MÉTEMPSYCHOSE ET INCARNATIONS
Au commencement des temps, les hommes d’aujourd’hui étaient des animaux, et les animaux
mes AUX
mr tr RL nm
avc:
que nous mangeons étaient des hommes, mais des hommes qui n'avaient pas d’esprit et qui ne pouvaient tuer un seul animal.
C'est pourquoi ils intervertirent les rôles, les hommes devinrent animaux et les animaux furent métamorphosés en hommes.
C'est ce qui explique pourquoi nous dormons avec ces animaux purs, et que l’on mange comme s'ils étaient des créatures humaines; mais on ne doit pas manger la chair de ceux avec lesquels on dort. Il y a un tabou inviolable à leur égard.
Ceux de nos ennemis que nous nommons les fantômes, les fous et les femmes publiques (1), étaient primitivement des chiens, qui furent ultérieurement métamorphosés en hommes.
C’est pourquoi nous faisons souffrir les chiens et nous le rendons l’esclave de l’homme; maïs on ne le tue pas: c’est un crime de tuer un chien, parce que ce sont nos anciens ennemis, et par conséquent des créatures humaines (2). Aussi dort-on avec les chiens comme avec des hommes.
Parfois des hommes meurent pour renaître presque aussitôt différemment, sans s’en aller au
(1) La nation Koljouche, de toutes tribus.
(2) C'était aussi l'antique persuasion des mages de Médie, auxquels l’histoire reproche également de graves incestes. (L. Ménard.) Notez que les Peaux-de-lièvre actuels sont bien éloignés de se livrer à celles que contiennent leurs traditions.
pays des mânes. Lorsque ces âmes ont choisi une femme pour mère, elles vont vers elle et s’incarnent dans son sein.
Les femmes Dènè reconnaissent ces migrations à plusieurs signes : ro Lorsqu’elles cessent d’avoir leurs règles au temps prescrit par la nature, dans notre pays; 20 lorsque les petits enfants viennent au monde avec deux dents en haut et autant en bas; 30 lorsqu'un petit enfant vient au monde aussitôt après le décès d’un mort; 40 lorsqu'un enfant se souvient de ce qu’il a été durant sa vie primitive; so enfin, lorsqu'un enfant ressemble trait pour trait à une personne défunte.
On ne doit jamais nommer les défunts. On doit même éviter d’en parler et de penser à eux, après l’époque assignée au deuil; mais chaque fois que l’on passe devant une tombe, il est bon et convenable de payer à l’esprit du défunt le tribut des larmes, en chantant un petit chant de mort, ou en jetant sur le tombeau une branche verte, un bout de tabac, un morceau de son vêtements.
Jadis le hibou était l’aigle, et l’aigle était le hibou. Alors le hibou, plus sage que l’aigle, dit à celui-ci :
— Mon beau-frère, donne-moi donc tes plumes,
en retour je te donnerai à manger toutes mes souris.
Aveuglé par sa gloutonnerie et sa gourmandise, l’aigle d’alors fit abandon de ses plumes en faveur du hibou pour en obtenir les souris; et c’est ainsi que ce dernier est devenu l'aigle, et que l’aigle d'alors est devenu hibou.
APP PPPPPSS
INKPONÉ