‹ Traditions populaires comparéesChapitre 147 sur 386 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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M. f. L‘fU«Doi’aTa]i . 1. 1 . p. I

Nous avons cru reconnaître la reine Pédauque . avec son pied d’oie et sa quenouille , dans la reine Berthe avec sa quenouille et l’oie qu’elle passait pour avoir mis au monde. Déjà nous avions soupçonné que Berte-la-sauvage de la Souabe , était la Dame-Verte de la Franche-Comté , en même temps que la déesse Uerte des Suèves, sur les rives du Bell ou mer Baltique. Il nous reste maintenant à chercher d’où vient cette oie.

Ailleurs , en faisant part à nos lecteurs de l'analogie qu’on a trouvée entre la fête hindo-germanique de Herte , et celle de Paravardi ou Parvati chez les Hindous , nous nous sommes réservé de nouveaux rapprochements.

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Cette Paravardi , qui porte aussi le nom d'Isa , est l’épouse d'Ixora dans l’Inde , comme Isis était l’épouse d’Osiris en Egypte. Toutes deux , personnifications de la Terre , se montraient quelquefois accompagnées des attributs de la navigation, quelquefois aussi représentées seulement par leurs attributs mêmes. Ainsi , par exemple , Isis était figurée par un vaisseau à Paris (1) et chez les Suèves (2). Tacite dit expressément qu’une partie des Suèves honorent Isis sous la forme d’un navire , ce qui semble indiquer que le culte d’Isis leur avait été apporté par des étrangers d’outre-mer.

Le vaisseau , chez les peuples du Nord , paraît avoir affecté la forme de l’oie ou du canard ; en voici une preuve assez palpable. Le Canard us était un espèce de grand navire , suivant Orderic Vital (3), qui nous apprend que quatre grands vaisseaux , qu’on appelait canards , furent poussés

(1) M. Faiictoukc rapporte que M. Pelit-Uadcl a tout à fait admis letymologie de Paris Par'iain (près d'Isis). Une ville d'Isenuchu, comme Paris , une nef pour armoiries , ou une baru égyptienne. Or,, si le mot 6m-u signiGe bateau, Paris ( ville des Pariait) doit signiGer le bateau d'Isis , ou simplement bateau.

Il existe , en Bugey , une commune rurale d’Ismave , dont le nom sentbie à tout le monde dérivé A'Isidis navis, le vaisseau d’Isis ; tiare est un vieux mot français : « II Gt ses naves apprester. ».

(2) Part Suevorum et Itidi sacrificat... quod tignum ipsum in mndom liburiue figuratum (Descrip. de la Germanie, ch. ix).

(3) Cité par Dueange. CunardiM , majurit navigii species. Ordrrieus Vilniis, lib. vin, p. 103. — Quatuor tiare* magna- gnns ranartlos voi'unt , (te !\'(» lwrgin in Angliain appahiv saut.

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par le vent, de la Norvvège sur les côtes d’An

gle terre.

Les Nortmanns , sortis des rivages du Belt , ont introduit, dans la Neustrie , les fées du château de Pirou , changées en oies , qui ne sont peut-être qu’une allusion à l’arrivée de ces étrangers sur des bâtiments qui avaient cette forme. C’est presque en tout pays , d'ailleurs , que la proue des anciens vaisseaux afléclait la figure de la partie antérieure de cet oiseau aquatique 5 et qu’y a-t-il , au reste , de plus propre à exprimer le symbole de la navigation que le cigne , l’oie et le canard ?

Or , l’oie était un oiseau consacré à Isis ; l’oie l’accompagna sans doute , dans quelques images ; l’oie fut placée à ses pieds ; et , par la suite , on aura voulu syncoper la représentation , en faisant un pied d'oie à la déesse. En d’autres occasions, un aura placé l’image d’un bateau aux pieds d’Isis ; puis , dans le môme esprit d’abréviation , on aura fini par engager le pied de la déesse dans le bateau même , comme dans un sabot , et de là aura pu naître l’idée de Berthe-au-long-pied , cette reine si fameuse dans les romans de chevalerie.

Enfin , comme il faut , en remontant aux sources asiatiques , rencontrer toujours des analogies frappantes , nous dirons que l’oie est aussi consacrée , chez les Hindous , à Bramani , fille ou sœur de Brahma , l’une des huit premières mères de la Terre , femmes des gouverneurs des huit parties

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du moade. « Dans un des livres sacrés on l’introduit disant d’elle-méme , presque dans les termes de la Fameuse inscription de la statue d^'Isis « Je suis tout ce qui a été et sera. » L’oie, symbole de la vigilance , lui est consacrée , et on la représente souvent portée sur cet oiseau , tenant un livre d’une main , et jouant de l’autre du vina ou flûte indienne (1). »

Ainsi nous venons d’indiquer l'origine apparente des contes populaires débités sur la reine Pédauque, Berllte, Berthe-au-long-pied , et même ceux de ma mère POie , car lorsqu’on rapporte les fables de l’antiquité , ce sont de ces contes de vieilles grand’mères qu’on se représente une quenouille à la main au milieu d’un auditoire attentif et émerveillé. C’est , en effet , sous le titre de grand’mère , Magna Mater, que la Terre reçut les hommages de nos aïeux. Nous la regardons encore comme notre mère commune.

(1} V Hindou4ian ou Relùfiun ^ mivura , tic. par M. P., t. i, p. 28.

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