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yeux de tous les animaux qu’il a aveuglés afin de les garder; car il les a enfermés et ils sont ses prisonniers.
Ainsi dit le geai bleu.
Alors tous frémirent de colère, aïnsi que l’homme, et ils se dirent :
— Poursuivons le corbeau !
Au sommet de la montagne s'élève une loge immense. C’est celle de la vieille corbeau, cette sorcière malfaisante. Là elle avait parqué tous les animaux qui broutent et ruminent. Elle les y avait poussés, rassemblés, et elle les gardaït soigneusement, aidée de ses petits corbeaux. Elle se tenait sur le seuil, avec sa famille, préparée à en défendre l’accès.
— Qui nous ouvrira la porte de cette tente ? se demandaient les animaux. Ce corbeau est puissant et méchant.
En vain le loup et le renard essayèrent-ils. Le corbeau les harcelait de son bec puissant, et les obligeait de rebrousser chemin.
Alors le geai bleu dit encore :
— Ce sera moi qui viendrai à bout du corbeau.
Il alla se percker d’un air inoffensif sur le faîte de la loge, il en déchira l’enveloppe de peau, il en défit les ligatures, il en fit tomber la couverture. Aussitôt tous les ruminants sortirent de l’en-
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ceinte, et repeuplèrent cette terre sortie fraîchement du sein des eaux.
Alors tous les animaux s’écrièrent :
— Maintenant tuons, tuons le corbeau, cet oiseau malfaisant et inutile. Il est notre ennemi.
Mais lui :
— Par pitié, laissez-moi la vie, s’écria-t-il, et désormais je me contenterai du charnier.
— Eh bien! puisque tu veux vivre, lui dit-on, donne-nous donc de la viande.
Ce qui se disait là était nécessaire ; car depuis que le corbeau avait enfermé les ruminants, tous les animaux qui se nourrissent d’herbe étaient invulnérables, ils étaient tous revêtus d’os et de corne comme d’une cuirasse, de sorte que nos flèches s’émoussaient sur leur corps. Comme on ne pouvait les tuer, la vie devenait impossible.
Le corbeau ayant donc demandé la vie à la condition qu'il donnerait aux hommes de la viande, il s’en alla et se percha au sommet de la montagne, où il se mit à ronger, à ronger des os. Il les tailla, les façonna, les découpa en forme de côtes, qu’il lança comme des flèches parmi les animaux ruminants. Tous ceux qu’il atteignit eurent une charpente formée de côtes et de chair, et devinrent vulnérables et comestibles. Quant aux autres, ils demeurèrent à l’abri de nos flèches, et on ne put les tuer ni les manger.
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Cependant on s’entredisait :
— Où sont les cadavres des hommes que l’inondation a détruits, et pourquoi n’en voyonsnous pas ?
En vain on les chercha. On ne vit de cadavres humains nulle part. Alors le geai bleu dit encore :
— Là-bas, sur le rivage, j'ai vu, oui j'ai vu les mouettes et les goëlands qui s’en disputaient les lambeaux et les dévoraient.
C'est assez; il y eut de nouveau beaucoup d’hommes, beaucoup d’animaux, et l’on continua à vivre de la même manière que l’on vit de nos jours sur la terre.
Quelque temps après l’inondation, l’eau vint à manquer complètement. Le grand Butor (T’ulkudhi), qui l’avait toute bue, était étendu sur le sable, le ventre au soleil. Il était gonflé comme une outre.
Etsiyé (le grand-père) se rendit donc vers l’hydre, suivi de tous les animaux qui, comme lui, étaient altérés et cherchaient l’eau.
Quand il se vit ainsi surpris et entouré, le Grand Buveur d’eau essaya de gagner ses ennemis en excitant leur pitié, afin qu’ils l’épargnassent. Il feignit donc d’être malade :
— J'ai mal au ventre, geignait-il; hélas! je suis hydropique. J'ai grand mal au ventre |
Alors le iynx s’approcha d’un air patelin :
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— Ma grand’mère a mal au ventre, dit-il. En vérité ! C’est bien fâcheux |!
Et il se mit à lui frotter le ventre avec sa patte de velours. Mais tout d’un coup il sortit ses griffes, les lui enfonça dans la peau et lui déchira le ventre.
Alors, des flancs rebondis de l’hydre crevée, surgirent fleuves et rivières. L’eau en jaillit par torrents, et les lacs se formèrent, et toutes les excavations du sol se remplirent d’eau. La terre, arrosée de nouveau, reverdit et redevint ce qu’elle était auparavant. C’est la fin.
Racontée par le vieil aveugle Ekounélyel, au Grand- Lac des Esclaves, en juin 1863.
DÈNÈYAT'IÉ L'AN ADJYA