‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouest [microforme]Chapitre 132 sur 160 · MASKWA-IYINIWOK (ORIGINE DES CRIS DE BOIS · texte numérisé non relu

MASKWA-IYINIWOK (ORIGINE DES CRIS DE BOIS

(Tradition des Cris de la rivière la Paix.)

Un certain vieillard perdit sa fille dans la forêt; c’est-à-dire que la fille s’égara d’elle-même en l’absence du vieillard.

Comme elle errait toute seule dans les bois, elle fit la rencontre d’un ours gris qui s’approcha d’elle et lui tint ce langage:

— Si tu consens à demeurer avec moi, fillette, je t’accorde la vie; mais c’est à cette condition seule que je te la laisse.

La fille eut grand’peur ; cependant comme il n’y avait pas à hésiter entre la mort et le mariage avec l’horrible bête, elle consentit à l’union que celle-ci lui proposait et donna son consentement.

La femme demeura donc avec l’ours, qui la rendit mère de deux enfants, deux petits ours semblables à leur père.

Quand ces oursons eurent grandi et qu’ils eurent atteint l’âge adulte, le gros ours dit à sa femme :

— Ton père a faim. Je vais lui donner à

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manger. Situ demeures avec lui, il ne faut pas que mes enfants jouent avec les autres enfants.

Ainsi parla l’ours, et quand il eut fini, il descendit le long de la berge de la rivière la Paix et demeura là, cherchant des fruits le long du courant.

Or, sur ces entrefaites, le beau-père de l’ours, c’est-à-dire le père de la femme égarée, vint à chasser le long de la rivière la Paix. Il aperçut l’ours qui mangeait des baies de bruyère, il l’attaqua et le tua.

Alors le vieillard reprit sa fille; cependant il ne put demeurer longtemps avec elle, car les petits ours, ayant grandi de plus en plus, tuaient tous les enfants.

C’est pourquoi les Cris voulurent tuer ces deux méchantes bêtes; mais ils ne purent en venir à bout, et ce fut eux, au contraire, qui détruisirent toute cette peuplade, à l’exception de leur mère,

Elle ne savait comment faire, la pauvre femme.

Elle réunit donc les ossements de tous ses compatriotes défunts, alluma un grand bûcher, y déposa leurs cendres, en leur disant :

— Levez-vous donc, car vous êtes brûlés.

Aussitôt ces morts ressuscitèrent et se levèrent; elle métamorphosa ses deux oursons en hommes, et tous vécurent depuis lors en bonne harmonie.

C’est depuis lors que les Cris disent que les ours gris sont très méchants, dit-on.

Racontée par le mème, en 1881.

WÉMISTAKUSIW-OT'ATAYOKAN (ORIGINE DES BLANCS)

(Conte Cris du lac Poule-d’Eau.)

Jadis, dans un grand village volant des Ayis- Iyiniwok, on s’apercevait chaque nuit qu’il manquait un petit enfant. Si petits qu'ils étaient, ils disparaissaient furtivement l’un après l’autre. Cela Ctait inquiétant.

D'un autre côté, un autre petit enfant mettait sa mère à une rude épreuve en pleurant et criant sans cesse, Poussée à bout, un beau jour elle vous saisit son marmot et vous le secoua si bien que le petit bonhomme quitta son maillot, et, comme un papillon qui sort de sa chrysalide, il s’envola dans les airs, sous la forme d’un grand hibou blanc. | Cependant, cette nuit-là encore, un petit enfant

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disparut du camp, de la même manière que précédemment et sans que l’on pût savoir qui s’en était emparé.

Mais la mère de l’enfant-hibou, qui guettait le retour du petit sorcier, avait vu celui-ci pénétrer dans la loge de sa voisine, en saisir l’enfant dans ses serres et gagner le sommet d’un arbre, où il l'avait mis en pièces et dévoré, comme il aurait fait d’une souris.

La même chose arriva la nuit d’après; et, après chaque escapade, l’enfant-hibou revenait prendre sa place, dans son maillot et sur sa planche, de l’air le plus innocent du monde. Enfant il était pendant le jour, hibou il devenait pendant la nuit.

Alors la mère de l'enfant s’empressa d’avertir les Cris.

— C'est mon fils, leur dit-elle, le fils d’un homme blanc, qui est cause de la disparition de nos enfants. C’est un vampire. Il les mange chaque nuit sous la forme d’un grand hibou blanc.

Alors les Cris tinrent conseil pour décider ce qu’on ferait du marmot. Les uns disaient : « Il faut le tuer. » Mais d’autres ajoutaient : « Il vaut mieux l’abandonner, car c’est une Manito. » Les plus humains pensaient qu'il valait mieux le troquer contre un enfant de quelque tribu ennemie.

Toutefois, on finit par conclure à la mort de l’enfant-vampire.

Mais alors, lui, glacé de peur, se mit à parler pour la première fois. Il demanda grâce de la vie, promettant aux Cris que, s'ils la lui accordaient, ils seraient témoins d’une grande merveille qui tournerait à leur profit.

— Que faut-il donc que nous fassions de toi ? lui demandèrent les guerriers.

— Eh bien! répondit l'enfant, construisez-moi un petit sarcophage en troncs d’arbres et déposezm’y. Puis revenez au même lieu, dans trois ans, pour m'y chercher.

Cela parut sage aux Cris, qui exécutèrent cet ordre à la lettre. On bâtit à l’enfant une petite cache, dans laquelle on déposa quelques provisions, on l”, enferma vivant, et l’on s’éloigna.

Trois ans après, les Cris se ressouvinrent de l’enfant-hibou, et se dirent : « Allons visiter son tombeau. »

Mais au lieu d’un petit coffre monté sur quatre poteaux, ils trouvèrent une grande maison de bois, entourée d’une foule d’autres de moindres dimensions. Toutes ces maisons étaient habitées par une populalion blanche, dont ils ne comprenaient pas la langue.

C'était une factorerie commerciale.

Mais parmi ces étrangers à la face pâle, ils

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