CHAPITRE II
LA TERRE
Id conmuae Ukrtvu , id c»( Tknbam matubm ca luDt, eamqae iaterveoir* rebos hpiDloam , iovelii po poli» arbitrantttr.
{Tauitk. D«k. Germ«niK , ch. u.).
P«nni le* tr»diüoB« répAndae* à tr«ver* rAlleiii«> fM , U eo e«t qat renMOtent Jusqu'à l'Orleftt , qui m lienl de lràs>près à celle* de l'Iode et de le Grèce 1. Mabmieb. I Souvenirs de Vos. i.
Un culte vraiment universel et qui a généralement laissé des traces parmi les peuples, c'est san.s contredit le culte de la Terre. Nous en donnerons des preuves si multipliées, qu’il ne sera pas possible de le révoquer en doute.
Pour mettre un ordre un peu logique et lucide dans la marche que nous avons à suivre, qu’il nous soit permis de remonter à la source. Remonter à la source, c’est retourner en Asie.
Nous avons vu que, suivant les opinions religieuses des Cbaldéens et des Hébreux, la terre était confiée à la surveillance d’un ange : le même sentiment était partagé par les anciens Perses,
LA TERRE
qui nommaient Hareth le génie préposé par le créateur à la garde du globe terrestre (1). Hareth est visiblement le même mot que Haaretz ou Erett qui signifient terre en hébreu. Eu réduisant ce nom Hareth à sa plus simple expression Aret, et en le lisant à rebours, on a le mot tera qui est presque le terra des Latins; et si l’on modifie encore l’ordre des lettres du même terme, on a d’autres noms qui, dans les langues du nord, signifient toujours la terre : tels sont ; Earth en anglais , Aert en flammand, Airta ou Arte en gothique. Tels sont aussi, en adoucissant la prononciation du / en d, le mot rhunique Erda et le mot tudesque Erd, qui expriment aussi la terre.
En plusieurs endroits d’anciens poèmes franciques (2), la terre est rendue par Erdu et Hertu. C’est très-digne de remarque, car c’est précisément le nom que Tacite (3) donne à la déesse de la Terre, chez les Germains, en l’écrivant à l’accusatif Her~ tum, terminaison latine.
Hertu était donc, chez les Suèves, nation germanique, la divinité de la terre , et dans la composition d' Hertu (sans rien changer au sens) je remarque une nouvelle analogie avec le langage asiatique observé sur un autre point. 11 est assez
(1) Contant d'Orville. Hist. det diff. peuplft dn monde.
(2) M. Glay. Langue et litlér. des ancirtu France, p. 129, 181 , 190 cl 207,
(3) noscripllnn ilc la Germanie, rliap. \i .
LA TERRE
singulier qne la dernière syllabe de ce nom tu traduise la première Uert ou Her en langue tartare et chinoise : tu en chinois signifie terre. Au reste, Er signifiait terre chez les anciens Bretons des îles britanniques; suivant Baxter, et chez les anciens Bretons de France suivant le P. Rostrenen; en conséquence, Bullet fait de Er un terme celtique qui veut dire terre (1). Tu est également celtique, et, en cette qualité, compris dans le dictionnaire de ce dernier linguiste, pour la même acception.
On a fini par adopter le nom d'Herta pourHertu, avec d’autant plus de raison qu’on ne devait pas ignorer que Herta s’était conservé dans le vieux langage français, où hertaye signifiait terre inculte et non labourable (2), ce qui veut dire en d’autres termes terre vierge.
Ce chapitre n’est qu’une introduction aux sujets traditionnels que nous avons à rapporter dans les suivants. Passons d’abord à la Dame-Verte , et ensuite à Mata, car ces divinités païennes sont encore chez nous des personnifications de la déesse de la Terre.
(1) Eropn grec, terre ; Era en espagnol , sol.
(2) La Combe. Diction, du vieux lanf/age.