S IL — MONOGRAPHIES
LA COULEUVRE (Colvbbr matrix, L.)
Nom patois. — Proverbe Cdeuve (M., E., S.-D.).
— Faignant (fainéant) comme une couleuvre (S.-D.).
Créances et Superstitions
La couleuvre est amie de Tanguilie (£.).
Cest probablement un dicton qui fait allusion à une croyance
que je trouve précisée par Viaud-Grandmaison cité par Rolland,
p. 104 : « Q.uand l'été l'anguille s'envase par suite du desséche*
ment des canaux, le maraîcher croit qu'elle mène la vie des
' serpents et qu'elle s'accouple avec eux » (Loire-Inférienre).
Si une couleuvre reste sept ans sans voir âme, c'est-à-dire sans voir un homme ou une femme, elle devient serpent (S.-C).
Cette croyance, dont je ne connais pas de similaire en France» eiiste en Sicile (cf. Cattelli, Creden^t ed usipopolari sicilimnif p. 9. IVderme, 1878).
La couleuvre tette les vaches, et sa morsure
passe pour être aussi dangereuse que celle de la vipère (P.).
Si un homme ou un animal boit dans une fontaine où une couleuvre s'est désaltérée, il devient malade ; pour le guérir, on lui fait avaler du beurre fondu (P.).
Il y avait une fois un cheminiau (un ouvrier terrassier) qui logeait chez une vieille bonne femme qui passait pour être sorcière. Un jour il lui apporta une couleuvre qu'il avait tuée. La vieille la prit, la mit à cuire et l'arrangea propre à être mangée. Le matin, quand la bonne femme se fut absentée, il en mangea un petit bout. Il sortit ; mais il fut bien surpris d'entendre le langage des oiseaux. Il s'en retourna dire cela à la bonne femme, qui s'avisa qu'il avait mangé de sa couleuvre ; elle lui souôia dans la bouche, et depuis ce moment il n'entendit plus le langage des oiseaux. .
(Conté par J. M. Comault, du Gouray, 1881.)
Si on a sur soi un hro (langue) de couleuvre, on est sûr d'avoir de la chance (S.-D.).
Il faut ramasser le piquet sans tuer la couleuvre, l'envelopper dans un drap, le mettre dans sa poche, et si on joue, on a de la chance (P.).
Pour confondre les charlatans, il faut prendre le piquet d'une couleuvre, sans lui faire de mal, et le mettre dans la poche d'un ami, sans qu'il
s'en aperçoive ; on le coud entre la doublure et Tétoffe (P.).
La peau de couleuvre appliquée sur une blessure amène une prompte guérison (E.).
La couleuvre dans Us contes
La Couleuvre, ire série, n^ xxiv, est une fée •qui a pris cette forme.
Dans un conte inédit de ma collection,, une <:ouleuvre vient à bord d'un navire ; elle donne des conseils au capitaine, et un jour que le vaisseau était attaqué par des sauvages, elle leur jette 5on venin, et ils en meurent tous. Un autre récit inédit parle d'une fée métamorphosée en couleuvre, qui est tuée par un bûcheron au moment où elle allait piquer un homme qui dormait.
D'après un autre conte inédit que j'ai recueilli aux environs de Moncontour, une Margot la Fée a une fille qui, à un certain jour de l'année, est condamnée à passer toute la journée sous la forme d'une couleuvre. Sa mère va trouver un paysan et lui dit de se placer i un endroit qu'elle •désigne, et de tenir d'un soleil à l'autre la couleuvre cachée sous son bassin ; il le fait, et au 5oir, à la place du reptile, il voit une belle princesse.
LE CRAPAUD (Bufo, Laurenti) Noms patois
Crapé, crapiau (M., E.); crapaô, pi. crapaouXy crapaoû, crapiaoux (S.-D.); grape^ fém. (P.).
Labourer, c'est, en certains pays, soulever les crapiaux. Dire de quelqu'un qu'il soulève les crapiaiiXy c'est dire qu'il est laboureur (S.-D.)-
Proverhes et Dictons
— r bouze des barbes comme un crapaud qui va aux frases (fraises) (E.).
— Sauter comme un crapaud d'Uzé (M.).
— Les crapauds de Pless'la.
Ce sobriquet vient de ce que les gens de Plessala s'appellent entre eux « crapaud », comme d'autres diraient : « mon gars » ou « mon ami ».
— r n'est pas si mal à tuer qu'un crapaud :
cinq jours après qu'il a sa tête coupée, n'on li voit les yeux comme à un luzard (M.).
Croyais et Superstitions
Les crapauds passent pour annoncer la pluie ; on leur dit alors :
Saute, crapaud; Nous aurons dTeau (M.).
Cf. Rolland, p. 49.
Ils chantent :
Clouk I clouk I pour l'annoncer (P.).
Ainsi que tous les animaux à sang froid, le crapaud est un objet d'horreur et de crainte. Vers Bécherel, on prétend qu'il est mortel pour l'homme. A Plévenon, on raconte qu'une femme ayant baratté du lait dans lequel se trouvait un crapaud, tous ceux qui en mangèrent moururent.
De même que la couleuvre, il passe pour téter les vaches (P.).
Aussi, quand un paysan en voit un, il se hâte de le tuer. D'après le Bulletin de la Société protectrice des animauXy V, 258, cité par Rolland, « en Ille-et- Vilaine, lorsqu'on rencontre un crapaud, on l'exécute de la manière suivante : on le place sur l'extrémité d'une planche, et le patient est ainsi lancé à une grande hauteur. Comme il a la vie très-dure, il n'est pas mort du premier coup ; on recommence deux ou trois fois, puis ou le perce d*un bois bien pointu, et, ainsi empalé, on l'expose au soleil pour terminer sa malheureuse existence. » Je me suis assuré que cette exécution avait lieu fréquemment.
La même coutume cruelle existe dans le Finistère, le Centre^ la Loire, etc. (cf. Rolland, p. 50; Desaivre, Croy.^ p. 28).
Voici un jeu qui porte le nom du crapaud et qui avait lieu naguère :
Quand la tâche, siuxfilouds, était finie de bonne heure, on demandait aux nouveaux venus :
— Sais-tu comment on mène le crapaud à son pertus (trou) ?
— Non.
— Monte sur mon dos.
Quand le garçon était monté sur le dos de celui qui devait lui enseigner le jeu, celui-ci se mettait à quatre pattes et disait i l'autre de tâcher d'allonger aussi ses mains et d'appuyer sur la terre pour le soulager. Un troisième garçon avait embrené un bâton et le passait entre les jambes de celui qui faisait le crapaud. Le naïf qui était sur son dos n'apercevait pas le bâton embrené; il mettait la main dessus, et les autres se moquaient de lui en se bouchant le nez.
(Conté par J. Legendre, de Samt-Brieuc-des-IflFs.)
Si on coupe un crapaud avec une faucille, le tranchant de l'instrument sera en meilleur étaî pendant toute la moisson (E.).
Quand on voit un crapaud, il faut le tuer; sinon, à quelque distance que soit enterrée la personne qui l'a vu, il va sur sa tombe jeter du venin
Si on blesse un crapaud sans l'achever, oa dit : — Vas bédé là (fait une sottise), mo vieux, forée
ééu Vkhuer bien, pasce qu'i* vienrc^ coucher o té d'ser (S.-D.).
Ea B4<se<BrtttagM (cf, GakrU hnt.^ t, III, p. iji)» ci on blesse «m ciapaud sani {'««bever, on 4 U fièvre, et l'on ne peut s'en dèbsmsser que si on k tue.
Mais sa vengeance n*est pas toujours aussi anodine ; aussi dit-on qu'il faut bien se garder de ne pas le tuer tout à fait. La même croyance existe dans la Loire-Inférieure (cf. ^fél., col. $55).
Le crapaud qui a été mart3rrisé se traîne jusqu'à la maison de celui qui Ta blessé, et il Tétouffe dans son lit (P.).
Un homme avait coupé les deux cuisses d'un crapaud. Trois ans après, comme il dormait sous un chêne, le même crapaud vint lui monter sur les jambes. Les compagnons du dormeur riaient comme des fous; mais quand le crapaud fut arrivé aux reins, il s'écria, et Thomme mourut (S.-C).
Un faucheur avait par mégarde coupé avec sa faux la patte de derrière d'un crapaud. Le lendemain matin, il trouva auprès de sa maison le crapaud, qui était venu de la prairie, assez éloignée, pour se venger, mais n'avait pu entrer.
Un homme était couché dans une fonère^ pour dormir. Ses camarades, qui étaient éveillés, vi-i> rent un crapaud monter sur lui. Quand il fut arrivé à l'endroit du cœur, il s'écria trois fois, se
dressa sur ses pattes de derrière, et Phomme ne se réveilla plus : il était mort.
Cette histoire se trouve en d'autres pa3rs, et on la raconte un peu différemment à Saint-Brieuc-des-I£Es. On dit que l'homme avait fait exprès de couper la patte au crapaud en étaupinant sa prairie, et qu'au moment de la faucherie le crapaud vint pour se venger. Sur les vengeances du crapaud, cf. Gubematis, t. II, p. 401.
Où il y a de gros potirons (champignons), il y a de gros crapauds (E.).
Cependant on paraît lui accorder quelque utilité : il passe pour prendre le mauvais air (S.-C.)» ou ramasser le v'iin de la terre (P.).
Cf. A Luchet, Souvenirs de Jersey ^ p. i$o. On trouve la même croyance dans le Loiret, le Poitou, etc. (cf. Rolland, p. $1, et Souche, Croy.^ p. 28).
Dans un de mes contes intitulé ; Lr roi des Crapauds, le crapaud, auquel la grenouille reproche sa laideur, lui répond :
— Si je suis laid, je ramasse le venin de la terre, et je purifie l'eau qui te nourrit.
Si on applique un crapaud vivant sur un cancer, il le suce, et l'homme qui Ta est guéri (E.).
Cf. une croyance analogue dans Rolland (Charente), p. 82.
Si l'on veut qu'une personne s'endorme, il faut mettre un crapaud mort à sécher aux rayons du soleil, prendre un de ses os, le moudre et en introduire la poudre dans une tabatière; ceux qui
■priseront resteront vingt-quatre heures sans se réveiller (P.).
Jji crapaud dans les contes
Il est question de crapauds dans plusieurs de mes contes : Ix Crapaud à bord (Contes des marinsy no II) est une princesse métamorphosée en •crapaud, et qui cesse de le devenir en passant la patte dans un anneau magique. Le roi des Crapauds et la reine des Grenouilles (2e série, n© xxx) n'a rien de commun avec une légende recueillie dans rille-et-Vilaine par M. Orain et reproduite par Rolland, p. 56etsqq., sous le titre du Crapaud qui se marie.
Voici deux autres contes où le crapaud a une apiparence diabolique :
Le crapaud qui parle
Il y avait une fois deux garçons qui allaient voir une fille ; un soir ils rencontrèrent sur leur route un gros crapaud qui sautait à côté d'eux, et qui ne se sauvait pas à leur approche. Us se mirent à jurer; mais plus ils juraient, plus il sautait.
— Où allez- vous, malheureux? leur dit le crapaud.
— Voir les filles.
— Vous allez voir une fille qui est damnée ;
die a eu trois enfants qu'elle a tués à leur naissance.
Les garçons continuèrent leur route et allèrent, chez la fille: mais ils entendirent sous terre un bruit de tambours et de violons qui faisait trembler la maison ; alors ils eurent peur et partirent à s'en retourner. Ils trouvèrent encore le crapaud qui leur dit :
— Eh bien I retournerez-vous encore chez cette fille damnée?
H disparut, et le lendemain un des garçons alla raconter au recteur ce qu'il avait vu ;
— Le crapaud, c'est le diable, répondit le prêtre ; si vous retournez encore, il percera la. terre et vous emportera (S.-C).
La fille maudite
Il était une fois une petite fille qui avait été maudite par ses parents. Tous les jours, quand elle allait aux champs, un gros crapaud s'attirait de dessous terre et la suivait partout. Elle avait beau lui jeter des pierres et tâcher de l'effrayer; il ne se dérangeait point, et il la suivait aux champs comme son ombre.
Elle alla à confesse et raconta au recteur que tous les jours elle voyait un gros crapaud qu'elle ne pouvait chasser.
— N'avez-vous point été maudite? demanda le prêtre.
— Si, monsieur le recteur.
— Eh bien! venez demain à dix heures au presbytère.
Le lendemain, elle arriva à l'heure dite. Le [»iètre prit son étole et un vase d'eau bénite, et dit à la petite fille de sortir dans le jardin. Dès qu'elle y fut, le gros crapaud se mit à la suivre en sautillant ; mais le recteur passa son étole au cou du crapaud et lui jeta de l'eau bénite. Le crapaud disparut, et on ne le revit plus.
(Gjnté en 1880 par François Marquer, de Saint-Gist, monssey flgë de quatorze ans.)
Dans nn autre conte identique k celui-ci comme trame et comme dénoûment, le crapaud suit, non une petite fiUe qui a été maudite par ses parents, mais une fille mère qui s*est délMrrassée de ses neuf enjànts en les tuant.
Cf. dans Luzel, Ug. chrèi.y t. II, p. 179, une l^;ende où le crapaud poiu'suit un fils ingrat.
Dans un conte inédit de ma collection, il est parlé d'un château où tout le monde est malade,, parce qu'il y a un crapaud sous im lit. Le héros du conte, Petits-Yeux, tue un coq et répand son sang auprès du lit, et le crapaud s'éloigne en sautillant. J'ai pu constater l'horreur que k présence d'un de ces animaux sous un lit inspirait â des marins.
LA GRENOUILLE (Rama, L.)
Noms patois
Guernoutîle (E., M); le têtard se nomme téeta; batouè, à cause de sa forme, qui rappelle celle du battoir (S.-D.); palette (Plaine-Haute, Saint- Brieuc) ; petite loge (P.) ; chboché (D.) ; les œufs de grenouille, couvin d* grenouille (S.-D.) ; couvan
Interprétations du langage des grenouilles
Un homme passait sur la chaussée d'un étang ;
il entendit les grenouilles l'appeler par son nom
et lui dire :
Malard,
D'où t'en viens-tu si tard ?
— D'où j'ai affaire, bougresse ! répondit-il. Et les grenouilles de répéter très-vite :
Affaire, affaire, affaire, etc. (E.).
J'ai perdu mon rosaire :
Qjii qui l'a trouvé ?
— Ce n'est pas ma,
— Ni ma, ni ma, ni ma, etc. (Saint-Brieuc-des-Ifis).
Le roi est kué ; qui qui l'a kué (tué) ?
— Ce n'est pas ma.
— Ni ma, ni ma, ni ma (très-vite).
— 'Qjii qui f ra la cuisine ?
— O ne s'ra pas ma.
— Ni ma (plusieurs fois et très-vite).
— Q.ui est-ce qui ira es noces ?
— Ce sera ma (plusieurs fois et très-vite).
— Qui lavera Tz écuelles ?
— Ce n'sera pas ma.
— Ni ma, etc. (ut supra).
— Qiii a cassé la baratte ?
— Ce n*est pas ma.
— Ni ma, ni ma, ni ma, etc. (très- vite).
(iuand elles sont toutes ensemble, il y en a une qui demande :
Qui qu*a cassé la ribotte? (bis)
Elles répondent toutes ensemble :
Ni mé, ni mé (moi).
Les bourgeoises disent aux cuisinières :
Pèle les oeufe (bis), Tu auras la coque et mé les moyeux.
Autre langage :
— Apperche-té, apperche-té ; Monte sur mon dos.
— Tu m'écrases.
— Mais ouab 1 mais ouah !
Qjiand les grenouilles parlent ce dernier langage, on peut s'assurer qu'il fera beau temps
Croyances. — Superstitions. — Jeux
Q.uand on entend chanter les grenouilles, c'est signe de beau temps (E.).
Cf. Souche, Croy., p. 4 (Poitou).
Si on entend au mois de mars les grenouilles chanter le soir, c'est signe de beau temps ; si elles chantent au midi, c'est signe de pluie (S.-C).
La grenouille dit au crapaud : « Il fera beau temps demain. » Le crapaud répond : « Tempête dans huit jours » (S.-C.)*
Habasque, t. II, p. 45, cite un texte d'où il appert que dans les Côtes-du-Nord on faisait parfois battre l'eau pour faire taire les grenouilles. Vers 1688, au jour de la Vigile de saint Jean- Baptiste, les propriétaires de deux maisons étaient obligés de battre l'eau d'un ruisseau près de la résidence seigneuriale en disant ces paroles :
Renouesselles, taisez-vous (trois fois).
Monsieur dort ; laissez dormir monsieur.
Ils étaient tenus ensuite de se transporter au manoir et d'y déclarer qu'ils avaient fait leur devoir ; que les grenouilles ne disaient plus rien^ et qu'elles ne faisaient plus de bruit.
Cette servitude s'appelait le dépry des grenouilles.
Cf. dans Rolland, p. 7a, un autre texte où il est question de cette servitude fiodale.
A Ercé, il est de tradition que les anciens
seignçurs du Bordage obligeaient les paysans à happer Teau des fossés du château pour empêcher les grenouilles de coasser.
Qpand il y a besoin d'eau, les grenouilles montent dans les chênes pour en demander, et elles Client : Coax 1 coax 1 (P.)
Il y a en Haute-Bretagne un jeu qui se nomme écaisser (déchirer) la grenouille. Il a été décrit dans un conte de Paul Féval intitulé La Grenouille (Contes bretons, p. 149, 155, i$8).
Si on peut se procurer une grenouille verte, il iaut la mettre dans une pannette percée de petits trous. Ensuite on met la pannette et la grenouille 4ans une fourmilière. Mais comme on ne doit pas entendre la grenouille jeter un cri, on s'éloigne de ce lieu le plus tôt possible. Elle est aussitôt dévorée par les fourmis ; on prend tous ses os ; on les met dans un ruisseau. Parmi eux, il y en a un qui remonte le courant ; c'est celui-là qu'on doit ramasser; on l'écrase et on le réduit en poudre qu'on mêle dans du tabac à priser, et on en offre A la jeune fille que l'on veut enchanter. Une fois qu'elle a aspiré la prise, elle ne se connaît plus, et elle suit celui qui l'a enchantée.
(Conté par J. M. Comault, du G^uray.)
La grenouille dans les contes
Plusieurs contes populaires mettent en scène
les grenouilles, entre autres : Le roi des Crapauds et la reine des Grenouilles^ 2© série, n» xxx; L'enfant qui entend le langage des bêtes, np xxv (grenouille qui a avalé une hostie). Dans un autre conte inédit, variante de celui-ci, une grenouille a avalé Fhostie qu'une dame a vomie dans un étang, et pour ravoir l'hostie on ouvre la grenouille, qui était plus grosse que les autres.
LE LÉZARD (Lacerta agilis)
Noms patois. — Proverbes et Dictons
LouisardiE.) ; veurdet (Bécherel) ; /«^(ari (Saint- Briac, D.) ; lée^a (S.-D.). Le lézard vert se nomme vert-creux.
— Le luzard aime ben Ts hommes, mais i' saute à la crasse- (visage) es femmes (Saint-Briac).
— Des yeux de luzard vif (D.).
Superstitions et Croyances. — Conte
Aux environs de Moncontour, le lézard vert est redouté à l'égal de la vipère.
Une superstition analogue existe dans l'Yonne (cf. Rolland, p. is).
Si le lézard pique les vaches au nez, elles crèvent (E.).
Le lézard passe pour sucer le sein des femmes et les faire ainji maigrir. Une bonne de ma belle-
mère, nommée Gabrielle Leray, de Gosné, racontait qu'étant petite et gardant les vaches, elle avait apprivoisé un lézard qui venait familièrement sur elle et entrait sous son « mouchoir de cou ». La petite maigrissait; on lui demanda si elle n'avait rien d'extraordinaire, et elle raconta qu'elle mettait souvent un lézard sur sa poitrine, mais qu'il ne lui faisait rien. Les parents dirent que sûrement le lézard suçait les seins à la petite fille ; ils le tuèrent, et aussitôt elle engraissa.
Le lézard est l'ami de l'homme, mais non de la femme. Un jour une jeune fille qui gardait ses vaches vit un lézard vert à qui elle jeta des miettes de pain ; le lendemain, elle en fit autant, et le lézard était habitué à elle. Mais un jour qu'elle n'avait pas de pain, il lui sauta à la figure, et il allait la dévorer, quand des gens survinrent qui chassèrent le lézard.
Une autre fois un homme dormait dans l'herbe, et il y avait un aspi* mortel (vipère) qui s'approchait pour le mordre. Un lézard, qui vit le danger, se mit à courir sur l'homme et lui chatouilla les oreilles, et le dormeur se réveilla à temps pour n'être pas piqué.
(Conté en 1880 parj. Legendre, de Saint-Brîeuc-des-Iflfe.)
En beaucoup de pays de France, le lézard passe aussi pour être l'ami de l'homme. La même croyance existe en diverses contrées d'Europe, et même en dehors (cf. Rolland, Les reptiles.
t. III, p. II et 15; Gubernatis, Mythohjpe ^oologiqut, t. II» p. 409; Souche (Poitou), Cray., p. 27).
Dans les contes populaires, le lézard se montre reconnaissant quand Thomme lui a rendu service (cf. Point du jour, 2e série, no xxxviii).
L'ORVET (Amgvis fiugilis, L.)
Noms patois
Anva, anvatUy anvat, anvé (M., E.); lanvert (Saint-Brieuc).
Cf. le breton anv (serpent), et dans Rolland tout une série 4le mots patois où le radical anv entre eu composition.
Superstitions
A la campagne, on tue cet inofFensif petit reptile, qui passe pour dangereux; on croit qu*il est aveugle, d'où ce dicton :
Si an va vayait (voyait), Si sourd entendait, Homme su' terre ne vivrait.
Il se retrouve à peu près dans toute la France (cf. Rolland, ^. 20-21 ; Laisnel de la Salle, t. I, p. 24$, et t. Il, p. 199).
a Dans certains cantons, on ne croit pas que l'orvet soit aveugle, 'puisqu'on assure que son regard peut donner la mort. On dit aussi qu'il a deux tètes, dont Tune veille tandis que l'autre dort. »
(Journal d'Agriculture d'IlU-et-Filairu, cité par Rolland.)
LA SALAMANDRE (S^&manora maculosa, Laurenti)
Noms patois, — Proverbes
Sourd (E., M.); sourd-gare (Ille-et- Vilaine) ; gendarme (S.-D.).
— Il est comme un sourd, i' ne démord pas
— Jaune comme un sourd (S.-D.).
— r oit (entend) dur comme un sourd (M.).
Si anva vayait, Si sourd entendait.
Homme sur terre ne vivrait.
Cf. des dictons analogues dans Rolland, p. 20 et 78.
Croyances et Superstitions
Les sourds et les taupes sont les deux plus mauvaises bêtes de la terre (E.).
Cette croyance, qui se retrouve dans Pline (liv. xxix, ch. 23)» existe aussi en Berry (cf. Laisnel de la SaUe, t. I, p. 199).
Le sourd passe pour s'introduire dans les écuries pour pomper le lait des vaches (Calorguea).
Un homme dormait dans un champ pendant Tété; ses compagnons aperçurent un sourd qui tournait autour de lui plusieurs fois de suite.
— Regardons, dirent-ils, ce qu'il veut faire. Et de peur qu'il ne fît du mal à leur camarade,
ils le couvrirent de leurs habits.
Tout d'un coup, ils ne virent plus le sourd, et quand ils voulurent réveiller l'homme, il était mort. Ils allèrent chercher un médecin (?) qui leur dit que, lorsque le sourd faisait le tour de l'homme, c'était pour chercher l'endroit où piquer le cœur.
(Conté en 1880 par Scolastique Durand, de Plévenon.)
Une superstition analogue existe en Normandie (cf. Rolland, p. 80).
Si une femme qui a ses règles se couchait et s'endormait au-dessus d'un endroit où une sourdechaude (femelle de sourd) est sous terre, elle serait estropiée de quelque membre, si la sourde n'était pas à plus de sept pieds sous la terre.
(Conté en 1880 par Joseph Legendre, de Saint-Brieuc-des-Iffs.)
Il est dangereux de se coucher sous des châtaigniers et surtout sous des noyers, car il y a des sourds entre leurs racines.
Un homme qui s'était ainsi couché avait eu mal au bras ; il alla trouver un reboutous, qui lui dit que si le sourd avait été un pied plus près de la terre qu'il n'était, son bras aurait été estropié.
Les sourds n'ont pas besoin de toucher pour faire du mal (E.).
Une femme avait avalé un sourd ; elle enfla, et le devin qu'elle consulta lui conseilla de placer dans son soîier (grenier) un bassin plein de lait et
de se mettre au-dessous d'un trou pratiqué dans le plancher. Dès que le sourd sentit le lait, il quitta la femme et sauta dans le grenier (P.).
LA TORTUE (Testudo)
Nom patois. — Superstition. — Contes
Teurtue (S.-C).
Une charrette peut passer dessus n'importe comment, sans Técraser (E.).
Dans un de mes contes populaires de la Haute- Bretagne, La Bergère des champi, op ii, une princesse est métamorphosée en tortue; dans la 2e série, La vieille qui veut rajeunir y no XLi,'est aussi changée en tortue pour avoir insulté les fées.
LA VIPÈRE (Pblias bekvSj Merrem)
Noms patois. — Superstitions. — Contes
Viper ey masc. aspi^ mortel (E.); espi (P.).
Quand on a blessé une vipère et qu'elle n'est pas tuée, il faut mettre du lait devant elle. Elle siffle ; alors toutes les autres vipères accourent pour boire le lait, et on les tue (E.).
Si on peut écraser la tête de la vipère qui a
i44 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
mordu et la mettre sur la morsure, on est bientôt guéri (S.-C).
La même croyance existe en beaucoup de pays (cf. Rolland, p. 29).
Un aspi' était sauté au sein d'une fille et la tétait; elle ne savait comment lui faire lâcher prise. On lui conseilla de monter à cheval sur une jument; quand la jument pissa, l'aspic lâcha la fille, croyant que c'était du lait, et elle en fiit ainsi débarrassée (P.).