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comme des paumes, puis les traînait deci delà, pour donner le change à ses persécuteurs.
— Comme on a tué mon père, ainsi vous a-ton tués ! disait-elle aux deux têtes.
Après cet événement, combien de nuits coucha-t-elle encore à côté de l'ennemi qui l'avait prise pour femme ? C’est ce que je ne sais pas; mais un beau jour elle se dit :
— Je m’enirai de nouveau chez mes parents.
Et ce qu’elle pensa, elle le fit. Un soir, elle dit à son mari :
— Aiguise-moi ce couteau.
Lui, sans méfiance, l’affuta pour elle. Lorsqu'ils furent couchés, elle lui dit en se jouant :
— Couche-toi sur le dos; de cette manière, tu t’endormiras plus vite.
Après qu’il fut endormi et tout le camp avec lui, elle coupa la gorge à son mari.
La vieille mère de celui-ci fut éveillée par le gargouillement du sang et les râlements du mourant.
— Ma bru, cria-t-elle à Zntton-pa, lève-toi, voilà que les chiens grugent notre poisson.
— Ah! le sommeil me tue, répondit celle-ci du ton d’une personne à moitié réveillée.
— Ma bru, chasse les chiens, te dis-je, reprit la mégère.
Fleur-blanche se leva donc; elle fit semblant
de chasser les chiens, bien innocents; elle sortit à la hâte, prit une pirogue, traversa le lac, et transporta l’ermbarcation dans une caverne où elle se cacha elle-même.
Longtemps après, elle entendit sa belle-mère qui criait :
— Malheur! Elle lui a coupé la tête. Voyezdonc ! Mon fils est bien mort!
Alors il y eut un grand émoi dans le camp; tous les hommes prirent leurs canots, s’y embarquèrent et s’en allèrent bien loin pour aller à la recherche d’Initon-pa.
Lorsqu'elle ne vit plus personne sur le rivage :
— Je vais partir à mon tour, se dit la courageuse femme. Mais de quel côté se trouve mon pays ?
Cependant, elle se dirigea d’après le cours du soleil.
Après avoir vogué longtemps, elle aperçut, au bord de l’eau, un village-volant populeux.
— Cela ressemble à mon pays ! se dit-elle.
Elle bivouaqua sur le rivage, et s’y endormit.
Un loup blanc (Pélé) la tira de son sommeil en la grattant de sa patte :
— Place-toi sur mon dos! lui dit-il.
Intton-pa lui saisit la queue, le loup se jeta à la nage, et Fleur-blanche, ayant abandonné son canot, nagea avec le loup, et avec lui aborda à
un rivage qu’elle reconnut aussitôt pour être la pêcherie de son père. Du rivage elle entendit une foule de gens qui jouaient. Un vieillard s’en allait visiter ses filets dans sa pirogue. Fleur-blanche le vit et reconnut son père lui-même. Pour mieux s’en assurer, elle se cacha dans un buisson, et contrefaisant le petit oiseau qui dit dans son chant :
— Intton-pa ! tchi !'tchi ! Intton-pa ! tchi ! tchi (1) ! elle se mit à siffler comme lui. Mais son père n’y fit nulle attention.
Pendant deux nuits consécutives, le bonhomme alla visiter ses filets, et chaque fois il entendit : « Intton-pa ! ichi ! tchi! » Alors, il se dit en luimême :
— Les Courtisanes m’enlevèrent jadis ma fille. Comment donc se peut-il que j’entende prononcer son nom (2)?
Le vieillard raconta cela à sa femme.
— Pourquoi ce petit oiseau chante-t-il ainsi, je suppose ? Cela m'’intrigue. Donne-moïi un poisson sec afin que j’aille le déposer pour lui.
Le vieux s’en alla donc dans les bois; il plaça
(1) Bruant nocturne.
(2) Les Dènè-Dindjié ne prononcent jamais le nom des défunts ; pas plus que celui du soleil après que cet astre a disparu, pour un temps plus ou moins long, au solstice d’hiver, et qu'il est censé mort.
son poisson sec sur les branches d’un saule, puis se cacha. Le poisson sec disparut et le vieillard tressaillit.
Alors il s’en alla de nouveau au lieu d’où partait ce chant d’oiseau, et quel ne fut pas son étonnement en y trouvant sa fille blottie sous la feuillée |
— Mon père!
— Ma fille!
Ce fut tout ce qu'ils purent se dire.
Quand ils furent remis de leur émoi, le vieillard dit à son enfant :
— Ma fille, dans le village il y a un grand nombre de jeunes gens. Ils t’enlèveraient assurément à mon amour. Demeure cachée en ce lieu.
Fleur-blanche demeura donc dans son buisson de saules; et, quand l'obscurité fut venue, son père alla la chercher en canot pour la conduire dans sa tente, au fond de laquelle il lui avait ménagé une cachette. Là, sa vieille mère la nourrissait de poisson, et lui donnait de l’eau à boire.
Les deux vieillards parvinrent à dérober pendant longtemps aux jeunes gens la connaissance du retour de leur fille, et ils jouissaient de sa présence, dans leur amour jaloux. Mais un jour, les jeunes gens dansèrent, dit-on, et un tout petit
enfant demeura seul dans la compagnie des vieillards qui ne s’en méfièrent pas.
— Allez-vous-en donc à la danse, avait dit le père d’Intton-pa à toutes les personnes qui logeaient dans sa tente. Lorsque tout le monde fut parti, à l'exception du petit enfant, le bonhomme fit rôtir un poisson, ouvrit la cachette et donna à manger à sa fille, en présence du petit.
Celui-ci avait assez de connaissance. Il n'eut rien de plus empressé que d’aller raconter aux autres ce qu’il avait vu. Alors une grande foule se rassembla à la tente du vieillard, et le surprit en colloque avec sa fille.
— Voyez donc! Fleur blanche est ici! s’écrièrent-ils. Moi, je veux l'avoir! C’est moi qui l'aurai |
Alors son père, voyant qu’on ne considérait pas son enfant comme un fantôme, mais qu’on la reconnaissait pour un être vivant, et que par conséquent sa vie ne serait pas en danger, donna Fleur-blanche en mariage à un bel homme.
C’est la fin.
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