‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouestChapitre 18 sur 27 · MÊME LÉGENDE · texte numérisé non relu

MÊME LÉGENDE

(Version des Tchippewayans du lac Atliabasca.)

Il fut un temps où le Puissant-Bon, mécontent des hommes, leur retira tous les rennes ou cariboux.

Les Dènè s'en revenaient donc tristement des bords de la mer glaciale, et s'en allaient chercher fortune sur une terre nouvelle, lorsqu'une vieille femme qui les suivait péniblement de loin, ayant remué avec son pied des crottins de rennes, s'entendit loat à coup appeler du miheu de cette bouse par une voix enfantine.

La voix disait :

— Grand'mère, je viens pour faire du bien aux Dènè (hommes) ; mais je suis tout petit. Veux-tu prendre soin de moi ?

La vieille regarda, et aperçut un foetus vivant, long comme le pouce. Elle eut pitié de lui. Elle le prit et lui promit d'en avoir le plus grand soin. Puis, réfléchissant qu'elle n'avait elle-même rien à manger, elle dit à l'enfant :

— Je te promets, petit, de te garantir du froid.

Mais comment te ferai-je manger? Je n'ai rien moi-même !...

— Je suffirai moi-même à nos besoins, répondit l'enfant. Je ne demande qu'à rester avec toi.

Le soir venu, on dressa les tentes, et l'enfant, qui était seul avec sa grand'mère, lui fit cette confidence :

— Je viens pour faire du bien aux Dènè. Je ramènerai l'abondance parmi eux. Seulement, j'exige qu'ils me payent un tribut. Ils me donneront toutes les langues des rennes qu'ils tueront. S'ils sont fidèles, je resterai longtemps parmi eux, et ils ne manqueront de rien. Va, et répèteleur mes paroles.

La grand'mère alla de suite trouver les Dènè, et leur répéta ce que l'enfant avait dit. Tous consentirent à payer le tribut, et dès le lendemain les rennes reparurent.

L'enfant restait avec sa mère-grand, et il fut appelé Bé-tsun-Yènelchian. En peu de temps, il avait grandi et était devenu long comme le bras.

Chaque jour, l'enfant sortait seul, et s'en allait dans la forêt, et chaque soir, en rentrant, il disait à la vieille femmie :

— Où sont mes langues?

Pendant un certain temps, les Dènè furent

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fidèles à payer le tribut; mais enfin l'abondance affaiblissant la reconnaissance, ils n'apportaient plus que quelques langues à l'enfant, devenu grand comme les autres hommes de la tribu. Ce que vo3'ant, Bé-tsun-Yénelchian dit à la grand'mère :

— Tu vois , grand'mère , c'est toujours la même histoire du temps passé, l'abondance nuit ; on m'oublie parce que l'on est trop bien. Je ne puis plus demeurer avec ce peuple, et si le tribut n'est pas payé rigoureusement, je l'abandonnerai.

Plusieurs années s'écoulèrent, et enfin le tribut, qui allait toujours en diminuant, était réduit à cinq ou six langues. Bê-tstm-YèneJchian dit alors à sa grand'mère :

— C'en est fait, je pars. Je n'abandonnerai pas tout à fait les Dènè; mais je leur ferai sentir leur ingratitude.

La grand'mère voulut s'opposer à son départ. Elle le supplia même de ne pas abandonner sa nation.

— C'en est fait, répéta-t-il. Suis-moi, si tu le peux. Je pars.

Il partit en effet. La grand'mère, qui l'aimait beaucoup, tenta de le suivre; mais comme elle était bien vieille, elle bronchait à chaque pas, et enfin elle fut obligée de s'arrêter.

— Sois tranquille, grand'mère, lui répéta l'enfant une dernière fois. Je n'abandonnerai pas entièrement les Dènè, mes frères.

Il la quitta. Bientôt il disparut du côté de la mer glacée et s'en alla habiter parmi les bœufs musqués qu'il rendit dociles à sa voix. Quand il fut las de vivre, il s'incarna dans ces paisibles animaux et leur donna, en récompense de leur docilité, l'intelligence de la parole humaine.

Lorsqu'une grande disette (éttcUcri) se fait sentir parmi les Tchippewayans, ils se dirigent vers les côtes inhospitalières de la mer glaciale, et ils y appellent les bœufs musqués {ètchiéré). Ces animaux entendent leurs voix et se rendent docilement à leurs appels. Alors les Dènè se contentent d'en tuer quelques-uns pour apaiser leur faim, et laissent partir les autres en paix.

— N'est-ce pas le fils de Dieu qui est allé habiter parmi eux et qui leur donne cette intelligence ? C'est la fin.

Racontée en 1859, à Athabasca, au R.-P. Faraud, par Dèncdègoit:(yé,

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