HISTOIRE DE L’'ARRIVÉE DES EUROPÉENS
(D'après les Cris du lac Poule-d'Eau)
Jadis les Cris vivaient seuls du côté de la Grande Eau où le soleil se couche, et les Blancs vivaient seuls du côté de la Grande Eau où le soleil se lève. Ni les uns ni les autres ne se connaissaient ; ni les uns ni les autres ne s’étaient encore vus; ni les uns ni les autres ne s’étaient parlé ou n’avaient entendu parler de tels voisins.
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Une nuit, les Cris révèrent qu'une grande pirogue accourait vers eux, sur la Grande Eau, du côté où le soleil se lève. Ils ajoutérent foi à leur songe, se levèrent et se mirent en marche vers l'Orient.
Cette même nuit, les Blancs pensérent qu’il devait y avoir, de l’autre côté de la Grande Eau où le soleil se couche, un peuple qui avait besoin d'eux. Ils crurent à ceite inspiration, entrèrent dans leur grande pirogue et se dirigèrent vers l'Occident.
Kitchi Manito (le Bon Esprit) avait donné anciennement aux Cris un écrit qui devait leur indiquer tout ce qu'ils auraient à faire pour être heureux sur cette terre ainsi que dans 11 terre supérieure. Mais ce livre ne leur avait jamais parlé. Ils avaient eu beau le retourner en tous sens, c'était pour eux lettre morte. Néanmoins, les Cris le conservaient précieusement, parce qu’il leur venait du Grand Esprit; et ils le portèrent avec eux quand ils se dirigèrent vers l'Orient.
Dieu n'avait rien donné autre chose aux Blancs pour se conduire qu’une intelligence supérieure à celle des hommes rouges; et ce fut tout ce qu’ils apportaient avec eux en se dirigeant vers l’Occident.
La rencontre eut lieu à l’orient de la grande
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terre et sur le bord de la Grande Eau. Coïnme les Cris y arrivaient, conduits par leurs rêves, les Blancs y abordaient conduits par leur raison. Mais ces derniers étaient pâles, défaits, dépenaillés et mourants de faim. Les Cris, au contraire, étaient forts, vigoureux, riches en provisions et en fourrures précieuses.
En hommes humains, les Cris eurent pitié des Blancs. Ils leur donnèrent de quoi se nourrir et se couvrir. Puis ils leur dirent :
— Tenez, voici un Massinaïgan (écrit, livre) que nous tenons du Grand Esprit. Il nous le donna dès le commencement pour que nous pussions nous conduire et être heureux sur cette terre ainsi que dans la terre supérieure. Mais le Grand Esprit, en nous donnant le livre, ne nous a point donné d'intelligence pour le déchiffrer ni le comprendre. Il ne nous est bon à rien. Prenez-le donc, et puisse-t-il vous être utile à quelque chose | |
Les Blancs recurent de la main des Cris le livre du Bon-Esprit avec respect, et repartirent avec lui et des provisions de voyage que les Cris leur donnèrent pour rien.
Plusieurs années après, les Cris s’entredirent :
— Allons encore vers l'Orient. Qui sait si nous ne reverrons pas ces hommes blancs que nous avions secourus! Qui sait si, par hasard, ils
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ne seraient pas parvenus à comprendre notre livre du bon Manito!
’étant donc rendus au bord de la mer orientale, les Cris y retrouvèrent, en effet, leurs amis les Blancs. Mais ceux-ci s’y étaient établis. Ils y habitaient un grand nombre de belles maisons. Ils étaient riches en toutes choses; ils regorgeaient de vêtements, de meubles, de provisions. Et toutes ces choses leur étaient venues par la compréhension de l’Écrit qu’ils tenaient des Killistino (x).
Les Cris regrettèrent alors de s’être départis de ce trésor. Néanmoins, considérant que le bon Manito, en leur donnant le livre, ne leur avait pas donné d’esprit pour le comprendre ni pour s’en servir, ils se consolèrent de sa perte dans l'espoir que les Blancs leur feraient part de ces richesses qu’ils devaient aux Ci 5.
Eflectivement, il se fit des échanges entre les deux peuples, et les Cris s’en retournèrent satisfaits, après avoir donné aux Blancs de la viande boucanée et séchée, ainsi que des fourrures.
De longues années se passèrent avant que les Cris retournassent encore vers la mer d’Orient,
(:) Nom primitif des Cris. Plusieurs peuples de l'Amérique occidentale et de l’Asie orientale se nomment Æï/, ou Killini, noms analogues à ceux des peupladez de race algique.
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et quand ils y revinrent, hélas! ss n’y retrouvèrent plus leurs amis les Blancs. Tous étaient morts, à l'exception d’un seul homme, qui vivait bien malheureux et dans un dénuement absolu.
Les Cris eurent encore pitié de cet infortuné Blanc. Ils le recueillirent, le soignèrent, lui donnèrent des vêtements de peau, lui servirent à manger et le considérèrent dès lors comme l’un d’entre eux.
Mais ce Blanc mangeait dix fois autant qu’un Cris. Il était insatiable, et bientôt il fut à charge aux Cris par sa gloutonnerie. Ils lui dirent donc un jour : |
:— Beau-frère, tu as des armes, tâche donc de te faire vivre toi-même, tout en demeurant parmi nous.
Le Blanc en prit son parti. Il partit pour la chasse, se fatigua énormément, ne tua rien, fit les dents longues et revint affamé comme un loup.
Les Cris en eurent encore pitié, et ils le nourrirent. Un jour, pourtant, ce Blanc rencontra un Cris qui chassait tout seul et qu’il ne connaissait pas.
— Beau-frère, lui dit ce chasseur étrange, faisons alliance. Nous vivrons ensemble du produit de notre chasse et nous partagerons en frères.
— Oh! non, dit le Blanc. Je préfère manger
seul du produit de ma chasse. Que chacun de nous deux soit à ses pièces.
— Cela n’est pas bon ainsi, répondit l’inconnu, le Bon-Esprit n’a point institué l’égoïsme. Il veut que tout soit commun à tous. Vivons donc et partageons en frères.
Le Blanc se défendit longtemps contre cette proposition. Cependant, réfléchissant qu’il était mauvais chasseur et qu’il aurait plus à perdre qu’à gagner en demeurant seul, il finit par y consentir. Mais il ignorait que l'étranger qu’il venait de rencontrer était Kitchi-Manito lui-même.
— Or sus, mon frère, dit le chasseur, tu vas allumer ici du feu pendant que j'irai chasser pour nous deux.
Il prit ses armes et s’en alla dans la Grande- Prairie, où il tua une grue blanche.
Revenu au feu du bivouac, le Cris dit au Blanc :
— Mon frère, tiens, apprête cet oiseau que je viens de tuer. Pendant que tu le feras cuire, je vais encore chasser.
Le Blanc était bien aise de n’avoir que la portion de travail la plus facile. Il laissa repartir son compagnon et fit la cuisine. Quand le Manilo revint de la chasse, il trouva que le Blanc avait déjà mangé le foie de la grue. 5
— Qu'as-tu donc fait du foie de cet oiseau ?
dit-il au Blanc,
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— Les grues n’ont pas de foie, répondit le Blanc.
— Me ments pas, dit Manito. Qu'en as-tu fait ? car je sais bien que les grues ont un foie comme les autres animaux.
— Voilà où tu te trompes, répondit le Blanc avec assurance. Depuis que le monde existe, jamais les grues n’ont eu de foie.
— Eh bien! sache, ami, répliqua le chasseur, que c'est moi qui ai tout fait; car je suis le Grand-Esprit. J'ai fait les grues comme les autres oiseaux, et je sais fort bien que je leur ai donné un foie.
Le Blanc persista dans son mensonge.
— Il ment, pensait-il, en prétendant être le Grand-Esprit.
C’est pourquoi il ajouta :
— Ilest possible que tu sois ce que tu dis être, mais il n’est pas moins vrai que tu as oublié de donner un foie aux grues.
Alors Kichi-Manito, pour toute réponse et pour tenter son compagnon, tout en lui prouvant sa toute-puissance, mit la main dans son sein, et, l’en retirant pleine de soniaw (de l’argent), il dit au Blanc :
— Hélas! je pensais avoir donné un foie aux grues comme aux autres oiseaux, et j'apprends avec peine que je me suis trompé. Ah ! que je
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donnerais volontiers cette poignée de soniaw à qui m’apprendrait qu’il n’en est rien, et que les: grues ont réellement un foie !
Tenté par sa cupidité, le Blanc s’écria aussitôt : \
— Donne, donne-moi vite cet argent, car il est bien vrai que les grues ont un foie, et c’est moi qui ai mangé le foie de la grue que tu viens de tuer (1)!
C'est la fin.
Racontée par Wiyasutvémar, au lac Froid, en 1880.
WISSAKÉTCHAK
Au commencement vivait Wäissakéichak, Île vieillard magicien, qui par sa puissance opérait des prodiges.
(1) Cette légende a une soudure au lieu où elle commence à parler du seul survivant de l'immigration blanche. La seconde partie, tout à fait étrangère à la première, semble avoir une origine européenne.
Comparez avec Porpant, dans les Légendes chrétiennes de l:
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Mais un poisson monstrueux avait pris Wissakélchak en haïne, et sitôt qu’il paraissait sur la mer, dans sa pirogue, le monstre marin fondait sur lui et cherchait à le détruire.
I] fit plus, et, à force de se remuer, de bondir et de frapper la mer de sa queue, il y produisit de si terribles vagues que l’eau monta sur la terre et y causa une inondation générale.
Mais Wissakélchak construisit un grand radeau sur lequel il recueillit un couple de tous les animaux et de tous les oïseaux, et, par ce moyen, il préserva sa vie et celle des habitants de la terre.
Cependant, le poisson se remuant toujours, l’eau avait recouvert non seulement la terre, mais même les plus hautes montagnes; de sorte qu’il n’y eut plus de terre.
Alors Wissakétchak députa au fond de l’eau le canard plongeur appelé Pitwan, afin qu’il y soulevât la terre. Maïs la terre était si profondément enfouie que Pitwan ne put l’atteindre et qu’il se noya.
Alors Wissakétchak envoya Muskwach, le rat musqué, lequel, après être demeuré longtemps
Basse- Bretagne, par F. M. Luzel, t. I, p. 30; — Idem, avec le Sac de la Ramée, de Deulin, Ibid., p. 39; — Idem, avec la légende
des Gesta Romanorum, chap. Lxxx1. Jeannet, 1863, Ibid., p. 59.
sous l’eau, finit par réapparaître avec la gueule pleine de vase.
Wissakétchak prit cette terre, en forma un petit disque, la pétrit, l’affermit, et plaça le disque sur l’eau, où il surnagea. Il ressemblait à ces petits nids ronds que corstruisent les rats musqués sur les eaux congelées. Le disque enfla et prit la forme d’un petit monticule de vase.
Wissakétchak souffla dessus, et à mesure qu’il souffait, le monticule enflait et grandissait à vue d'œil. Après cela, le soleil l'ayant durci, cette terre forma un tout solide, sur lequel le magicien déposa les animaux au fur et à mesure qu'il y avait place pour eux. Enfin, il débarqua lui-même et en prit possession. C’est la terre que nous habitons présentement.
(Racontée par Xofsebes, Sambos Cris-Dénè, du lac Froid, en 1880.)
L'histoire ou conte de Wissakétchak continue en se fondant avec celle de Efiwa-éké, des Peaux-de-lièvre. Il faisait souffrir tous les animaux, il causa la mort des bœufs'en les essoufflant ; aux lynx, il aplatit la face ; il lia des renards par la queue et y mit le feu ; il produisit de l’amadou en faisant griller ses fesses ; finalement, il assembla tous les animaux dans une grande loge de médecine, puis il ébranla la loge, la fit s’écrouler, et, par sa chute, tua tous les animaux.
Wissakétchak est donc à la fois le Noë et le Samson des Cris, peuplade hillèni,
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WÉSAKÉTCHAN
« Un poisson gigantesque essaya de détruire | TVésakélchan, avec lequel il s’était pris de querelle, |
en déterminant, par ses bonds et ses soubresauts, une inondation qui couvrit toute la terre et jusqu’aux plus hautes montagnes.
« Mais Wésakétchan construisit un grand radeau F sur lequel il fit embarquer toute sa famille, ainsi | qu’une couple de tous les oiseaux et de tous les 4 animaux. C’est ainsi qu’il préserva sa vie.
« Cependant Wésakétchan députa à plusieurs reprises le canard spatule (Pitwan), afin qu’il allât 1 dégager la terre submergée. Mais elle était si loin, si profondément enfoncée sous les eaux que les Pitwanes trouvèrent la mort dans cette excursion. Wésakétchan députa l’Ondatra ou Rat mus- | qué, qui revint à la surface demi-mort, mais la . 1 gueule pleine de vase. Lt
« Le chaman prit ce limon, le pétrit, l’affermit, jf et, après en avoir fabriqué un disque de la consistance d’une petite galette, il le plaça sur les eaux à la façon dont les rats musqués cons- { truisent leur nid; puis il souffla dessus pour l’en- | 1! fler. Tout d’abord un petit monticule de terre | parut sur l’eau. Wésakélchan souffla encore, et il
grandit peu à peu. Plus il souffa, plus la terre prit d’extension, jusqu’à ce que, le soleil l'ayant durcie, elle forma une masse solide sur laquelle Wésakétchan déposa les animaux de son radeau, puis enfin débarqua lui-même. »
(D'après Francis Houle, sang-mêlé francocris-castors, 1869.)
WISAKUTCHASK
« Il existait dans les parages du grand lac Winipeg une vieille sorcière nommée Wäsakutchask, pleine de malice, bossue et contrefaite. Les métis-français la nomment la vieille Gibotte.
« Cette vieille possédait une médecine très forte qu’elle employait à mal faire.
« Maïs un jour un chaman parvint à s'emparer de Wisakuichask, en dépit de sa ruse et de sa puissance, et, pour la punir de ses méchancetés, il la couvrit de tant de boue et d’ordures, que la vieille dut employer toutes les eaux du grand lac pour se débarbouiller.
« Depuis ce temps-là les eaux du lac Winipeg (eau sale) sont demeurées telles qu’on les voit. »
(D'après Baptiste Boucher, métis francotchippeway. 1862.)
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MITÉWI (LE TRAVAIL)
(Fête bisannuelle de médecine, des Cris)
À l'approche des équinoxes du printemps et de l'automne, le plus âgé et le plus fort en médecine des Jongleurs, le Sokaskew, convoque tous les Cris du voisinage à la cérémonie du Mitéwi, en leur envoyant, par ses députés, de petits présents de tabac.
Si le tabac est accepté par un Cris, il est lié par cet acte qui équivaut à une promesse de se rendre au Mitéwi. Mais il est loisible à tous de refuser le tabac. Cependant, fort peu de gens le refusent, par la crainte qu’ils ont des magiciens, dont ils redoutent la colère :
— Il pourrait nous changer en ours ou en cheval, pensent-ils. Loin de nous et à distance, ils peuvent nous donner la mort ou nous envoyer n'importe quelle maladie.
C'est pourquoi peu de Cris les bravent en refusant.
Tous les Cris étant convoqués sur un emplacement désigné par les délégués, on construit une
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case ou loge oblongue et conique, avec une ouverture à chaque extrémité. C’est la tente du Mitéwi.
Les Cris, nus, peints et parés comme pour la guerre, entrent dans la loge de Mitéwi et se placent sur deux lignes, le long des parois, lesquels sont élevés sur des poteaux à hauteur d'appui. Le milieu de la loge est laissé vide pour les Jongleurs.
Alors entrent tous les médecins ou magiciens, Maskikiy-Tyiniwok (magie-hommes), précédés par le grand prêtre ou Sokaskew. I1s portent dans leurs mains la peau ou quelque portion de l’animal qui est leur ofem (fétiche, nagwal ou manito), parce qu'il s’est révélé à eux dans le rêve et s’est déclaré leur protecteur et leur bon génie.
Ces peaux appartiennent à toutes sortes d’animaux : serpents, blaireaux, loups, visons, coyottes, bisons, renards, lynx, souris, etc. Chaque peau est enrichie d’ornements dans le goût indien et placée à terre devant son heureux possesseur.
Ceci fait, on apporte dans la loge du conseil toutes les racines et herbes médicinales qui ont été arrachées ou cueïllics par les médecins durant le cours de l'“té, On les range sur une seule ligne, afin que chaque Jongleur leur infuse les vertus curatives ou maléfactives possédées par son often.
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C'est, à proprement parler, là que commence le Mitéwi où Jugement des Racines. Ce jugement se compost : 19 De la collation des vertus médicinales, et 20 de leur adjudication À telle ou telle racine, au gré des Jongleurs.
Pour la première instance, chaque magicien, tenant à la main son o/em ou manito dont le génie le hante, fait le tour des racines en chantant et en dirigeant sur elles la tête de l'animal, avec accompagnement de contorsions et de grimaces.
Chacun d’eux ayant fait trois fois le tour des racines, il appartient au grand-prêtre de déclarer que telle racinc a reçu telle vertu curative, et telle autre racine telle autre vertu. Il en est qui sont déclarées bonnes contre les crampes, et d’autres contre la migraine; telle ne servira que pour les pieds, et telle autre pour la tête ou toute autre partie du corps. Telle racine doit être employée seule, et telle autre en compagnie d’une ou de deux autres. Le temps, la manière et la méthode de s’en servir sont également détérminés par les médecins, et cela en vertu du pouvoir que leur a communiqué leur o/em ou animal-dieu.
Le Jugement des Médecines étant terminé, on procède à l’Initiation des adeptes. Tout Cris, même non encore baptisé, n’est pas pour cela admis aux mystères du Mitéwi. Cette initiation se donne
moyennant finances, et comporte l'obligation de la fidélité aux lois de la magie.
Les novices ayant été introduits dans la loge, ils sont passés en revue par tous les Jongleurs, avec accompagnement de chants, de grimaces, d’insuffations et de passes au moyen des ofem puissants. Chaque médecin dirige sur eux la tête de son génie en s’écriant : « Wi/ wil » Tout à coup, d’un commun accord, ils les dirigent tous ensemble sur un même novice qu'ils se sont désignés d’avance, en s’écriant : « Wew! » Ce faisant, ils sont sensés pointer sur la poitrine de l’initié les flèches invisibles des puissants Manitous.
Aussitôt l’initié tombe à terre sans mouvement, et l’on s’écrie: « Il est mort ! » Il arrive quelquefois que le novice ne s'aperçoit pas qu’il a été désigné par le consentement unanime des magiciens. Alors ses compagnons l'en avertissent, en lui disant : « Tu es fléché ! » Et aussitôt il se laisse tomber comme mort (1).
L'initié est mort. Il s’agit de le ressusciter. C'est là le grand miracle de la magie, la science de l'initiation. Le Jongleur s'approche donc du
(1) C'est probablement à cette naïveté, à cette candeur de tout initié novice, qu'il faut faire remonter l’origine du mot candidat.
CRIS
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ns la loge, Jongleurs, > grimaces, n des ofem eux la tête il » Tout à irigent tous ils se sont Wew ! » Ce la poitrine iissants Ma-
mouvement, arrive quelas qu'il a été des magiertissent, en t il se laisse
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e, la science
brigine du mot
candidat, il lui fait des attouchements et des passes magnétiques avec la main et avec son olem et les racines sacrées. Puis viennent les chants. Commencés d’une voix tremblante, émue et mal assurée, ils se terminent par des hurlements. On fait des insufflations vers le cœur du mort afin d’y rappeler la vie.
Alors peu à peu on voit la vie poindre et reparaître dans le corps de l’initié. Les invocations redoublent, les médecins collent leur bouche sur le corps du patient, lui font des ventouses et en retirent du sang, des vers, des cailloux, des clous et autres ingrédients.
Bref, la vie est revenue. Le mort baille, s’étire, ouvre les yeux qu’il promène d’un air hagard sur la multitude, comme s’il Ctait étonné et stupéfait de revenir à la vie.
Tout à coup ii s’écrie :
— Pourquoi m'avoir rappelé dans ce bas monde ? Pourquoi m'avoir arraché aux douceurs de la terre des Esprits et aux chasses célestes ?
— Qu'as-tu vu, à notre frère? qu’as-tu donc vu? s’écrie-t-on autour de lui.
Alors tout le monde s’empresse de venir écouter sa vision.
— Ah! mes frères, disait l’un de ces initiés en ma présence, comment cette bouche mortelle pourra-t-elle vous raconter ce que j'ai vu? J'ai
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vu, oui, j'ai vu le Grand-Esprit lui-même. Je me suis introduit dans sa tente, une maison superbe, pleine de serviteurs et regorgeant d’excellentes choses. Dès qu’il m’a vu :
— « Va-t'en, m'a-t-il crié. Je ne veux pas de toi ici, mendiant déguenillé. »
— Non, lui ai-je répondu, je ne m'en irai pas.
—- « Va-ten, te dis-je, a ajouté le grand Minito; retourne vers la terre, que tu as quittée avant le temps et sans mon ordre. »
— Non, ai-je encore répondu. Il fait bon rester ici, et j'y reste.
— « Ah! tu ne veux pas t’en aller, a-t-il cri ch bien! tu vas voir... »
— Ce disant, il 2 lâché après moi ses chiens, ses terribles chiens. Mes amis, quels chiens! des animaux grands comme des sapins, et armés de dents longues et acérées comme les grands couteaux des Yankees du Sud. Alors quand j'ai vu les chiens puissants de Kïtchi-Manito, je me suis pris à fuir, et voild comment je suis revenu à la vie.
L'initié dit, et il rentre aussitôt dans les rangs des anciens, qui le félicitent et s’empressent autour de lui.
Après le Jugement des Racines et l’Initiation, à lieu le Sacrifice.
Des chiens blancs sont préparés, saignés, écor-
me. Je me 1 superbe, excellentes
eux pas de
en irai pas.
grand Mias quittée
. bon rester a-t-il crié
ses chiens, chiens ! des armés de rands couand j'ai vu je me suis revenu à la
s les rangs empressent
nitiation, à
gnés, ÉCOTr-
chés et dépecés. De leur sang, on teint les quatre poteaux qui soutiennent la grande loge du Mitéwi, et l'on répand le reste à terre autour de ladite tente.
Le ou les chiens blancs sont alors rôtis et coupés en quartiers, sans cependant qu’un seul de leurs os soit brisé, ce à quoi l’on fait grande attention. L'assemblée tout entière s’en rassasie en l’honneur du Grand-Esprit.
Suivent les danses, les chants et l’orgie jusqu’au matin du lendemain.
Cette cérémonie se renouvelle deux fois, ainsi que je l’ai dit, aux équinoxes du printemps et de l'automne.
Racontée par le métis Franco-Cris Forgeron, dans la Belle-Prairie (Basse-Saskatchewan), en 1873.
ES LLSS ANS
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TEXTE ORIGINAL ET TRADUCTION LITTÉRALE
MASKWA IYINIWOK (LE HOMMES-OURS)
(Origine des Cris)
Kayas, hésa, péyak kisiyiniw otanisa Autrefois, dit-on, un vieillard sa fille kiwanihiw. Kisiyiniw éka-ïhapit, kètatawè perdit. Le vieillard étant absent, tout à coup mékwats épiyakwapit maskwa péhotitik.
pendant que elle était toute seule un ours la trouva.
Yaki, omisi itwew vyaki maskwa :
Donc, ainsi il lui parla donc l'ours :
— Kispin kiwiwitciwin, piko
— Si tu veux demeurer avec moi, alors seulement
kika-pimatisin, kispin namawiva kiwiwitciwin,
tu vivras, que si ne pas tu veux rester avec moi, kika-nipahitin, hitwew yakki, maskwa.
tu vas mourir, lui dit-il donc, l'ours.