulus lui faire comprendre que ses chevaux avaient probablement éprouvé quelque malaise dont ils étaient remis, et que

son chapelet 'de coques d'oeufs n'y était pour rien. Peu con^ vaincu, il me quitta en me prédisant que, une fois ou l'autre, j'aurais maille à partir avec ces malins esprits. » (Mémoires de la SseUti d*émulati<m dfs Côki'du-Hordy année 1879.)

« Sur le versant ouest de la vallée de Mont- Louvier en Louvigné-du-Désert, est un groupe de di$ à douze blocs gigantesques de granit, connu sous le nom de Roclies Sainl-Guillaume, et que la nature a superposées sous l'aspect le plus pittoresque et le plus bizarre. Plusieurs portent des bassins et)|^entailles de formes et grandeurs différentes. Dans le pays elles sont toutes désignées comme ayant appartenu à Tusage du saint qui, suivant la tradition, fit pendant quelque temps son séjour eu cet endroit. L'une aurait été son douet (réservoir où on lave le linge), l'autre sa fontaine, une autre plus petite son écuelle ; deux autres se [touchant seraient l'empreinte de sies genoux ; une^entailk forme celle de sa modeste croix de bois. Enfin plusieurs autres de forme allongée seraient la marque des coins de ceux qui ont voulu ^essayer, mais toujours en vain, de fendre cette roche. On a aussi donné le nom de rues de Paradis, du Purgatoire et de l'Enfer, aux intervalles étroits* qui séparent ces énormes blocs. On vous montre aussi l'endroit où couchait le s^t. »

(Danjou de la Garenne, p. 49, So.)

A. Huelgoat (Finistère), on nomme Minage de k^ Vierge deux pierres creusées régulièrement de plusieurs bassins. (Athenas., Lycée armoricain^ t. VI, p. 385.) En Normandie, un mégalithe a servi de Ut à saint Cenety. (Cf. A. Bosquet» p. x8ft.)

« A Pluzunet (Côtes-du^Kord), un roc l^-èreraent creusé ae nomme le lit de saint Idunet. C'était, dit-on, la couche commune du saint et de sa sœur sainte Dunnvel... Au chevet de ce prétendu lit, il y a une croix en pierre grossièrement travaillée. A trois kilomètres du boui^, une pierre affectant la forme d*un siège se nommait Chaise de saint Yves : un jour que le saint était fatigué^ il s'assit dessus, et elle se jAoyei sous lui eo fimne de siège. » (Emoul de la Cbenelière, p. 34.)

Près de Jugon est un menhir qui descend, la nuit de Noël^ boire dans la rivière de l'Arguenon. Un homme du pays, qui ne voulait pas. croire que ce fût vrai, alla la nuit de Noël pour le voir ; mais jamais personne ne Ta revu.

(Conté en 1880 yar Jeanne-Katie Chesnais, de jtigon, domestique.)

D'après une note des Anciens Évicbès âe- Br$^ tagm, par AIM. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, t. îll, p» 219, les £ées jouent knutt avec les mégalithes d& lâs Brousse et vont le» bat**gner dans les ruisseaux du vot«aage«

ce Sur le Mont-Louvier, en la commune de Lou-^ vigné-du-Désert, était une magnifique pierre branlante, aujourd'hui détruite. Elle était luittt^ rellement posée en équilibre si parfait, qu'un seul homme pouvait la faire osciller d'une nw^nière

sensible. Tous les ans, disait-on, la nuit de Noël, pendant la messe de minuit, elle allait boire dans le ruisseau qui est au bord de la vallée, et remontait aussitôt se remettre à la place qu'elle venait de quitter. »

(Danjou de U Garenne, p. 49.)

« Dans le bois des Couardes, en Saint-Ëtienne en Coglès, se trouve un groupe naturel de blocs de granit, aussi imposant par sa masse que pittoresque par son aspect. L'un d'eux, qui a près de 3 mètres de haut sur une longueur plus considérable encore, est superposé à plus de 2 mètres au-dessus du sol sur trois autres blocs non moins énormes, ce qui donne à cet amas de rochers la fausse apparence d'un gigantesque dolmen. Tous les ans, dit-on, à Noël, quand les cloches sonnent la messe de minuit, la roche la plus élevée descend pour aller boire au ruisseau qui coule à ses pieds dans la vallée, puis elle remonte se replacer elle-même sur sa base. Mais malheur à qui se trouverait sur son passage ! Elle traverse l'espace avec la rapidité d'un clin d'œil ; son choc terrible serait inévitable. On serait Àra- ^wf (écrasé). »

(Daajott de U Garenne, p. 62-63.)

Le jour de Koël, à minuit, au premier chant du coq, on voit la pierre Corme, en Condé-sur-Laison, s'ébranler et descendre

vers la gnmde fontaine, située i quelque dittaace, pour s*y désaltérer. (Amélie Bosquet, p. 173.)

Le menhir de la Tièmblaye, en Saint-Samson, qui se nomme Pierre longue ou Tonnerai est rayé d'une barre blanchâtre en quartz, qui se détache très-visiblement sur le ton gris du granit. Cest, dit-on dans le pays, la marque d'un coup de fouet dont le diable cingla la pierre un jour qu'il était en colère.

« A Pluzunet il y avait naguère une roche k fleur de terre dans laquelle les gens croyaient reconnaître la trace d'un b&ton et l'empreinte des pieds d'un cheval. La légende dit que le diable n'ayant pu réussir à faire saint Idunet offenser Dieu, disparut furieux, en imprimant ces marques sur le rocher. » (Emoul de la Cheneliére, p. 34.)

« A Saint-Étienne en Coglès, au sud du Rocher-Jacquot, sont deux allées couvertes ou Roches-aux-Fées à moitié ruinées, et il ne reste qu'une seule des pierres de recouvrement sur chacune d'elles ; les autres gisent à terre. Les diables viennent, dit-on, depuis fort longtemps, la nuit, essayer de remettre ces pierres en place ; mais ils n'ont jamais pu y réussir. On les entend chanter en dansant autour, mais sans qu'il soit possible de comprendre ce qu'ils disent. »

(Danjou, p. 64.)

D'autres dolmens, en divers pays, portent aussi le nom de Pierre au Diable, entre autres celle de Jambes, près Namur. (Cf. Maiir.j t. V, p. 405.)

Sur un bloc recouvert de signes archaïques, situé à Dingé, les paysans voient l'empreinte d'une sangle, des griffes et des fesses du diable. Es m*ont raconté que Satan s'étant mis dans l'esprit d'emporter cette pierre au Mont-Saint-Michel, l'avait sanglée et s'était arc-bouté pour la soulever; mais la sangle cassa, et c'est à l'effort qu'il fit pour la retenir que sont dues les empreintes de son derrière et de ses griffes.

(Communiqué par M. Bézier.)

L'ile d'Herreu, la plus proche de celle de Besné (Loire-Inférieure), contient un grand nombre de rochers dont la surface est couverte de bassins et de cercles. Il y en a une entre autres que les habitants appellent la Cuisine du Diable ; ils y voient les marmites, les poêlons, le lit où îl couchait.

(P. Athenas, Le Lycée armoricain, t. VI, p. 383.) TRÉSORS ENFOUIS

Presque tous les monuments préhistoriques passent pour renfermer des trésors ; il en est de même des gros blocs erratiques qui se trouvent dans les champs ou sur les landes.

Vers £rcé, on dit que les trésors qui sont £nfouis dessous appartiennent au diable pendant

trente ans, et pendant trente ans aux hommes. Q.uand c'est la période du diable, Il est inutile de fouiller dessous : on ne trouverait rien.

En Normandie, les trisors, au bout de cent ans, appardennent MU diable. (Cf. A. Bosquet, p. 141.)

Sous la Roche piquée de la forêt de Haute- Sève, il y a un trésor. Il y a bien longtemps de cela, des gens voulurent s'en emparer, et ils creusèrent au pied de la pierre ; mais à mesure qu'ils creusaient, la Roche piquée s'enfonçait plus avant, et on voyait sortir de dessous des crapauds noirs qui sautaient sur la terre et grossissaient à vue d'œil. On trouva de la cendre auprès.

(Gmti par Françoise Dumont, d*Ercé.)

Le menhir de la Tiemblaye, en Saint-Samson, est incliné à 45 degrés environ ; on prétend qu'il doit cette position penchée aux fouilles pratiquées au pied pour découvrir le trésor qui s'y trouve caché.

On m'a conté à Dinan que lorsque les chercheurs de trésors eurent creusé à la base du monolithe, il sortit de la terre des flammes qui les forcèrent à interrompre leur travail.

On assure qu'à différentes époques on a fait des fouilles sous un menhir de la forêt de Brotonne, dit la Pierre aux Houneux, pour y découvrir un trésor ; mais à chaque fois d'eflSrayantes apparitions les firent discontinuer (A. Bosquet, p. 186) ; des

ouvriers qui avaient tenté d'enlever le trisor de Niaufle se virent entourés de flammes (cf. ibid., p. i$9).

« La tradition du pays veut qu'il y ait un trésor considérable sous un gros bloc de granit attenant au sol et creusé d'un bassin de 85 centimètres de diamètre sur 15 de profondeur, près la chapelle Saint-Eustache en Saint-Étienne-en-Coglès.

« La pierre de la Lande-du-Mont en Saint- Hilaire-des-Landes recouvre, suivant la tradition du pays, un trésor considérable. »

(Danjou, p. 6i et 67.)

Le beau menhir du Perrain^ situé à la porte de Bain, est appelé par les habitants Pierre longue.

Tout près de lui sont deux immenses blocs de quartz qui ressemblent à des tombeaux. Les lapins du pays ont fait leurs garennes dessous. Les paysans, qui les nomment tables des fées, racontent qu'un trésor y est gardé par une levrette hlanche, qui court toute la nuit sur la lande et s'amuse à jeter par terre les gens qu'elle rencontre. Tous vous diront l'avoir vue.

(Conununiqué par M. A. Orain.)

En Berry rôde aussi, autour des étables, et non dans le voisinage des mégalithes, une levrette blanche (Laisnel de la Salle, 1. 1, 176) ; en Normandie (cf. A. Bosquet, p. i$o), certains trésors sont gardés par des chiens noirs.

« Les débris d'une grotte aux fées, à un kilomètre de Plurien, couvrent des richesses incalcu-

labiés. Mais pour les posséder, il faudrait, lors de la pleine lune, se présenter à minuit sonnant devant la grotte enchantée, et rompre la chaîne de lutins grimaçants qui l'environnent. Une nuit, un laboureur, mécontent de son sort, passait près de la grotte ; il vit sortir de la terre un être à forme humaine, tenant dans chacune de ses mains un flambeau d'où s'échappait une lumière semblable aux flammes d'une fournaise ardente.

Cette apparition avait les proportions d'un géant ; de sa voix lugubre elle dit au laboureur : « Si tu veux en finir avec cette vie de misère, suis-moi. » L'imprudent suivit le fantôme, et depuis on ne Ta plus revu. C'est une histoire que les gens de Plurien racontent pendant les soirées d'hiver. »

(B. Joilivet, p. 319.)

Presque partout les paysans croient à l'existence de trésors enfouis sous les menhirs ; certains recouvrent ûqs barriques d'argent, à Meillac (Ille-et-Vilaine) par exemple ; mais ils savent de leurs pères que la pierre doit se renverser sur le sacrilège, et ils la respectent. On m'a toutefois assuré que certains paysans, la nuit, ont essayé des fouilles, à Meillac notamment.

(G)inmuniquë par M. Bézier.)

En Normandie (cf. A. Bosquet, p. 14$), celui qui touche un trésor le premier meurt.

« APordic trois barriques d*or sont, d'après les gens du pays, enfouies sous le dolmen de la Table- Margot. On essaya, il y a quarante ans, d*après le conseil d'une bohémienne, de soulever avec des pinces et des pioches la pierre sous laquelle est caché le trésor; mais les prescriptions de l'Égyptienne n'avaient pas été exactement suivies ; aussi la pierre retomba-t-elle chaque fois qu'on voulut la relever, ce qui obligea de renoncer à l'entreprise. »

(Habasque, t. III, p. i6.)

« Des femmes du village, près de la Rocheaux-Fées de la fontaine Cadio, en Plédran, nous iiirent que des trésors y étaient cachés, et que celui qui serait assez heureux pour y jeter quelque chose de bénit à l'instant où ils sont étalés en deviendrait l'heureux possesseur. »

(Habasque, t. II, p. 364.)

« On dit que la Roche-Longue (près Qjiintîn) foule des trésors, et que les esprits viennent pendant la nuit danser en rond tout à l'entour. »

{Baron Dutaya, BhKiîiantUf p. 24e.)

Sous Crokélien, en la commune du Gouray, oli sont des Roches-aux-Fées (un dolmen), il y a une barrique d'argent ; mais elle ne se découvre que le jour de Pâques, et on ne peut l'avoir que si on garde le silence pendant qu'on est à l'ôter.

DE LA aAUTE-BRETAGKB 43

Un jour, des hommes du Gouray avaient saisi la barrique avec des cordes, et elle commençait à. sortir, lorsque l'un d'eux dit à ses camarades : — Tiens bien, je l*avons. Aussitôt la barrique disparut.

(Conté en 1881, par J. M. G>nuiult, du Gouray.)

En Beny, les monuments mégalithiques recouvrent aussi des trésors : ainsi le monolithe de la Pierre k la femme protège un immense trésor qui ne s'ouvre que le dimanche des Rameaux, et seulement pendant le moment qui sépare le retour de la procession à l'église des trois coups frappés k la porte. (Cf. Martinet, p. 7-8 ; Laisnel de la Salle, t. I, xi2.) Ailleurs c'est pendant la nuit de Noël que les pierres changent de place. (Cf. Martinet, p. 12-13.)

On retrouve en Normandie la même croyance aux trésors enfouis sous les mégalithes. (Cf. A. Bosquet, p. 178, 181, 181, 286, 189.)

L*un des deux menhirs aujourd'hui renversés qui se trouvaient au sommet du bois de Mont- Beleux (cf. Belen, Tombelaine, etc.) recouvrait un trésor considérable. « Tous les ans, pendant la nuit de Noël, un merle vient la soulever et découvre le trésor. Mais malheur à l'imprudent que la cupidité pousserait à chercher à s'en saisir 1 U n'en aurait pas le temps et périrait écrasé par l'énorme poids de la pierre qui s'abattrait sur sa tète. »

(Danjou de la Garenne, p. 46.)

En Eure-et-Loir existe la croyance que la Pierre qui vire de Brunay-le-Gillon met & découvert un trésor pendant la généalo-

gie de l'évangile de Koël. (Cf. Morin, Le prêtre et le sorcier, p. 10.)

« On voit À Koyal-Pontivy un peulvan large d'environ X* 60 & 2 mètres, et haut de $ mètres, et plus étroit à sa base qu'à son sommet. On dit dans le pays que, la veille de la nuit de Noël, il se met en marche et va boire au Blavet. En ce moment on pourrait enlever le trésor qui est caché sous cette énorme masse ; mais comme le peulvan retomberait sur celui qui ne serait pas en parfait état de grâce, nul ne s'aventure & tenter d'enlever cette riche proie. ■ (Ogée, art. Noyal-Pontivy.')

Cf. aussi Souvestre, le Foyer breton^ conte des Pierres de Plouhinec qui vont boire k la rivière d'Intel et laissent à découvert leurs trésors.

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