‹ Traditions populaires comparéesChapitre 146 sur 386 · I.A FÉE VAUDOISE · texte numérisé non relu

I.A FÉE VAUDOISE

— à sa grandissime surprise, il voit que sa Vénus aies pieds faits comme ceux d’une oie !...

En ce moment de déconvenue , une toute petite chienne, cachée sous le lit , se met à japper; la dame se réveille ; elle aperçoit le curieux , qui cherche en vain à se dérober à sa vue ; lui adresse les plus vifs reproches ; le chasse de la grotte , et le menace des plus terribles châtiments , si jamais il révèle ce qu’il a vu , ce qu’il a entendu.

De retour à la forge , notre étourdi , malgré la leçon qu’il vient de recevoir , ne peut s’empêcher de raconter à ses camarades cette singulière aventure ; mais les cyclopes se moquant de son histoire, le traitent de menteur ou de fou. — Hé bien ! faitil , je vais vous prouver que je ne suis ni fou , ni menteur. En même temps , il ouvre ses deux bourses. Quel est encore son ébahissement ! Dans celle qui doit renfermer des pièces d’or , le pauvre Donat ne trouve que des feuilles de saule , et dans celle où l’on avait mis les perles , il n’y a plus que des baies de genévrier !...

Tels furent la confusion et le désespoir du jeune forgeron de Laderrain , qu’il abandonna , dès le même jour , le pays.

Les fées disparurent vers le même temps. On assure qu’elles s’étaient retirées dans les profondes grottes de Montchérand , près de la ville d’Orbe ; mais nul n’osa jamais y pénétrer pour en avoir la certitude. ■*

AUX DEUX PIEDS d’oie.

Qu’on nous dise donc une fois d’où sortent ces pieds d’oie , si i’on ne croit pas qu’ils viennent des lieux que nous vous avons signalés.

Le docte Bullet faisait du pied d’oie la marque de l’hérésie sur les individus qu’on voulait distinguer des catholiques , après les discordes religieuses qui avaient tourné au profit de l’orthodoxie. Il nous parle des Albigeois , des Vaudois et de leurs descendants dans le Béarn , la Basse-Navarre , la Bigorro , la Savoie , et notamment dans le pays de Vaud qui faisait partie de la Savoie; il nous assure, par des citations , que la plupart de ces derniers étaient appelés du ridicule surnom de Caignards , et qu’on les forçait à porter, sur leurs habits , une pâte de canard ou d’oie , afin qu’ils ne fussent pas confondus avec les fidèles.

Mais il reste toujours à dire pourquoi l’on avait adopté plutôt une pâte d’oie que tout autre signe ; car la raison ne s’en devine pas.

Il faut donc se rattacher à quelque chose qui aurait été assez généralement connu, à l’époque de ces guerres d’opinions , pour être vraiment significatif. Alors , on a pu faire allusion à quelque représentation symbolique de la déesse de la Terre , ridiculisée depuis le Christianisme , et qui n’offrait plus désormais que le sens de l’erreur en matière de religion.

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