A. — LES POISSONS DE MER
SI. — GÉNÉRALITÉS
IN s'est jusqu'à présent peu occupé du rôle que les poissons de mer jouent dans les superstitions et dans les contes, des formulettes qu'on leur adresse, des proverbes où ils sont nommés, soit comme sujet principal, soit comme point de comparaison. Dans la Mythologie écologique de M. de Gubematis, on trouve pourtant quelques passages où ils figurent; mais, outre que leur rôle est restreint, quelques-uns seulement y sont indiqués, tels que le crabe.
l'oursin, etc. M. Eugène Rolland, dans le tome III de sa Faune populaire de la France, a relevé avec beaucoup de soin les noms patois des différents poissons de mer, et il a fouillé avec une grande conscience de nombreux livres pour y trouver tous les dictons, les formulettes, les superstitions, etc. , que les pêcheurs y attachent ; mais comme l'exploration a été jusqu'à ce jour trèspeu tentée, dans son livre, excellent par ailleurs, on voit beaucoup d'articles où figurent seuls les noms des poissons.
Ils tiennent cependant leur place dans la littérature orale : outre les contes dont ils sont, sinon les héros, du moins des personnages épisodiques importants (cf. Le roi des Poissons, !*■« série, no XVIII ; Le Marsouin, 2e série, no xvi, etc.), des fables où ils sont mis en scène (cf. le présent chapitre, et dans les Contes des Marins la série intitulée Fables et petites légendes), ils partagent avec les autres classes d'êtres animés le privilège des superstitions et des erreurs d'histoire naturelle : on leur adresse des formulettes et des incantations. Le chapitre qui suit, et dont les matériaux ont été presque entièrement recueillis en 1880 et 188 1 dans la commune maritime de Saint-Cast (Côtesdu-Nord), peut donner une idée de ce qu'on pourrait trouver ailleurs en poursuivant l'enquête plus à fond que je n'ai pu le faire.
Voici, avant de passer à la monographie de -chaque poisson, quelques généralités qui se rapportent à l'espèce en général.
Quand on ne prend rien, on dit : « Il n'y a pas ici plus de poisson que dans les landes du Mené 1 » (Montagne des Côtes-du-Nord).
Lorsque la ligne touche le fond, les pêcheurs disent : « Si on pouvait au moins ramener l'Antéchrist ! »
Sur le banc de Terre-Neuve, on prétend qu'il faut laisser de vieilles tripes de poisson dans les bateaux, pour que la morue sente leur odeur et soit plus disposée à approcher. C'est pour la même raison que, sur le littoral de la Manche, •on prétend qu'il ne faut pas tenir les bateaux trop propres.
Les œufs de squale, qu'on nomme diables à cause des cornes qui les terminent et de leur couleur noire, passent pour être la gamme du diable, c'est-à-dire l'écume de sa bouche en colère.
Quand le pêcheur met l'amorce à son haim (hameçon), et qu'il jette la ligne à l'eau, le poisson regarde la houette (l'appât) et lui dit :
Qui t'a mis ici, toi qui n'es pas d'ici ?
La bouette répond :
Celui qui m'a mis ici n'es pas loin d'ici ; Si tu me mords, il te mangera.
Les poissons dans Us contes
Dans Le château suspendu dans les airs (Contes des Marins y n© xvm), le marin, quî possède une tabatière magique, a pour beau-frère le roi des poissons^ qui, en interrogeant ses sujets, lui fait connaître où est le château suspendu dans les airs (c'est un vieux marsouin qui le lui dit).
C'est le roi des poissons qui permet à ses sujets de retrouver au fond de la mer les clés que la Belle aux clés d*or y avait jetées (Contes des Marins y n» xm). Dans Petit-Jean (Contes des Ma-rins, no xni his), le roi des poissons, au moyen d'un "marsouin, rapporte les clés d'or de la plus belle princesse du monde.
Dans Les fées de la mer et les marins (Contes des Marins y n© v), une fée de la mer fait présent à des matelots d'un petit poisson doré qui leur accordera tout ce qu'ils lui demanderont en répétant une certaine formule.
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s IL — MONOGRAPHIES
L'ANATIFE (Aïiatifa uevis, L.) Nom patois, — Croyance
Bemache (S.-C).
On croit encore que les anatifes sont des œufs de Toiseau appelé bernache.
Cf. Rolland, t. III, p. 222.
L'ANÉMONE (Actinu, Brown)
Noms patois, — Dicton
On appelle les anémones patssards (poisseux), culs de cheval^ culs de jument ou "bonnets hasques, gamme de chien ; ces derniers sont, dit-on, Técume des chiens enragés.
Qpand on mouille sur un fond où les petits cailloux sont parsemés d* anémones, on dit :
Bonnet basque et eu de jument.
Nourriture du flétan.
Le flétan est une sorte de grosse limande commune à Terre-Neuve et rare dans la Manche.
qui font chavirer les navires. On raconte la même chose des tw/wari^ (pieuvres), et on dit qu'il y en a qui pèsent plus de vingt barriques (S.-C).
LE CAPELAN (Gadus minutus, L.)
Nom patois, — Proverbe
Capian (Tréveneuc).
— Sec comme un capelan (M.).
LE CHIEN DE MER (Carcharias claucus, Cuvier; Galeus CANis, Bonaparte ; Mustslus, Cuvier)
Noms patois
Chien toussé, chien hro (peau lisse), lice (à la tête plus ronde), arcasson (noir aux ouïes), haû (ces deux dernières espèces ont la peau presque lisse), rousseïette (S.-C.) ; orhiche (Cancale).
On appelle les chiens de mer coquins, parce qu'ils coupent les filets et les avançons.
La marachey qui est une sorte de haû plus petit qu'un requin^ et qui a quatre rangées de dents, a un poisson qui la conduit; sa femelle s'appelle /»eaM bleue.
Proverbes. — Croyance, — Conte
— Roudche (rêche) comme une orbiche (Cancale).
— Dur comme une piau d'rousselette (S.-C).
— Dur comme une piau dVoussette (Tréveneuc).
Les chiens font peur aux autres poissons ; quand •on en voit, on dit : « V'ià les maudits chiens <iui arrivent ; la marée est perdue : nous pouvons nous en aller. »
Dans un conte de marins inédit on raconte qu'un jour il y eut tant de chiens bros que les bateaux échouèrent dessus.
LE CLOPORTE DE MER (Oniscus)
Nom patois, — Croyance
Trée (truie).
On appelle les trées rongeurs de navires ou noyeurs de chrétiens, et les marins, surtout les calfats, les maudissent.
LE CONGRE (Comger vulga&is, Cuvier)
Nom patois. — Proverbe. — Croyances
Congre est toujours féminin ; le petit congre se nomme conguériau. A Tréveneuc, on appelle canguériau une espèce d'anguille ; elle n'est pas grosse et ne vaut rien. Quand les pêcheurs en prennent sur leurs lignes, ils les laissent sur le sable sans les ramasser.
— Avoir des yeux de congre mort.
Le roi de la Basse (banc où Ton pêche), c'est la congre : elle mange tous les autres poissons.
Le homard est Tami de la congre ; toutefois, la congre le mange quand il est mou.
LA COQUILLE SAINT-JACQUES (Pectem maximus, L.)
Noms patois
Ricardeau (S.-C.) ; dahin (Saint- Jacut, Saint- Brieuc); grenelle (Saint-Brieuc). On dit aussi des cordilles de ricardeau (M.) ou des crodilles (S.-D.).
Formulette. — Conte
On dit au ricardeau :
Ricardeau, Clisse donc que je te prenne 1
Ricardeau,
Clisse en haut.
Que je te trouve ; Si tu n*y clisses pas, Tu seras mangé adesa (ce soir).
Le ricardeau, qui souvent est caché sous l'herbier de mer, décèle en effet sa présence par l'eau qu'il jette en l'air en ouvrant ses valves.
Dans un conte de marins, n© uii, le courlleu a)rant fourré son bec dans les valves d'un ricardeau, celui-ci, malgré les supplications deroiseau, le tue.
LE CRABE (Cancer, L.)
Noms patois
Grappe (fém.); les petits crabes se nomment grapiîîons; l'étrille (PortunuSy Fabrîcius), grappe pdue (crabe poilu) ; le dormeur (cancer paguruSy L.), poincîos.
Proverbe. — Conte
— r va de travers comme une grappe.
Le grapillon dit un jour au brigot (vignot) :
— Brigot, toi qui n'as rien pour te retenir à l'ancre, comment fais-tu à soutenir la tempête ?
— Ce que je fais ? Je ferme mon écdutille, et je vais au gré des flots. Quand le beau temps revient, je remonte, et je me promène sur le sable. Et toi, comment fais-tu, grapillon ?
— Je jette tous mes grappins dehors, et je résiste au mauvais temps.
— Ah I grapillon, ta maison n'est pas forte ; tu n'as qu'une faible coquille, et on peut t'écraser avec le doigt de pied.
— Toi, brigot, tu es comme le colimaçon: tu portes ta maison sur ton dos, et tu ne peux aller loin, et à moi tout pays m'est bon, car je vais où je veux.
(Conté en 1880 par Etienne Piron, de Saint- Cast, pécheur , âgé de cinquante-buit ans.)
LA CREVETTE (Ckangon vulgaris, Fabricius)
Noms patois. — Croyance
Chevrette, chieuvreite (M., S.-C).
On prétend que le bopyre parasite que Ton trouve incrusté sur la tête de la chevrette contient une petite plie ou limande, parfois une sole.
Ce préjugé existe ailleurs qu'en Bretagne (cf. Rolland, p. 105 ; Desaivre, Croy., p. 29).
La crevette grise, qu'on appelle bouc, est peu estimée sur la côte bretonne de la Manche.
LA DORADE (S«arus aurata, L.)
Croyance
La dorade change sept fois de couleur en mourant (S.-C).
LE GRONDIN (Trigla gurnardus, L.)
Noms patois. — Formuîette. — Croyance
Grondin pu gourneau.
C^uand on prend un grondin, il grogne, et l'on dit qu'il répète :
Ma femme est grosse I Ma femme est grosse 1
Ou:
Fous-moi dehors.
Ma femme est grosse.
Celui qui mangerait la tête d*un grondin en mourrait. Ceci est une plaisanterie : il n'y a pas de chair sur la tête de ce poisson, qui est trèscartilagineuse et très-dure.
LE HARENG (Clupea harbngus, L.)
Proverbe — Sec comme un hareng,
LE HOMARD (Astacus mmukus, Fabricius)
Noms patois. — Croyance, — FormuletU
Homa ; la nasse se nomme cavette, casier, A Tintérieur de la tête du homard se trouve une sainte Vierge avec deux anges.
Homard t Q.ui es plus fin que le renard.
Hâte- toi de venir dans nos casiers; Tu seras un de nos lottiers (tu auras ton lot)»
L'HUÎTRE (OsTREA, L.)
Noms patois. — FormuUtte Huife, hit'e, hître (S.-C).
Quand on jette la drague pour les huîtres, on dît :
Va au bon Dieu ;
Prends garde de te perd'e.
Et reviens-t'en pleine.
Les Fées de Lâla, n» xiii, 2* série, vont manger les huîtres dans les parcs.
On ne mange pas d'huîtres pendant les mois qui n'ont pas d'r.
Les hanards (fausses huîtres) ont été maudits, car ils détruisent les huîtres.
LE LANÇON (AïoiODTrBs tobiamus, Cnvier)
Fortnulettes. — Conte On appelle îançonniers, fém. lançonnouèrCy les pêcheurs de lançon (S.-C).
On dit au lançon :
Lançon, petit lançon tout rond^
Fais-moi prendre du poisson ; Si tu ne veux pas me faire prendre du poisson. Je te pilerai à grands coups de bâton.
Lançon, Prends ton bond ; Si tu ne prends pas ton bond, Tu auras du bâton.
Quand on ne trouve pas de lançons, on dit :
Lançon, petit lançon.
Fais bondir le sable, que je te prenne ; Ou déserte à Compiègne.
Dans le Pêcheur de lançons (Contes des Marins, no LVi), une fée fait présent à un pêcheur d'un lançon merveilleux, grâce auquel il prenait tout le poisson qu'il voulait, en lui adressant quelques mots.
LE MANCHE DE COUTEAU (Soleh, L.)
Noms patois. — Formulettes
Manço, manceau, plur. manceaux (S.-C).
On l'emploie comme appât; le fil de fer recourbé au bout avec lequel on le prend se nomme mançôtoué. On les prend aussi en leur présentant auprès de leur trou une pincée de sel blanc.
On dit aux manceaux :
Manço, sers-nous à boitter (i), Ou si tu n*y sers pas.
Tu seras haché
Comme chair à pâté (S.-C).
On donne le nom d^puron de mer à un manço recourbé qui ne devient pas aussi gros que le manço ordinaire; quand il fait du soleil, il s'attire sur le sable, et on le prend avec la main.
(i) Faire de l'appât pour les poissons : on pile les manches de couteau, et on les jette auprès des canots pour attirer le poisson.
On lui dit :
Puron, sors de ton trou,
Ou je te coupe le cou (S.-C).
LE MAQpEREÂU (Scomber scomber, L.)
Noms patois, — Formulettes
Macrèy maquMau,
En jetant les lignes dehors, on dit :
Les ch*loupes Qjii sont dans la Guadeloupe ;
Les séchards Qui sont dans TafFare (appât) ;
Les maquériaux
Qui sont dans Tiau :
Mords du plus petit au plus gros.
Q.uand les pêcheurs jettent leurs filets pour pêcher le maquereau, ils disent :
Sainte Marie, mère des flots, Faites la grâce que nous prenions quelques maquereaux.
Des petits et des gros (S.-C).
Quand il y a beaucoup de séchards (ripons), on
leur dit :
Séchard,
Pars de Taffare ;
Maquereau,
Reviens aussitôt,
Et ne t'en vas d'ici que tantôt.
On prétend que cela fait s'en aller les séchards.
Dorade, Prends ta rage.
Séchard, Pars de TafFare.
Maquereau, Viens sur Teau.
Maquereaux, Prenez-vous sur le manceau.
Le maquereau dans Vîconographie et dans les contes
« A Saint-Briac, rornementation architerturale de l'église révèle une origine populaire : des maquereaux sont sculptés en sautoir dans les bénitiers, sur la paroi intérieure des murailles et sur les pignons des chapelles, qui portent la date de 1688. La pêche de ce poisson étant alors trèsabondante, les lots fournis par chaque bateau furent employés pour la reconstruction de Téglise. »
(B. Robidou, Histoire et panorama d'un heaupays^^p. 234.) Depuis, l'église a été rebâtie ; mais une partie de ces ornements ont été détruits par le cleigé, qui ne comprenait plus cette touchante symbolique d'autrefois.
Dans La Houle du VâU (Contes des Marins, no xi), les fées donnent à un pêcheur le pouvoir de pêcher des maquereaux autant qu'il voudra.
Un autre conte de marins, no lix, met en scène le roi des maquereaux et le roi des brèmes, qui, mécontents de leurs sujets, prennent la résolution de les quitter.
LE MAQUEREAU BÂTARD (Caramx twlchtous, Cuvicr)
Noftis patois
Séchard ; même mot à Lorient (Rolland) ; ripon (S.-C.) ; chinchar (vers la côte bretonne) .
Formulettes
Quand il est pris, il fait entendre une sorte de plainte; on prétend qu'il dit :
Tu me fais mal.
Ou:
Je chante, (Us) Je me plains.
On prétend qu'il dit aussi en se plaignant :
Je viens d'un beau pays, Où sont des arbres remplis de fruits ; Mets-moi dans Teau à y retourner ; Je vais aller t'en chercher, Et je t'en rapporterai (S.-C).
Place, place.
Ma fille est grosse d'un pape.
On lui dit :
Ripon, Mors sur l'hameçon, Ou tu auras du bâton.
LA MÉDUSE (Mbdvsà)
Pèlerine (Saint-Brieuc) ; gluant d'eau (S.-C), sougale. On prétend que la méduse est la crasse de la mer (S.-C.) ; vers Tîle de Ré, on la nomme gale de mer.
La méduse passe, comme la sèche, pour donner mal au& yeux à ceux qui se les frottent après l'avoir touchée (S.-C).
LA MORUE (MoRRHUA vulgaris, Cuvier)
Formulette. — Croyances» — Superstitions
Mords, morue, mords.
Cent ans après ma mort, Je crierai cor :
Mords, morue, mords.
On récite cette formulette à tous les poissons, sans changer le mot morue,
La morue a auprès des ouïes deux arêtes qui ressemblent à des lames courbées ; on les appelle 05 de vérité, et les pêcheurs en tirent des présages ; voici comment :
On jette en l'air l'os de vérité, sans le regarder ; il ne faut pas qu'avant de tomber il touche la
264 IRADITIONS ET SUPERSTITIONS
moindre chose ; celui qui consulte Tos de vérité prononce en même temps ces paroles :
« Si tu ne me dis pas si je prendrai (dix, vingt^ poissons, je vais te hacher avec mon couteau. »
Si Tos de vérité tombe les deux extrémités recourbées vers la terre, c'est qu'il répond non ; si au contraire elles sont en l'air et que le milieu touche la terre, cela veut dire oui.
Quand l'os de vérité répond non, on le frappe à coups de botte, puis on l'interroge de nouveau. Il y a à Terre-Neuve des marins qui conservent pendant plusieurs mois des os de vérité, et qui les interrogent souvent.
On demande aussi aux os de vérité s'il fera beau ; quand la réponse est défavorable, on ne se tient pas pour battu, et on les rejette jusqu'à ce qu'ils aient dit oui.
LA MOULE (Mttilus bdvlis, L.)
Noms patois. — Croyance
Mouque (S.-C.) ; corbin (S.-D.) ; béfiny moule d'Erquy; mouîière, lieu où les moules sont abondantes.
On prétend que la neige les engraisse et les blanchit (S.-C).
mmmmmaÊmmmmmm
L'ORMIER ou OREILLE DE MER (Haliotis, L.)
Noms patois. — Dictons
Ormée, f. (S.-C); ourmier, m., ormaie^ f., ormeau, m. (Tréveneuc) ; ottrmt&j, f. (Saint-Brieuc).
— Les armées ne passent point par le eu es chats.
— Jamais ormée n'a passé par eu de chat (S.-C).
L'OURSIN (EcHiNus, L.)
Noms patois, — Proverbes, — Fortnulette
Doucine (S.-C); œuf de mer, pluriel des œufs de mer (Tréveneuc).
— Poilu comme un oursin.
— Avoir le poil debout comme un oursin.
Petit oursin, deviens gros ; Tu serviras à m'faire un pot.
LE PAGEL (PA6EU.VS, Cnvier)
Noms patois. — Formuîettes
Pironneau, pironniau.
On dit au pironneau :
Pironneau, Saute en haut, Hors de Teau, Qjie je te tue o mon fasi' chassepot !
Il répond :
Je n'y sauterai pas, Q}iesi tu veux me donner de ton appât (S.-C).
LA PATELLE (PiTELLà, L.)
Noms patois. — Proverbes. — Croyance
Béni, Vni^ hemi (S.-C); hemi, hemin (Tréveneuc) ; hernie (Saint-Brieuc) (cf. le breton hrinic).
— Se coller comme un Vni,
— G)llé comme un b*ni sur un caillou (en parlant des jeunes gens et des jeunes filles).
On emploie les bemis bouillis pour les cochons malades.
LA PLIE (Platbssa wlgaris, Cuvier)
FonnuletU
PUe, pUe I Viens dans not' pêcherie ; Nous t'éclairerons avec de la bougie (S.-C).
LE POISSON SAINT-PIERRE (Zbus pabbk, L.)
Nom patois. — Contes
Poule de mer (S.-C).
Qjiand le bon Dieu prit la poule de mer, il lui
marqua ses cinq doigts sur le dos, puis il la remit i la mer en lui disant :
— Va, croîs et multiplie (S.-C).
Cf. deux légendes où le rôle du bon Dieu est rempli par saint Pierre (Rolland, p. 161).
Un jour le bon Dieu, qui voulait manger du poisson, s'embarqua dans un petit bateau pour aller en pêcher, et il prit une poule de mer; mais il ne voulut pas la manger, car il n'y en avait pas beaucoup dans ce temps-là, et il la trouvait trop belle. U la prit entre deux de ses doigts et la remit à Teau en lui disant :
Fuis, Fannie, Crois et multiplie.
Depuis ce temps, il y a toujours eu des poules de mer, et elles portent toutes aux côtes la marque des doigts du bon Dieu (S.-C.).
Cf. CoHtes da Marins, n« Lvii, La Poule de mer.
LE POULPE (OcTOPUs, Cuvier)
Noms patois, — Croyances
Minard (S.-C, Tréveneuc) ; terpted, plus usité que minard (Tréveneuc).
Les minards sont une race maudite; on les injurie en les appelant mangeurs de moules, coquins ou enfants du diable. Parfois les pêcheurs
s'amusent à leur crever les yeux ou à leur passer un bois dedans, puis ils les rejettent à la mer.
On disait à Saint-Cast, d'un pêcheur qui prenait beaucoup de poisson, que sa chance tenait à ce qu'il avait toujours un minora dans le fond de son bateau.
Forntuîettes. — Conte
On maudit le minard, et on lui dit :
Maudit minard, Tu viens toujours trop tard ; Viens donc dans le mois de mar'.
On déserte dans Tdépartement dn Var ; Et que Dieu ^se la grâce De ne plus jamais te revoir (S.-C).
Maudit minard.
Tu arrives toujours trop tôt ou trop tard ; Si tu n'arrives ou ne vas pas à mon gré»
Je te faudllonnerai.
C'est-à-dire je te frapperai à coups de faudllon.
On emploie le minard à faire de la hoitte (appât) ; s'il n'y en a pas, on prend peu de chose ; s'il y en a trop, ils détruisent le poisson ; alors les pécheurs les maudissent.
Trop tôt, c'est quand en avril ils font peur aux maquereaux ; trop tard, quand il n'y en a pas pour boitter pour les congres.
Le minard dit à la margate (sèche) :
— Comment fais-tu, toi, margate, qui as les filets si petits, à te tenir bon pendant les tempêtes ?
— Je ramasse mes petits filets dans ma coque, et je me laisse aller; et toi, minard, comment fais-tu ?
— Je mets tous mes grappins dehors, et je tiens bon.
— Ah 1 minard, tu es mou comme un gant ; tu n*as de dur que le bec ; moi j'ai un os qui me conserve (S.-C.)-
LA RAIE (RAjà, Cuvier)
Noms patois. — Croyances
R4y étique (raja, pastenaca, L.), ftd (grosse raie qui a le nez plus pointu que la raie commune) ^S.-C.); rê (Tréveneuc).
Sur les bancs de Terre-Neuve, on maudit la taie; on lui coupe le nez, et on la rejette à l'eau.
On dit que sa figure ressemble à celle du bon Dieu. Dans la tête de la raie, comme dans celle du homard, se trouve une sainte Vierge avec deux anges.
On appelle esprit de raie deux petits os qui sont dans sa tête; ils se trouvent aussi dans la morue : c'est Vesprit de morue.
LE ROUÉ (Ctclopterus lampus, L.)
Croyances. — Contes
Le roué a un poisson qui le conduit. Quand on le voit battre de la queue sur Teau, c'est signe de vent.
D'après un conte de marins, n» liv, le roué de mer est un pêcheur emmorphosé par les fées auxquelles il avait désobéi.
Dans un autre conte de marins, np lviu, le homard, pour se venger du roué de mer, saisit avec sa pince le poisson qui lui sert de guide, et le roué de mer, livré à lui-même, vient s'échouer sur les cailloux.
LE ROUGET (Mullus barbatvs, L.) Croyance
Le rouget, qu'on nomme aussi poisson royal, est le roi des poissons; on dit que les autres lui obéissent (S.-C).
LA SARDINE (Clupba sardima, L.)
Noms patois. — Proverbe
Sardrine(S.'C,, Tréveneuc), serdrine. La petite espèce de sardine se nomme baguette (S.-C).
— Pressés comme des sardines (M., E., Tréveneuc).
LA SÈCHE (Sepia officinalis, L.)
Noms patois. — Proverhe. — Croyances
MargaU(S.-C.); morgate (D., Tréveneuc, Saint- Suliac). Cf. le breton môrgaden.
— Sec comme une margate.
La margate a, dit-on, la figure d'une personne.
Si on se frotte les yeux après avoir touché une méduse ou une margate, on peut devenir aveugle (S.-C).
LA SOLE (SoLEA vuLGARis, Cuvier)
Formulette
Sole, sole, Mors sur l'hameçon qui est attaché à nos cordes, Ou nous te fions bouillir dans not' casserole (S.-C.).
LE TALITRE (Talitrus saltator, Mont.)
Noms patois. — Croyances
Puce de mer, pusseau.
On maudit les pusseaux, parce qu'ils viennent sucer le poisson ; on les injurie en les appelant « curés en retraite ».
Quand on les voit sauter sur le sable, le dimanche, on dit qu'il fera beau pendant huit jours.
LE TURBOT (Rhombus maximus, Cuvier)
Farmulette
Mors sur nos lignes, turbot ; Tu ne s*ras pas un diot (sot), Car il y a un bon morceau d'maquereau (S.-C).
LA VIEILLE (Labrus variegatus, L.)
Noms patois. — Croyance
Le mâle se nomme vraichot ou mouïard.
La vieille a le commandement sur tous les poissons, petits ou gros, qui sont sur la basse.
LE VIGNOT (Turbo littorbus, L.)
Noms patois. — Formulette^
Brigoty hrigaud (S.-C.) ; farin, bergeau, fait ^réveneuc); hernigot, higuerneau (D.). Cf. le breton higornen.
On dit au brigot :
Petit brigot.
Tu es bien petit ;
Mais que tu es beau
LA VIVE (TiucHiirus vipera, Cuvicr)
Noms patois. — Croyances. — Formulette
Guigri (S.-C); 5Wtt (Saint-Brieuc); à Tréveneuc, marte-piquant.
Le guigri a sur le dos une arête bleue qui se redresse et pique. Le venin qu'elle contient est assez subtil pour que la piqûre en soit trèsredoutée des pêcheurs de la Manche. Si on est piqué par un guigri, il faut le tuer et baigner la partie atteinte dans de la soupe grasse. On pisse aussi dessus.
Les guigris sentent la tempête, et ils piquent bien plus quand souffle nord-est que lorsque régnent d'autres vents.
Si on est piqué par un guigri, on souffre d'une marée à l'autre ; on peut rendre sa piqûre inoffensive en écrasant dessus le fiel du poisson ou en se frottant avec ses tripes.
Toutefois, quand la piqûre a été profonde et faite par un gros guigri, on prétend qu'on s'en ressent pendant toute sa vie.
On maudit le guigri, et on lui dit, pour le chasser :
Va-t'en, maudit guigri, Et ne viens pas mordre sur nos lignes ; Va-t'en ^ans les eaux ou dans les airs.
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