MÊME LÉGENDE
(Version des Mangeurs- de-Cariboux de la baie d'Hudson, fleuve Churchill.)
Une jeune fille trouva un petit enfant, dans le pays des Cariboux (Ytithen). Il était couché dans un peu de mousse, au bord d'un fleuve (NtUn).
Cette fille, abandonnée elle-même par des parents barbares, ramassa l'enfant, l'enveloppa d'une peau de renne, et résolut de lui sauver la vie.
Tous deux vivaient bien misérablement, ne se nourrissant que de racines et de fruits dont elle exprimait le jus dans la bouche du pauvre petit. Aussi l'enfant ne grandissait pas, et la fille disait :
— Si du moins il pouvait grandir vite, il aurait soin de moi quand je serai vieille.
Elle ne savait pas que ce petit enfant était un magicien puissant.
Un jour qu'elle pleurait amèrement, n'ayant rien à manger, l'enfant, qui n'avait jamais fait que balbutier, lui adressa la parole en ces termes :
— Ne te lamente pas. Je sais où il y a du poisson. Tu as été bonne pour moi; je le serai aussi pour toi.
Surprise d'entendre parler son nourrisson, la jeune fille le regarda, et elle crut voir la peau de renne qui le couvrait briller comme une flamme, tandis qu'une autre flamme entourait sa tête.
— Écoute, continua l'enfant, bientôt les Dènè seront heureux plus que jamais; les rennes, obéissant à leur voix, viendront d'eux-mêmes se faire tuer et ne chercheront plus à fuir.
Quelques saisons s'écoulèrent ainsi, et l'enfant demeurait de taille exiguë; mais la jeune fille n'était plus misérable. Il lui découvrait le poisson lors même qu'il se tenait caché sous la glace.
Un jour, l'enfant eut le désir d'aller se divertir dans la forêt. Elle lui chaussa ses petites raquettes, et il partit sans dire où il se rendait.
Le soir venu, il ne reparut pas. La pauvre fille, voyant la nuit venue, se mit à pleurer et à se lamenter sur son malheureux sort, croyant son fils adoptif mort de froid ou égaré, lorsque tout à coup celui qu'elle croyait perdu se trouva à ses côtés et déposa à ses pieds une grande quantité de langues de renne.
Au même instant, la forêt fut tout illuminée, car le monde accourait au-devant de Bé-tsuné-Yé-
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nelchian avec des torches en main, faites de branches de sapin fendues, afin de le féHciter de l'heureux succès de sa chasse, et de lui rendre hommage.
Alors l'Enfant-Puissant, étant monté au sommet d'une butte rocailleuse, dit aux Dènè qui l'entouraient :
— Je ne vivrai plus longtemps désormais. Puis, se tournant vers sa bienfaitrice :
— Dorénavant, lui dit-il, les Dènè s'adresseront à moi dans leurs besoins. C'est toi que je charge de leur faire connaître mes volontés. Quiconque s'adressera à moi obtiendra mon secours, et je lui enverrai des rennes, afin qu'il vive dans l'abondance.
A peine Bé-tsunè-Yènelchian eut-il fini de parler, qu'on entendit un grand bruit dans la forêt.
— Allons, dit-il, le moment est venu. Un grand peuple m'attend au détour du Grand-Lac. Il vient me chercher pour me conduire en des lieux que vous ignorez. Partons.
La jeune fille éplorée suivit son petit compagnon. Arrivés au détour du lac Athabasca, elle aperçut une multitude d'ours ÇSas)^ de toutes couleurs, noirs, gris, blancs et fauves qui s'empressèrent de rendre hommage à l'Enfant- Puissant.
Alors, jetant un dernier et affectueux regard sur
sa compagne bien-aimée pour lui dire adieu, Bé-tsunè-Yémlchîan s'avança hardiment au milieu des ours et s'incorpora à eux. On ne le revit plus jamais.
Mais jadis, dans notre jeune temps, nous n'allions jamais à la chasse sans invoquer cet Enfant de bénédictions.
Maintenant on peut le voir dans la lune où nous l'appelons Ya-tpèth-nanttay : Celui qui est venu en traversant le ciel.
Racontée par le même Dènédégouiyé .
OLTSIN-TpÉDH
(opérant-baton) Légende Couteau-Jaune.
Oîtsin-tpédh : Celui qui opère par la baguette, était un magicien puissant. Il faisait des prodiges au moyen d'un bâton, et c'est de là que lui vient son nom.
Un jour, le Grand Ennemi lui enleva ses deux sœurs.
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 399
— Tu n'es pas un homme, lui dit-on, puisque tu te laisses ravir tes parents.
Alors il s'irrita contre celui qui l'invectivait, il le frappa, et, sans le vouloir, il le tua.
Après ce malheureux coup, il se leva et dit :
— Il faut cependant que je délivre mes deux soeurs.
Aussitôt il partit, accompagné de son frère, pour se mettre à leur recherche.
Comme ils cherchaient chacun de leur côté, ils convinrent d'un signal pour se retrouver; car ils vivaient parmi leurs ennemis, les Eyunnè (fantômes, fous, femmes publiques). Oîtsin-trJâh suspendit donc une crécelle à la cime d'un arbre, afin que, le vent l'agitant, elle fût entendue des deux frères qui s'en revenaient camper en ce lieu.
En cherchant leurs sœurs, les deux frères arrivèrent dans une contrée dont les habitants ne se nourrissaient que d'une gomme blanche. Ils ne purent séjourner en ces lieux parce que ce mets les dégoûtait.
Étant partis de là, ils vinrent dans un pays dont le peuple se nourrissait de grives. Oltsintpèdh tendit pour ce peuple-là ses filets à oiseaux, et, d'un seul coup, il prit une quantité prodigieuse de grives. Mais, comme il ne trouva pas ses deux sœurs en ce lieu, il passa outre.
Il arriva alors dans une contrée dont les habitants étaient comme des lièvres. Ils vivaient dans une obscurité profonde, dormant sans cesse. Il produisit pour eux la lumière, en jetant au feu des yeux de lièvre (i); puis, il les métamorphosa en hommes.
Enfin, il parvint à une vaste tente, celle du Grand Ennemi, chef des Eyunnè, et ravisseur de ses sœurs, qui se désolaient en ce lieu, dans une dure captivité.
Ce jour-là, le Grand Ennemi était absent ; il était parti pour la chasse. Oltsin-toèdh dit donc aux deux femmes :
— Voici que je viens pour vous délivrer. Suivez-moi.
Elles se levèrent et le suivirent ; mais elles firent quelque difficulté, disant :
— Ah ! mon frère, ton beau-frère, notre ravisseur, est terrible et puissant. Il va peut-être nous arriver malheur de notre fuite.
Cependant, sur ses vives instances, elles le suivirent. Quand le Grand Ennemi revint, et qu'il n'aperçut plus ses deux femmes esclaves, il
(i) Il y a ici un jeu de mots tel qu'il s'en trouve un grand nombre, incompris du vulgaire, dans ces légendes Dènè. Yeux de lièvre se dit l-ha-ia, mais ékha-ta signifie le prépuce. Il s'agirait donc ici de la circoncision en termes voilés aux gens non initiés.
DES DÈNE TCHIPPEWAYANS 4OI
entra dans une colère terrible et se mit aussitôt à leur poursuite, leur tendant embûche sur embûche, par le pouvoir de sa médecine ; car il était lui-même un grand magicien. Mais Oltslni-Jdh les déjoua par son pouvoir plus grand encore.
Le lendemain matin donc, en s'éveillant, ils se trouvèrent au fond d'un précipice, dans une crevasse de rochers très profonde.
— Ne vous épouvantez pas, dit Oltsin-trJdh à ses sœurs, confiez- vous à moi. Recouchez-vous et dormez, car je n'opère que lorsqu'on ne me voit pas.
Elles se recouchèrent et aussitôt, lui, par la vertu de sa baguette, les tira hors de l'abîme en faisant s'élever le fond du précipice jusqu'au niveau du sol environnant.
La seconde nuit étant arrivée, ils campèrent dans le désert sans arbres. Mais, à leur réveil, ils se trouvèrent au milieu des eaux, sur une petite île déserte. Les deux sœurs se désolaient :
— Ce n'est rien, leur dit Oltsin-tcèdh, couchezvous et dormez.
Ce disant, il fit surgir une chaussée entre Tîle et la terme ferme; de sorte que, à leur réveil, ils traversèrent tous quatre le lac à pieds secs.
A la fin de la troisième nuit de bivouac, ils se trouvèrent enterrés dans un grand marais bour-
beux. Les deux sœurs n'en pouvaient plus. Le Grand Ennemi était si mauvais ! Que faire ?
— Recouchez-vous encore et dormez, leur dit de nouveau leur frère avec confiance.
Aussitôt, par sa puissance, il forma à travers le marais une chaussée de sable dur et sec, sur laquelle ils traversèrent ces eaux fangeuses.
Enfin, voyant qu'il ne pouvait venir à bout à'Oltsin-tpèdh, le Grand Ennemi le laissa partir en paix, ainsi que ses sœurs. Alors lui-même dit à son frère cadet :
— Viens avec moi, je vais tuer tous ces hommes ennemis ; après quoi, je les ressusciterai et les rendrai bons.
Il se dirigea donc vers une grande montagne, qu'ils gravirent tous deux. Il y tonnait affreusement. Au milieu de la foudre, OUsin-tpèdh ramassa deux pierres de tonnerre, plates et lisses, et les ayant jetées parmi ses ennemis, il les frappa de mort sur-le-champ.
Alors il descendit de la montagne. Mais arrivé tout au pied, il y trouva la vieille femme qui l'avait élevé affolée et dansant. Elle chantait, la vieille, elle dansait, en disant :
— Mes chants sont nombreux. Je connais un grand nombre d'hymnes.
Et ce disant, elle dansait comme une folle. Or cette vieille, c'était un renard déguisé et meta-
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morphosé en femme. Olisin-tpèdh la frappa sur la tête de son bâton et la renversa sans vie. Après cette action, il vécut encore fort longtemps. La vieillesse seule en vint à bout, dit-on .
Racontée par Tsépan-khé, Couteau-Jaune, au Grand-Lac des Esclaves, en 1864.
OTTSIN-TpESH
(légende des dèkè d'athabasca.)
Un homme vivait avec ses parents, lorsque les Flancs-de-Chien, ayant combattu et détruit entièrement ces derniers, cet homme demeura seul et se sauva. Sur une haute montagne rocailleuse et à pic, il grimpa et demeura.
Les Flancs-de-chien entourèrent la montagne, afin qu'il ne pût leur échapper.
Ils décochèrent sur lui toutes leurs flèches sans pouvoir l'atteindre. Mais à la fin, comme cet homme demeura fort longtemps seul au sommet de la haute montagne, ils jugèrent que leurs flèches l'avaient atteint, qu'il en avait été blessé, qu'il était mort, et qu'ils pouvaient lever le siège
de ce rocher. Ils s'en allèrent donc loin de ce lieu.
Cependant cet homme, nommé Ottsin-t^^esh, demeurait toujours sur la montagne et était parfaitement en vie. Alors il descendit de son fort, et alla retrouver sa sœur qui, elle aussi, avait échappé au massacre de son peuple, et il vécut avec elle.
Alors, sur ces entrefaites, Ottsin-tpesh, dans le dessein de se venger de ses ennemis, se mit à fabriquer une grande lance. Sa sœur en avait peur, mais lui ne tua point sa sœur.
— Ma sœur, lui dit-il, ne crains point. Cette arme ne t'est point destinée. Ce sont ces Flancsde-chien, meurtriers de nos familles, que je veux tuer.
Alors sa sœur entra dans son plan et s'en alla en quête des Flancs-de-chien pour les attirer dans un piègv.\
— Parmi les Flancs-de-chien, dit-elle, je vais répandre une nouvelle, au lac des Petits-Poissons, sur le rivage, au pied de la Grande Montagne (i). Et ils s'y porteront.
(i) Il s'agit évidemment ici du Grand-Lac des Ours et de la montagne des Petits-Poissons. Voyez la légende Flanc-de-Chier, intitulée T'unè ou les Gens du Lac. Ceci est la confirmation de ce que prétendent les Peaux-de-Lièvre, à savoir que les Tchippeivayans faisaient jadis des incursions belliqueuses dans la vallée du Mackenzie.
DES DÈNE TCHIPPEWAYANS 405
Alors, le lendemain, de grand matin, elle se glissa dans le voisinage du camp des ennemis, et, contrefaisant le chant du petit oiseau appelé Ttsé-yaié, elle dit en chantant :
— Au bord du lac des Petits-Poissons, demain matin, les Dènè seront grandement satisfaits et contents par une belle nouvelle.
Alors, un vieillard quiTentendit dit aux Flancsde-chien :
— Ce petit oiseau dit la vérité assurément, à ce que je pense ; car il parle absolument comme un homme véritable.
Otîsint'tpesh dit à sa sœur :
— Sœur, ce vieillard, il nous faudra l'épargner.
Ayant dit ceci, le lendemain matin il massacra tous les ennemis, mais il épargna le vieillard ainsi que sa famille. C'est pour cette raison qu'il existe encore tant de Flancs-de-chien.
Alors, la descendance du vieillard s'étant de nouveau multipHée outre mesure, Otlsm-tpesh voulut encore les détruire ; mais il ne put en venir à bout, car les Flancs-de-chien furent plus forts que lui. Ils le prirent, le firent souffrir et finalement lui coupèrent la tête.
Mais cette tête, à leur grande horreur, continua à vivre et les poursuivait encore. Ils la jetèrent dans le feu. Le feu ne put la consumer. Alors,
croyant en venir à bout, ils la pulvérisèrent à l'aide d'une grosse pierre. Mais cette poussière du crâne d'Ottsin-tpesh se changea en une nuée de moucherons et de cousins qui se jetèrent sur les hommes et les mirent en fuite. Depuis lors, ils en sont toujours poursuivis.
C'est pourquoi, lorsqu'il y a grande abondance de cousins et de moucherons, les Dènè disent en proverbe :
— Voilà que la cervelle à'Ottsm-tpesh pullule encore; voyez donc ! Cet homme se mdlèfie (i).
Voilà la fin de cette histoire.
Racontée par Alexis Etitia-a\é, Sambos Frauco- Dènè-Cris, au lac des Hameçons, en 1880.
(i) J'invente ce néologisme, opposé au verbe se bonifier, afin de traduire aussi littéralement que possible le mot dènè dènè édeséliné (se rendre homme mauvais).
Cette légende n'est pas homogène ; le mythe ÔLOtisin-tush y perd du caractère qu'il possède dans les tribus du Nord, pour se souder à un autre mythe qui constitue le fond de la légende suivante que je tiens du même Indien, et qui est également propre aux Tchippewayans méridionaux. Voici cette tradition- Elle a un caractère éminemment asiatique.
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TTSÉKWII-NÂHDUDHI (la femme -serpent)
Une fois une femme demeurait avec sou mari, dit-on, eux deux tout seuls.
Pendant que le mari chassait, la femme faisait semblant d'aller bûcher du bois de chauffage, mais ce n'était pas tout ce qu'elle faisait.
Sous un gros arbre, dont le tronc creux était rempli de serpents, elle s'en allait ; et là elle avait des rapports avec ces reptiles. C'est, du moins, ce que l'on dit.
Le mari, étant très vexé et fâché des allures mystérieuses de sa femme, se rendit au lieu où elle avait coutume d'aller bûcher du bois, et aperçut un grand arbre fruitier (i) dont le pied était enfoui dans de hautes herbes.
Alors, en ce lieu, Dènè dit, en contrefaisant la voix de sa femme :
— Mon mari, voilà que je reviens pour toi.
(i) Cette particularité ferait cette légende originaire du Sud, où il existe des pruniers, des poiriers et des pommiers sauvages. Chez les Tchippewayûns, le noisetier est l'arbuste à fruits le plus élevé.
Hâte-toi donc de sortir et de venir vers moi en rampant !
Il dit, eraussitôt de gros serpents ayant surgi de l'arbre, il les tua tous. Alors il fit cuire le sang de ces reptiles pour le donner à manger à sa femme lorsqu'elle arriverait. Mais elle :
— Attends un peu, mon époux, fit-elle. Avant de manger, il est nécessaire que j'aille bûcher du bois.
Alors lui :
— Non, répondit-il, il y a encore assez de bois coupé. Mange d'abord, puis tu t'en iras au bois.
Elle lui obéit. Finalement, elle partit pour le bois, arriva à l'arbre, et voyant les serpents tués, elle entra dans une grande colère, et Dènè l'entendit qui criait :
— Hélas! ce mari-serpent que j'aimais tant, voilà qu'on me l'a tué.
Et elle ajouta à l'adresse de son véritable époux :
— Eh bien ! je ne veux plus que tu vives, toi aussi.
Étant revenue vers lui, celui-ci ne crut pas devoir mieux faire que de lui décharger un coup de sa hache de pierre sur le cou, et, de ce coup, il lui sépara la tête du tronc. C'est pourquoi elle mourut.
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Toutefois, elle soufflait encore sur Dènè en grimaçant, à ce que l'on dit.
Alors il se sauva à toutes jambes, et, étant arrivé sur le bord d'une rivière, il aperçut une vieille femme Sauterelle (Epoathen).
— Sauterelle, dit Dènè à la vieille, viens à mon aide et transporte-moi de l'autre côté de la rivière.
Aussitôt la vieille étendit les jambes et d'un bond lui fit franchir le torrent, dit-on.
La tête de mort, tout en poursuivant l'homme, parvint, elle aussi, sur le bord de la rivière, et dit à la vieille :
— Sauterelle, traverse-moi.
Et celle-ci la traversa, dit-on.
Cependant Dènè s'était couché, harassé de sa course éperdue, et dormait paisiblement sur l'autre rive.
— Ici, du moins, ma méchante femme ne viendra pas me trouver, pensait-il.
Mais tout à coup, s'étant réveillé sur le minuit, il aperçut encore à son côté l'horrible méduse qui lui lançait des regards affreux.
Alors, ne se possédant plus dans son épouvante, Dènè saisit sa hache, il se rua sur la tête de la morte, il la frappa, il en brisa le crâne, il la pulvérisa, dit-on.
Et néanmoins, de cette tête de femme, il sortit
de telles nuées de cousins et de moustiques, que l'homme en fut assailli et poursuivi le restant de sa vie, et que cette calamité dure encore.
Et voilà comment la femme, après avoir été le tourment de l'homme durant sa vie, continua encore de l'être après sa mort.
Telle est l'histoire de celle que l'on nomme la femme au Nâh-rampant {Ttsèkiuii-ndhdudhi).
Mais tous les Dènè ne la racontent pas de la même manière. Il en est qui rapportent que la tête de mort fut bien transportée par la Sauterelle, comme l'avait été l'homme, mais que la vieille bonne femme, étant parvenue, dans son bond, au milieu du cours d'eau, écarta tout à coup les jambes et laissa choir la tête dans le courant, où elle fut emportée et ne reparut plus jamais; et que depuis lors on n'a plus revu la femme-serpent. Mais nous pensons que ces conteurs sont des femmes, plus soucieuses de réhabiliter leur sexe que de rendre hommage à la cruelle vérité (i).
Racontée par le même, eu 1880.
(i) Dans l'Inde, Bhadra-Kali, la femme-serpent, la mère des maux et de la mort, l'incestueuse fille-épouse de Chiva, est figurée sans tête à la porte des temples ; tandis que l'on met sa ici,' dans tous les lieux habités, comme un talisman contre ses propres maléfices. — A Ceylan ou représente la mère des humains entichée d'un serpent.
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 4II
SA-KLU-NAZÉTTI (le soleil pris au lacet)
Un frère et sa sœur vivaient tout seuls il y a fort longtemps. Ils pourvoyaient à leur subsistance comme nous le faisons aujourd'hui, c'est-à-dire par la chasse et la pêche.
La sœur tendait chaque jour ses lacets sur les arbres de la forêt pour y capturer les faisans, les perdrix blanches, les hèvres blancs, et jusqu'aux lynx eux-mêmes.
Mais tant elle que son frère s'apercevaient avec terreur que les jours et les nuits se succédaient à intervalles de plus en plus rapprochés ; que les jours diminuaient sans cesse ; que le soleil (Sa) se montrait à peine, pour se dérober aussitôt sous le disque terrestre dans le Sud-Sud-Ouest, là où est la bouche de la terre (nni-odhae).
Ils comprirent alors avec efifroi que la terre allait se congeler, et que toute vie allait s'éteindre à sa surface.
Ils résolurent donc tous deux d'y mettre bon ordre. Un jour que la sœur avait tendu ses collets à lynx, comme d'ordinaire, sur les sapins de la forêt, elle aperçut dans l'un d'eux la figure
ronde et violacée du soleil qui s'y était pris et s'y étranglait.
Elle en avertit son frère; ils accoururent pour s'emparer de l'astre rétif et l'étrangler tout à fait. Mais lui, les implorant pour sa vie :
— Si vous me laissez vivre, leur dit-il, désormais j'allongerai ma course, je ferai grandir les jours et je répandrai de nouveau la vie avec la chaleur sur la terre.
A cette condition, ils le laissèrent repartir, et c'est depuis cette époque, dit-on, que l'on voit le soleil briller si longtemps à la voûte des cieux (i).
Racontée par Alexis Eiina-aié, tchippewayan d'Athabasca, en novembre 1880.
TSANTSANÈ-ÉUL'HAN
(l.A DÉCOUVERTE DU MÉTAl)
Tradition des Dènè-Cuivres.
Un Otpelnah (Ennemi des Pays plats, Esquimau) enleva une femme Dènè et l'emmena au
(i) Comparer avec la légende des Tuamotou, de Mânl et Rii (R.-P. Monthiton, Miss, cath., 1874, p. 343), ainsi qu'avec celle des Taïtiens (L. Gaussin, Tour du monde, 1860, p. 302).
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 413
loin, de l'autre côté de la mer de glace. Il l'épousa et en eut un fils, dit-on. Mais, quoiqu'il la traitât bien, la malheureuse supportait mal son esclavage. Elle ne songeait qu'à s'évader. Après avoir attendu longtemps, il se présenta enfin à elle une occasion favorable qu'elle s'empressa de saisir : à l'occasion d'une fête, il y eut une orgie, on dansa et l'on se fatigua beaucoup. Aussitôt, elle profita du sommeil profond dans lequel la peuplade était plongée pour se jeter dans un Umiak avec son enfant, et se confier à la mer.
Mais elle ignorait d'autant plus de quel côté elle devait se diriger pour regagner sa patrie, que son ravisseur lui avait, en partant, voilé la tête dans sa propre couverture. Elle ignorait donc la route qu'il lui faudrait suivre pour regagner le territoire Dènè. Toutefois, elle se dirigea vers l'Orient, et vogua toute la nuit sur la mer. Le jour suivant, elle rama encore.
Dans les parages qu'elle suivait, la mer, dit-on, est peu profonde et les îlots abondent. La pauvre femme s'en allait donc d'île en île, tout en cherchant sa nourriture. Quand la traversée était trop longue entre deux îles pour qu'elle pût la franchir en un seul jour, elle plantait, le soir, une longue perche dans le fond de vase au-dessus duquel sa barque de peau flottait, y attachait sa
barque, et, s'y couchant bravement, elle bivouaquait ainsi sur la mer.
La voyageuse répéta cette manœuvre pendant plusieurs jours, jusqu'à ce qu'elle atteignît un continent oriental où elle aperçut l'estuaire d'une très large rivière qui venait du soleil. Elle ignorait où elle se trouvait, par quelles gens elle serait reçue, et même si la terre où elle allait aborder était ou non habitée ou habitable.
Cependant elle ne savait trop en quel endroit prendre terre, lorsqu'elle vit un loup blanc {Yés) qui traversait l'eau à gué et se dirigeait vers le même rivage qu'elle. De temps à autre, l'animal se retournait vers la femme et semblait la convier à le suivre.
La voyageuse se décida à voguer sur les brisées du loup qu'elle comprit être son protecteur et sou Inkpanié (Ombre ou talisman, fétiche, nahuatl, bon génie), et elle le suivit.
Le loup disparut sitôt qu'il toucha au rivage. La femme aborda au même endroit, elle y abandonna son umîak, et, comme elle savait que le loup décèle la présence des fauves herbivores, elle se mit à la recherche d'une proie, et ne tarda pas à apercevoir un grand troupeau de rennes. Elle emmancha alors d'une longue perche une alêne en fer qu'elle possédait, et de cette lance improvisée, elle put, en se plaçant à l'affût sur
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le passage des rennes, percer un de ces animaux et le tuer.
La voyageuse, toute contente, dépeça alors sa proie, alluma du feu, fit rôtir les flancs du caribou, et se rassasia ainsi que son petit Esquimau de fils. Puis elle découpa le restant de la viande, dressa un boucan, y fuma sa venaison afin d'avoir des provisions de voyage, et se remit, pleine de courage, en quête d'une nouvelle proie.
Mais, comme le petit Esquimau, dans sa gloutonnerie, volait toute cette viande et la dévorait en cachette, pendant l'absence de sa mère, la femme Dènè abandonna cet enfant sans pitié, et partit toute seule pour retrouver son pays.
Ayant donc continué sa route, elle aperçut, le long du fleuve à l'embouchure duquel elle avait débarqué, une vive lumière au sommet d'une haute montagne. Il y brillait comme du feu.
La voyageuse voulut savoir d'où provenait cette clarté et ce feu, et elle gravit la montagne. Elle y trouva un métal rouge qui ressemblait à la fiente de l'ours frugivore ou du castor, et qu'elle appela de ce nom : Tsa-intsa7iné (fiente de castor) . Elle comprit que c'était ce métal qui produisait ce feu et cette lumière sur la montagne (i).
(i) Sars doute le volcan Saint-Élie, qui s'élève à l'embou-
La voyageuse ramassa de ce cuivre natif, et, continuant sa route, elle finit par arriver chez des hommes (JDène) qu'elle reconnut, à leur langage, pour appartenir au même sang que sa famille. Elle demeura donc avec ces gens-là, et leur dit :
— Vo3'ez le métal que j'ai découvert, sur ma route.
— Où donc? lui demandèrent-ils.
— Au bord de la mer occidentale, sur la montagne flamboyante, répondit-elle.
Les hommes s'y transportèrent donc ; ils trouvèrent, eux aussi, de ce métal précieux, ils en ramassèrent, ils en rapportèrent chez eux, ils en firent des couteaux, des alênes et autres instruments, et vécurent ensuite bien à leur aise grâce au métal que la voyageuse leur avait procuré.
Mais, un jour, ces hommes ingrats injurièrent celle qui était leur bienfaitrice. Ils voulurent lui faire violence et abuser de ses grâces. Alors elle se sauva, froissée jusqu'au fond du cœur. Mais eux la poursuivirent. Elle s'en fut donc jusqu'à la montagne qu'elle avait vue en feu, où elle s'enfonça et disparut sous terre avec tout le métal qu'elle leur avait procuré. On ne la revit jamais plus depuis lors.
chure de la rivière du Cuivre, dans la iner de Bering, lieu qui paraît être l'abord des Indiens Couteaux-Jaunes ou Cuivres.
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C'est là la fin de l'histoire de la Femme au métal (i).
Racontée par Ekunélyel, auGrand-Lac des Esclaves, en 1863.
LA FEMME AU MÉTAL (Version des Dènè du Lac Froid)
Il y a longtemps que des Esquimaux enlevèrent une femme, et, après lui avoir voilé la tête
(i) Les Kollouches, peuple à peau rouge et à tête déformée artificiellement, qui habite les bords du Pacifique, aux mêmes latitudes que les Dènè, racontent que « avant le déluge universel, un couple composé du frère et de la sœur se sépara du reste de l'humanité. Le firère révêtit, comme Atsina, Ratjonnè et Ayatç, la peau d'un aigle immense nommé ChelW et prit sou essor vers le sud-ouest.
« La sœur s'enfonça dans le cratère du volcan d'Edgecunibe, près de Sitka, et disparut dans les flammes. Depuis lors elle soutient l'axe terrestre ; tandis que son frère, devenu l'oiseautonnerre, accourt se percher au sommet du volcan aussitôt que ;a sœur, secouant le pivot du monde, produit des tremblements de terre. L'homme-aigle se nomme Ychl ou lell. » (W. Dall^ Alaska and Us ressources, p. 423, d'après von Wrangell, idem. ; Alph. L. Pinarî, les Atnahs.
pour qu'elle ne pût reconnaître sa route, repassèrent avec elle de l'autre côté de la mer.
Là, on lui donna pour mari un Esquimau, qui la rendit mère d'un fils; mais comme elle parvint à échapper à ses ravisseurs, elle chemina, dit-on, longtemps au bord de la mer, cherchant un passage pour traverser et revenir dans son pays (i). N'en découvrant aucun, elle s'assit pour pleurer.
Sur ces entrefaites, un loup s'étant approché d'elle, il se dirigea ensuite vers la mer, dans laquelle il entra résolument, n'a3'ant de l'eau que jusqu'au ventre. Elle comprit, à cette vue, qu'il existait un gué en cet endroit, et que le loup blanc était son génie tutélaire. Elle se leva donc, avec un nouveau courage, marcha sur les traces du loup blanc, et finit par traverser le détroH à gué, et par aborder sur la terre ferme, de ce côté-ci (2).
(i) Ceci semblerait faire supposer que la Nation du Cuivre, personnifiée par la voj'ageuse, aurait accompli le périple de la région arctique, dans un passé fort éloigné.
(2) Comparer avec la légende de la Femme Ainos, accueillie par un chien qu'elle prit pour époux. Elle est citée par M. de Chareney, d'après M. Rodolphe Lindau, Voyages autour du Japon, liv. V, p. 99. Paris, 1884. Seulement, les Aïnos font arriver cette femme de l'Occident sur un navire. {Les Hommes- Chiens, p. 5.)
Les habitants du Pégu, dans l'Indo-Chine, parlent, comme les Tchippewayans du Grand-Lac des Esclaves, des rapports d'une femmj .wec un chien. Ibid.
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La voyageuse s'étant ensuite retournée pour regarder derrière elle, elle aperçut sur la mer quelque chose qui ressemblait à une île de rochers. Cette vue l'épouvanta beaucoup, parce qu'elle se crut un instant poursuivie par un parti d'Esquimaux. C'est pourquoi elle se cacha pour épier cet objet noir. Mais comme il se rapprochait toujours davantage, elle reconnut, à la fin, que c'était un troupeau de rennes qui traversait le détroit à gué.
Alors elle se hâta d'emmancher son alêne de fer à l'extrémité d'une gaule, et elle alla épier les rennes à leur passage. Elle en darda un dans le cœur et parvint à le tuer. Aussitôt elle fit cuire de la viande, se servant de la panse de l'animal en guise de marmite. Elle se rassasia ; puis ayant placé le restant de ce mets devant son enfant, elle l'abandonna sur le rivage , parce qu'elle vit qu'il lui serait trop à charge pour la continuation de son voyage.
Étant repartie de ces lieux, elle longea un fleuve qui, en cet endroit, se jette dans la mer. Tout à coup elle aperçut comme des flammes au sommet d'une montagne, ce qui lui donna à penser qu'il y avait un peuple campé au sommet.
Elle gravit donc la montagne enflammée ; mais elle reconnut alors que c'était un volcan, et qu'un métal rouge en fusion répandait cette lumière.
Étant encore repartie de ce lieu, la voyageuse éleva sur tout son passage de grosses pierres, comme des signes par le mo3^en desquels elle pût reconnaître le chemin qu'elle allait parcourir, et revenir sur ses pas, si besoin était.
Ce fut ainsi que cette femme arriva chez des gens qui la reconnurent pour une de leurs compatriotes. Elle apprit à ces gens-là qu'elle avait découvert un métal rouge sur les bords de la mer; et, sur-le-champ, elle retourna en ce lieu, par trois fois, pour aller en chercher, suivie de ces hommes, qui la considéraient comme une femme venue du ciel (i).
Mais, la dernière fois qu'elle entreprit ce voyage avec ses compagnons, ceux-ci ayant abusé d'elle honteusement, elle s'assit à terre, à côté de son métal, pour pleurer sa honte, et ne voulut plus les suivre.
En vain ces hommes indignes la conjurèrent-ils de se lever et de les accompagner, comme elle avait fait jusqu'alors; froissée jusque dans l'âme, elle n'en voulut rien faire. Ils finirent donc par l'abandonner en ce lieu et s'en revinrent sans elle.
(i) Comparez avec !a croyance aux Filles célestes, accusée par les traditions dènè et dindjié, ainsi que par celles d'autres nations asiatiques et océaniennes dont parle M. de Charencev, les Hommes-Chiens ) p. 6. Paris, 18S2.
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Cependant, quelque temps après, ces hommes (Dèiiè) retournèrent à la montagne flamboyante, pour y chercher de nouveau du métal. Ils trouvèrent alors que la femme voyageuse s'était enfoncée dans le sein de la terre jusqu'à la ceinture.
Elle refusa encore de les suivre, ne se fiant plus à leurs paroles, et préférant s'enterrer en ce lieu. Mais comme elle affectionnait particulièrement quelques-uns d'entre ces hommes, elle leur donna, mais à ceux-là seulement, encore un peu de son métal rouge (Sa-tsan : fiente d'ours).
Elle leur adressa, en même temps, ces paroles qui furent ses dernières :
— Si vous m'apportez ici en tribut de bonne viande, je donnerai à ces gens-là de bon métal. S'ils m'apportent du poumon d'orignal et de renne, ou bien du cœur, du foie, des rognons, je leur donnerai, en retour, du métal qui a la couleur et l'aspect de ces viscères. Quant à ceux qui ne m'apporteront que de méchante viande, ils ne trouveront ici que du métal cassant et de rebut.
Ainsi leur parla-t-elle. Ils s'en allèrent, mais ils retournèrent de nouveau plus tard sur ce rivage pour chercher du métal, et ils virent, cette fois, que la femme s'était enterrée jusqu'au cou. Sa tête seule paraissait encore, et c'est dans cet état que les Dènè lui donnèrent à manger de la
bonne viande de renne ; moyennant quoi, ils trouvèrent encore de bon métal.
Mais la dernière fois qu'ils y retournèrent, la femme avait entièrement disparu dans la montagne, dit-on. Vainement les Dènè lui apportèrent-ils leur meilleure venaison, vainement l'appelèrent-ils à eux, elle s'était enfoncée dans la terre si fort avant, qu'elle ne put ni leur répondre, ni leur donner désormais de métal, à ce que l'on dit.
Et toutefois, l'on voit encore aujourd'hui ces grandes pierres levées que la Voyageuse étrangère avait disposées partout où elle avait passé. C'est par le moyen de ces signes ou repères que la Femme au métal était parvenue à s'en retourner vers la mer.
C'est ici la fin de cette histoire des Gens du Cuivre (Tpatsan-oitine)^ et c'est ainsi qu'on voit la raison du nom qu'ils portent.
Racontée par Alexis Enna-a:{é, en 1881.
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 423
(le GÉAKT ARCTiaUE)
Au temps des géants, l'un d'eux, nommé 7^- Jché-eU'lni (Celui qui frôle le firmament de sa tête, ou bien : Celui qui est couché au ciel), se promenait sur les bords de la mer glacée.
Il y rencontra un autre géant auquel il livra un combat acharné, et il en aurait été défait, si Dènè (l'homme), qu'il protégeait, n'eût secouru son maître, en tranchant le nerf du jarret au mauvais géant, à l'aide d'une dent de castor gigantesque.
Le mauvais géant tomba à la renverse en travers de la mer, de manière que sa tête reposait sur le sol que nous habitons (l'Amérique). Elle atteignit jusqu'aux abords du lac Froid, et c'est pourquoi les Dènè de ces parages se nomment Thi-hin-ollinè : Les gens du bout de la tète.
Le corps du géant forma donc un pont ou chaussée naturelle sur lequel les rennes passèrent et repassèrent périodiquement. Son épine dorsale est la cordillère des Montagnes-Rocheuses (i).
(i) Les Dènè Peaux-de-Lièvre nomment, par le f;iit, !a Grande Cordillère : Ti-gonankkzccné (Épine dorsale de la terre).
Plus tard, une femme étrangère entreprit le même voyage, sur le corps du géant, et arriva de l'Occident après bien des journées de voyage. Elle fut très bien reçue des Dènè, parce qu'elle leur rapportait des métaux rouge et noir. Elle fit même plusieurs voyages dans l'Ouest.
Mais ayant été outragée par ceux dont elle était la bienfaitrice, elle s'enfonça sous terre avec son trésor. Dès lors, les voyages à la côte occidentale cessèrent (i).
Racontée en 185 1, à l'île à la Crosse, à monseigneur Taché, et confirmée, en 1879, au Lac Froid, par le chef Unldayé.
SHA-NARELTTHŒR
(la JIARTRE-aUI-SAUTE)
Une femme Dènè, nommée la Martre-quisaute, fut enlevée par un parti à'Enna (les Savanois), et emmenée en captivité à l'orient de notre pays, tout au bord de la mer (la baie d'Hudson).
(i) La même légende existe à Tripoli de Mauritanie, c'està-dire dans l'ancien pays des Carthaginois. (Schott, Tour du monde, 1861, p. 79 et suiv.).
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 425
Elle aperçut avec étonnement chez ses ravisseurs des ustensiles en métal, des objets de toilette, des armes et d'autres objets qu'elle n'avait jamais vus encore. Elle crut d'abord que ces richesses étaient le produit de l'industrie algonquine, et elle admira la supériorité intellectuelle de ses maîtres.
Ceux-ci se gardèrent bien de détromper leur esclave, tant afin de s'assurer d'elle que par crainte qu'elle ne découvrît quelles étaient les gens dont ils tenaient ces merveilles.
Mais lorsque l'esclave fut habituée à leurs allures et à leurs pérégrinations périodiques, elle s'aperçut que ses ravisseurs, les Savanois, allaient quérir ces objets, si curieux pour elle, tout à fait dans l'Orient, où ils les recevaient en échange de leurs fourrures et de leurs provisions de bouche.
Ces menées bizarres intriguèrent la captive; mais, comme elle pensa que le peuple qui enrichissait ainsi les Savanois devait être frère et aUié de ces derniers, elle n'eut garde de se sauver chez eux.
Plusieurs années s'écoulèrent de la sorte. Mais la femme Tchippewayanne finit par apprendre la langue des Savanois et par savoir que les pourvoyeurs de ses ennemis étaient d'une race étrangère, venue d'au delà les mers, d'une race
amie des Peaux-Rouges, et qui unissait l'humanité à la générosité. Aussitôt son parti fut pris, et elle résolut de se sauver chez ce peuple.
S'étant renseignée indirectement sur le lieu où elle pourrait s'aboucher avec lui, elle se dirigea seule et à l'insu de ses maîtres vers la grande maison oia ce peuple demeurait. C'était une maison de pierre (Jhè-yé), la première qu'on eût encore vue dans le pays, ce qui nous fit donner à ce peuple le nom de Thè-yè-ottinè : Gens de la Maison de pierre (i).
Elle connaissait assez le savanois pour pouvoir s'exprimer en cette langue, et elle savait qu'il y avait des interprètes de cette langue chez les Anglais du fort Churchill.
Elle apprit donc à ces Européens qu'elle appartenait à la grande nation Dènè ou Tchippewayanne; que son peuple habitait bien loin dans l'intérieur, à l'Ouest; qu'ayant été enlevée par les Savanois lorsqu'elle était jeune jEille, elle avait résolu de ne pas mourir loin dé sa patrie, et que, dans ce but, elle se confiait à la générosité des Anglais, les priant de lui fournir les moyens de retourner vers les siens, et les assurant qu'elle déterminerait sans peine ses compatriotes à se mettre en rapport avec d'aussi bons voisins, et à
(i) Le fort Churchill et les Anglais. C'était avant 1770.
DES DÈXÈ TCHIPPEWAYANS 427
capturer des animaux à fourrure pour leur en faire don.
Ravis, de leur côté, d'avoir une aussi belle occasion d'agrandir leur commerce, en se mettant en rapport avec une nouvelle nation peau-rouge, une nation que les Savanois disaient si belliqueuse et si puissante, les commerçants de la Compagnie d'Hudson donnèrent à la pauvre esclave Dènè un traîneau à chiens, un chaudron, des vêtements en drap, du linge, des colifichets, un couteau, une hache, un silex et un batte-feu. Ils lui enseignèrent l'usage de ces richesses, et la renvoyèrent, ravie de bonheur, vers ses compatriotes.
Mais ils eurent le soin de la munir d'un saufconduit qui ordonnait à tous les Savanois de la respecter, elle et ses compatriotes, et de leur donner passage sur leur territoire.
Cette femme célèbre se nommait Sha-narellthœr : La Martre-qui-saute.
Après de longs jours, elle arriva enfin chez les Dènè, qui, éblouis et alléchés par tant de richesses , entreprirent immédiatement le long voyage des bords de la rivière aux Castors (rivière la Paix), où ils habitaient alors, à la baie d'Hudson.
Depuis lors, les Dènè continuèrent à entretenir ces bons rapports et s'adoucirent peu à peu. Mais,
quelques années après (en 1778), les Canadiens vinrent s'établir sur les bords du lac de l'Ile à la Crosse; l'année d'ensuite, ils montèrent au lac Athabasca, puis enfin, dix ans après (1789), au grand Lac des Esclaves. Alors les Tchippewayans demeurèrent dans les parages de ces grands lacs et abandonnèrent tout à fait les Montagnes-Rocheuses qui leur avaient valu des Canadiens le surnom de Montagnais.
Cependant un grand nombre d'entre eux, voyant que, dans les terres stériles qui entourent la baie d'Hudson, ils trouvaient facilement leur vie dans les immenses troupeaux de rennes qui, deux fois par an, vont et viennent dans ces parages, ils se fixèrent dans' le voisinage de Churchill, où on les nomme Anglais (Thé-yé-ottine), et Mangeurs de Cariboux (i).
Racontée par Alexis Enna-aiê au lac Athabasca, en 1879.
(1) Les Dènè Thi-lan Oiiiné appellent cette femme Thc- NaïnlUhœr, la Pierre-qui-branle. Sa légende est conforme à celle des Athabascans, avec ceci en plus qu'elle est soudée aux légendes septentrionales de L'atoa-natsandé et de L'at^a-tsaiidta. Elle avait des amants sur les deux rivages de la mer, m'ont dit les Thi-lan-Ottiné, et était pillée alternativement par les Dènè Tchippevi^iyans et par les Savanais ou mashkégons de la baie d'Hudson (d'après le chef Uldayé, 1879).
Le docteur Rink a retrouvé la même légende au Groenland . Il y est question d'une femme qui tantôt venait du continent américain au Groenland, et tantôt s'en retournait en Amérique.
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BANLAY-NINIDEL (l'arrivée des français) (i)
Tout d'abord, lorsque les premiers Français arrivèrent de ce côté-ci des terres de partage, je les ai vus, moi qui vous parle. Moi, devant moi, ces choses se sont passées, vous dis-je (en 1789).
Pour lors, un beau jour, on entendit dire :
— Voilà qu'il vient d'arriver beaucoup de Banlay (Français). Il y a avec eux un grand chef, plus un chef subalterne. A part ces deux-là, il y a beaucoup de Français.
Donc, comme j'étais encore un adolescent, je
Dans ce cas, les Nakantsell ou Petits-Ennemis, des Dindjié, seraient des Esquimaux orientaux.
Dans cette légende, aussi bien que dans celle de la Femme au vtéfal, il faut voir un apologue des migrations successives et périodiques du continent asiatique en Amérique et de l'Amérique au Groenland, migrations que le commerce européen seul a fait cesser.
(i) Il s'agit ici des Franco-Écossais qui constituaient la Compagnie canadienne dite du Nord-Ouest, rivale de celle de la baie d'Hudson, dont les éléments étaient anglais. Mais il existait des Français du Canada, au Grand-Lac des Esclaves, avant a venue de ces deux compagnies.
demeurais avec mes parents. Cependam, je suis fils d'un Français, moi, vous le savez. Mais ma mère est une femme Dènè qui ne parle que le Cris, et ma grand 'mère est une Crise. Il y a donc trois sangs dans mes veines.
Alors les Français étant à peine arrivés, ils se dirigèrent vers la cabane de mon oncle Jacques Beaulieu.
— Chez vous, y a-t-il quelqu'un qui entende le français? nous demanda-t-on.
— Sans nul doute ! leur répondit-on. Nous sommes tous ici Français ou fils de Français (i).
— Eh bien ! alors, toi, puisque tu es Français, tu nous serviras d'interprète, dit à mon oncle Jacques le grand chef des Blancs.
Or il y avait avec ces gens-là un Anglais qui comprenait, je crois, un peu le tchippewayan, mais pas très bien. Il se nommait James.
— Or sus, continua le grand chef des Blancs, rassemble donc tout le monde.
Mon oncle ayant convoqué tous les sauvages, il en vint une grande foule de tous les côtés du lac des Esclaves. Il vint aussi là beaucoup de
(i) Ceci est la meilleure preuve que, si Sir Alcxandcr Mackenzie mérite l'honneur d'être appelé le premier explorateur du fleuve qui porte son nom, il ne le découvrit nullement, puisqu'il trouva dans cette région de vrais Français accompagnés de leurs enfants métis.
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 43 I
Flancs-de-chien, bien que jusque-là nous eussions toujours été en guerre, car ma famille avait épousé les intérêts des Dènè proprement dits.
— Alors, vous autres, qui donc est votre chef? demanda-t-on aux Flancs-de-chien.
— C'est celui-ci, L'inya-hHoa, le fils du Chien, répondirent ces sauvages.
— Eh bien ! continua le chef Blanc, toi qui t'appelles Fils du Chien, je t'établis chef sur ta nation ; mais il faudra parler en notre faveur auprès de tes guerriers.
Nous sommes de très bonnes gens, paisibles ; nous ne tuons pas le monde, nous aimons les sauvages. Si vous nous procurez des pelleteries et de la viande, en retour vous gagnerez de quoi vivre confortablement. Recommande donc bien à ta suite de travailler aux fourrures. Dis-leur bien ceci : Si vous préparez des pelleteries, on vous procurera beaucoup de bonnes et belles choses qui vous aideront à vivre confortablement.
Ces vêtements, ce chaudron, cette hache, ce couteau, admirez-les donc! On vous donnera des objets semblables pour vos fourrures.
— Dans quoi fais-tu cuire ta viande, Fils-du- Chien? demanda-t-on au chef flanc-de-chien.
Alors le Fils-du-Chien tendit au Français une marmite en racines de sapin nattées.
— Oh ! cela ne vaut rien, dit le chef des
Français. Voilà qui est meilleur. Vois-le donc. C'est une marmite vraie, cela.
Le Fils-du-Chien prit l'ustensile, le considéra ; il passa la main dessus son métal brillant et s'écria : « C'est bon ! »
— Eh bien ! verse de l'eau là-dedans et mets ce vase sur le feu. Bon ! voilà que l'eau bout; vois-tu. Eh bien ! mets-y de la viande à cuire, maintenant.
Alors, voyant avec quelle promptitude l'eau y bouillait, et que la viande était cuite en rien de temps, les Sauvages se prirent à danser de joie.
— Et cependant cela n'est rien encore, dit le chef des Français. Si vous nous procurez beaucoup de fourrures et de la bonne viande, si vous ne maltraitez pas les Français, un grand nombre de chaudrons semblables vous seront donnés, ainsi que beaucoup d'autres objets qui vous feront passer la vie agréablement.
Ayant ainsi parlé, le grand chef donna au Fils-du-Chien un habit rouge à basques et à parements, un chapeau à claque et à plumet, un couteau, un chaudron, un mouchoir, une tasse à boire, une hache, des aiguilles, du tabac ; tout cela pour rien, en pur don.
— Ah ! ah ! voilà que vous ignorez encore ceci, dit le bourgeois. On l'appelle tabac.
Alors il donna une pipe et du tabac à tous les
DES DEXE TCHIPPEWAYANS 433
Sauvages et leur npprii comment on se servait de ces objets nouveaux pour eux.
Mais dès qu'ils eurent commencé à fumer :
— Que c'est mauvais ! s'écrièrent-ils.
Ils firent la grimace, ils crachèrent; il en est qui vomirent. Toutefois tout le monde était satisfait ; aussi l'on chanta et l'on dansa toute la nuit.
A cette époque là, ainsi que je vous l'ai déjà dit, je n'étais pas encore homme fait. Cependant je m'en souviens comme si c'était d'hier; car j'étais un jeune garçon de quinze ans (i).
Mon oncle suivit les Français à titre d'interprète titré, et nous quitta.
Ce que je viens de raconter s'est passé à l'extrémité Nord-Ouest du Grand-Lac des Esclaves, sur la Grosse-Ile, en ma présence.
Racontée par le patriarche métis François Beaulieu, en 1863.
(i) Cela donne 89 ans à François Beaulieu, en 1S63. Il mourut, en 1875, à l'âge de 101 ans et quelques jours. Il s'agit ici de l'arrivée de Peter Pond, officier de la Compagnie canadienne du Nord-Ouest.
INKpANZÉ Ol'É
(iMANIÈRE DE FAIRE LA MAGIE)
Jadis, lorsqu'un médecin se proposait de guérir un malade par la vertu de son Ombre, il s'y disposait par un jeûne absolu de trois ou quatre jours, qu'il passait sans boire ni manger.
D'abord, il se fait préparer un Chouns ou Loge de médecine. Pendant que d'autres personnes y travaillent, le médecin demeure assis sous sa tente sans s'occuper de ce qui se passe au dehors ; et toutefois il sait tout ce que l'on fait. Il connaît dans quel endroit de la forêt on coupe les perches qui doivent servir à dresser le Chouns, quels sont les arbres qui les ont fournis, et le reste.
La loge de médecine ayant été montée loin du camp, et les perches qui la composent ayant été liées au sommet avec trois liens, le médecin, quoiqu'il n'en ait pas été informé, dit : « Tout est prêt, » et il se lève et se dirige vers le Chouns qu'il ébranle par trois fois. Trois fois il en fait le tour en répétant des formules magiques ; puis il y pénètre et s'y couche en observant toujours son jeûne.
DES DÈNÈ TCHIPPEVAYANS 435
Après avoir dormi le Sommeil de l'Ombre pendant un temps suffisamment long, le magicien demande qu'on lui amène le malade qui demande son secours.
Alors l'homme qui, à cause di ses péchés, est tombé malade, se rend dans le Chouns accompagné d'un autre vieux pécheur bien portant, et il s'assied dans la loge où il se confesse au médecin.
Le Jongleur le questionne à différentes reprises, le tance et le sermonne afin de lui arracher l'aveu de toutes ses fautes.
— Tu ne me dis pas tout, peut-être ! lui dit-il.
Enfin, lorsqu'il s'est assuré que le malade a tout dit, le médecin fait descendre sur lui VEsprit éloigné (Yii-han\in)\ et pour cela il chante au son du tambourin. De temps à autre, il souffle sur le malade, puis il commande au mal de le quitter.
Lorsque le médecin s'aperçoit que l'Esprit Yuhan:(in est venu sur le patient, il s'approche de ce dernier en même temps que l'Esprit, et tous deux faisant des passes sur le malade (Yettsen-yénirenni), ils l'endorment.
Alors cet Esprit qui est loin de nous, entrant dans le corps du malade endormi, en arrache le péché, cause du mal qui le fait souffrir, le rejette au loin, et aussitôt la maladie abandonne le malade.
Après cela, l'Esprit s'empare de l'âme du moribond qui s'échappait et la replace sur terre. Cette âme, qui s'en allait dans la terre supérieure, il la saisit et la replace dans le corps du moribond afin qu'elle y vive encore en l'animant.
Mais en l'y replaçant, il jette un grand cri qui éveille le malade de son sommeil magique, et le laisse parfaitement guéri. La maladie l'a entièrement quitté. C'est ainsi que nos ancêtres guérissaient les malades.
Souvent ils pratiquaient des entailles sur la partie malade, et, la suçant fortement, ils en tiraient du sang, des vers, des arêtes de poisson, des cailloux et autres objets qui causaient du mal au patient.
D'autres fois aussi, par la vertu des incantations du médecin, il sortait un serpent du corps du malade. Mais les médecins d'aujourd'hui n'ont plus la même puissance ; et depuis que les priants (les prêtres et les ministres) sont arrivés parmi nous, on n'a plus foi en leur pouvoir.
C'est la fin.
Racontée par le vieillard Khaziou, au Grand-Lac des Esclaves, en 1863.
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 437
TEXTE ET TRADUCTION LITTERALE
DE LA PREMIÈRE LÉGENDE
TTATHÈ DÈNÈ (le premier homme)
Ttathè dènè ullè. Ekhu etta/an dènè D'abord d'homme point. Puis tout à coup homme unli, sni. Eilaoén dènè sheltsi békkè-
'// V eut, dit-on. Oui donc Vhomme fit nous
odilyan illé la, nuni.
h savons fie pas, nous.
Ekhu yay énattiun, ttasin sheltsi, Alors l'hiver arrivant, quelque chose il fit, hay sheltsi lésan.
des raquettes il fit peut-être.
— Etla wasttè ? ékkèodélyan illè, dé- — Comment vais-je faire? il ne le savait pas, mais kculu kkpi dépithel bétta hay
toutefois du bouleau il coupa par quoi les raquettes ziré sheltsi. Koanbi intthay hay
leur cadre il fit. Le lendemain les barres les raquettes
yé élya. Inl'apè-dziné nionidhéru, hay dans il plaça. Le jour suivant étant arrivé, les raquettes yodélyon sheltsi; kpulu :
toutes furent faites ; mais :
— Etla wasttè usoay opa ? yénidhen
— Comment fer ai- je pour les natter ? pensait-il tta, ttsékwii bépan-ullé itta, duyé sin.
vu que, une femme n'ayant pas, c'était pénible. Ekpa onttè ttu bé kpunhè yé hay Cela étant cependant sa maison dans les raquettes shéllaw, tpèdhè anadjaw shétpi la. Kpanpigisant, la nuit arrivant il se coucha. Le lendemain
dédanè nni-épayu, ékutta hay-kkèdh de bonne heure se levant, c'est fini une des raquettes tpannidhéttsen épay laku.
à moitié est lacée assurément.
— Etlapen sé-tchanpè se hayé
— Qui donc durant mon sommeil mes raquettes elpay sunnu? dènè-édéléti ; kpulu shun
lace je pense? se dit l'homme; mais impossiblement dènè kkaneltpa sin.
il voit quelqu'un.
Inl'apè tsétpez ttè tthi ékhu kpanpi dé, Une fois il dort encore et alors demain étant, hay tthil'a yazé épay yonnashéttsen. les raquettes encore un peu sont lacées davantage.
— Etlapen atti sunni ? yénidhen tta,
— Qui donc a fait cela je pense? pensait-il vu que,
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 439
yé-ok ttsen onelhiun, ti hanttap,
le faîte de sa tente vers regardant, une perdrix s'envola, sni la.
dit-on.
— Ah ! diri ti atti ikkèla ! uni-
— Ah ! cette perdrix a fait cela assurément ! on dhen.
pense.
Inl'apè tpèdhè anl'aon dènè shétpiun ékhu' Encore nue nuit encore il dormit et
yelkpan, hay kkatchiné odélyon épay la, à l'aube, les raquettes presque toutes sont lacées, ékhu tthi ti anl'aon natpettao nadli
et encore la perdrix de nouveau s'envola de sin.
nouveau.
— Tta awasnè ékkéodesyan, adéléti dèuè.
— Ce que je vais faire je le sais, se dit-il. ■/jhtsen anattiun, nibali-layé otanil- Le soir venu, la tente son faîte il obtura
tchushu, nétpi nadli tthi. Shani
avec une peau, il se coucha de nouveau et. Seul shétpi la, duyé sia.
il dormit, c'était pénible.
Kpanpi ttsénidhéru ttal'aon, hay
Le lendemain s' éveillant aussitôt que, les raquettes sédéthi3^é épay dènègpa shella. Ti
entièrement lacées à ses côtés gisent. La perdrix
tthi « naîpusttal' » yénidhen; kuplu yéola
et « je vais m' envoler », pensait-elle; mais le faîte
taniltchush itta, naëttap illé. Ti
était obturé vu que, elle ne partit pas. La perdrix
ttsékwiii édeltsini, ttsékwii nézun, sni la, bé
femme se fit, une femme belle, dit-on, ses
thi-pa l'an. Ttathé ti pilé, ékhu
cheveux abondants. U abord perdrix elle était, puis
duon ttsékwiii enli sin (i).
nuxintenant femme elle est devenue.
Ekhu unlduii elpanshekpé lakhu. Ekhu Alors ensuite ils se marièrent assurément. Et eyer ottsen daél'étpilyan inttu, dènèdepuis lors ils se multiplièrent vu que, beaucoup
l'an anadja ; ékhu, éyéné dènè, nuni padé d'hommes il y eut. Or, ces hommes, c'est nous-mêmes
aïtti lakliu. Ekhu nuni dènè
qui sommes assurément ; car nous des hommes
idli lakhu. Eyi bélanpè.
sommes assurément. C'est la fin.
(i) Comparez avec la Femme du jour, mère des perdrix blanches, dans la première légende dindjié.
DES DEXE TCHIPPEWAYANS 44 1
HÉROS ET DIVINITÉS DES DÈNÈ TCHIPPEWAYAKS
Bé-tsunè-Yénélchian (l'enfant élevé par sa grand'mère).
BcttsinuU (le créateur).
Etsié (le grand-père).
Eltchéîêkwiè (les deux frères).
Dèîiè (l'homme).
Dèiiè-chesh-yapé (la montagne habitée).
Dlunè-tta-naltay (Sein-plein-de-souris) .
DelkoayU-tta-naltay (Sein-plein-de-belettes) .
Djiié (le geai).
Ed^il' (la mort).
Eaoathen (la sauterelle).
Ennèdhékivi (le vieillard).
Nu-han\in (l'Esprit éloigné).
Ndbdudhi (le serpent).
Niil-odha (la bouche terrestre).
Otchôpè (le géant).
OlhaU ou OrelpaU (l'immense blanc).
Oltsintoesh (la baguette opérante).
Rankpanli (le canard créateur).
Sha-nareltther (la Martre qui saute).
Tchixé (le lynx).
Tbè-naïnïtlher (le rocher qui branle.)