‹ Traditions populaires comparéesChapitre 110 sur 386 · LE SOLEIL AUX BOUGBOUX · texte numérisé non relu

LE SOLEIL AUX BOUGBOUX

à la plupart des superstitions qi» le Christianisoie n’a pu déraciner, même ailleurs , et qui dérivent nécessairement de la religion des Celtes , reléguée là , smis l’empire romain , avec ses derniers ministres proscrits.

CHAPITRK MV.

Lompe Booft ecriroBi rhi»loire de Salin» , 1«« pmiTcs ne bous manqueront pat pour établir la haute anliquitu d»* cetle ville. Le» tempa celtique» »'v mani>fe»teBt par de« moBumeoia de eroyaner» , de» u«»ge» qui rappellent partout le culte de Beil , la principale , peut-être même Tunique divinité des Druide».

(Dici. gèog. de la Franche Comté }.

Ici , la nomenclature territoriale est comme un livre ouvert sur la question qui nous occupe : une foule de noms accourent à nous , pour attester qne nous avons bien interprété ailleui’s les noms (le Bel , de Beau , de Belin , de Blcney , de Beligneux.

Le Fort-Belin , qui domine la ville de Salins d'une manière si imposante et si pittoresque , était autrefois ce Châtel- Belin qui donnait son nom à une branche de la puissante race de Chalon. La montagne qui le porte s’appelle Côle-Beline ; un des faubourg de Salins , qui est dans sa pente , se nomme Bleigny; le hameau le plus proche s’appelle Beau ; le lieu où avait été fondée l’abbaye de Goailles , dans le même versant encore , était

le Belli locus de la Charte de fondation (1); au fond du vallon se trouve le domaine de Beaucul (2) ; la forêt, qui couvre le prolongement de la côte Beline est celle de Beauvoir (3). Le bord de la roche de FortrBelin , du côté du couchant , est connu sous la dénomination de Bois Saint-Jean , à cause des feux de la Saiut-Jean qu’on y allume le 2i juin (4) ; et c'est entre ce lieu et le fort Belin qu’il existait autrefois une pointe de rocher appelée Come-à- Bœuf. On sait que le dieu Belin était quelquefois représenté avec des cornes , figurant sans doute deux rayons de lumière.

Au pied do la côte Beline, dans l’intérieur de la ville , une des salines portait le nom de Samhel (o). Un des climats du territoire se nomme Champ- Belin , et un autre endroit rappelle encore ici , comme en plusieurs autres contrées , le nom de Beauregard. Chilly, aux environs de Salins, a sur son territoire un climat dit Combe-Belin (6).

(1) Le lieu de Bel ou de Beau.

(2) C’csl-à-<{ire la culée de Beau.

(3) Wart en celtique et, eu vieux langage , foret.

(4) Il y O , sur la crête de la montagne de la Haute Joux , entre le Val-de-Miège et le Val-de-Mouthc , un lieu nommé l.es Cumet de Jean-la-Sainl-Jean. On y fait briller des torches enflammées à la même fétc.

(5) Pour Saint Bel. Les païens donnaient qiielquefuis le litre de saints à leurs dieux (Chompré).

ffi) Oicl. géag., hitl. et tlal. de la Franriie-Cumié.

Toutes ces appellations , et plusieurs autres que je dois négliger, s’accordent avec la fréquente découverte qu’on fait à Satins et dans les environs, d’instruments en pierre et en bronze qui furent à l’usage des Celtes , et avec une grande variété d’antiques traditions populaires qu’on y recueille chaque jour.

Je ne citerai pourtant de ces traditions que la plus directe à notre point de vue. Or, ce qui se rattache le plus directement au culte du soleil , dans le val de Salins , c’est l’idée qui conduit les bons croyants de cette ville à la cime de Poupet , le jour de la Trinité , pour voir trois soleils se lever à la fois sur la côte Beline. Le Christianisme y a peut-être mêlé ses croyances , en faisant allusion à une sorte de Trinité , et en exigeant que les amateurs fussent en état de grâce.

Il faut également exécuter ce pèlerinage à joûn , et encore le privilège de voir le grand astre en triplicata ne s’obtient-il qu’une fois dans la vie. Il se trouve encore parmi le peuple des personnes respectables qui ont l’air d’en être persuadées ; il y en a même qui certifient avoir été témoins d’un pareil miracle. A des dépositions aussi positives, il n’y a rien à objecter de sérieux.

Aux mêmes conditions , les purs sont admis à jouir de la même faveur au sommet de la Dôle , montagne limitrophe du département du Jura et du canton de Vaud, entre Morez et Nyon. Au reste , on

les retrouve attachés à (outes les sommités les plus notables de la chaîne du Jura.

L’occasion se présente ici trop naturellement de citer une analogie de croyance, pour que nous renvoyions ailleurs ce que nous avons à dire de Boche-en-Bugey.

A Boche, au-dessus de Cerdon (1), les bergers prétendent qu’à certaines époques de l’année on voit lever trois soleils lorsqu’en se tenant à jeun et en état de grâce sur un des rochers qui dominent la grande route de Lyon à Genève , on se tourne vers la montagne située de l’autre côté du précipice. C’est partout qu’il est indispensable d’être en état de grâce pour obtenir une telle faveur. La condition est difiicile mais juste : il est bon que l’homme soit digne par sa pureté de soutenir la présence d’une si vive image de la triade sacrée. Il n’y a guère que la conscience absolument irréprochable, ou la berlue, qui puisse nous procurer un honneur aussi exceptionnel.

(IJ Deparlt'inent de l'Ain.

Page 1