LES MAMMIFÈRES DOMESTIQUES
S I. — GÉNÉRALITÉS
[LUSŒURS mammifères ont été domestiqués dès les temps préhistoriques, ainsi que le constatent de nombreuses découvertes, et les plus anciens documents écrits que nous ayons les représentent comme les compagnons de l'homme. « Les animaux, ces machines dédaignées par Descartes, défendues par La Fontaine, élevées par la science moderne à la dignité de personnes vivantes et intelligentes, ont joué un rôle capital dans la destinée humaine. Le chien, le bœuf, le cheval, le mouton, le porc, un grand
nombre de poissons et d'oiseaux, ont été les compagnons, souvent les victimes et toujours les instruments de notre grandeur. Notre langage est plein de nuances empruntées à leurs formes, à leurs aptitudes, à leurs services et à leurs mœurs... Les animaux ne vivent pas seulement dans la nature ; ils ont vécu et vivent encore dans l'humanité en statues, en idées, en symboles. »
(A. Lefèvre, Religions et mytholcgiês comparées, p. 51 etsuiv.)
Les anciens poètes les font parler, verser des larmes, et ce n'est pas seulement une fiction poétique qu'ils expriment ainsi. De nos jours, si l'on ne croit plus guère qu'ils puissent prendre la parole, — sauf peut-être le chat, animal diabolique, — dans nombre de contes on leur prête un langage, et même en certains cas, ainsi qu'on le verra ci-après, on interprète et Ton traduit leurs cris.
Voici un petit conte où les animaux domestiques dialoguent d'une façon assez plaisante.
Une bonne femme qui avait une vache, un cochon, un poulain, un coq et une cane, alla à des noces, où elle s'amusa tellement qu'elle y resta trois" jours.
Comme personne ne soignait ses bêtes, dles avaient faim, et la vache disait :
— Jeanne I Jeanne !
Le cochon :
— Hé bien ! hé bien !
Le poulain :
— La vois-tu veni', veni', veni' ?
Le coq :
— O s'en viendra tantôt.
Et la cane répétait :
— Quand ? quand ? quand ?
(Conté en 1878 par Co&stant Joulaud, de Gosné.) Cf. dans Laisnel de la Salle, t. I, p. 222, la manière dont les paysans berrichons traduisent le langage des bètes^ principalement celui des oiseaux.
Dans les monographies qui suivent, j'ai donné les noms patois des mammifères domestiques de la Haute-Bretagne, les proverbes, les dictons et les devinettes où ils figurent, les cris usités pour les appeler ou pour les commander, les superstitions et les croyances dont ils sont l'objet, etc. A la suite, j'ai brièvement indiqué les contes, publiés ou inédits, de ma collection où ils jouent un rôle, et j'ai noté aussi celui qui leur est attribué par les quelques contes gallots publiés avant mes recueils par divers auteurs.
J'ai du reste suivi la même marche pour toutes les monographies des animaux de la terre, de l'air et de l'eau, qui composent la plus grande partie de ce volume.
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4¥> cf^ C?i^Cfà'
s IL — MONOGRAPHIES
L*ANE (Eojras Asivus)
Noms patois (i)
ES paysans emploient presque toujours le mot âne au féminin.
Voici d'autres noms patois : bardoQ/L., Plouvara), fém. ; hardoche (M., Plouvara), fém.; hardiche (Tréveneuc); mais en réalité ce sont plutôt des espèces de surnoms, et la plupart du temps on y attache un sens moqueur.
Proverhes
— Cela li est défense (défendu) comme le Pater es ânes.
Cf. Rolland, t. IV, p. 227 (Côte-d'Or).
— Bête comme un âne de trois écus (Dol).
(i) Abréviations : E. Ereé-prts-Lifi&é (Ille-et- Vilaine) ; M. Mati^on; S.-C. Saint-Cast; D. Dinan ; P. Penguily ; S.-D. Saint- Donan (Côtes-du-Kord); G. g. glossaire gallot inédit dont j'ai eu communication anti^efois.
— Faire Tâne pour avoir du bran (M., E.)*
Cf. Rabelais, livre ix, et Rolland, t. IV, p. aay.
— Traître comme un âtie rouge. Cela se dit •d'une personne méchante qui frappe ses semblables et les animaux (S.-C.).
— Jaune comme du pissat (urine) d'âne (E.).
— Têtu comme un âne.
Cf. Rolland, t. IV, p. 214 (Creuse).
— Elle joXU comme un âne (P.). Cela se dit •d'une personne qui n'est pas trop dégourdie.
-r- Brèr (crier) comme un âne (S.-D.).
— Saoul comme une bourrique (E.).
— Saoul comme la bourrique à Robespierre <M.).
Cf. Rolland, t. IV, p. 242. Robespierre est sabstitaé au diable.
Superstition, — IJâne dans la Littérature orale
L'âne, de même que le bœuf, s'agenouille à minuit sonnant la nuit de Noël (E.).
Le rôle que les contes gallots attribuent à l'âne est assez important ; dans la Hotde du Grouin, no X, 2« série, les fées empruntent un âne â leurs voisins sans leur permission, et la fréquentation des bonnes dames le rend sorcier. C'est sur un ine que voyagent le bon Dieu et saint Pierre (cf. Misère, n» Lii, 2© série). C'est l'âne de Jean le
Dioty no XX, ire série, qui passe sur son dos le bon Dieu et saint Jean. Le héros de V Oiseau hleuy no XIV, ayant mangé du céleri, est transformé en âne, comme le héros du conte de Lucien. Dans le conte des Jaguens, i^e série, no xxxvni, les Jaguens forment le projet d'aller porter un poisson au roi; ils se rendent aux pêcheries, et lèvent dans leurs filets quelque chose qui leur semble un poisson gigantesque. Or, c'était un âne crevé. Cette facétie avait été rapportée au xvm» siècle par Chevignard de la Pallue, qui l'attribuait aux gens de Beaune.
Cf. Rolland, t. IV, p. 248.
Dans le conte de la Fève, no xn, i'* série, lebonhomme qui est grimpé au ciel tout le long de sa tige reçoit en présent un âne qui fait des: écus. Cet âne figure aussi dans les autres versions^ de cette légende que j'ai recueillies (cf. Litt. orale y p. 215).
Le conte de la CtirouUîe, 2^ série, no xLvm,, met en scène un paysan qui fait couver une citrouille, croyant que c'est un œuf d'âne. Dans les similaires cités par Rolland, t. IV, p. 202-20^ (Loiret, Côte-d'Or, Lorraine, etc.), l'œuf couvé est un œuf de jument, et non un œuf d'âne.
. Dans un conte inédit de ma collecjdon, il est question d'un âne a â sept lieues le pas », gardé
par trots géants, et dont le héros doit s'emparer avant de conquérir le merle blanc qui rajeunit.
La marraine de Petit-Jean (conte inédit de ma. collection) vient chercher son fiHpul sur un âne* Il lui désobéit en ramassant une couroime ; alors elle l'abandonne, mais lui laisse l'âne. Grâce i ses conseils, le jeune garçon vient â- bout de toutes les difficultés.
Dans une autre version du précédent, aussi intitulée Petit-Jeariy la Vierge, qui est sa marraine, vient le chercher sur un âne et lui défend de cueillir des fleurs; il désobéit. L'âne reste avec lui,, et par son conseil, après avoir triomphé deplusieurs obstacles, il épouse la plus belle prin* cesse du monde.
Un jour les Jaguens, habitants de Saint- Jacut-de-la-Mer (Côtes-du-Nord), ont la guerre avec un village voisin. Us hissent un canon sur le dos d'un âne et y mettent le feu ; mais, aprèsla détonation, l'âne se retourne du côté des Jaguens, qui l'accusent d'être du parti de leursennemis et le jettent à la mer pour le punir.
Quelques chansons mettent aussi l'âne en.
scène» Dans ma Littérature orale de la Hautes Bretagne, p. 272, j'ai publié LÂne changé, dont je possède trois variantes inédites, et qui se retrouve en beaucoup de pays (cf. pour les similaires Rolland, t. IV, p. 253, qui reproduit deux versions).
J'ai aussi une variante de UÂm retrouvé par mor^ ceaux, chanson recueillie aux environs de Bain (Ille-et-Vilaine) par M. A. Orain, et publiée avec la musique par Rolland, t. IV, p. 263.
Plusieurs pays de TlUe-et-Vilaine et des Côtesdu-Nord ont des sobriquets où le nom de Tâne entre en composition. On dit :
— Les ânes de la Malhoure (canton de Lamballe). Jadis, assure-t-on, ils mangèrent un âne, et le nom leur en est resté.
— Les ânes de Pleudihen (près Dinan). On se sert beaucoup d'ânes en ce pays.
— Les ânes de Saint-Suliac (Ille-et-Vilaine). On dit aussi les ânes de Rigourdaine. Ces deux sobriquets tirent leur origine d'une légende que rapporte M^^ de Cemy, et que voici, un peu abrégée.
« Saint Suliac avait établi un monastère autour duquel il avait semé du blé et planté des vignes. La Rance n'était alors qu'un faible ruisseau qu'on traversait sur deux mâchoires d'ânes, et en face de Garot se voyait la métairie de. Rigourden, dont les ânes vinrent un jour brouter l'enclos des moines. Ceux-ci s'en aperçurent et les chassèrent. L'abbé alla reprocher au fermier sa négligence ; mais celui-ci ne garda pas mieux ses bêtes, et un matin l'abbé les trouva broutant sa vigne, et il les frappa de sa crosse en les maudissant.
« Le propriétaire alla à la recherche de ses ânes, qu'il retrouva immobiles près de Tenclos des moines, la tête retournée sur le dos. Il supplia saint Suliac, qui les délivra de cette position incommode ; mais les ânes en s'en allant firent un tel bruit que le saint, pour ne plus en être incommodé, élargit la Rance et lui donna la largeur qu'elle a aujourd'hui.
« On voyait naguère dans les caves du presb3^ère un tableau sculpté en relief, fort vieux d'après la grossièreté du travail, et représentant les ânes la tête retournée sur le dos. »
(M«« de Cerny, Saint-Suliacy p. 13.)
Cette légende est citée par Manet et par Habasque, t. III, p. 323.
LE BÉLIER (Aries)
Noms patois
Le mâle s'appelle hourdÇP.yS.-D.) (cf. le gallois howrd); hourdet (M,, S.-D.); éhourda (S.-D.); houro (S.-D.); la femelle berbis (M., E.); moutonne (E.) ; l'ensemble du troupeau les berhis, d'où herbiouxy qui se rapporte aux brebis, qui aime les brebis ; les agneaux, agni (S.-D.) ; agnaou (S.-D.) ; igniau (E.); ignê^ égné^ fém. (M.); ègnite (S.-D.); c^ite (Tréveneuc) ; aigneïU (M.). La brebis en chaleur est dite en lui; on la conduit au hourd
qui la luette (P.). Les brebis qui mettent bas a/neîlent (M.); aindellent (P.). Les béliers qui cornent doupent (M.); tossent (P.). Le rhume des brebis se nomme ballo (Tréveneuc); goètron (S.-D.).
Les brebis n'ont point en général de noms propres; cependant on les désigne d'après des circonstances extérieures : celle qui a des cornes se nomme Cornette ; celle qui a la tête de plu* sieurs couleurs Moquarde (P.) ; la brebis qui n'a qu'une oreille Sorine (P.).
Pour appeler les moutons, on leur crie ;
duiens I quiens I (P.)
Bara, bara, bara, bè (Tréveneuc).
Comme en breton.
Qjiéto, quéto, quéto, bée (P.).
Koto, Koto, Koto, bée (P.).
Pour les détourner :
Chom' la 1 chôme id (JS.-D.).
Taï-ci, taï-ci (P.).
Chaboul (S.-D.)
Cf. le breton chabouch.
Pour faire battre les béliers, les patous (bergers) leur crient :
Tosse, tosse (P.).
Ou:
Doupe, doupe (M.).
Pour que les brebis, que plusieurs bergers ramènent ensemble, se séparent, ils crient le soir :
Trie, térias I La plus belle de mon haras (P.).
Proverbes
Faut point appeler sa mère jambe de herJns t(P.)« Il ne faut pas se moquer des siens, car 4;ela retombe sur vous.
— r se laisse tondre comme un mouton (E.).
— Têtu comme un houro (S.-D.).
- — Berbis qui cloche n'a pas de ntérienne (sieste, repos) (P.).
— Manger sans boire, c'est faire un repas de mouton. '
Dicton sâmUaire en Poitou (cf. Desaivre, Croy., p. aa). Croyances et SuperstiUans
Les brebis sentent le loup de cent lieues loin
Pour obtenir que les moutons jouissent d'une lx>nne santé, on oSre de la laine à saint Jean
Les moutons jouent, ainsi qu'on le verra dans les dépositions ci-après, un rôle assez important dans la supeistition, et les lutins empruntent
souvent leur apparence pour se moquer des gens crédules et peureux.
Quelquefois, lorsque le pâtre croit avoir fait rentrer tous ses moutons à Tétable et qu'il vient de fermer la porte, il aperçoit dans le bas de Taire un mouton à moitié couché, et qui semble fatigué. Il va à lui, croyant qu'il fait partie de son troupeau ; alors le mouton se met à fuir, et le pâtre court après sans pouvoir l'atteindre.
De temps en temps, quand la bête a un peu d'avance sur le pâtre qui la poursuit, elle s'assied de nouveau, mais pour repartir dès qu'on approche. Après avoir couru vainement, le malheureux berger revient à la ferme fatigué et chagrin, et s'il lui arrive de compter son troupeau, il s'aperçoit que pas une bête n'y manque.
C'est un lutin, c'est le mouton-errant qui s'est amusé à le faire courir.
(Conté en 1863 par Emile Frostin, de Matignon.)
Le mouton^errant va se promener à l'époque des pleines lunes, de onze heures du soir à quatre heures du matin. Il affectionne les avenues et les clairières. Si on s'approche de lui, il se précipite sur l'imprudent et le frappe de ses cornes. Si on ne lui dit rien, il reste tranquille. C'est une bête tout à fait redoutée : jadis, à Saint-Brieuc-des-IfEs, les habitants faisaient de grands détours pour ne
pas passer par les endroits où se tenait le moutonerrant.
(Conté en 1880 par J. Legendre, de Saint-Brienc-det-Iffs.)
« Us (les lutins) s'ofïrent aux regards sous la forme d'un mouton égaré qui suit les gens, et semble implorer le retour au bercail. Malheur à celui qui se laisse attendrir, le charge sur son cheval ou le met sur ses épaules ! L'animal devient si pesant que celui qui s*en est chargé est forcé de le mettre à bas. Alors le lutin railleur se transforme et parait en feu follet ; il manifeste sa joie par de grands éclats de rire et s'enfuit vers les eaux. »
(M»* de Cerny, p. $4 ei sqq.)
Un soir un homme qui s'en revenait de Moncontour vit un hourd qui semblait fatigué. U se dit:
— C'est le hourd du Boumeuf ; vantie^ (peutêtre) qu'i' sont en peine de li.
Il le chargea sur ses épaules pour le rapporter à la ferme ; mais plus il marchait, plus l'animal devenait lourd, et il fut obligé de le laisser tomber, bien heureux d'en être débarrassé.
(Communiqué par M. E. Hamonic, de Moncontour.) Cf. Rolland, t. IV, p. 159.
Un nommé B... et son frère étaient partis tous
l6 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
deux un soir pour aller chercher une sage-femme. Comme ils allaient franchir un échalier pour prendre un sentier, ils virent un mouton qui se tenait auprès; pensant que c'était un lutin xiéguisé, ils fie voulurent pas essayer de passer en employant la force. Ils prirent un autre sentier; mais au premier échalier qu'ils rencontrèrent, le mouton se montra encore devant eux.
•Cette fois ils ne retournèrent point sur leurs pas, vet le mouton ne leur fit aucun mal.
(Conté en 1878 par Ângèle Q.uérinan, d'Ândouillè.)
Il y a des pays où, dans la belle saison, les ^chevaux passent la nuit dehors, et, ' pour les garder du loup et des voleurs, un garçoti couche dans une sorte de loge construite exprès et d'où il peut surveiller ses bêtes. A côté de lui est une trompe faite de la corne d'une vache, et dans laquelle il souffle quand il a besoin de secours.
Un garçon de ferme, de la commune d'Andouillé, qui couchait dans une de ces loges, se sentait toutes les nuits foulé et pressé jusqu'à en perdre la respiration ; mais il avait beau regarder «t tâter avec la main, il ne voyait et ne sentait rien.
Cela dura quelques nuits, au bout desquelles il déclara à son maître qu'il ne retournerait plus garder les chevaux ; il lui raconta en même temps ce qu'il éprouvait chaque nuit.
Le fermier lui conseilla d'aller se confesser ; le recteur donna au gardien une bouteille pleine d'eau bénite, et lui dit d'en jeter des gouttes tout autour de la cabane, ce qui fut accompli.
Le garçon ne ressentit plus d'oppression ; mais il vit un mouton qui tournait tout autour de la loge, en se tenant en dehors du cercle arrosé d'eau bénite. C'était le lutin, qui ne pouvait franchir cette limite, et qui devenait visible au lieu d'être caché comme auparavant.
(Conté en 1878 par Angèle Q^érinan, d'Andoaillè.)
En Bjisse-Bretagne (cf. Le Men, p. 419), les latins prennent Aussi la forme d'un bélier. J'ai traité, p. i$9 et suiv. du tome I, 4les transformations des lutins en bêtes.
Il était une fois un homme qui allait au bourg de Corseul. Sur sa route il vit, pas bien loin de lui, une bête qui ressemblait à un mouton, et ils 5e trouvaient tous deux sur le point de passer un pont qui n'avait que la largeur d'une personne* L'homme se dit :
— Je vais toujours passer le premier.
Il coupa une branche d'arbre, et justement le mouton et lui se rencontrèrent sur le pont, et comme aucun ne voulait céder à l'autre, l'homme poussa le mouton, qui était Mourioche ; la bête.< tomba à l'eau et se mit à rire.
— Ah 1 lui dit l'homme, tu t'es baigné le derrière I
l8 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
— Oui, répondit le mouton, mais tu vas baigner le tien aussi.
Ils firent route ensemble et arrivèrent au bord d'une petite rivière. M'ourioche sauta par dessus^ et quand l'homme voulut passer, il le jeta dedans et se sauva ensuite à toutes jambes.
(Conté en 1881 par Isidore Poulain, boulanger, âgé de vingtsix ans.)
Cf. sur Monrioche le tome I, p. 162.
Aux Moulins - Neufs, le bonhomme Pierre Lenoir ^Ua un jour pour chercher son cheval, et il monta dessus, non sans remarquer qu'il paraissait en bon état. Arrivé au ruisseau, il passa par le milieu au lieu d'aller par le côté, comme c'était son habitude, et il fit tomber le bonhomme à l'eau. Alors celui-ci, se doutant de quelque maléfice, retourna à la pâture et vit son vrai cheval qui paissait tranquillement dans le champ à côté, et il monta dessus après avoir fait le signe de la croix entre ses oreilles.
Le lendemain, il chargea son fusil et mit dedans une miette de pain bénit, et comme un mouton paraissait le suivre, il l'ajusta ; dès que le mouton eut été touché, il se mit à se plaindre comme une personne, et le bonhomme Lenoir y pensa de longues années après, en regrettant son coup de fusil.
(Conté en 1879 par Françoise Damont, d'Ercé.)
En Berry on se sert de balles qui ont été bénies (cf. Laisnel, t. I, p. 187).
A Bréhand, il y avait un bonhomme surnommé Vieux-Loup. Tous les soirs cinq moutons, les uns blancs, les autres noirs, venaient chez lui à la tombée de la nuit, et ils attendaient dans le foyer le maître de la maison, qui souvent ne rentrait que tard. Alors ils passaient avec lui dans une pièce à côté. Les domestiques étaient habitués à eux, et ils ne leur disaient rien.
Le bonhomme, qui était riche, passait pour ne jamais coucher chez lui ; à l'église il tournait le cul à l'autel (ceux qui tournent le cul à l'autel ou aux processions ont commerce avec le diable). Il ne voulut pas se confesser avant de mourir, et ses moutons suivirent sa châsse jusqu'au cimetière; les porteurs assurèrent qu'il n'était point dans sa châsse.
(Communiqué par M. £. Hamonic.)
Il est souvent question de moutons dans les Contes populaires de h Haute-Bretagne^ soit comme personnages importants, soit comme personnages épisodîques. Voici le titre de ceux où ils figurent : ire série, La Brélneitt hUnche, no LTin; 2« série. Le Bélier courant et la Bergère aux champs^ no l (id le mouton est une forme du diable); Le petit Mouton Martinet y no xxix ; La Houle du Grouin^
no X (les fées les tondent) ; Lis Fées du GuildOf U9 XL'y La Houle de Beauçais (moutons noirs des fées), no XIV ; Le Mouton sorcier, dans Litt, orale ; La Houle de la Corbière, p. 6.
Dans un conte inédit de ma collection, qui appartient au groupe des houles, une fée donne dçs fnoutons à conduire à un jeune pâtour afin qu'il les mène paître, et elle lui fait présent d'une baguette à Taide de laquelle il peut à volonté faire dispardtre son troupeau.
Un conte non encore publié, recueilli vers Mpncontour, fait de trois moutons les gardiens de trois trésors composés d'or, d'argent et de cuivre, et ils sont blancs, gris et noirs; l'un d'eux adresse la parole à un tailleur qui a trouvé le moyen de pénétrer dans la grotte.
LE BŒUF (Bos dombstzcus)
Noms patois. —- Langage qu'on adresse aux haufs
et aux vaches
Dans le patois gallot, on donne souvent le nom de hœu\ soit au taureau, soit au bœuf proprement dit, car on les distingue assez rarement. Le taureau se nomme aussi tore (M., S.-D.); torm (M.)> pl* toriaoux (M., S.-D.); taré banal ou iorim bottier ; en ce dernier cas il est considéré
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comme étalon; îoueilîe (vers Gahard, Ule-et- Vilaine; ce mot vieillit). Qjiand il est encore jeune, il s'apelle torin (E.); iorilîon (S.-D.).
Voici quelques noms propres des bœufs : \ Si l'animal n'a qu'une couleur, il porte le nom de sa robe, le Rouge, le Nèiry le Blanc, etc. (M., E., P.), Rougeaud, Noiraud (Loire-Inférieure, Souvestre). S'il est de deux couleurs, on l'appelle Gare, et c'est le nom de celle des deux couleurs qui est dominante qui sert à continuer le nom : un bœuf rouge et blanc, si le rouge domine, s'appelle Gdre rouge ; blanc et noir, si le noir domine, Gdre noir (P.).
D'autres noms leur sont donnés à cause de quelque circonstance particulière ou de leur conformation : Tête Manche, Grosse épaule. Cou nèir.
Cf. sur les noms des boeufs en Berry, Loisnel de la Salle, t. II, p. 140, et sur les noms des bœufs en général, Rolknd, t.V, p. 24-29.
Vers Moncontour, surtout dans les communes de Plessala et de Saint-Gouéno, où le bœuf est employé aux travaux dts champs, le joug se nomme le jeue ; la paire de courroie, les conraie ; la croix en paille, une tocque (on n'y attache aucune idée superstitieuse ; c'est simplement pour que le joug fasse moins de mal). La cheville sert au conducteur à tirer ou â pousser les bœufs du côté qu'il veut les faire marcher. La hard en
chêne s'appelle engUe ou emhiée ; la chaîne (quand
on veut mettre deux couples de bœu£s), le cro. Pour aller à droite, on dît : Guia^har, Pour aller à gauche, on dit : Hardi hard 1 On chante des chansons aux bœufs pour les
encourager, mais je n'ai pu m'en procurer
aucune.
En voici une que Souvestre recueillit, dans la
Loire-Inférieure, d'un paysan qui la répétait dans
un mode plaintif et sur le ton élevé ordinaire aux.
chanteurs de la campagne :
« Hél
Mon rougeaud.
Mon noiraud, Allons ferme à Vbousteau (le logis) ; Vous aurez du renouveau (regain).
Ubon Dieu aim' les chrétiens I L'blé a graine ben, Mes mignons ! c'est vot'gain 1 Rjes gens auront du pain ; ^os femm's vont ben chanter, £t les enÊints s'ront gais I Hé!
Mon rougeaud.
Mon noiraud, Allons ferme à Vbousteau ; Vous aurez du r'nouvfau, »
{Les Jemiers paysans, p. 80.)
Cf. Laisnel de U SaUe, t. II, p. 140, Les chants des Brioleux herricbanSf et Rolland, t. V. p. 30.
Quand les taureaux marent (frappent) la terre avec leurs cornes, on leur crie :
Tore, bugne, bugne 1 (S.-D.)
par imitation du beuglement du taureau en colère.
En parlant d'une vache aux enfants, on leur dit que c'est une caunette (E.).
La vache stérile s'appelle taure (E.). On dit aussi d'une vache qui est menée au tore et qui ne retient pas qu'elle est enveruée (S.-D.).
La jeune génisse est un g'nisson (E.). Le pis de la vache se nomme pé (M. , E.), les trayons des iériants (M., S.-D.), des trèyans (Tréveneuc).
D'une vache en amour on dit qu'elle est en hœu\ en chasse, en cour ou qu'elle est entorinée. En ce cas on la mène au bœu', c'est-à-<Jire au taureau, qui la chasse (P.).
La joubarbe donnée aux vaches les rend'amoureuses.
Cf. an chapitre des Plantes^ le mot Joubarbe.
Il y a des jours où l'on ne doit pas mener les vaches au taureau, dans les Trécoles par exemple, qui sont ou les trois premiers jours de mai, ou les trois derniers, ou les trois du milieu du mois. Le veau qui naîtrait de cet accouplement serait tortu ou bossu (E.).
Dans le Jura (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 45), il y a les jours de la vieille qui sont les trois derniers jours de mars et le^ trois derniers jours d'avril. Cf. aussi Rolland, t. V, p. 85-84.
Si, avant d'être menée au taureau, et le jour qui suit la saillie, une vache pâturait dans un endroit où a passé un hérisson, elle serait enhérissonnée et vêlerait difficilement. C'est pour cela que ce jour et le lendemain on évite de la mettre aux champs
La vache pleine est dite embauinée (M.).
Quand les vaches sont prêtes à vêler, on dit qu'elles sont ameillantes, parce qu'elles commencent à donner du lait (M.).
Le veau que la vache a vêlé, respè de vous, s'appelle : viau (E., M.) ; vachet (M.) ; vachot (E.) ; kécho (S.-D.).
Quand il tette, on le nomme laitron (S.-D.) ; sevron (S.-D.) quand on est en train de le sevrer et qu'on l'a mis en keîîion (M.).
Les vaches qui composent un troupeau ont chacune leur nom propre^; il est tiré de la couleur de la bête ou de quelque circonstance particulière à elle. Parfois aussi la vache porte un nom de fantaisie, ou bien celui de son premier propriétaire ou du pays dont elle vient.
La vache noire se nomme la Naire (M.); la Nêre (P.) ; la Breune (P.) ; la Taupin (P.) ; la Chd^ taigne (E.) ; la rouge, la Rouge (P.) ; la rouge et
' blanche, la Gdre rouge (P.) ; la Piolée, tachée de noir et de blanc ou de rouge; rouge avec des petits points blancs, la VergéUe (P.) ; la Virée (E.); la grise : la Gri5e\ celle qui a sur la tête du rouge et du blanc, la Moquarde ; celle qui a du rouge en petites taches sur le blanc, la Papillon ; la PietUe (E., G.), qui est d*un blanc taché de noir ou de rouge ; la Frinquetie, celle qui est fringante et frappe du pied ; la NaguetUy qui a la corne rabattue ; la Grand* Ventre, qui a le ventre gros; la Gran'- Cornée, qui a de longues cornes (P.)- D'autres s'appellent Rougette, Cornette, etc. ; Marie pisse trois gouttes^ c'est le surnom donné à celles qui ne donnent pas beaucoup de lait (H.).
Èchoupicher une vache, c'est la traire pour en avoir jusqu'aux dernières gouttes de lait (S.-C).
Si on oublie de traire les vaches, leur pis se gonfle; elles sont empissées (M.),
La vache qui est épessée, c'est-à-dire dont le pis grossit, est sur le point d'émeiller, d'avob: du lait en abondance (S.-D.).
duand les vaches sont difËdles à traire, on tâche de les enj'nouilletter. On plie le genou de la bête ; on place sous le jarret un bois long, et on noue solidement avec une corde le genou recourbé (S.-D.).
On appelle herhagne (Plouvara) la vache qui»
depuis un an, ne donne que peu ou point de lait ;
la vache anouilîère (M.); meulière (S.-D.) est celle qui n'a pas de lait.
On leur attache aussi la corne au pied avec une corde; cela s'appelle ensep'ler (S.-D.); ensépéter <Çi)ç euhender (M.).
Les vaches qui passent facilement en dommage ^'appellent des passardes, ou des vaches larronmSy ou coquines (P.).
Les vaches qui beuglent bugïent.
Qpand une vache est méchante, on se hâte de Vembaogner (E.) en lui mettant sur les yeux un morceau de bois ou d'étoffe qui l'empêche de voir devant elle.
Les vaches qui ruminent sont à gouber (S.-D.); €(^er (M.).
Si elles se battent, elles se hoinent (E.) ; quand «lies cornent, elles houïlUnt (Tréveneuc) ou caU" nent (E., M.).
La vache qui est écornée est dite écaunée (M., P.) ou cornette (Plouvara).
On dit qu'une vache a les pigeons quand elle a à la hanche une grosse excroissance sous-cutanée <S.-D.).
Une vache météorîsée est empansée, d'où empansement y météorisation (M.).
Si elle a mangé trop de pommes, elle est em^ pommée ou empiUmée (£.).
On appelle hérisson une maladie des jambes
DE LA HAUTE -BRETAGNE Tf
•dont les vaches crèvent souvent; on assure que c'est le hérisson qui la leur communique (P.). Pour appeler les vaches, on dit :
Tieu I tieu I (S.-D.) Qmeu I quieu I quieu 1 (Tréveneuc.) Qjiéva 1 quéva 1 (M.) Haïsse quio ! (P.)
Pour les détourner :
Alou ici I (S.-D.)
Pour les chasser :
Hait'si 1
Houache que I (P.)
Pour les faire boire :
Volé I volé I volé ! (S.-D.) Vlau I v'iau I Vlau I (M., P.) Voleu 1 voleu I voleu I (P.) Jou la 1 jou la 1 joa la 1 (Tréveneuc.) Hol I hol 1 hol 1 (Tréveneuc.)
On appelle les veaux en leur criant :
Kécho 1 kécho l (S.-D.) Vachet I vachet ! (M.) Vichi I vichi 1 (P.)
Pour faire moucher les vaches, on dit auK taons :
Petit bourdon de saint Laurent, Qji'a piqué mon petit viau blanc.
Sous le pé, sous la quoue.
Pour le £fure moucher plus doux.
Ta kss, ta kss (E.).
On leur crie aussi pour les faire ouider, c'est-àdire moucher, mot employé à Plouvara :
Oui déda I oui déda I (jtz, gzz, gz (S,-D.).
Cette dernière syllabe contrefait le bruit des ailes du taon.
Ou:
Tan-gzz, tan-gzz, gzz 1 gzz 1 gzz 1 (Tréveneuc.)
Pour les empêcher de moucher, on leur crie :
Kio I kio I kio 1 (P.)
Le jour de Saint-Sylvestre, on dit aux pâtours d'aller dans les étables couper une touffe de poils entre les cornes des vaches, en leur assurant qu'elles ne moucheront plus dans l'année. C'est une attrape analogue à celle du poisson d'avril (E., P.). A Penguily, c'est sous l'oreille gauche.
Proverhes et Dictons
Si bœuf savait, Si sourd entendait.
Si taupe voyait, Homme sur terre ne vivrait (E., M.).
DE LA HAUTE-BRETAGNE l^r.
L'œil du bœuf, dit-on, lui fait voir les hommes gros comme des momagnes (Morbihan).
Cf. SoQché (Poitou)» p. 2$, et MéJ., col. $$$ (environs de Kantes).
Il vaut mieux entendre un bœuf parler Cbi'une fille suhler (siffler) (P.).
— Fille qui subèle (siffle), vache qui heilU (beugle comme un taureau), poule qui chante le coq, sont trois bétes qui méritent la mort (Ille-et- Vilaine).
Rolland, t. V, p. x6, dte un »inûlaire wallon.
n est malséant à une fille de siffler.
Donner un œuf Pour avoir un bœuf (D.).
— Tore du bié nier, ou tore bousoux. Taureau de blé noir ou taureau couvert de bouze, terme injurieux (S.-D.).
Il est sorcier Comme une vache qui bouse us genêt (E.).
Cf. Rolland, t. V, p. 8$.
— y voudras HCt dans Vven^e d^une vache diqu^à (jusqu'à) Pâques (E.). — On emploie ce dicton en hiver, quand le temps est rigoureux et qu'on, voudrait bien être au chaud.
— Jeter le pot après les vaches (E.). Jeter le manche après la cognée.
— Les vaches donnent le lait par la goule (S.-C, P.).
— Le pé (pis) de la vache est tombé dans le plaU (M.). Se dit quand on a fait une maladresse.
— Avec lui, il n*y a ni petite vache, ni petit veau (E.). Il exagère.
— r n'faut pas boire le lait comme la vache le donne (S.-C). Il faut économiser.
— Méchant comme une vache enragée (M.).
— Je ne m'y fie pas p'us qu'dans eune vache icânée (écornée) (M.).
— Ce sont les viaux qui veulent mener les vaches es champs (Gilorguen).
— Allongé comme un viaou (S.-D.),
— Braire comme un viau.
Similaire en Poitou (cf. Desaivre, Croy.f p. 23).
A TÂscension, On laisse le veau, on prend le mouton*
D*après Habasqne, qui cite ce proverbe, t. II, p. 297, il ferait allusion à la coutume des bouchers, qui ne débitent guère de viande de mouton que lorsque l*hiver est passé.
— On li f rait croire que les nues sont de peaux d'viaux (E.).
Devinettes
Quatre allants, quatre tirants.
Fouette au eu et broc devant.
— Une vache.
Cf. Mélus.^ col. a4$ ; Rolland, D. 43.
duatre qui démêlent le bouillon, Qpatre qui portent le petit rainssion.
Et quatre qui regardent en haut.
— Une vache.
Qjaatre qui vont.
Quatre qui viennent,
Qjiatre qui battent la charrière.
— Une vache et son pis.
Cf. Rolland, D. 44.
Quatre petites bouteilles dans un pré, r pleuvrait toute la journée Elles ne seraient pas encore mouillées (D.).
— Le pis d'une vache.
Cf. Rolland, D. 45 , et le t. V de la Faune populaire^ p. 1 1 3 - x 14. Q}ii est couché sur la paille et qui n'y touche pas? (P.)
— Un veau dans le ventre de sa mère.
Cf. Rolland, D. 46.
Superstitions et Croyances
Pour que les vaches aient leur veau en jour, il faut que la dernière fois qu'on leur tire du lait soit un dimanche.
A Saint-Cast, pour empêcher les vaches d'être malades, et pour que leur veau arrive à bon terme, on offre à saint Jean le beurre de la première barattée; ailleurs, c'est à la Vierge que l'ofirande est faite.
Le lait de vache noire passe pour avoir la vertu <i'éteindre les incendies (E., P.).
Croyance analogue dans les Vosges (cf. Mil., col. $02).
La main de la Vierge est marquée sur les côtes d'une vache écorchée (E.). Cest le grand pectoral, qui dessine la forme grossière d'une main.
Un bâton de baratte "en ajonc empêche les sorciers d'ensorceler la baratte.
En Poitou (cf. Desaivre, Cr<y.j p. 20) existe la croyance i <et ensorcellement ; mais le remède n*est pas indiqué.
Si on croit que le lait des vaches a été soutiré, on va trouver le devin, qui ordonne de faire bouillir des épingles dans du lait de la bête ensorcelée : les épingles piquent celui qui a ensorcelé, <et il se hâte d'accourir pour enlever le sort (E.).
Qpand une vache ne donne plus de lait, et <}u'on suppose qu'elle a été ensorcelée ou qu'un mendiant lui a jeté un sort, il faut lui faire faire le tour d'un champ à trois cornières (angles).
Sur les sorciers qui soutirent le lait, cf. le t. I. du présent livre, p. 185 et 276, et Rolland, t. V, p. 94.
Parfois, si une vache ne donne plus de lait, .c'est qu'elle a été mise à Tétable « dans une maison bénite » (Plouêr).
Une croyance analogue existe en Franche-Comté (cf. Mil., <ol. J7I).
On accuse aussi les 'i/îins (reptiles) de tarir les vaches en leur suçant le pis; le même préjugé existe à l'égard des hérissons. (Voyez plus loin ies mots : Hérisson, Serpent, Couleuvre^ etc.)
On met du sel sur les litières neuves, pour chasser les v'iins (reptiles), qui ne peuvent souffrir le sel (E.). A Penguilly, on met du seà ou hauthouée (sureau) sur le sol et à tous les coins de rétable, pour arriver au même résultat.
Autrefois il y avait des lutins qui prenaient la forme de bœufs et faisaient l'ouvrage tout de travers, pour jouer des tours aux bouviers.
C'est pour conjurer ces maléfices qu'on lie les jougs en croix.
Un homme avait cinq bœufs dans une pâture.
Il alla pour les chercher ; mais il n'en trouva que quatre. Le lutin avait caché le cinquième, qui était un petit bœuf gare. Après l'avoir cherché longtemps en vain, l'homme entendit dans un champ voisin le lutin, qui riait de sa déconvenue.
(Conté en 1878 par Jean Bouchery, de Dourdain.)
La croyance que le latin peut prendre la forme d'un bœuf oa
d'un taureau existe aussi en Basse-Bretagne (cf. Le Men,
Un homme avait perdu sa génisse. Pensant qu'elle s'était adirée, il se mit à sa recherche, et il l'aperçut dans un chemin creux. 11 courut après elle; mais le chemin s'emplit tout à coup de feu.
L'homme entendit un beuglement à faire trembkr^ et jamais depuis il ne revit sa vache (P.).
A la croix de Retiers, à Ercé, on voit passer des vaches qui ont sur le dos un panne (sorte de selle). Elles ne disent rien à personne; mais il ne faudrait pas les déranger (E.).
Les loups-garous pouvaient aussi prendre la forme de bœuf, ainsi qu'on le voit dans le conte qui suit :
Il y avait une fois aux Baulets des gens qui battaient de l'avoine; pendant que les autjres étaient à diner, l'un des batteurs resta à garder l'aire. Tout à coup survint un beau bœuf qui se mit à comailler l'avoine et à la répandre par monceaux dans l'aire. L'homme lui lança un gavdot (fourche de fer) dans la tête et le lui enfonça si profondément que la fourche resta fichée dans le front du bœuf, qui se sauva à toutes jambes en beuglant.
Le lendemain, cet homme étant allé à la foire à Plénée, entra dans une auberge et y vit son gavelot à la porte. Il y avait dans le coin du foyer un homme qui lui demanda s'il ne connais» sait pas cet instrument.
— Non, répondit le batteur d'avoine.
— Si, dit l'autre, c'est le vôtre, et c'est vous qui m'avez délivré en me le lançant à la tête* Pour votre récompense, je vais vous mener à un
endroit que je sais, et où se trouve one barrique d'argent.
Les deux hommes allèrent a» Ch^onge et virent la barrique, qu*fls se mirent à monter en haut; ils y étaient bientôt arrivés quand l'un d'eux s'écria : « liens bon \ nous l'avons. »
Mais il ne fallait pas parler, et aussitôt la barrique retomba dans le fond du trou. Le knde* main, on la vit passer au bas des Couets.
(Conté en 1881 par J. M. Comanft, an Gcrany.)
Xe Chalonge, coflSue an-dessns de Bonlet, commune dn Go«tay. Les Cooets sont dtat petite» mièies. Le taon où italt cette bo^^ae, et qu'on montra encore, «st d'une as«es grande
profondeur.
Il était une fois un jeune homme qui demeurait avec ses parents; comme ils étaient pauvres et que l'ouvrage manquait dans le pays, il se mit à voyager pour chercher à exercer son métier <fe ^eur de pierres. Il marcha longtemps, longt^nps, sans trouver à s'employer.
Un jour qu'il passait près d*un bois, il lui sembla entendre dès vadies beugler. S traversa le bois pour voir ce que c'était et pour demander à ceux qui, à ce qu'il pensait, gardaient le troupeau, S'il' n'y aurait pas de l'ouvrage pour lui dans le pays. QjKmd U fut. sorti au bois, il vit plus de quarante vaches qui s'attiraient de dessous terre et s'envolaient aussitôt, car elles avaient
des ailes k II s*approcha de Tendroit d'où il les avait vues sortir ; il vit une carrière où des carréyeurs étaient à extraire des vaches. Ils lui crièrent de venir leur aider, s*il connaissait quelque chose au métier.
Il descendit dans la carrière; mais comme il était plus fin que les autres, dès qu'il les avait extraites, il leur coupait les ailes, de sorte qu'elles ne pouvaient s'envoler. Il eut ainsi un nombreux troupeau, et au bout de trois mois il alla les vendre et en retira cent mille francs.
Le lendemain de ce marché, il descendit dans la carrière, et quand il eut extrait une vache, au lieu de lui couper les ailes, il monta sur son dos et dit adieu à ses camarades.
La vache se mit à voler dans les airs; mais comme elle ne se pressait pas de descendre à terrç, il lui coupa les ailes. Il la conduisit dans son pays, et le seigneur de son village, qui n'avait jamais vu de vache ailée, la lui acheta cent mille francs. Le carréyeur se mit alors à son aise et resta à demeurer avec ses vieux parents.
(Conté en 1882 par Isidore Poulain, de Pladuno, boulangera Saint-Cast.)
La nuit de Noël, les bœufs se metteht à genoux quand minuit sonne ; mais il est dangereux d'aller vérifier le fait à cette heure-là.
Un fermier, qui avait entendu dire que les
boeufs s*agenooillaîent, voulut entrer dans son étable pour les voir. Il alluma une chandelle de résine, qui fut éteinte par deux fois par un souffle au moment où il entrait. Il la ralluma encore ; mais au moment où il passait le seuil, il reçut d'une main invisible un coup de poing sur la tête, et il comprit que c'était un avertissement pour ne pas aller plus loin.
Croyance analogue en Poitou (cf. Souche, Croy.^ p. x), en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 221).
Jadis on ne donnait point à manger aux boeuâ pendant la nuit de Noël, ni le lendemain jusqu'à midi.
M. L. Desaivre, Essai de mythologie locale, p. 5 , rapporte presque dans les mêmes termes les superstitions du Bas- Poitou sur la nuit de Noël.
Pendant la nuit de Noël, un maître entendit converser ses bœufs. L'un d'eux disait : « Qja'estce que je ferons demain ? » Un autre répondit : « Je porterons demain notre maître en terre, car c'est demain qu'il doit trépasser. »
L'homme effrayé fut bien vite à confesse. Il mourut le lendemain, et les boeufs l'accompagnèrent, selon leur prédiction, à sa dernière demeure.
(Communique par M. Bonne.)
Cf. dans Laisnel de la Salle, t. I, p. 16-17, un conte berrichon similaire. Cf. aussi Souche, Proverbes, etc., p. 8, un récit poitevin analogue.
Voici les titres des contes gallots oîi les bœu&, Uureaux ou vaches jçmem un rôle :
Contes populaires^ v^ série : Le Taureau Heu, no m; La HouU de Chêlin, n© xv ; — 2© série : JU Houle Saint-Michel, n^ v; La Houle du ChâieUt^ Qp I (vacbes invisibles des fées); La Houle du Grouin, n» x (vaches ensorcelées) ; Les Boeufs des fiesy no xxxni (bœufis qui ne doivent travailler que d'un soleil à l'autre et qui meurent si^ après le crépuscule, on les fait tirer la charrue). — LUt, oraUy La HouU delà Corbière et les notes, p. 12-13.
Pour récompenser du lait qui leur a été donné gratuitement, les fées des houles (conte inédit) accordent à toutes les vaches de fournir du lait en abondance.
Le domestique loup-garou du conte du Loupgarou, no xlvii, i« série, n'a pas attaqué le premier homme qui a passé, parce que sa mère, étant enceinte de lui, avait mangé un cœur de veau ; mais il lutte avec le troisième, parce que sa mère avait mangé un cœur de bœuf.
D'après un récit de la série inédite des Margot, les fées viennent la nuit manger la vache d'un homme. Il leur en demande un morceau; au matin, sa vache était intacte, sauf ce qu'il avait lui-même mangé.
Cf. tome I*' du présent ouvrage» p. 156, un récit où les lutins remplissent le rôle attribué ici aux fées.
Une allégorie qui se retrouve dans plusieurs contes populaires fait des vadies des emblèmes ; j'ai en portefeuille un conte intitulé Li mariage du soleil, où le héros voit des vaches grasses dans des prés maigres, et des vaches maigres dans des prés gras. U demande l'explication, et on lui répond que les vaches grasses dans les prés maigres sbnt les riches qui, après leur mort, ne sont point heureux; les vaches maigres dans des prés gras sont au contraire les pauvres qui, après leiu: mort, sont allés en paradis. Cette allégorie a été trouvée — avec une addition pour le purgatoire — en Gascogne par M. J. F. Bladé.
LE CHAT (Felis catxjs)
Noms patois
Le mâle s'appelle marlou ou marcou (£., M.); marcaou (cf. le breton mar-kas) ; mahud (S.-D.) ; màloar (Tréveneuc).
On appelle mahon ou mahonnet les chats noirs (S.-D.).
On donne aussi à tous les chats le nom de pitaou (S.-D.) quand on ne sait pas leur nom propre. La chatte qui met bas chatotme.
Proverbes
— Jamais chat ganté n'a fait bonne prise (M., E.).
Cf. Rolland, t. IV, p. 102.
^ — yétiens comme les chats : je parliens toutes
les langues (S.-C). ^
— C'est de la bouillie pour les chats (E.)»
C'est du temps perdu. ^
— Comme les chats, il retombe sur ses pattes
— Cela arrivera ; la quoue à not'chat est bien venue (£.)•
Cf. Rolland, p. 96.
— Se mirer comme un chat dans une andouille
— Vous n'arez point un bel homme ; vous n'aimez point les chats (D.).
Cf. un dicton similaire dans Souche (Deux-Sèvres), Croy., p. 14.
— On ne donne pas au chat comme il miaule (Calorguen).
— Il a l'air d'un petit chat écorché.
A vieux chat Jeune souris (E.).
Cf. Rolland, p. 102.
— Il a les yeux comme un chsLtfourgoU (agacé^ en colère) (S.-D.).
Le jeu dé chien va devenir jeu de chat (Mon-
contour), c'est-à-dire : au lieu de s'amuser sans se faire mal, on va se griffer.
Cf. RolUnd, p. 99.
— Se débarbouiller par où les chats trottent (E.).
— Donner à manger aux chats (Tréveneuc) :
avoir de la chance.
— n est parti avec les chats (Tréveneuc) : il n'a dit ni bonjour ni bonsoir.
On donne le nom de chatfoinsé (E.) aux boutons qui viennent sur la main, le bras, etc., et qui parfois pourrissent.
D'après Souche, Proverbes, p. 7, en Poitou, on appelle on bobo d'enfant « un p'tit maou d'chat ».
On appelle les chats en criant :
Piss I piss I piss I (S.-D.)
Cf. le même mot en breton ; ou :
PitaoQ I
Ou:
Mignon I mignon I (E., P.)
Devinettes
Qpatre pattes snr quatre pattes,
Qpatre pattes attend quatre pattes.
Qpatre pattes ne vient point.
Quatre pattes s'en va et quatre pattes reste (E.).
— Un chat sur une chaise, qui guette une
sooris et qui quitte la chaise après Tavoir atocndiie en vain.
Cf. Rolland, D. 40.
Qjii a sept pieds, qaatie oreilles et une quove? (£.)
— Un chat dans une marmite.
Cf. Rdland, D. 40, 42.
Superstitions et Croyances
Si on avait le courage 4e tuer un chat et de manger sa cervelle toute chaude, on deviendrait invisible (D.).
Ea Monnandie, i'après A. Boequet, p. 21 S, ce sont certains «s de la tète qui rendent invisible ; en £urs-et>Loir (cf. RollaA4| t. IV, p. 1 14), c'est Tos frontal d'an chat noir.
Enterrer un chat crevé au pied d'un pommier qui souffre fait redevenir Tarbre florissant (S.-D., E.).
Si on donne du pain bénit à un chat, il entre en fureur et devient comme enragé (M.).
Jadis les chats avaient des cornes ; mais ils les ont vendues pour acheter du poisson, qu'ils aiment beaucoup (S.-D.). On dit aussi parfois qu'ils les ont vendues pour boire.
Cf. Rolland, p. 106.
Si on voit quelqu'un embrasser un chat, on dit :
— Laisse-le, vtkdn sale; i' va t'donner des
dettes» On croit en effet que les chats peuvent communiquer des dettes ou d^utres (P.)*
Cf. Rolland, p. iio.
Les diats de mai sont mangés par le vieux mâle (P., S.-C). On dit qu'ils ne valent rien.
Cf. dans VÈwngik des fuemuiUeSj, p. i^^ une supcntition analogue.
Les chats d'/ouygr ne réussissent pas, c'est-à-dire ne vivent pas (S.-D.).
On dit que pour qa*un chat soit bon à prendre les souris, il faut qu'il soit voleur (S.-C).
CL Souche (Poitou), CrojaneeSf p. ix.
Si on coupe les moustaches d un chat, il ne sent plus les souris (S.-D., E.).
Cf. Rolland, p. 107 (Loiret).
Un chat adulte retrouve son chemin si oa l'emporte niême loin de la maison où il est né.
Superstition analogue dans les Voagas (Mil., col. 4$3), en Poitou. Cf. Souche, Croy. (Poitou), p. 32.
On perd le chat ou on le noie en lui attachant une pierre au cou ; il est rare qu'on le tue autrement.
Le chat, qui mange toutes sortes de viandes et de poissons a, dit-on, répugnance de l'ormée (ormier), d'où le proverbe ; « Les ormées ne passent point par le eu es chats » (S.-C).
Quand on voit les chats passer leur patte par dessus leur nez, c'est signe de pluie prochaine (S.-C, S.-D.).
Cf. Rolland, p. m (Beance, Gâtinais).
Le chat se venge quand on lui fait du mal.
Une de ses vengeances favorites, c'est de monter dans le grenier et de pisser sur la personne à laquelle il en veut.
A Saint-Cast, un chat battu monta dans le grenier pendant que celui qui l'avait frappé était au lit, et il lui pissait sur la tête.
A Saint-Glen, un autre chat, pour se venger, pissait sur les galettes que mangeait celui qui l'avait battu.
On coupe le bout de la queue des chats en certains pays, pour « tuer le ver » qui s'y trouve^ Ce ver n'est autre chose qu'un petit nerf.
. Le même usage existe pour les chiens.
Cf. Souchi Croy. (Poitou), p. 6 ; Rolland, p. 107.
Lu cbats sorciers
Si on ne coupait pas le bout de la queue des chats, ils seraient sorciers ; c'est un serpent qu'ils ont dans le bout de la queue (S.-C).
Mbne croyance, quant & la sorcellerie, en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 218), dans le Loiret (cf. Rolland, p. 107).
. Le soir du mardi gras, les chats vont faire le sabbat à tel ou tel endroit.
Cf. Souche, Croy.t p. 17.
On n'aime pas les chats noirs; on dit qu'ils amènent le diable dans la maison (P.).
Sur les chats noirs et le diable, cf. Ch. Looandre, p. $2 et 89, cf. aussi Dttcom, Nouvelles gasconnes y p. 39.
Ils se rassemblent ordinairement aux carrefours, autour des croix et dans les champs à trois cornières.
A la Croix-de-Retiers, on voit un champ à trois cornières où les chats se réunissent pour faire leur sabbat. On les voit attelés, c'est-à-dire à la file les uns des autres (E.).
Les croix de Saint-Cast, surtout celles qui sont en schiste et d'une forme particulière, passent pour avoir été plantées par les sorciers ; elles sont auprès de champs à trois ou cinq cornières, et les sorciers se réunissent autour.
A la Croix-Bra, à la Croix-Renaud, les chats se rallient, surtout en mars, quand ils sont en amour ; jadis les sorciers y venaient (S.-C).
« Les chats courtauds sont des chats de taille extraordinaire, qui tiennent conseil vers minuit sur les échàliers de la Haute-Bretagne. Ils sont méchants et n'aiment point à être dérangés.
Q^and un intrus trouble leur grave entretien, ils
Tentourent et lui font subir mille avanies.
Ensuite le président du conseil se munit d'une longue aiguille et l'enfonce dans le cœur du patient, qui devient hypocondriaque et dépérit lentement. »
(Paul Féval, Les dernières fées, p. 178, note i.)
Les chats sorciers étaient rouges ; il y en avait un à Hénon sur lequel on a maintes fois tiré sans pouvoir l'atteindre ; tous les dimanches, à la même heure, il cassait une ribotte (baratte) ou quelque autre objet. Quand on voulait le tuer, il allait se cacher dans un bassin et avait Tair de narguer les gens.
On vient chercher les chats sorciers pour démuîoiter les pourceaux ; on met le chat sous l'animal, et on lui fait gratter le ventre du cochon avec ses griffes.
(Communiqué par M. Bonne.)
Interprétation du sabbat des chats par une femme de Loudéac : Marca...ou, a*. .ou, pourqua qu'tu viens chez nou-ous? — Ciié qu'ça t'fout? qu'e qu'ça t'fout ?.*. Et i* s'eut* sautent à. la crigioasse.
(GBomoniquè par M, . £. £niault.)
Un pauvre homme qui s'en revenait de sa journée passait un soir par le chemin des Noes, non loin de la Cioix-^lu-Meurtel, lorsqu'il vit oa
petit chat qui paraissait égaré. H eut pitié du pauvre abandonné, et ra3rant pris dans ses bias, il l'emporta à sa maison.
Sa femme, qui était aussi bonne que lui, cafessa k chat et lui donna à manger. Qpand le chat eut mangé son content, il sauta sur les genoux du bonhomme et lui donna de tels coups de griffe, qu'il ne savait où se fourrer, puis il lui dit :
— Reporte-moi où tu m'as pris, ou je vais t'étrangler; cela t'apprendra une autre fois à ne pas t'occuper de ce qui ne te regarde pas, et à sie riea dire à qui ne te dit rien.
Un autre homme qui s'en revenait de couper des ajoncs passa auprès de la Ccoix-du^Meonel et y vit une centaine de chats qui s'étaient réunis pour danser. Comme ils ne paraissaient pas contents d'avoir un étranger auprès d'eux, et qu'ils le menaçaient déjà en lui montcarft leurs griffes, il eut peur et lança au milieu des chats sa faucille, qui en coupa un par le milieu et le tua.
Aussitôt tous les chats disparurent en s'écriant :
— Renault est mort I Renault est mort I L'homme^ de retour chez lui, raconta à sa
femme comment il avait rencontré les chats, et comme, après qu'il en avait tué un, tous les autres s'étaient écriés : « Renault est mort I »
Son chat, qui était couché dans le foyer et avait écouté avec attention, se leva tout à coup, en s'écriant :
— Ah ! Renault est mort t
Et il disparut par la cheminée avec une rapidité étonnante (i).
Quelques jours après, comme Thomme passait par le même chemin, il vit encore les chats sorciers qui dansaient. Il courut bien vite à la maison et revint avec son fusil chargé pour les tuer. Mais sur sa route, qui peu d'instants auparavant était très-unie, il trouva tant d'échaliers dressés et tant de fossés à sauter, qu'il était harassé de fatigue quand il arriva à l'endroit où il avait aperçu les chats. A sa grande surprise, il vit qu'ils avaient tous disparu : à leur place était un cercueil autour duquel se tenaient des prêtres avec des cierges allumés.
(Conté en 1880 par Élie Mënard, de Plévenon.)
Un soir un homme de Plénée s'en revenait avec son harnée (attelage) ; en passant près d'une croix, il vit des chats sorciers qui dansaient autour; ils s'enfuirent à son approche, excepté un qui resta et grimpa sur le haut de la croix, qui n'était pas très-élevée. L'homme lui frappa sur la
(i) A Saint-Cast, i^ai trouvé la même légende, au nom prés dfx chat, qui s'appelle Robert.
tête un coup de pied de fouet, et le chat tomba. Les autres s'approchèrent de leur camarade et s'écrièrent :
— Balthasar est mort I
Quand le fermier fut de retour chez lui, il raconta à sa femme qu'en passant auprès d'une croix, il avait vu danser des chats, qu'il en avait tué un d'un coup de pied de fouet, et que les autres avaient dit : « Balthasar est mort 1 »
Son chat, qui se chauffait dans le foyer entre ses jambes, se retourna vers lui et dit :
<— Balthasar est mort 1 Balthasar est mort I
L'homme leva son sabot et écrasa la tête de son chat en disant :
— Et vous aussi.
(Conté en 1880 par François Mallet, du Gonray.)
Cf. dans Pluquet, p. 14, une légende normande assez
semblable ; mais le rôle des chats est rempli par des loups. Dans une légende rapportée par G. Sand, L^. rust,, p. i$5
«t soiv., un lapin atteint au cœur par une balle bénite s'écrie en
mourant : « 1a lune est morte I la lune est morte ! » (Cf. aussi
A. Bosquet, p. 138; Le Men, p. 240.)
Près d*une croix, à la Rochevin en Saint-Cast, un garçon qui venait de voir les filles tomba au milieu d'une danse de chats. Il était perdu sans son propre chat, qui le reconnut et lui dit :
— Sauve- toi, mon maître !
Un fermier du Guildo venait de finir de battre, II 4
et il ne lui restait plus de cidre pour donner à ses hommes. Il prit un pot pour aller en chercher à l'auberge; en passant à côté de la Croix-auXr Mêles, il vit une danse de chats, et il fut entouré par eux. Son chat le reconnut, et il lui dit :
— Nous allons à Bordeaux boire du vin ; quand nous en aurons bu et que tu auras rempli ton pot, ils diront : — Où allons-nous maintenant ? Tu répondras : — D'où nous venons.
Le fermier se trouva transporté à Bordeaux, où il goûta du vin et en remplit son pot. Les chats demandèrent alors :
— Où allons-nous?
— D'où nous venons, répondit le fermier.
Il se trouva aussitôt auprès de la Croix-aux-Mêles avec son pot rempli de vin. Il retourna à la ferme et dit aux batteurs :
— Voilà du vin de Bordeaux.
Mais ils ne voulurent le croire qu'après en avoir bu.
(Conté en 1880 par Jacquemine Nicolas, de Saint-Cast.) Cf. dans la Littérature orale de la Haute- Bretagne , p. 188, une légende analogue.
Fanchon Poilpré, qui s'en revenait un soîr seule de sa journée, entendit une dévorerie de chats; elle voulut les éviter et passa dans un champ, où elle s'assit auprès d'un échalier. Ils passèrent tous par là, et ils disaient :
— Bique, bouc, va s'assire (s'asseoir).
Et ils levaient la jambe et pissaient sur elle. Le dernier de la bande avait sur le dos une grande poêle de cuivre, et il clochait en marchant; elle lui donna un coup de pied, et il jeta à terre la poêle, qui était noire comme la cheminée.
(Conté en 1879 par Rose Renand, de Soint-Cast.)
Quelque temps avant la Révolution, il y eut sur le Mené un combat de chats, et il en resta plus de dix mille sur la place. Mon père, qui gardait ses chevaux, les vit aller à la bataille ; trois chats seulement survécurent. Il y avait un chariot au milieu des chats. Parmi ceux qui revinrent, il y en avait un qui parlait, et il racontait le combat.
(Conte en 1879 par Rose Renaud, de Saint-Cast.)
Ailleurs, on raconte aussi la bataille des chats.
Ils se battirent sur la lande de Meslin ; quelque temps avant d'y aller, ils pleuraient. Il y avait au milieu d'eux un chat noir bien plus fort que les autres, et qui fut le seul à ne pas être blessé. Tous ceux qui s'en revinrent étaient estropiés. Ils prédisaient ainsi la Révolution.
(Conté en 1880 par François Mallet, du Gonray.)
U y avait une fois une bonne fenmie qui aimait beaucoup son chat. Un jour il disparut; elle se mit à sa recherche, et comme elle passait auprès d'une croix de bois, elle le vit qui dansait
en rond autour de la croix, en compagnie de beaucoup d'autres chats. Parmi eux il y en avait qui étaient estropiés; d'autres étaient borgnes; la plupart n'avaient plus que la peau et les os. La bonne femme s'en alla sans rien dire, et les chats ne lui firent aucun mal.
Un soir qu'elle prenait une vieiUe marmite pour la mettre sur le feu, elle vit sortir de derrière un chat qui ressemblait au sien, mais qui n'avait plus que la peau et les os, et encore sa peau était déchirée en maints endroits, car il revenait de la guerre des chats. Elle le soigna de son mieux, et le chat mangeait à table avec elle ; mais un jour qu'elle avait de la compagnie, elle ne voulut pas le laisser sur la table, suivant son habitude, et pour se venger le chat étrangla la bonne femme pendant la nuit.
(Conté en i88(ypar]tPi«Bathilde Delasalle, de Matignon, qui tient ce rédt de sa gtand'mère.)
Une légende irlandaise rapportée par Gubematîs, t. II, p. 67, parle d'une bataille de chats dans laquelle tous les combattants périrent, en laissant seulement leurs queues sur le théâtre de la lutte.
H y avait une fois un homme qui s'en revenait de sa journée. Auprès d'une croix il vit un chat.
— Le joli petit chat ! dit-il. Je vais l'emporter à la maison.
En rentrant, il dit à sa femme de lui donner des
peux (bouillie de blé noir); le chat en mangea, puis il s'écria :
— Ah ! sont-ils bons !
— Tu parles, toi, dit l'homme ; sors d'ici I
— Rapporte-moi où tu m'as pris, répondit le chat.
L'homme prit le chat et emmena avec lui sa petite fille. Quand le chat eut été déposé auprès de la croix, il dit à l'homme :
— Si tu n'avais pas ta petite fille, tu verrais bien d'autres choses, et tu ne t'en irais pas comme tu t'en vas.
Une bonne femme avait un chat. Qpand elle était partie pour la messe, il prenait ses plus beaux habits, se £ciisait de la soupe qu'il allait manger sous la met (huch'^), puis se déshabillait. La bonne femme sut le manège que £ûsait son chat, et elle en parla au recteur, qui lui conseilla de faire mine de sortir pour la messe et de revenir regarder par la fenêtre.
Elle fit ce que le recteur lui avait dit; elle vit le chat s'habiller dans ses habits, et elle rentra en disant :
— Ah ! c'est comme cela que vous £dtes 1
Et elle se mit à frapper le chat, qui était empêtré dans ses cotillons. Il se sauva dans le soiier (grenier), et il disait :
Pierre danse mieux que Jean,
Vère, vèrc, yan I ^
La nuit, quand elle fut couchée, il descendit et l'étrangla.
(Conté en 1881 par J. M. G>mault, du Gonny.)
Une vieille dame avait un chat sorcier qui parlait. Un jour elle invita le r^teur àdîner et lui dit :
— Vous allez voir comtne mon chat parle et comme il mange à table.
Mais dès que le matou vit le recteur, au lieu de se mettre à table, il se réfugia dans la cheminée ; le recteur lui dit :
— Par où veux-tu t*en aller ? Par feu ou par vent?
— Par vent, répondit le chat sorcier ; je ferai moins de dégât.
En s'en allant, il abattit pourtant un coin de la maison.
(Conté en i88z par J.-M. Comaalt du Gouray.)
Ici le chat est une des fonnes du diable; cf. sur les nuisons ainsi abattues le t. I, p. 179 et 193.
Les Chats dans les Contes populaires
ire série : Le Chat, n© lyu ; Les Chats sorciers, no Li ; la Danse des chats, np lu (dans ces deux contes, les chats sont des chats sorciers) ; — 2^ série : Les Chats sorciers et les Bossus, no lx (les chats
<iansent en chantant les jours de la semaine) ; La Houle du Grouitty no x (chats des fées : hommes métamorphosés); Cmdrouse^ no xxxi (chat qui •devient cheval) ; Lts trois petites Poules^ no lxii ; V Enfant qui va chercher des remèdes ^ no xxxiv (rencontre d'un gros chat noir).
Dans La fille qui devient mire d'un chat^ conte •que j'ai recueilli à Saint-dst, le chat parle ; il va diercher du pain à sa mère, et il la venge de ceux •qui l'avaient chassée de chez eux.
Dans un conte inédit dont j'ai trois variantes, un garçon hérite d'un diat. Il va dans un pays où les rats dévoraient tout, et avec son chat il fait fortune. Dans la plus complète de mes versions, le seigneur qui achète le chat ne paie le prix que lorsque le garçon lui a amené une chatte.
Le grand géant Grand-Sourcil (Contes de Marins) a à son service un gros chat noir qui aide au capitaine, héros du conte, à se débarrasser du géant et à conquérir sa bague magique.
LE CHEVAL (Eqjjvs cabauvs)
Noms patois
Le cheval, sans désignation de sexe ou d'âge «st appelé cheva\ ch'va (M.) ; g*va (E.) ; bêtedech*va (M.) ; bête chevaline^ ou simplement bête ; chevauy
pluriel des chevàls (P.). L'étalon se nomme éfhn (M., P.) ; — on conduit les éflons aux assemblées pour les montrer; — lajument;'we«/(P;,S.-D.); jeument (Saint-Brieuc) ; le poulain poulicho (S.- D.); laitron (M.), quand il est encore sous la mère.
On dit d'une jument en amour qu*elle est « en saut ».
Faire saillir une jument, c'est la faire sauter. Qjiiand une jument a mis bas, on dit qu'elle a ponneU (M.).
Hennir se dit ouiner (M.); hérer (Tréveneuc).
Quand les chevaux hennissent avant de ruer, on dit qu'ils oinsent (E.).
Quand ils ruent, ils « jettent le cul » ; s'ils se cabrent, ils <c se matent ».
Le crottin se nomme couannée (M., S.-D.).
L'ensemble des chevaux est désigné sous le nom de chevalerie (E.); avoir une belle chevalerie est un honneur pour les gros fermiers, qui s'en montrent très-glorieux. Quand un paysan dit simplement « nos bêtes », c'est des chevaux qu'il parle, et non d'une autre espèce d'animal.
Le cheval est un animal noble; quand on parle de lui, on n'emploie point toujours : « en vous respectant », ou : « respé de vous », comme on ne manque jamais de le faire s'il s'agit des vaches, des cochons, etc.
Noms des chevaux
Pêchard (M., E.), fleur de pêcher; Elm, gris de £er ; Soupe de lait. Souris , gris foncé ; Biard, de deux couleurs; Ftit-na (M.)» petit noir; Blond, rouge jaune ; les juments ont des noms analogues.
D'autres portent le nom du pays où ils viennent, de leur ancien propriétaire, etc. Parfois ils reçoivent celui de personnages politiques ou autres peu aimés de leurs maîtres. Il y a eu des chevaux qui s'appelèrent PoîignaCy Badinguety etc»
Langage employé pour parler aux chevaux
Pour les faire avancer : Hei I (Tréveneuc) ; hue ! (partout).
A droite : Huho, hue ! (E.)
A gauche : Dia I (E.)
Doucement : Ta t tô I (S.-D.)
Pour qu'ils s'arrêtent : Ouôl chôme I (i) (Tréveneuc); houâhl (M., E.)
Pour faire reculer : Su ï (M., E.); rri'o (E.).
L'attelage et ses noms
Quand il y a quatre juments attelées à une charrette, voici les noms qu'elles portent, en
(i) Cf. le breton chonif rester, demearef*
commençant par la Umonière : la jument d'prée, la jument de faoute^ la jument de devant; on dit aussi la fment (S.-D.).
L'ensemble des chevaux attelés à une charrette s'appelle harnoisy bamas (M., E.); harnèe^ masc.
Les traits sur lesquels tire la jument s'appellent paronnes ; on donne encore ce nom à l'équipement complet, moins le collier, de la jument qui est dans les traits ; il se compose de la paronne proprement dite, de la frutailky pièce de bois qui est sur le collier et à laquelle sont attachés les traits, et de la sourvente (sous-ventrière) ou sourventerière (S.-D.).
Les chevaux de labour, quand ils sont montés par un cavalier, ne portent généralement pas de selle, mais une sorte de bât qu'on appelle un pané (M.).
Proverbes et Dictons
Bon Dieu d'en haut,
Prends ma femme ; laisse mes chevaux (E.).
Cf. des similaires messins, anglais et allemand, dans Rolland, t. IV, p. 14$.
Un poulain, Une charretée de fain (D.).
De tout poil bonne bète.
Le rouge est rmait'e (E.).
Cf. Rolland, p. 137.
Le cheval dit à son maître :
En montant, ne me pousse pas ; En descendant, retiens mon pas ; En place droite ne m'épargne pas ; A récarie, ne m'oublie pas (Ploubalay).
H y a deux bêtes à Paris qui parlent.
Le cheval dit :
Je me ferre, je me déferre ;
Je ne demande que la guerre.
Le bœuf :
Jt me lie, je me délie ;
Je ne demande que la vie (P.).
Devinettes
En vie du devant.
Mort du mitan.
Baptisé du dère (E.).
— Une charrue qui est traînée par des chevaux et dont un homme tient la queue.
Cf. Mélus.j col. 2$i, D. 97; Sauvé, D. $1.
Un vivant entre deux morts (P.).
— Un cheval en limon.
Un peilîu (poilu) entre deux raides et un raide entre deux peillus.
— Un cheval entre deux brancar4^ et une charrue entre deux chevaux.
Cf. Rolland, D. )3.
Les ebevaux malades
Voici quelques noms de maladies des chevaux»
ainsi que plusieurs remèdes employés par les empiriques qui les soignent. S'ils ne sont pas consignés ici en plus grand nombre, c'est que cette médication est pour ainsi dire secrète, et ceux qui la pratiquent ne la révèlent pas volontiers.
Le cheval poussif s'appelle cheval coH (S.-D.) ; à Ercé, la pousse, maladie du cheval poussif, s'appelle la poûe.
Pour guérir les chevaux malades, principalement des coliques d'urine, il faut les mener se promener dans trois communes différentes (E.).
Cf. SoQchè (Poitoa), Croy., p. ao.
On conduit les chevaux aux pardons. Voici quelques détails sur la manière dont cela se pratique.
« A la fontaine de Saint-Ëloi en Landébia, des pèlerins viennent baigner leurs chevaux. »
(Ogie, noQvelle idition.)
Mais il y a nombre de fontaines où on les conduit ; je trouve dans Ogée deux descriptions de pardons de chevaux, l'une du siècle dernier, l'autre contemporaine.
DE LA HAUTE-BRETAGNE 6l
2> pardon de Saint-Éloi avant i*j8^
« A un quart de lieue de Plérin est une chapelle dédiée à saint Ëloy, dont la fête se célèbre au mois de juin. Les paysans des environs ont rendu ce saint le patron des juments et des chevaux. Tous les ans, au jour de la fête, les habitants des paroisses de dix lieues à la ronde y viennent en pèlerinage. Après leurs prières faites à la chapelle, ils vont à la fontaine qui se voit auprès, y puisent de l'eau avec une écuelle, et la jettent dans la matrice et sur les oreilles de leur jument, et en arrosent les testicules de leur cheval dans la persuasion que cette eau a des vertus prolifiques. Cette opinion est si gravée dans l'esprit de ces bonnes gens, qu'il seroit impossible de l'en déraciner. Ce n'est pas le seul abus de cette assemblée : les hommes s'enivrent, et lorsqu'on voit quelqu'un en cet état, tout le monde s'écrie : « Il a la goutte. » Celui qui est à cheval, pour montrer qu'on se trompe, se met à courir à toute bride, et il n'est pas surprenant de voir suivre ôit% accidents très-fâcheux de ces excès. Outre l'ivrognerie, on pourroit mettre encore au rang des abus le libertinage et le désordre qui se commettent en cette assemblée. Il n'est pas rare de voir des filles que la fontaine de saint Éloy rend aussi fécondes dans l'année. C'est à ceux qui dispensent
la loi d'appliquer le remède ; c'est aux recteurs à veiDer avec soin sur ces pieux pèlerins, ou plutôt à recourir à Tautorité pour obtenir la suppression de ces fêtes. Mais n'y aurait-il point d'indiscré-* tion à exiger d'eux ce sacrifice? Avec cela, le recteur met la poule au pot. »
Le pardon en i8$ù
« Le pardon de Saint-Éloi, qu'Ogée a, contre sa coutume, assez durement traité, est loin d'être ce qu'il était autrefois. Ce pardon, qui se tient toujours le 24 juin de chaque année, n'a pas cessé d'être fréquenté par un assez grand nombre d'éleveurs; mais peu d'entre eux croient réellement à la vertu des eaux de la fontaine de saint Éloy. Ils y voient pour la plupart, avec le bon sens qui caractérise le paysan des Côtes-du-Nord, un rendez-vous où chacun est fort aise de montrer ses pouliches et de faire valoir leurs qualités. Quand aux vicieuses coutumes dont parle Ogée, elles ont disparu aujourd'hui, et le clergé de la paroisse ne pousse â la création d'aucune autre réunion de ce genre. »
(Marteville, sur Ogée, article PUrin.)
« Près de l'ancienne chapelle de Saint-Ëloi en Plaine-Haute, sur la limite des deux langues, se trouvent deux étangs où les cultivateurs font
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baigner leurs chevaux en les recommandant à l'assistance du saint. Cette cérémonie, qui se termine par des courses telles que plus d'un cheval court risque de devenir poussif, est tellement enracinée dans le pays, que le paysan qui n'y aurait pas mené son cheval attribuerait à cette négligence tous les malheurs qui arriveraient à cet animal. »
(Ogée, nouvelle éd., art. Plaine-HauU.)
En pays bretonnant, on mène les chevaux à nombre de pèlerinages; presque toutes les chapelles sous Tinvocation de saint Éloi sont, à certaines époques de Tannée, entourées de che* vaux que leurs maîtres y conduisent. Souvent il y a auprès un étang dans lequel on les baigne. Parfois aussi on leur fait franchir d'un bond le ruisseau qui avoisine la chapelle. « L'animal qui a subi cette épreuve l'emporte en vigueur sur tous les autres. Une partie de sa crinière est déposée sur l'autel, et le cavalier s'en va couvert d'honneur. » (Guionvac'h, p. 59.)
RcJland, t. IV, p. 197, parle de pèlerinages nombreux en Eure-et-Loir, Belgique, Bretagne, etc. D'après M. Desaivre, Croyantes j p. 7, en Poitou on dit des messes pour le bétail. Dans la Creuse (cf. L. Duval, Esquisses marchoises, p. 39), on £siit boire les chevaux atteints de tranchées dans une çspèce d'auge porunt des empreintes de polissage, où, d'après la tradition, saint Martin fit boire son cheval.
En beaucoup de pays on mène les étalons aux pardons, non pour les guérir, mais pour les montrer.
« A l'assemblée de Cesson, qui a lieu chaque année le lundi de Pâques, on promène de beaux
étalons dont la tête et la queue sont ornées de fleurs et de rubans; mais cet usage n'est pas restreint à la commune de Cesson : il a lieu dans toutes les assemblées du même genre. »
(Habasqae, t. II, p. 311.)
Croyances et Superstitions
Les chevaux, de même que le bœuf et l'âne, parlent la nuit de Noël.
D y avait une fois un homme qui ne voulait pas croire aux contes de bonnes femmes. Il ouït dire que les bêtes parlaient la nuit de Noël, et il résolut d'éprouver par lui-même la vérité de ce dicton. Il alla dans son écurie et entendit un de ses chevaux qui disait à Tautre :
— Dépêche-toi de manger, camarade.
— Pourquoi ? répondit l'autre.
— ' C'est pour aller demain conduire ton bourgeois au cimetière.
La prédiction se réalisa, car Thomme mourut aussitôt, et il fut^ porté en terre par ses bêtes.
(C>iité en X 881 par J. M. Comault, du Gouray.) Ordinairement, dans l.s similaires, c'est le bœuf qui parle de la sorte (cf. la page 37 du présent volume.)
Si une jument en chaleur perd les poils de sa queue, ils deviennent serpents au bout de quelque temps, s'ils tombent dans une mare et que le soleil les chauffe (environs de Saint-Brieuc).
(Communiqué par M. E. Eraault.)
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Ci. nne saperstitioii atulogne dn Finistère (Rolknd» t. IV^ p. 19$). Elle existe aussi en Poitou (cf. Souche, ProverheSy p. 7)» Elle avait déji été constatée en ce pays par Guerry an commencement du siècle (cf. Soc. des anttq.f t. VIII, p. 4$7)<
Quand un cheval revient, il va plus vite qu'en allant; on dit qu'il sent son écurie.
Le cheval a le gosier moins grand qu^une poule ; il ne peut avaler un grain d'avoine sans le mâcher
Il vaut mieux trouver un fer de cheval qu'une pièce de monnaie ; cela porte plus chance (P.).
Les lutins ei Us chtvaux
Souvent le lutin, pour jouer des tours aux laboureurs et les mieux tromper, emprunte k forme des chevaux et s'amuse à les cacher.
Un cultivateur avait laissé à pâturer, dans une prairie, trois chevaux, l'un rouge et les deux autres blancs.
Le lutin cacha le cheval rouge dans un buisson, et, prenant sa forme, sa couleur et sa taille, 'û vint paitre avec les deux autres.
Qjiand le laboureur vint le soir pour emmener ses bêtes à l'écurie, il monta, comme d'habitude, sur le cheval rouge, qui, arrivé à un ruisseau, fit un écart et laissa choir son cavalier dans l'eau.
Le paysan se releva tout mouillé et remonta sur le cheval, qui se laissa faire ; mais quand on
fut près de la ferme, il ne voulut pas s'arrêter, et le malheureux fut pendant trois jours et trois nuits promené sur le dos du cheval rouge, dont il ne pouvait descendre.
A la fin le lutin se lassa et ramena chez lui le fermier, qui se coucha ; car il était, comme bien on pense, fatigué. Mais, pendant la nuit, le lutin vint s'asseoir sur sa poitrine, et le laboureur se ressentit longtemps de cette course et de la nuit qui l'avait suivie.
(Conte en 1878 par Jean Bouchery, de Doordain.)
Cinq jeunes filles partirent un soir pour aller chercher un des chevaux de la ferme qui était dans la prairie. L'une d'elles monta sur le dos de la bête, puis une seconde; alors le cheval s'allongea, et il y eut place pour la troisième, et les cinq filles finirent par s'asseoir sur son dos, qui s'allongeait à mesure.
La monture des filles se mit en marche, et quand elle fut arrivée au milieu du ruisseau, elle disparut comme si elle s'était évanouie en fumée> et laissa les filles tpmber dans l'eau. Le vrai cheval était déjà rendu à la porte de son écurie (E.).
« Si le voyageur monte sur sa croupe (du cheval blanc), il ne tarde pas à s'en repentir, car il va par les chemins, cherchant tous ceux qui
ma^mmmmmmmmmmmmmmmmmmm
marchent de nuit et les invitant à prendre place près du premier voyageur. Trois, quatre, et parfois quinze personnes, se trouvent sur son dos, et plus il est chargé, plus il va vite, et ils ont beau crier. Q.uand il est lassé, il s^arrête court et jette sa charge dans un ravin et disparaît en fumée. Ce lutin porte en Ille-et- Vilaine le nom de Gobino. »
(M"« de Cerny, p. $$ sqq.)
Souvestre, dans le Contg de Jean Bouge-Gorgi, Foyer hnkm^ 1. 1, p. 11$, dte nn cheval dont le dos s'allongeait i mesuxe qu'on le chargeait, si bien qu'il pouvait porter à lui seul autant de sacs que tous les chevaux de la paroisse.
Jadis, à Plévenon, le petit cheval Pacoret se plaisait à jouer des tours aux garçons qui allaient voir les filles. U se couchait près d'un échalier et se laissait monter d'abord par un, puis par deux garçons. Son dos s'allongeait à mesure qu'il en montait sur lui, et parfois il se chargeait de vingt ou trente garçons. S'il passait auprès d'un ruisseau, il les jetait dedans et se mettait à rire.
(Conti en 1880 par Élie Ménard, de Plévenon.)
Vers Ploërmel, le cheval qni s'allonge se nomme le Cftbino.
Le petit cheval Pacoret a poar similaire le cheval Bayaid (bai,
de couleur rousse) en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 128-129) ;
en Poitou le cheval Malet (cf. aussi Georges Sand, Lig. nui., et
Monnier, 242 (Jura).
A Ercé, on voyait autrefois ener près du pont
de rislette un cheval blanc dont k vue était fort redoutée.
Aux environs de Saint-BfieùCy un cheval blanc se promenait aussi la nuit près d'une roche aux fées. Pas un paysan de la commune et des environs n'aurait osé, pour tous les tréscxs dii département, aller à minuit dans cet endrok hanté. M. le chanoine R. D. L., propriétaire d'une ferme peu éloignée de la roche aux fées, y conduisit une nuit ses fermiers. Ils ne virent rien, mais ils eurent néanmoins très^peur.
(Commoniqaé par M*« P. Gnyot.)
Il y avait des chevaux blancs qui hantaient les champs à trois cornières. Un homme de Hénon, foi en voyait souvent un, et qui même avait été enlevé par lui, alla consulter son recteur, qui \m dit de prendre une pièce de rnoomaie marquée d'une croix, de la mettre dans tui bois fourchu «t de la présenter au dieval. Le soir venu, l'homme akla dans le champ, et quand le cheval se présenta à lui, il lui montra son morceau de bois avec la pièce à la croix» Le cheval partit aussitôt en veculant; mais à l'autre extrémité du champ un autre homme lui montrait aussi une semblable pièce d'argent. Le cheval blanc alla pendant toute la nuit de l'un à l'autre ; au jour, il disparut, et on ne le revit plus jamais.
(Communiqué [Mtr M. B. BtuBoaic.)
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D'après le conte qui suit, le cherol jonerait le rôle d'un lutin Appelé Mourioche (cf. 'vol. I, p. 162 et suit.).
Il y avait une fois à Corseul un couturier qui s'en revenait de sa journée. Sur sa route il vit une bête qui avait l'apparence d'un poulain, et comme il était si lassé qu'il ne pouvait presque plus marcher, il se dit : )
— Si je pouvais attraper ce poulain, je monterais sur son dos, et je le ferais me porter.
Il courut après, et il finit par le rejoindre; alors le poulain se coucha pour que le couturier pût plus facilement monter sur lui. Qiiand il l'eut sur le dos, il se mit à galoper, et il frottait son cavalier sur les ronces et les épines du chemin. Le couturier était bien marri d'être écorché ; il prit ses ciseaux et les fit résonner, zig Eague, comme s'il voulait s'en servir, puis il dit au poulain :
— Si tu fais le diot, et si tu ne me portes pas tout droit à ma maison, je te couperai les oreilles. Mais si tu fais le joli garçon, je te donnerai de l'avoine quand nous serons rendus.
Le poulain, qui était Mourioche, eut peur, et il porta le couturier tout droit chez lui. En rentrant à la maison, l'homme lui dit :
— Reste là ; je t'ai promis de l'avoinç, et je vais t'en chercher.
Il monta dans son grenier, et quand il re^rda
par la gerbière, il vit le poulain qui riait. U descendit ; mais quand il ouvrit sa porte pour donner Tavoine au poulain, celui-ci était plus grand que la maison. Alors le couturier referma sa porte et dit :
— Tu es trop grand ; tu n'auras pas d'avoine, car si tu mangeais à proportion de ta taille, il t'en faudrait trop.
(Conté en 1881 par Isidore Poulain.)
Le cheval ludné ne mange pas, parce qu'il a été pansé par le lutin (D.).
Sur les chevaux lutines, voyez le chapitre des Lutins, i^ partie de ce livre.
Le cheval dans les, contes
Le cheval joue un rôle dans plusieurs des contes de la Haute-Bretagne; en voici l'indication :
ire série : La demoiselle en blanc , n^ xxxi ; D'un vieux cheval et d'une vieille femme, n» xxxvi; Le Chat, no Lvn (association avec le chat); — 2« série : Le Fersè, n» lv (lutin qui a la forme d'un poulain) ; La Houle de SaitU-Briac, no xiv his (poulains des fées); Litt. orale: Le Merle Sor^ p. 63.
Un des attributs du diable est d'avoir un pied de cheval dans tous ses déguisements.
Cf. le chapitre du diable, t. I, p. 177-202.
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DE LA HAUTE-BRETAGNE Jl
Dans un conte inédit, un cheval bknc vient au secours d'un jeune honune qui ne savait que devenir, et il lui aide à surmonter des obstacles, tels que d'aller chercher la belle aux cheveux d'or, ses clés, son château. Grâce à lui, il y parvient, et le cheval blanc « eut de l'avoine jusqu'à la fin de ses jours. ^>
Dans un conte inédit, le diable ordonne à son domestique de frapper tous les jours sur une jument; un jour elle parle au garçon, qui se sauve sur son dos après une poursuite acharnée; par son conseil il entre au service du roi, gagne des batailles et finit par épouser la princesse.
Le héros de La Belle aux clés d'or (Contes de Marins, no xv) doit bien nourrir un cheval gris et frapper sans relâche une jument blanche; celle-ci lui parle, et il fuit sur son dos, jusqu'à la terre sainte, son patron qui était le diable. La jument le fait s'engager au service du roi, qui lui ordonne plusieurs choses qu'il accomplit à l'aide de la jument. Après cela, il veut épouser la princesse aux clés d'or; mais la jument lui déclare qu'auparavant il faut qu'il la tue et coupe son <œur en deux morceaux. Q.uand il l'a fait, il voit devant lui une belle dame qui le maudit et lui dit qu'il aurait pu être heureux avec elle, mais qu'il sera malheureux avec la princesse.
Dans un conte de marins intitulé Jean le Teignons ou Jean Ujin^ n^ ix, le diable a un cheval qui parcourt dix lieues à Theure et saute par dessus les plus hautes murailles. Jean doit avoir soin de deux^chevaux du diable et battre sa mule.
Pour l'étude du rôle du cheval au point de vue m3rthologique, on pourra consulter Gubematis, Mythologie xpol(^ique\ Max Jaehns, Ross und Reiter in Leben und Sprache, Glauben und Geschichte des Deutschen. Eîn kulfur-hislorische Monographie, Leipzig, 1872, dont Rolland analyse le premier volume, et la monographie du cheval dans le IV^ volume de la Faune populaire de la France.
LA CHÈVRE (Capka hucus) Noms patois
Le mâle s'appelle bouc, parfois hou* ; la femelle chieuve ou cheuve (M.); les petitSy hichets,biqmonSy hiquetons (M., E.); hiquins (S.-D.); la chèvre qui met bas, biquionne (P.) ; hiquetoune (E.).
Proverbes et Dictons
— C'est un bouc hanné (en culottes) (E.).
C'est un débauché.
— C'est comme les chèvres, qui ont la graisse (ailleurs l'esprit) en dedans (S.-C.).
— C'est Une mauvaise chieuve (M.). C'est une personne méchante.
— C'est la route aux chèvres (E.). C'est un mauvais chemin.
Superstitions et Croyances
On prétend que les enfants qui ont été élevés avec du lait de chèvre sont lestes et sautent comme des chèvres (Montauban, D.).
En plusieurs pays de TlUe-et-Vilaine, on met wi bouc dans les étables à vaches et dans les écuries. On prétend qu'il les assainit en prenant pour lui le mauvais air (environs de Rennes). Le bouc et la chèvre enflent, parce qu'ils prennent tout le venin des étables (E.). Pour les faire désenfler, on leur donne du tabac.
Une superstition analogue existe en Franche-Comté (cf. Mélusine, col. 371), en Poitou (Souche, Croy., p. 51).
Le diable prend assez souvent la forme d'un bouc. Cette croyance est générale en France.
C'est la chèvre qui a appris aux tailleurs à faire les ailiettes (aiguillettes). Un jour un tailleur était bien embarrassé ; la chèvre lui cria : « De biais ! de biais 1 » Et le tailleur suivit son conseil
Qjiand on mène une chèvre au bouc, il faut mettre à l'envers son bonnet ou son chapeau ; si
on a sur soi une peau de bique, il faut aussi la mettre à l'envers ; sans cela, la chèvre ne conçoit pas (E.).
Q^iand un galant a reçu son congé d'une jeune fille, on dit qu'il a reçu sa chieuve.
Il la jette dans un champ, et elle reste là jusqu'à ce qu'un autre aille la chercher.
On dit du bâton qui a servi à un porteur de chausses naïres (c'est le nom donné aux entremetteurs de mariages) qu'il apporte la chieuve
Voici, parmi les contes gallots, ceux où il est <}uestion du bouc et de la chèvre : v^ série : Lt Chaty no Lvn (il fait société avec la chèvre) ; — 2e série : Lu Boucs de Saint-Brieuc-des-IffSy no Lxn; La Chèvre de TrigavoUy n© lxvi ; La Biquette et ses petits, n© Lxvra; La Chèvre blanche, n© xm; Le Pertus es Fêtes, n© ix; Le Pillotous, n© xxvni (princesse métamorphosée en chèvre verte ; dans un conte de marins (Contes de marins, n» iv), il est aussi question d'une princesse emmorphosée en chèvre, et que le matelot Tribord-Amures finit par délivrer). — Litt, orale, La Chèvre, p. 242.
D'après un autre conte de marins inédit, le héros, un soldat nommé Décampe, délivre une princesse emmorphosée en chèvre verte.
Plusieurs chansons mettent en scène des chèvres ; telles sont : La Bique à Jacques André,
dans UtUraiure oraUy p. 288, et La Chèvre de Trémaudan, iînd.^ p. 293.
Dans un conte inédit, ' qui est une variante •du Petit roi Jeannot, i>« série, n» i, c'est une chèvre qui sauve, du puits où ses frères Pavaient jeté, le jeune garçon qui a conquis Foiseau merveilleux.
Dans Tun des contes facétieux où les Jaguens sont mis en scène, ils prennent une chèvre pour le diable.
LE CHIEN (Camis familuris)
Noms patois
A Saint-Donan on donne à tous les chiens dont on ne sait pas le nom le nom amical de chutaou»
Attainer ou attêner un chien, c'est l'agacer pour le faire houamery c'est-à-dire aboyer (M., E.); ^^igner ou lui chercher grigne, c'est l'exciter pour qu'il /égrignache (S.-D.).
Pour appeler les chiens, on leur crie :
duien I quien I (S.-D.) Qjie 1 que 1 (P.)
Pour les chasser :
Kélkéal
La nuit, les gros chiens disent :
Ah 1 si je me leuve, kuve, leave, J'vas mord'e dans tes hanses, hannes, hamm
{culottes) (E.).
Proverles et Dictons
— J'étîens comme les mauvais chiens; je houamions (aboyions), et je VLavanciens point
— Un chien regarde bai un évêque et s'en retourne cor o sa tête (Saint-Coulomb).
Cf. Rolland, t. IV, p. 63.
— r serft sa gamme; la mer monte (S.-C.)»
On croit que les chiens enragés viennent prendre leur écume au bord de la mer. Le mot gamey iynon3rme de rage, est usité en argot.
Cf. Halbert d'Angers, cité par Rolland, t. IV, p. 7$.
F nVaut pas les quatre fers d'un chien (M.).
Cf. Rolland, t. IV, p. 24.
J'aimeras mieux être chien Et aboyer dès demain (M.).
Cela se dit pour exprimer la répugnance qu'on éprouve à faire un ouvrage.
— On ne tue point son chien pour une mauvaise année (E.).
Dicton similaire en Poitou (cf. Souche, Prov.f p. 6).
— Quat' pieds quat'e pouces, la taille d'un chien (M.).
^ — Qjiand on compare quelqu'un à un chien, on dit : sans comparaison, puisqu'il (un tel) a été baptisé.
— Gras comme un petit chien qui tette (H.)*
— Garder un chien de sa chienne. Garder rancune.
Cf. le prov. contraire breton, dans Rolland, t. IV, p. 35.
— Cela ne vaut pas une merde de chien.
Cf. Rolland, t. IV, p. 21.
— Cela n'est pas de la merde dé chien.
-~ Tremhler des fesses comme un chiea de mercier (D.).
Cf. Rolland^ t. IV^ p. ],i.
— Nager comme un chien de plomb (M.).
a. Rolland, t. lY, p. 41, et Soucbë, Prov., p. 6.
— Il faut toujours trouver des chiens mocts pour tuer le sien (P.).
— Ah l dame ! i:( étaint douane, et in'n'ont tous ^u leur content, et cor un chien qui n'Va pas fini (P.).
Cela se dit ironiquement d'un repas chichement servi.
Mieux vaut trouver un chien enragé Qu'un lima dans Tmois d*janvier (P.).
On se sauverait d'un chien enragé, au lien qu'en janvier la limace serait précoce,, et Le iroid qui viendrait ensuite ferait périr les récoltes.
— Adîé:(i (sot) comme un chien en carHnme (en carême) (S.-D.).
— Bas les pattes I les chiens donnent des puces (D.). Cela se dit à quelqu'un qu'on trouve trop familier.
Dicton similaire en Poiton (cf. Sonché, Prov.^ p. 6).
Superstitions et Croyances
Quand on voit dans les champs des broussées d'herbe bien toufïiies et que le bétail ne veut pas manger, on dit que les chiens ont pissé dessus
Si les chiens aboient avec force, c'est signe de mort pour quelqu'un de la maison (P.).
QjLiand on est mordu par un chien, il ne faut pas le tuer, ou bien la morsure ne se guérit pas CE.).
En Poitou (cf. Desaivre, Cray., p. ii) existe la superstition inverse. Si le chien enrageait par la suite, l*honune mordu enragerait aussi.
En certains pays, on coupe le bout de la queue des chiens pour a tuer le ver » qui s'y trouve.
« Année de hannetons, année de chiens en> rages », dit un proverbe des environs de Rennes. C'est parce que les chiens mangent les hannetons et qu'ils enragent.
Superstition analogue en Poitou (cf. Souche, Prov., p. $).
On prétend que les chiens enragés ne s'arrêtent point sur la commune d'Ercé ni sur celle de Vendel. Cela tient à ce que les églises de ces deux endroits sont sous l'invocation de saint Jean.
Par contre, tous les chiens enragés qui se trouvent dans le pays viennent à la statue de saint Hubert, qui est dans une des cours du fort La Latte en Plévenon. C'est très-exact, m'afl&rmait une femme du .pays; si on peut embrasser la statue du saint, on est guéri de la rage.
Em Seine-et-Marne existait une croyance analogue (cf. Fourtier, Dictons de Seine-et-Marne).
Les chiens surongUs n'enragent point. On appelle ainsi ceux qui ont à la patte de devant une sorte d'ongle recourbé (P.).
Cf. Rolland, t. IV, p. 75.
Ce n'est qu'au bout de treize lunes qu'un chien mordu ou un homme est â l'abri de la rage (P.).
A Gaêl, on distribue des eaux qui sont, dit-on dans le pays, un spécifique contre la rage (Ogée).
Cf. dans Rolland la description du pèlerinage de Saint-Hubert
(Belgique), p. 77-80 (cf. aussi Galerie bretonne, t. II, p. 49). A
. une fontaine de saint Hubert, dans la Creuse (cf. L. Dnval,
Esquisses marchoisa, p. 92), on puise de Teau dont on arrose du
pain qu'on fait manger aux bestiaux pour les préserver de la rage.
Qjiand on aperçoit un chien suspect, on crie : Au chienn' enraigé I
Voici une conjuration pour en préserver :
Noter dame et ses enfants.
Préservez-nous du loup et des serpents^
Et du chien q^ui court le vent (Moncontour).
Cf. dans Sauvé, Proverbes^ $ 904, une conjuration contre les chiens enxagës.
Le chien dans les contes populaires
Il en est souvent parlé, bien que la plupart da temps il ne joue pas le rôle principal.
U Chien capitainey no xxx, v^ série, est un prince métamorphosé qui commande un navire et qui, après une série d'épreuves, redevient homme. Le début de ce conte présente des ressemblances avec un roman de Jules Verne.
L'auteur, qui a fréquenté les marins, leur avait peut-être entendu faire ce récit, qui est populaire sur les côtes de la Manche.
Voici d'autres contes où figurent des chiens : Lr roi dis poissons, no xvin (àts boyaux du roi des poissons naissent trois chiens dont les deux premiers sont, comme leur maître, métamorphosés par une vieille qui déteste les chiens) ; Li MerU et h Renardy no Lix(le merle appelle le chien de la ferme pour l'aider à se venger du renard); — 2« série : Le Pertus es Fêtes, q9 ix (c'est un chien qui vit avec les fées) ; La Fille aux bras coupéSy 09 XXXIX (un chien vient lui apporter à manger
DE LA HAUTE-BRETAGNE 8l
dans la forêt); Misère, no lu (il voyage en compagnie de son petit chien Pauvreté) ; Venfant qui entend le langage des bêtes, n*» xxv (les chiens, mal nourris par leur maître, déclarent qu'ils ne le défendront pas contre les voleurs).
Dans L'Oiseau de vérité, conte de marin inédit, un chien vient donner à manger à une jeune fille réfugiée dans un arbre. Un marin, dans un autre conte, sur le point de faire un pacte avec le diable, le grise, et sur le papier met « chien » au lieu de « âme ». Le chien est donné à l'époque fixée, mais il noie le démon.
LE MULET (Eqîjus Mulus)
Le Mulet dans la littérature orale
Il y a fort peu de ces animaux en Haute-Bretagne, et ils sont, je crois, tous importés. On dit en proverbe : « Têtu comme un mulet ».
Mais il est assez souvent parlé de mules dans les contes ; dans l'un de ceux que j'ai en portefeuille, le héros, pour arriver à son but, doit sauter à une certaine heure sur une mule blanche et ne pas réveiller les géants qui gardent la fontaine où se trouve l'eau qui rajeunit, et cette eau n'a d'efficacité que si la mule chante.
Jean le Teignons (Contes des Marins, no ix) fuit
le château du diable sur une mule qui, comme la jument des contes similaires, devait être maltraitée par lui ; il échappe à toutes les poursuites, et sa mule lui fait épouser une princesse.
LE PORC (SusscROPHÂ domesticus)
Noms patois
PoutTy pouêf (M., S.-D.); pouds (M.); pourcé (S.-D., M., E,y, pourciau (M., E.), pluriel /««rciaoux (M., S.-D.). Ces deux derniers mots s'appliquent en général aux moyens cochons et aux petits.
On dit aussi un quiou quiou (M., Tréveneuc) : c'est un terme enfantin. Le mâle se nomme vérot (M., S.-D.); la femelle trée (M., E., S.-D.).
La truie en chaleur est en ru; on la mène gibier (couvrir) au verrat (P.). Quand elle met bas, elle pourcelle (P.).
On donne le nom de nourriture (M., E.) aux cochons de six mois environ; quand le porc est bien gros, on dit : Il est raisonnabley le v'ià bon à
tuer (D.).
Les appendices charnus qui sont placés à l'extrémité dos mâchoires de certains cochons, vers la naissance du cou, se nomment margeîies (S.-U); le groin, guèrouin.
Le cochon a plusieurs surnoms plaisants : not* monsieu', noC ndb*e, not* syndic, nof rohan.
On le nomme aussi un Anglais.
A Dinan, Tendroit où se tient le marché aux cochons s'appelle le parc aux Anglais.
Cf. des appellations analogues dans Laisnel de la Salle, t. Il, p. né.
En Basse-Bretagne, le cochon est surnommé Jdab Rohan (fils de Rohan).
Quand on engraisse le porc, on dit qu'on le met en paisson ou en patsson (M., E.). Son étable se nomme sou.
Pour appeler les cochons, on leur crie :
Qjié, que I (M.)
Qjiiou I quiou I (S.-D., M., Tréveneuc.)
Niquia I niquia I nîquia I (Tréveneuc.)
Pour les chasser :
Chiénal chiem 1 chiem I (comme en breton) (S.-D.). Sou 1 Sou cil (S.-D., M.)
Pour empêcher les cochons de passer en dommage, on leur met au cou une sorte de triangle en bois, qu'on appelle bangeret (P.) ; barriaux (M.).
Le porc qui gratte la terre avec son grouin revunge (M.); dérunge (P.).
Proverbes et Dictons
— Braire comme un cochon pris entre deux portes.
— r chante, respé dVous, comme un pourcé qu'a la quoue prise sous eune porte (E.), ou comme un pourcé prin' enter deu' port' (S.-D.).
— Ça n'est pas la graisse de cochon qui l'erapose (empêche) de couri'.
T- Gros comme un pourcé de cinq sous (E., M.).
— S'acouter comme un pouer qui pisse (E.).
Cf. Noël du Fail, t. II, p. 46, éd. Assézat.
— Sale comme un pouer (M.).
— Sau (ivre) comme un pouer (M.).
— S'y prendre comme une trée à ramer des fauves (M.).
— Tu t'y prends comme une trée à ramer des pées (pois) (S.-D.).
Cf. Perron, p. 132 (Franche-Comté); BUdé, Prw., p. 100 (Agenais).
— Les cochons n'ont point d'amis (S.-C).
C'est la contre-partie du proverbe « amis comme cochons. »
Qjaand on parle d'un cochon, on dit toujours ; en vous respectant, respé de vous, ou respé de la compagnie.
Croyances, Usages et Superstitions
Si une musaraigne passe sur le dos d'un cochon, elle le fait crever (P.).
A Saint-Cast, on tue le cochon à la Cateline